‹ Sermons inedits (volume 2)Chapitre 32 sur 35 · AUX ASSOCIEES DU ROSAIRE · texte numérisé non relu

AUX ASSOCIEES DU ROSAIRE

la prière et de la doctrine, de la science et de la piété, sortit le xïne siècle, c'est-à-dire une période incomparable de grandeur et de gloire pour l'Eglise catholique.

Je n'ai pas besoin, Mesdames, de vous faire remarquer que les temps où nous sommes ont beaucoup d'analogie avec l'époque qui vit s'introduire dans le monde la dévotion du saint Rosaire. Des doctrines plus dangereuses encore que celle des Albigeois tendent à se propager dans les masses. La négligence des devoirs religieux et, ce qui en est une suite nécessaire, l'affaiblissement, pour ne pas dire la corruption, des mœurs publiques va toujours croissant. Afin d'arrêter la marche du mal, l'Eglise, comme au commencement du xne siècle, va se réunir en concile sous la présidence de son chef. Déjà plusieurs associations de prières se sont formées, en divers lieux du monde chrétien, pour appeler les lumières de l'Esprit-Saint sur les travaux de l'Église rassemblée. Quant à vous, Mesdames, votre association est toute faite, c'est celle du saint Rosaire. Elle grandit en importance par les circonstances mêmes où nous sommes. Il y a là un nouveau motif de la maintenir et de la développer, afin que l'église Sainte-Geneviève puisse mêler sa voix à ce concert de supplications qui va s'élever vers le ciel de tous les points de la terre.

On a maintes fois insisté devant vous sur cette source de faveurs et de bénédictions spirituelles qu'il a été donné à saint Dominique d'ouvrir au milieu de l'Eglise. Sans vouloir traiter un tel sujet, je me bornerai à deux remarques d'où j'espère tirer quelque leçon profitable à vous toutes.

Quand je considère cette couronne de perles spiri-

tuelles, ou, si vous aimez mieux, ce bouquet de roses mystiques, comme l'indique son nom, rosarium, rosaire ; lorsque, dis-je, j'examine cette arme de la foi que saint Dominique a mise aux mains du chrétien, je trouve qu'elle se termine par la croix ou par l'image du divin Crucifié. C'est que l'esprit de sacrifice, émané de la croix, doit être l'âme de toute association pieuse. Sans doute, ce n'est pas un engagement bien lourd ni un fardeau très gênant que de réciter tous les jours une dizaine du chapelet ; mais, quelque léger que soit ce sacrifice, il y a toujours là un assujettissement. Il s'agit de prendre sur son temps, de ne pas se laisser envahir par l'oubli, de tenir son esprit en éveil pour ne pas rompre, par négligence ou par inattention, cette chaîne de prières dont la force réside en partie dans sa continuité. Puis celles d'entre vous qui, non contentes de leur part personnelle, veillent au bon ordre et à l'harmonie de l'ensemble, les zélatrices, en un mot, qui vont d'un membre à l'autre pour répartir entre tous la tâche de la prière, font assurément un sacrifice dont Dieu leur saura gré et dont vousmêmes vous ne pouvez être que vivement touchées. Et enfin, Mesdames, permettez-moi de vous le dire, l'esprit de sacrifice a cent occasions de se produire dans toute association quelle qu'elle soit; soit que l'on ait à se tenir en garde contre ses propres lumières, ses goûts et ses préférences ; soit qu'il faille réagir contre des considérations mondaines et des sentiments qui sont trop de l'homme et de la terre; soit enfin que l'on ait besoin d'étouffer cet esprit d'opposition et de dénigrement qui est au fond de notre nature, et qui nous porte à blâmer des mesures dont nous ne connaissons pas le motif,

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