‹ Sermons inedits (volume 2)Chapitre 8 sur 35 · TROIS DÉVOTIONS CHÈRES AUX PARISIENS · texte numérisé non relu

TROIS DÉVOTIONS CHÈRES AUX PARISIENS

Mes Frères,

Quand je parcours en esprit cette grande cité, je me sens parfois attristé à la vue de sa situation religieuse et morale, et je me demande avec inquiétude si la part du mal n'y est pas plus forte que celle du bien. Et certes, on ne peut pas se le dissimuler, bien des ruines spirituelles se sont amoncelées autour de nous depuis soixante ans : la foi a perdu son empire sur un grand nombre d'âmes ; la classe ouvrière échappe en majeure partie à Faction salutaire de l'Eglise ; l'amour d'un luxe immodéré et l'abus des jouissances matérielles ont affaibli l'esprit chrétien dans beaucoup de familles ; le travail du dimanche, en particulier, est une plaie lamentable qui ravage cette capitale ; des doctrines désolantes

(i) Prononcé sans doute le dimanche 27 décembre 1868.

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s'y étalent au grand jour, tandis qu'un travail souterrain s'opère incessamment au sein des masses, pour tuer en elles toute foi et toute moralité ; à tel point que l'étranger qui vient mettre le pied parmi nous se demande avec étonnement si c'est bien là le cœur ou la tête de la nation la plus catholique du monde.

Et pourtant, si nombreuses que soient ces défaillances, je me rassure quand je vois tout le bien qui s'exerce à côté du mal que nous déplorons. Je ne veux point parler en ce moment de ces milliers d'oeuvres de tout genre et de toute forme, qui font de Paris la ville charitable par excellence. Je laisse de côté ces communautés religieuses, plus nombreuses que dans n'importe quelle autre cité, et d'où le dévouement s'échappe avec la prière pour déborder sur l'Univers entier. Je passe sous silence ces asiles, ces refuges, ces patronages, toutes ces innombrables créations de la foi et de la charité chrétienne parmi nous. Je ne m'arrête même pas à signaler cette multitude d'âmes ferventes, qui forment autour de nos chaires et de nos autels des auditoires si attentifs, des assistances si pieuses et si recueillies. Non,, je prends le peuple de Paris en masse, je vais à cette partie de la population qui s'éloigne davantage des pratiques religieuses ; et, à travers une couche d'indifférence plus ou moins épaisse, sous un air d'incrédulité qui frappe à première vue, là même où la foi semble éteinte, je trouve, expressif et spontané, un triple culte, ou, si vous aimez mieux, une triple dévotion qui atteste à quelle profondeur la religion catholique a jeté ses racines dans le cœur de ce peuple.

Et, d'abord, il est un jour dans l'année où cette foi, trop

souvent endormie ou latente, se réveille pour éclater dans Tune des manifestations les plus touchantes que Ton puisse imaginer. Ce jour-là, je vois tout un peuple qui s'ébranle, qui s'achemine en silence vers trois ou quatre lieux dont nul ne s'approche qu'avec respect. L'homme du monde a fait trêve pour quelques moments à ses affaires ou à ses plaisirs ; l'ouvrier a quitté son atelier avant l'heure ; depuis l'aïeul que ses cheveux blancs avertissent de sa fin prochaine jusqu'à l'enfant auquel sourit l'avenir, des flots de pèlerins se dirigent vers le champ du repos où leurs ancêtres dorment du sommeil de l'espérance. Je le sais, ce qui les attache à ces tombes, c'est d'abord la religion du souvenir, ces liens puissants du cœur que la mort ne parvient pas à rompre. Mais ce qui domine encore dans ces foules émues, ce qui s'impose à leur esprit et se traduit jusque dans leur attitude, c'est la pensée, c'est le sentiment de l'immortalité. Des sophistes ont beau dire à ce peuple que tout finit à la mort, que rien ne survit à la matière : il peut bien les écouter par intervalle, sous l'empire de la passion et dans le tourbillon des plaisirs ; mais, lorsqu'arrive le moment de manifester sa vraie foi, il s'en va protester en masse contre lui-même sur la tombe des morts ; il y plante avec émotion des symboles d'immortalité ; à travers le temps et l'espace, il tend les bras à ceux qui ne sont plus sur la terre ; son cœur s'élance vers eux et, avec son cœur, sa foi dans un avenir sans fin. Or rien n'est perdu chez un peuple, tant que le culte des morts et le sentiment de l'immortalité se rencontrent et s'enlacent dans les profondeurs de son âme.

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A six mois de là, je trouve un deuxième jour encore plus solennel, où la foi du peuple de Paris éclate de nouveau, sous une autre forme, mais non avec moins de spontanéité ni d'énergie. Ce jour-là est également un jour de deuil, mais c'est le deuil de toute l'humanité, car c'est l'anniversaire du grand sacrifice d'où datent nos espérances et notre salut. Eh bien, en ce jour trois fois béni, je revois ce même peuple si frivole en apparence, si religieux au fond, je le vois qui afflue de tous les points de la capitale vers les églises devenues trop étroites pour le contenir : nul ne résiste à cet élan universel; tous viennent s'agenouiller dans ce moment-là sur le pavé de nos temples, femmes, enfants, ouvriers, hommes de tout âge et de toute condition ; je les vois qui accourent en flots pressés, pour baiser avec transport le signe sacré de] la Rédemption. Or cette dévotion à la croix, si générale et si profonde, est encore, à mes yeux, le signe d'une foi indestructible, qui s'est maintenue en dépit de toutes les attaques et à travers toutes les ruines ; jamais il ne faut, en effet, désespérer d'un peuple, au sein duquel le culte de la croix s'est perpétué avec les souvenirs et les espérances de la Rédemption.

Et enfin, car je n'examine que ce qu'il y a de caractéristique dans les habitudes religieuses de la population parisienne, après le culte des morts et la dévotion à la croix, iljest un troisième jour où le respect de la sainteté vient s'ajouter à ces deux grands sentiments. Alors, ce n'est plus Paris seulement qui s'ébranle, qui se met en marche ; ce sont toutes les populations circonvoisines qui se dirigent vers un temple auquel se rattache le culte de la sainteté dans ce qu'il a de plus populaire et de plus

élevé. Pendant neuf jours, toutes les classes de la société s'y rencontrent et s'y succèdent dans un égal hommage de foi et de respect. Ceux-là mêmes qui affectent de se montrer rebelles à la voix de la religion ne peuvent pas se soustraire à l'empire d'une dévotion si éminemment parisienne. Ils accourent, eux aussi, pour prendre part à ce pieux pèlerinage ; et c'est là une troisième grande manifestation religieuse qui vient compléter les deux autres, pour montrer à tous que trois choses du moins sont restées debout, vivantes et intactes, dans le cœur de tout enfant de Paris : le culte des morts, la dévotion à la croix et l'amour de sainte Geneviève.

Or, Mes Frères, nous touchons à cette neuvaine imposante où le culte de notre sainte patronne va rappeler dans l'enceinte de ce temple tout ce qui, parmi nous, n'a pas abdiqué la foi et les traditions de nos pères. Solennité à la fois religieuse et nationale, parce qu'elle a pour objet d'honorer celle qui est tout ensemble une des gloires les plus pures de la religion et l'ange tutélaire de la patrie. C'est donc dimanche prochain, 3 janvier, que nous célébrerons la fête de sainte Geneviève.

Mais, à la veille des solennités dont je viens de parler, la semaine où nous entrons nous ramène un jour que je ne puis passer sous silence avant de descendre de cette chaire. Pour l'homme du monde distrait par les plaisirs et les affaires de la vie, ce jour n'est guère autre chose qu'une source de préoccupations frivoles, si tant est qu'il ne s'y mêle aucune infraction à la loi divine. Mais, pour le chrétien qui envisage les choses de plus haut, cette année qui finit et cette autre qui commence, ce temps qui s'écoule avec une si effrayante rapidité, cet

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acheminement progressif et fatal vers notre fin dernière, tout cela devient matière à de graves pensées, à des réflexions sérieuses. Devant ce nouveau délai que Dieu nous accorde dans son infinie bonté, il s'agit pour chacun de nous de faire un retour sur soi-même, d'interroger sa conduite, afin de voir ce qui s y mêle de défectueux, et de prendre pour l'avenir des résolutions efficaces. C'est assurément une louable coutume de profiter de ce jour, pour souhaiter à ceux qui nous sont chers toute sorte de prospérités spirituelles ou matérielles ; mais c'est vers Dieu tout d'abord, vers notre Père qui est au ciel, que doivent monter nos vœux ; et comment leur donner une expression plus sublime que la formule placée sur nos lèvres par Jésus-Christ lui-même ? « Que votre nom soit sanctifié ! Que votre règne arrive ! Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! » Voilà le premier des souhaits qui doive s'échapper de notre cœur, comme l'effusion de notre reconnaissance envers Dieu et le témoignage de notre piété filiale. Cette prière, dites-la du fond de votre âme, quand vous viendrez, ce jour-là, assister au saint sacrifice de la messe, pour consacrer par un acte religieux l'année qui commence. Quant à nous, Mes Frères, qui vous avons voué les meilleures années de notre sacerdoce, qui ne cherchons que votre bien, permettez-nous d'unir nos vœux à ceux que vos parents et vos amis formeront pour votre bonheur. Que cette année nouvelle vous soit prospère ! Que le Seigneur vous envoie le succès dans vos entreprises ! Qu'il assure le fruit de vos travaux! Qu'il vous procure de douces satisfactions dans l'intérieur de vos familles et dans la personne de vos chers enfants ! Qu'il fasse régner au

foyer domestique la paix, l'union et le contentement ! Qu'il éloigne de vous les infirmités de l'âme, plus redoutables encore que les maladies du corps, et qu'en vous distribuant les dons de la fortune dans la mesure qui sera profitable à votre salut, il vous accorde surtout les véritables biens, les biens spirituels, les biens de l'âme, les seuls qui ne passent jamais, les seuls qui demeurent toujours ! Ces vœux et ces souhaits, mes chers confrères et moi nous les déposerons sur l'autel le premier jour de l'an, au pied de Celui qui peut seul les accueillir dans sa bonté et les exaucer par sa puissance. Ainsi soit-il !

Mes Frères,

Cette barque mystérieuse, dont parle l'Evangile de ce jour, est, suivant l'opinion commune des Pères et des Docteurs , l'image de l'Église catholique. Depuis le moment où Jésus-Christ la lança sur la mer du siècle, le drame si simple et si familier du lac de Tibériade n'a cessé de se renouveler pour elle dans la suite des temps. On l'a vue d'abord s'avancer à pleines voiles sur cet océan du monde, où tant de grandes choses paraissent un instant pour disparaître à jamais. Puis, continuant sa course majestueuse à travers les âges, elle a été maintes fois battue par la tempête. Alors, à cette heure suprême de la défaillance, quand l'orage semblait conspirer avec les flots pour

(i) Prêché en i855, le quatrième dimanche après l'Epiphanie.

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assurer sa ruine, quand l'espérance même faisait défaut à ses angoisses et à ses terreurs, l'équipage consterné tournait ses regards suppliants vers le pilote, et le pilote dormait. Cependant, l'orage redoublait, les vents se déchaînaient avec une nouvelle fureur, les flots couvraient la barque, les cris de détresse se multipliaient plus forts et plus déchirants : « Maître, sauvez-nous, nous périssons ! (i) » Et l'immortel pilote , se réveillant du sommeil de sa puissance, disait à ces hommes craintifs : « Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? » Puis, se levant du milieu d'eux, il imposait silence aux vents et à la tempête, et il se faisait un grand calme ; et le vaisseau, qui portait dans ses flancs la destinée du monde, poursuivait sa marche triomphante vers le port de l'éternité.

Que vous semble, chrétiens, est-ce là un rêve? ou bien, n'est-ce pas votre histoire? Voilà dix-huit siècles que vous êtes devenus un spectacle pour Dieu et pour les hommes : y a-t-il une attaque que vous n'ayez subie? une persécution que vous n'ayez éprouvée? Les Césars vous ont fait passer sous le glaive de la tyrannie, l'hérésie a dressé ses mille têtes contre vous, la barbarie vous a submergés sous le flot de ses invasions, l'incrédulité a déversé sur vous ses sarcasmes et ses blasphèmes, l'abîme des révolutions s'est creusé sous vos pas. Et pourtant vous êtes sortis de là victorieux et calmes ; et, au milieu des vents et des tempêtes, votre Eglise est restée debout, immortelle et invaincue. Pourquoi cette belle assurance? D'où lui vient, à cette barque en apparence si frêle et si débile, tant de force, tant de solidité ? Ah ! c'est qu'elle

(i) S. Matth., vin, 25.

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porte en elle-même quelque chose qui n'est pas de la terre, une souveraine et irrésistible énergie ; c'est qu'elle n'est pas une institution humaine, mais une assemblée divine. C'est là le secret de sa résistance, la cause de ses triomphes. Ainsi donc, après avoir précédemment prouvé que Jésus-Christ, son fondateur, est Dieu, je démontrerai aujourd'hui que l'Eglise catholique, apostolique et romaine, a tous les caractères d'une société divine et que, par suite, elle est la vraie Eglise du Dieu vivant. Veuillez me prêter votre bienveillante attention. Ave, Maria.

L'Eglise est la société des hommes avec Dieu. Or, la première condition d'une société, c'est d'être une puissance ; autrement, comment pourrait-elle vivre ? Pour qu elle soit vivante, il faut qu'elle ait la faculté d'agir, de s'étendre, de se développer. Sans cette force vitale, sans cette énergie intime, elle est d'avance frappée de mort, parce qu'elle se trouve désarmée contre les hommes qui la combattent, contre l'espace qui l'étouffé, contre le temps qui la détruit. Voulez-vous savoir ce qu'est une société, ce qu'il y a en elle de grandeur et d'avenir ? Voyez si elle a de quoi résister aux hommes, à l'espace et au temps ; mesurez sa triple puissance d'action, de dilatation et de durée. Si elle est incapable de se maintenir, ferme et résolue, en face de ses voisins, si elle étouffe dans un coin de la terre ou si le temps l'emporte dans son cours, ce n'est rien ou peu s'en faut : elle passera comme le rêve d'une ombre pour s'éteindre dans l'oubli. Mais, si les hommes ne peuvent rien contre elle, si elle brave l'étendue ou si elle a vaincu les siècles, c'est qu'elle est pleine de

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vigueur et de vie. Stat sua mole, elle se tient debout par sa propre puissance, comme ces monuments de la Haute- Egypte, que rien ne saurait ébranler : les hommes n'ont pas détaché une pierre de ces masses immortelles ; le désert, en poussant contre eux ses sables, n'a pu couvrir que leurs pieds ; le temps n'a fait que déposer sur leur front une couronne de vieillesse et de gloire. Ainsi la première condition d'une société, c'est d'avoir de la force, c'est d'être une puissance, car la faiblesse est voisine de la mort.

Mais, Mes Frères, si le premier élément d'une société vivante est la force qui réside en elle, cette force ne doit être ni une énergie brutale , ni une puissance aveugle, parce que la vie ne se conçoit pas sans quelque lumière ; aussi, quand les langues humaines veulent désigner ce qui a cessé de vivre, elles parlent des ténèbres comme d'une image de la mort. C'est pourquoi toute société doit être une intelligence au même titre qu'elle est une puissance, car la pensée est, dans le monde moral, ce qu'est le soleil dans la nature. Otez cet astre du jour, il fera nuit sur la terre ; éteignez toute doctrine dans une société, c'est un tombeau dont les ténèbres enveloppent le silence. Oui, pour occuper une place au soleil et conquérir un rang dans le monde, il importe qu'une société se présente au nom d'une idée, d'une doctrine ; et, par conséquent, après lui avoir demandé quelle est sa force, il faut encore savoir ce qu'elle pense. Si la lumière ne jaillit pas de son berceau, elle ne verra jamais le grand jour de l'histoire ; mais si elle perçoit clairement son rôle et sa mission, elle marchera à pas de géant dans la carrière, et sa vie ne s'éteindra qu'avec le dernier rayon de sa doctrine, comme l'astre ne

disparaît qu'après avoir jeté un dernier regard sur la nature qu'il va quitter. J'ai donc eu raison de dire que la deuxième condition d'une société qui veut faire quelque figure dans le monde, c'est d'être une intelligence éclairée. Que vous semble, Mes Frères ? Est-ce assez pour vivre, j'entends d'une vie sociale, de mettre une force au service d'une idée? Serait-ce qu'une société ne fût pas autre chose qu'une intelligence servie par une puissance ? Je ne le pense pas. J'ai dit qu'il n'y a pas de vie sans force ni sans lumière ; mais y a-t-il une vie vraiment intellectuelle, là où il n'y a pas d'amour ? Qu'est-ce qui dirige les forces sociales dans le sens de la lumière, si ce n'est l'amour? Qu'est-ce qui fait d'une société un corps et une âme, si ce n'est l'amour ? Qu'est-ce qui produit l'unité doctrinale, principe d'une société, et l'union morale, terme d'une société, si ce n'est l'amour ? C'est lui qui rapproche les esprits et les cœurs. Sans lui, les rayons de la doctrine éclatent en mille sens divers, comme des lignes qui s'écartent et se dispersent sans pouvoir se rencontrer : c'est lui qui les rallie et les ramène vers le foyer de la lumière. De même, sans l'amour les forces sociales s'entre-choquent et se brisent : c'est encore lui, qui les dispose en un faisceau harmonique et bien ordonné. Mais, si l'amour concentre la lumière et la force au dedans du corps social, il a de plus le privilège de faire rayonner l'une et l'autre jusque sur la surface ; car il cherche à s'épancher au dehors, et il n'est heureux qu'autant qu'il se dilate. Ainsi, par ce double principe d'union et d'expansion, par ce double mouvement de concentration au dedans et de rayonnement au dehors, l'amour achève et complète la vie sociale. Il est donc vrai de dire que la

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société est une trinité de lumière, de force et d'amour, une intelligence servie par une puissance dans le lien d'un amour ; et, par conséquent, l'Eglise étant la société des hommes avec Dieu, c'est-à-dire la plus admirable société qu'il y ait sur la terre, elle doit être aussi la plus noble intelligence servie par la plus haute puissance dans le lien du plus grand amour.

Qu'ai-je fait, Mes Frères? Ai-je fait plier l'Eglise au caprice de ma raison ? Est-ce bien là le triple caractère qui distingue la vraie société des hommes avec Dieu par Jésus- Christ? Certes, je n'aurais garde de vouloir présenter l'Eglise sous des traits imaginaires ! Je me suis contenté d'établir la nature même de toute société, qui est essentiellement une trinité de force, de lumière et d'amour, et j'en ai conclu que l'Eglise doit être la plus haute intelligence servie par la plus haute puissance dans le lien du plus grand amour. Mais, que dis-je ? l'Eglise, la plus belle création sociale, n'a-t-elle pas été formée à l'image de Dieu, et, par suite, n'est-ce pas en Dieu qu'elle doit trouver son type le plus auguste et son parfait idéal ? Or, qu'est-ce que Dieu, sinon une trinité de puissance, d'intelligence et d'amour ; une force infinie, une raison infinie, un amour infini, qui, par un échange incessant, une effusion réciproque, un embrassement éternel, s'unissent en s'attirant et se pénètrent sans se confondre? Voilà Dieu ! Eh bien ! si l'Etre divin se personnifie dans la puissance, dans l'intelligence et dans l'amour, ne faut-il pas également que l'Eglise, cette image terrestre de la société divine, soit une trinité de lumière, de force et d'amour, et qu'ainsi la vraie société des hommes avec Dieu se trouve là où éclate la plus haute puissance, où

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rayonne la plus vaste intelligence, où s'épanche le plus généreux amour?

Ces préliminaires posés, j'essaierai tout d'abord de prouver que l'Eglise catholique est la plus grande force qu'il y ait sur la terre, parce qu'elle possède la plus haute puissance d'action, d'étendue et de durée.

L'Eglise catholique a réformé le monde. Elle a dit à l'homme : Jusqu'ici tu as été l'esclave de la cupidité, de l'orgueil et de la volupté ; soumets-toi désormais à la pauvreté, à l'humilité, à la chasteté ; et le monde s'étonna d'être humble, chaste et pauvre. L'Eglise catholique a transformé le monde : sous l'influence de sa doctrine, tout a changé de face. Elle a transformé l'ordre domestique, en resserrant le mariage dans l'unité d'un lien perpétuel ; l'ordre social, en faisant du pouvoir un service et de l'obéissance un honneur. Le droit, la science et l'art, rien n'a échappé à cette transfiguration générale. Mais, non contente de réformer et de transformer l'ancien état de choses, elle a créé un monde nouveau, tout plein des héroïques phalanges de la pénitence, de la virginité, de l'apostolat et du martyre.

Eh bien ! en face de cette triple puissance de réformation, de transformation et de création, qu'a fait, que pouvait faire l'hérésie? Et d'abord, où sont ses pauvres volontaires, où sont ses vierges, où sont ses apôtres, où sont ses martyrs ? Elle a pu compter des honnêtes gens, elle n'a pas engendré un saint. Mais, à défaut de l'énergie créatrice, qu'a-t-elle su transformer? Ah ! je vois bien qu'elle a découronné la famille en dépouillant le mariage de sa sainteté sacramentelle, en sacrifiant au caprice de la

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chair la perpétuité et même l'unité du lien conjugal ; je vois bien qu'elle a bouleversé la société, en plaçant les peuples entre l'insurrection d une part et la tyrannie de l'autre ; mais, de grâce, montrez-moi quelque part une seule transformation morale, dont elle soit directement le principe et la source. Serait-ce du moins que l'hérésie fût douée d'une certaine puissance de réforme? Elle l'a prétendu ; mais, en fait, qu'a-t-elle pu contre les trois forces sataniques qui tyrannisent le monde : la cupidité, l'orgueil et la volupté ? Elle a échoué contre la cupidité, en glissant dans le matérialisme ; contre l'orgueil, en consacrant le rationalisme ; contre la volupté, en se laissant aller au sensualisme. Donc, elle s'est montrée souverainement faible, là où l'Église catholique a été merveilleusement forte : j'en conclus qu'elle n'a pas de divinité, parce qu'elle n'a pas de puissance.

L'Eglise catholique a triomphé de l'espace comme elle a triomphé des passions humaines. Lorsqu'une société aspire à s'étendre, elle rencontre en face d'elle trois grandes limites qui la resserrent et la refoulent vers son berceau. La première est celle du territoire. Vous avancez, vous gagnez du terrain, l'horizon semble fuir devant vous ; mais bientôt l'espace vous oppose une barrière infranchissable, une chaîne de montagnes, une ceinture de mers. Avez- vous reculé les bornes du territoire, voici que s'élève devant vous une deuxième limite, celle de la nationalité. La nationalité vous enchaîne dans un cercle de fer, d'où vous ne pouvez sortir qu'après avoir secoué le joug des idées, des croyances, des coutumes, tout ce qui constitue les traditions d'un peuple. Mais je le veux bien, vous avez franchi la limite de la nationalité comme

celle du territoire : vous n'avez pas encore triomphé de l'espace. Un troisième obstacle vous arrête, celui-là plus fort que les deux autres, la limite des races. Il n'y a rien, sur la terre, qui partage plus profondément l'humanité que ces sortes de tranchées marquées par la différence du langage et du sang ; et, par conséquent, pour s'étendre d'une race à l'autre, pour les faire vivre côte à côte dans son sein, une société a besoin d'une force de diffusion merveilleuse.

Eh bien, la vérité catholique a bravé cette triple limite du territoire, des nationalités et des races. Louis XIV disait à Philippe d'Anjou : « Mon fils, il n'y a plus de Pyrénées, » et cependant il y a toujours eu des Pyrénées, sauf pour l'Eglise de Dieu. Pascal écrivait : « Il suffit d'un méridien pour changer la jurisprudence ; » mais l'Eglise catholique ne connaît qu'un seul méridien, celui qui, passant par la Crèche et par le Calvaire, enchaîne tout l'Univers dans un cercle d'amour. Que parlez-vous de tribus, de peuples, de races ? Dans l'Eglise catholique les races, les peuples, les tribus se mêlent, s'embrassent et se confondent : à ses yeux, il n'y a ni Français, ni Allemands, ni Italiens, ni Espagnols, ni Américains; il n'y a que des frères, parce qu'il n'y a pour tous les chrétiens qu'un père et qu'une mère.

Et maintenant, je m'adresse à l'hérésie et je lui demande : Avez-vous vaincu la limite territoriale ? Mais, pourquoi donc êtes-vous bornée au nord ou au sud par une mer, à l'est par une montagne, à l'ouest par un fleuve? Avez-vous franchi la limite des nationalités? Mais comment se fait-il que vous vous appelez une Eglise nationale ? Avez-vous vaincu la limite des races ?

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Mais expliquez-nous pourquoi vous expirez avec la race moscovite au pied des Balkans, avec la race allemande sur les bords du Rhin,, avec la race anglo-saxonne sur les rives de la Manche? Non, non, vous avez échoué contre tous les obstacles qui barrent le chemin aux idées : il n'y a pas en vous de divinité, parce qu'il n'y a pas de puissance. Mais, si l'Eglise catholique est douée de la plus grande force d'action et d'expansion, peut-elle se glorifier également d'avoir pour elle la durée? Car ce n'est pas tout pour une société d'avoir triomphé de l'espace : pour être vraiment puissante, il faut encore qu'elle ait vaincu les siècles. Telle société, qui aurait tenu contre les hommes et contre l'espace, pourrait échouer contre une date. On l'a dit, rien n'est inflexible comme les chiffres ; et certes, pour une société religieuse, ils ont leur éloquence. Quel est le chiffre de sa naissance et celui de sa mort ? Quelle est la date de son berceau et celle de sa tombe ? Tout est là pour elle ; et, suivant que ces deux dates sont plus ou moins rapprochées, elle a eu plus ou moins de puissance et de vie. Cela posé, l'Eglise catholique, comme toute société, doit avoir une date. Elle date du Christ, et par le Christ, de Moïse et des Prophètes, d'Abraham et des Patriarches, d'Adam, de Dieu ! Voilà sa date ! Depuis l'origine, elle a traversé les temps, laissant après elle les Césars et leur empire,, Arius et les Grecs, Rome et les Barbares, Mahomet^et l'Islam, Luther et la Réforme,

Voltaire et la Révolution et aujourd'hui, en i855,

elle est là debout, toujours jeune, malgré les longs siècles qui la séparent de son berceau, attendant que la date de sa tombe se perde dans l'éternité de Dieu. Mais, si l'Église catholique porte au front la date du Christ, quelle

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est la date de l'hérésie ! Écoutez, mes Frères. Il y a un an, une grande réunion se tenait dans une des capitales de l'Europe. Rien ne lui manquait de ce qui pouvait la rendre respectable aux yeux des hommes : ni l'autorité de l'âge, ni les lumières de la science, ni la protection d'un roi. Et que faisait cette imposante assemblée, qui se donnait l'assurance d'un Concile. Ce qu'elle faisait, Mes Frères ? elle cherchait une date ; car toute société a besoin d'une date et ce synode avait oublié la sienne. Donc la Réforme cherchait sa date et, remontant vers le temps de sa naissance, elle écrivit sur ce berceau : i52i ! Vous avez bien lu? i52i ! trois siècles de durée, à dixhuit siècles du Christ ! Le synode de Rerlin avait échoué contre une date et le protestantisme s'était jugé luimême. Tant il est vrai que l'hérésie n'a pas de divinité, parce qu'il lui manque la puissance de la durée !

Ainsi, Mes Frères, nous venons de constater que l'Eglise catholique est la plus grande puissance qu'il y ait sur la terre. Mais il ne suffit pas que la vraie société des hommes avec Dieu soit douée d'une force souveraine ; il faut de plus que cette vigueur exceptionnelle soit au service d'une éclatante lumière. Je dis donc que l'Église catholique est la plus belle intelligence qu'il y ait sous le ciel, parce qu'elle est la plus haute raison doctrinale, la plus haute raison morale, la plus haute raison sociale.

L'Eglise catholique est la plus haute raison doctrinale. La doctrine commence par la foi et finit par la science. La foi en est le principe et la base ; la science, le couronnement et le faîte. Mais, pour que la doctrine ne puisse pas dévier de la ligne invariable du vrai, il faut une

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raison maîtresse qui fixe la foi et serve de guide à la science : sans cette autorité doctrinale, la foi court risque de chanceler sur l'abîme du doute, et la science s'en va sur les mille chemins de Terreur. Eh bien, l'Eglise catholique a-t-elle une autorité doctrinale? Entendez-vous cette voix qui retentit de Jérusalem à Nicée, de Nicée à Gonstantinople, de Constantinople à Trente ? Y a-t-il un doute qu'elle n'ait éclairé? un dogme qu'elle n'ait défini? une question qu'elle n'ait résolue? une objection qu'elle n'ait réfutée? Et cette voix, ce n'est pas celle d'un homme, ni d'un peuple, ni d'un siècle : c'est la voix de tous les temps et de tous les lieux, la voix des Pères et des Docteurs, des Apôtres et des Martyrs, des Vierges et des Confesseurs ; voix de l'orient, voix de l'occident, voix du septentrion, voix du midi, voix des temps, voix de l'éternité ! Et si, à côté de cette voix majestueuse et solennelle, organe permanent de la raison catholique, j'interroge l'hérésie, qu'est-ce que j'entends? J'entends mille voix dissonantes et confuses, qui se heurtent et se brisent, qui se mêlent et se croisent, voix qui affirment, voix qui doutent, voix qui nient; et, au milieu de ce tumulte effroyable, je me demande en vain où trouver une raison doctrinale? Est-ce à Londres, est-ce à Genève, est-ce à Berlin? Partout le chaos, partout les ténèbres. J'en conclus que l'hérésie n'a pas d'autorité qui s'impose ; partant, qu'elle est sans divinité, parce qu'elle est sans lumière.

L'Église catholique est la plus haute raison morale. Après avoir fixé la foi et guidé la science, il faut encore régler le devoir; et, par conséquent, lorsqu'une société se présente avec la mission de conduire les hommes vers

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Dieu, une des questions qu'on peut lui faire est celle-ci : Êtes-vous une loi vivante? avez-vous des règles pour la conscience humaine ? Sinon, nous n'avons pas besoin de vous, car il nous paraît évident que vous êtes sans lumière et que vous n'avez pas de mission. Or, l'Eglise catholique a su régler la conscience humaine : elle est une loi vivante, aussi bien qu'une raison vivante. Elle a dit à l'homme : Fais ceci et ne fais pas cela ; crois ceci et ne crois pas cela. Elle a osé descendre dans le détail des actions humaines, pour les régir et les gouverner. L'hérésie, au contraire, ne s'est pas senti le courage de régler le devoir ; elle a eu peur de poser une loi, de même qu'il lui répugnait de définir un mystère ; et bien lui en a pris. Un orateur fameux déclarait au sein d'une assemblée : « Si vous faites cette loi, je jure de ne pas vous obéir. » Ce que Mirabeau n'avait pas le droit de dire aux représentants du peuple français, chaque protestant peut, à juste titre, le répéter aux ministres de son culte. Car l'hérésie n'est pas une raison morale, pas plus qu'elle n'est une raison doctrinale : elle ne se croit pas la force d'aspirer à tant d'honneur. N'étant pas une loi, elle ne saurait se prétendre une intelligence ; car la loi, a dit un grand Pape, c'est une intelligence sans passion.

L'Eglise catholique est encore la plus haute raison sociale. C'est beaucoup, sans doute, que d'avoir fixé la foi, guidé la science et réglé le devoir ; et, cependant, si l'Eglise s'en était tenue là, il semble qu'elle ne réunirait pas tous les caractères d'une intelligence souveraine. Il faut de plus qu'elle puisse rayonner sur toute l'étendue du corps social, pour l'envelopper d'un vaste réseau de services et de fonctions. Or, c'est ce qu'elle n'a cessé de

faire. Voilà bien des siècles qu'elle dicte ses maximes à la moitié du monde ; et, au cours de ses dix-huit cents ans d'existence, de l'aveu même de ses ennemis, elle a déployé au suprême degré le génie du gouvernement. Ce qui le prouve, c'est qu'elle gouverne toujours ; et en dehors d'elle, à l'heure qu'il est, y a-t-il un pouvoir spirituel qui puisse en dire autant? Le schisme de Photius vit, mais il est gouverné par un empereur ; l'anglicanisme vit, mais il est gouverné par un parlement ; le luthéranisme vit, mais il est gouverné par des rois ; le calvinisme vit, mais il est gouverné par une république. Seule, l'Eglise catholique gouverne et n'est pas gouvernée : c'est là un privilège qu'elle ne partage avec aucune autre société religieuse. J'en conclus qu'elle est la plus haute raison sociale qu'il y ait sur la terre, comme elle est d'ailleurs la plus haute raison doctrinale et la plus haute raison morale. Donc, elle n'est pas de main d'homme, elle est divine.

J'ai ajouté que l'Église catholique est le plus grand amour ; or, comme l'amour a la double vertu d'unir et de dilater les cœurs, je dis que l'Eglise catholique présente le double phénomène de l'union la plus intime et de la plus expansive charité.

Oui, Mes Frères, c'est un phénomène étonnant que l'union catholique. Cent cinquante ou deux cent millions d'hommes obéissant à une même voix, répétant une même prière, professant une même foi, participant aux mêmes biens! Deux cent millions d'hommes courbés devant un vieillard qui n'a d'autre protection que ses cheveux blancs, sa parole et, au besoin, son sang ! Deux

cent millions d'hommes ne formant qu'un corps et qu'une âme ! spectacle dont rien n'égale la divine grandeur ! 0 toi, que transportaient d'admiration les tentes de Jacob, homme de l'Orient, que dirais-tu à la vue de ce nouvel Israël ? Quelle belle unité ! quelle admirable harmonie ! quelle vaste communion de joies, de prières et de larmes ! Y a-t-il une souffrance dans l'Église catholique, sans que tous les membres en soient affligés ? y a-t-il un triomphe sans que tous y prennent part ? Lorsqu'on touche à un cheveu d'un catholique, sous telle zone qu'il vous plaira, c'est vous et moi qui ressentons cet affront. Lorsque le sang catholique est versé sur les plages lointaines, il semble que c'est le mien et le vôtre qui coulent pour la défense de l'Évangile. Non, non, l'on ne saurait remuer dans le corps de l'Église de fibre si délicate, qu'aussitôt elle ne rende un son qui gagne de proche en proche jusqu'aux membres les plus reculés. Dites-moi, quand vous lisez les Annales de la Foi, ne sentez-vous pas votre sang battre dans votre poitrine au récit des travaux et des combats de vos frères ? ou bien, si Dieu vous a donné de rencontrer un confesseur de la foi, un de ces Evêques que la tyrannie a chassés de leurs sièges : à la vue de ce front vénérable que l'insulte a couronné d'une auréole sublime, de ces mains qui ont béni leurs persécuteurs, est-ce qu'une émotion poignante ne vous a pas fait tressaillir? Ah! Mes Frères, c'est que nous sommes tous les fils de l'Église, les os de ses os, la chair de sa chair ; c'est pourquoi nous formons la plus solide union qu'il y ait sur la terre, et, comme l'union s'opère par l'amour, il s'ensuit que l'Église catholique est le plus ardent amour.

L'Eglise catholique présente, en outre, le phénomène de la charité la plus expansive. Ici, qui me donnera de vous retracer le zèle qu'elle a déployé, pour dilater le royaume de Dieu sur la terre? Y a-t-il une contrée qu'elle n'ait trempée de ses larmes, qu'elle n'ait fécondée de ses sueurs, qu'elle n'ait arrosée de son sang? Je ne vous peindrai pas l'Eglise arborant l'étendard de la croix aux quatre coins du ciel, recevant dans son sein les barbares conquérants, adoucissant leurs mœurs, façonnant leurs caractères, faisant pendant quinze siècles l'éducation de l'Europe, allant sur les pas de Colomb sauver un monde nouveau, volant vers ces îles qui sortaient à peine du sein des mers, jetant ses apôtres sur tous les rivages et, d'un autre côté, trouvant un remède à tous les maux, une tendresse pour toutes les afflictions, une larme pour toutes les infortunes, un baume pour toutes les blessures. La Charité catholique parle assez haut. Ecoutez-la donc, ô nos Frères séparés ! Si vous êtes civilisés, si vous portez le nom de chrétiens, c'est à l'Église que vous le devez ; vous êtes le fruit de ses conquêtes et le prix de son sang : à l'amour reconnaissez une mère et concluez avec nous que, si l'Église a déployé la charité la plus expansive, comme la charité est le fruit de l'amour, il s'ensuit que l'Église catholique est le plus grand amour.

Ainsi, Mes Frères, nous avons suffisamment démontré que l'Église catholique est la plus lumineuse intelligence servie par la plus haute puissance dans le lien du plus fort amour ; et, comme l'Église du Dieu vivant doit réunir tous ces caractères , il en résulte que l'Église catholique est la vraie société des hommes avec Dieu par Jésus-Christ.

Mais, si éclatants, si divins que soient les caractères généraux de l'Eglise catholique, il doit y avoir une preuve plus spéciale et plus vivante de sa divinité : Mes Frères, cette preuve, c'est vous-mêmes. Il faut que chacun puisse dire en vous regardant, en voyant ce savant si simple et si modeste, ce riche si compatissant, ce pauvre si content et si résigné, cet artisan si laborieux, cette ouvrière si honnête et si appliquée, oui, certes, il faut que chacun puisse dire, devant tant d'humilité et tant de charité : Il n'y a que l'Eglise catholique qui soit capable d'enfanter de pareilles vertus. Savez-vous, Mes Frères, ce qui a converti le monde ? Ce qui , mieux que toutes les prédications, lui a fait courber la tête devant l'Evangile, ce sont les vertus de vos pères. Quand le paganisme vit se dérouler devant lui cette légion de saints, de martyrs, de confesseurs, de vierges ; quand il vit la pénitence s'ensevelir vivante dans les solitudes de la Thébaïde, quand il vit un sexe faible et délicat affronter les supplices et la mort pour Jésus-Christ, quand il vit ces vieux chrétiens ne former qu'un corps et qu'une âme, oh! alors, vaincu par un tel spectacle, il se jeta dans les bras de cette Eglise dont il admirait les merveilles. Regardez, disaient aux Celse, aux Porphyre et aux Julien, les Origène, les Tertullien, les Athanase, regardez les chrétiens : comme ils s'aiment entre eux, comme ils se mortifient, comme ils sacrifient le plaisir au devoir, la chair à l'esprit, le monde à l'Evangile ! Au signe de la vertu, à cette marque de sainteté, saluez l'Eglise du Dieu vivant.

Oh ! puissions-nous répondre ainsi à ceux que le malheur des temps ou de déplorables préjugés tiennent éloignés de notre commune Mère ; puissions-nous leur dire : Jetez les

i3o L'EGLISE CATHOLIQUE, SOCIETE DIVINE

yeux sur ces hommes du monde que la piété catholique a su transformer en saints : quelle probité à toute épreuve ! quelle délicatesse de mœurs ! quelle pureté de sentiments ! Contemplez ces femmes chrétiennes si pieuses, si bonnes, si résignées, ces héroïnes de la charité et du dévouement ! et dites si une Eglise capable de telles vertus n'est pas la mère des saints? Dieu veuille, Mes Frères, que vous, qui êtes les enfants de l'Eglise catholique, vous soyez ainsi les preuves vivantes de sa divinité , et qu'après avoir contribué à son exaltation sur la terre, vous participiez à son triomphe dans le Ciel ! Ainsi soit-il !

SUR

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