‹ Sermons ineditsChapitre 13 sur 47 · DEVANT LA SOCIETE DE SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

DEVANT LA SOCIETE DE SAINT VINCENT DE PAUL

Vos autem, gênas electum , regale sacerdotium, gens sancta^populus acquisitionis : ut virtutes annuntietis ej'us qui de tenebris vos vocavit in admirabile lumen suum.

« Pour vous , vous êtes une race choisie , un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple conquis, afin que vous annonciez les grandeurs de Celui qui vous a appelés des ténèbres à sa lumière admirable. »

i re Epître de saint Pierre , n , 9.

Messieurs,

A qui s'adresse ce magnifique éloge? A qui peuvent s'appliquer cette illustre origine , ce caractère sacré, cette sainte mission? Quel est l'objet de cette acquisition, de cette conquête dont parle l'apôtre ? A qui faut-il rapporter

(1) Probablement en i853 ou i854*

i84 SOCIETE DE SAINT VINCENT DE PAUL

cette vocation divine, cette participation au sacerdoce et à la royauté de Jésus-Christ ? Il semblerait qu'un tel ministère ne dût convenir qu'aux apôtres élus par le Sauveur pour exercer tout pouvoir dans le royaume des âmes. C'est à eux, sans doute, que le chef du Sacré Collège se plaît à rappeler un si grand devoir, en leur rappelant tant de dignité. Il n'en est rien, Messieurs. Je lis en tête de la lettre : « Aux chrétiens dispersés dans le Pont, dans la Galatie, dans la Cappadoce, dans l'Asie et dans la Bithynie. » Voilà les lecteurs de saint Pierre : quelques bonnes gens du peuple, de simples fidèles, des laïques ; et c'est à eux qu'il ne craint pas de dire : « Vous êtes une race choisie, un ordre de prêtres-rois », vos autem, genus electum, regale sacerdotium.

Je suppose, Messieurs, que l'apôtre saint Pierre vous parle ici à ma place, et que cette figure vénérable paraisse un instant devant vous, pour faire luire dans votre âme un rayon de cette lumière qu'elle réfléchissait sur elle-même. Permettez-moi d'associer un moment dans mon esprit ce que les premiers âges de l'Eglise ont produit de plus respectable avec ce que le monde moderne offre de plus vertueux et de plus pur. Que dirait l'apôtre, en présence de l'élite de la jeunesse catholique, à la vue de cette fleur de la civilisation chrétienne? Ah! c'est bien à vous, Messieurs, qu'il répéterait ces paroles : « Vous êtes une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple conquis; afin que vous annonciez les grandeurs de Celui qui vous a appelés des ténèbres à sa lumière admirable. » C'est ce troupeau fidèle qu'il enverrait vers les brebis égarées, c'est cette légion d'apôtres de la paix et de la charité qu'il répandrait dans le monde ; et, après vous avoir confié la

SERMON DE RETRAITE i85

mission d'annoncer autour de vous les grandeurs de Dieu, pour enflammer votre zèle et ranimer votre ardeur, il ajouterait, à l'exemple de son divin Maître : Ne craignez pas, ayez confiance, nous avons vaincu le monde !

Ainsi, M. T. G. F., vous aussi vous avez une charge à remplir, un zèle religieux à déployer. Non pas que vous puissiez être jamais admis à partager avec les Evêques l'autorité doctrinale, car c'est au corps des pasteurs que Jésus-Christ a confié le dépôt de sa doctrine. Mais, si vous ne faites point partie de l'Église enseignante, vous êtes membres de l'Église militante et, à ce titre, Messieurs, vous êtes appelés à défendre par la parole, par la plume et par les œuvres, cette grande société des âmes à laquelle vous appartenez. Vous êtes nos coopérateurs dans la mission de foi, de science et de charité que nous avons à exercer ici-bas. Telle est la triple réflexion que j'ai dessein de développer devant vous, à l'ouverture d'une retraite, dans laquelle vous cherchez à retremper votre courage et vos forces. Ce que je vais vous dire n'est pas nouveau pour vous ; il n'y a rien dans mon sujet qui ne vous soit déjà connu ; mais les choses de la piété, plus elles deviennent familières, plus elles conservent de charme pour ceux qui, comme vous, Messieurs, savent toujours les comprendre et les aimer.

« Jésus , dit le saint Évangile , entra un jour dans Gapharnaûm, et un centurion, s'approchant de lui, le priait en lui disant : Seigneur, mon serviteur qui est paralytique

i86 SOCIETE DE SAINT VINCENT DE PAUL

et couché dans la maison souffre beaucoup. Jésus lui dit : Je viendrai et je le guérirai. Et le centurion répondit : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Jésus l'entendant fut dans l'admiration et dit à ceux qui le suivaient : En vérité, je vous le dis, je n'ai point trouvé une si grande foi en Israël (i). » Voilà, Messieurs, le premier laïque que le texte sacré propose à votre imitation ; et, comme vous voyez, c'est la foi ardente de ce soldat qui excite l'admiration de Jésus-Christ ; car c'est en répandant autour de vous l'esprit de foi qui doit vous animer, que vous serez réellement nos coopérateurs dans la propagation de l'Évangile. D'où je conclus que vous avez une mission de foi à remplir dans la société.

Messieurs, ce qui nous manque aujourd'hui, c'est principalement cette vertu. C'est là le défaut de ce siècle, d'ailleurs si remarquable par ses découvertes de tout genre, par les merveilles de l'industrie, par les mille inventions de ses chimistes et de ses physiciens. Mais il semble précisément qu'en dérobant à l'Univers ses secrets, l'esprit moderne ne puisse pardonner à la foi ses mystères. A mesure que nous avançons dans le domaine de l'expérience , nous paraissons reculer dans la connaissance de la foi. On dirait que l'ordre naturel ne nous dévoile ses clartés que pour envelopper de ténèbres les vérités surnaturelles. Gardons-nous, toutefois, d'y voir une suite logique du progrès des études. Vous connaissez le mot de Bacon : « Peu de science détache de la foi, beaucoup de science y ramène. » Eh bien, Messieurs, nous en

(i) S. Matth., vm, 5-8, 10.

Page 1