II
Messieurs, même pendant ces dix-huit siècles de foi que nous avons traversés, on n'a rien épargné, on a mis la main sur tout, on a touché aux choses les plus sacrées, à la royauté , au sacerdoce : on s'est arrêté devant l'enfance. Ni les souvenirs de Carthage, ni ceux de Sparte et de Rome n'ont pu revivre au milieu de nous, pour troubler sa paix et menacer son sort ; et si quelque grand coupable ose encore, malgré la famille, malgré l'Etat, malgré la Religion, attenter aux jours d'un enfant, on s'en détourne avec horreur comme d'un monstre que la terre poursuit de ses opprobres et le ciel de ses malédictions. Voilà ce qu'a produit l'Évangile en donnant aux berceaux, pour rempart, la grâce du baptême et, pour arme, la parole de Jésus-Christ. Le respect du jeune âge est un élément vital de la civilisation chrétienne. Elle s'éteindrait au milieu de nous, si les nouveau-nés ne reposaient en paix à l'ombre des autels, sous le regard de leur père et sous la protection des lois, c'est-à-dire sous la triple sauvegarde de l'amour, de la patrie et de Dieu.
Il était naturel, Mes Frères, que l'Eglise, en relevant la dignité de l'enfant, rehaussât également le caractère du précepteur. De même que chaque coup porté à l'un par les parents , par l'Etat et par la Religion , retombait sur l'autre, ainsi chaque rayon de gloire qui descendait sur ce jeune front devait se^éfléchir sur le visage du maître. Eh bien ! qu'était-il résulté, pour l'instituteur, du mépris de l'enfance, au sein des nations idolâtres ? Vous ne l'ignorez pas, Messieurs; cependant je veux vous le rappeler : suivez-moi, je vous prie, dans l'intérieur d'une famille patricienne. C'est à Rome que ma parole vous conduit,