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sainte mission est la vôtre , Messieurs ! Vous ferez plus par l'exemple que nous par la parole ; vous serez nos coopérateurs fidèles dans cette œuvre rédemptrice que nous accomplissons ici-bas, sous les yeux du siècle qui s'en étonne et de Dieu qui nous bénit.
Toutefois, Messieurs, Notre-Seigneur attend plus encore de votre zèle. « Pour révéler au monde les grandeurs de Celui qui vous a appelés des ténèbres à sa lumière admirable », il vous faut ajouter à cette propagande de foi une mission de science. Ce sera la matière d'une seconde réflexion.
Une nuit que Jésus-Christ priait, prosterné devant son Père, un homme vint à lui, désireux de l'interroger sur sa doctrine et de s'instruire dans les voies de Dieu. C'était un savant laïque , un personnage considéré parmi les Juifs. Il avait à cœur d'approfondir le mystère du royaume des cieux, afin de pouvoir répandre autour de lui la lumière de la vérité. Voilà le deuxième laïque que l'Evangile propose à notre imitation ; et l'histoire mentionne que, fidèle à la parole de Jésus-Christ, il défendit la vraie religion devant le Sanhédrin. A l'exemple de Nicodème, Messieurs, vous devez mettre tout votre zèle à étudier les dogmes sacrés, pour être en mesure de porter cette « lumière admirable » dans les mille branches des connaissances humaines.
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Certes, je ne saurais dire de la science ce que j'ai eu tout à l'heure l'amer regret d'affirmer pour la foi. Celle-là ne nous manque pas autant que celle-ci. Sans doute, on pourrait lui reprocher de se montrer parfois superficielle et légère, mais elle rachète en quelque sorte par la variété son défaut d'unité, et elle a gagné en étendue ce qu'elle semble avoir perdu en profondeur. Ainsi, sans parler du progrès incontestable des sciences naturelles et des sciences exactes, la critique historique est devenue à la fois plus sévère et plus sûre ; de nouveaux chefs-d'œuvre ont enrichi le trésor de notre littérature nationale; l'éclectisme même, que nous n'aimons pas, a porté dans l'analyse des facultés de l'âme plus de précision et de netteté. Mais il y a en philosophie, comme en littérature et en histoire, un déisme mal déguisé, un christianisme vague, indécis, à traits mobiles et à formes insaisissables. Et, d'ailleurs, que d'erreurs à dissiper, que de points à éclaircir, que de faits à redresser! A l'œuvre, Messieurs! Voilà votre tâche, voilà votre mission ! Nous , prêtres , nous ne pouvons pas suffire à tout : en certaines villes, il nous faut consacrer la moitié de nos journées à baptiser les vivants et à enterrer les morts. Soyez nos coopérateurs, unissez-vous à nous : parlez, écrivez, agissez. Je trouve qu'on s'alarme trop facilement de voir des laïques prendre part à la défense de la religion. Sans doute, en pareille matière, leur place naturelle est derrière les maîtres de la doctrine : un bon soldat combat à son rang et sous l'œil de son chef. Mais, je vous l'avoue, je me préoccupe bien plus de l'indifférence des laïques que de leur excès de zèle. Pour vous, Messieurs, dont le dévouement égale la prudence, et qui joignez
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l'humilité de la prière à l'ardeur de la charité, préparezvous, pendant les années de votre jeunesse, à combattre sans relâche pour faire rentrer l'esprit chrétien dans les diverses régions de la science. Tenez, Messieurs, permettezmoi ce langage familier : vous êtes ici trente ou quarante élèves en médecine. Eh bien, je vous le déclare, vous auriez régénéré la médecine en France si, après vous être fortement imprégnés du spiritualisme chrétien, vous vous répandiez dans les provinces, comme une poignée d'apôtres de la saine doctrine et de la vérité ; vous feriez reculer devant vous les Cabanis, les Broussais, toute cette école de matérialistes qui nous dévore ; et le paysan de nos campagnes ne verrait plus s'approcher de son lit de souffrance, en guise de consolateur, un prétendu savant pour qui l'âme n'existe pas. Vous, Messieurs, qui sentez la flamme de l'enthousiasme jaillir de votre cœur, ou bien dont l'esprit plus calme et plus patient se plaît à explorer les champs de l'histoire, qu'elle est belle la mission de science qui vous échoit ! Aux produits impurs d'un romantisme sensuel, vous opposerez la pureté des formes et les grâces virginales de la poésie chrétienne ; ou bien, pour défendre la vérité de l'histoire, vous saurez briser l'arme de l'erreur et retourner le trait de la calomnie. Vous, Messieurs, qu'attirent les charmes austères de la philosophie , oh ! travaillez de toutes vos forces à dissiper ce fâcheux désaccord, ce déplorable malentendu entre la raison et la foi ; cherchez à détruire les derniers restes de ce panthéisme subtil, dont le venin vient de se glisser dans des productions très récentes. Il n'y a pas jusqu'à l'art qui ne réserve une belle fonction à ses admirateurs. Là encore, le matérialisme a étendu son empire et exercé ses ravages :
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l'homme y a gagné sur Dieu, les formes charnelles se sont substituées au rayonnement des âmes. Il faut donc que Fart humilié dans la fange reprenne son vol sublime et qu'il fasse oublier la matière en rappelant l'esprit.
Voilà, certes, une large et magnifique synthèse que vous devrez construire : tel est le ministère dévolu à la jeunesse chrétienne de nos jours. Et croyez bien, chers Messieurs, que cette œuvre est de la plus haute importance : ce n'est qu'en dirigeant la science vers les sources limpides de la vérité catholique que nous ramènerons le monde moderne au pied de la croix. Ainsi les Lactance, les Justin, les Athénagore , les Clément d'Alexandrie s'étaient-ils donné la tâche de faire pénétrer nos dogmes dans les diverses branches du savoir humain ; et, en nommant ces grands hommes, j'ai cité des laïques qui s'estimaient très heureux de pouvoir mettre au service de l'Eglise les lumières de leur génie et les inspirations de leur foi.
Je voulais ouvrir de nouveau l'Évangile et proposer à votre imitation un troisième laïque, disciple de Jésus- Christ, dont le saint Livre nous retrace les soins affectueux. J'aurais aimé vous le montrer exerçant son amour sur le corps même du divin Maître, qu'il « enveloppa de linges avec des aromates (i) » et qu'il déposa dans un
(i) S. Jean, xix, 4o.
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sépulcre neuf au milieu de son propre jardin. Dans la belle figure de Joseph d'Arimathie, vous auriez trouvé un modèle de la compassion que nous devons pratiquer envers le corps mystique du Seigneur, envers les pauvres, ses membres indigents ou infirmes ; mais, comme on vous parlera de cette vertu dans le cours de votre retraite, je n'en dirai qu'un mot.
Vous, Messieurs, qui avez pu vous convaincre par vous-mêmes de l'étendue des maux qui affligent Fhumanité, vous avez à peine besoin qu'on insiste sur l'apostolat charitable dont vous êtes chargés. Cette grande mission est d'autant plus importante que l'égoïsme restera longtemps l'une des plaies de notre société, et que le souci exclusif des intérêts matériels n'a pas encore fait place aux saintes inspirations et aux généreux dévouements de l'esprit chrétien. Si, en effet, l'on écoutait davantage les maximes de l'Evangile, le monde offrirait-il, au même point, le triste spectacle de ses misères? Au lieu de s'épuiser en vaines théories, en formules stériles de philanthropie humanitaire, la charité passerait dans les actes et, fécondée par la foi, multiplierait les prodiges. Les infirmités spirituelles ne céderaient pas moins que les maladies corporelles à sa douce et souveraine influence. L'envie perdrait son fiel et l'orgueil ses dédains, l'ambition renoncerait à ses intrigues et la vengeance déposerait ses colères, chaque infortune ou chaque joie aurait son écho dans le cœur de tous. Eh quoi, Messieurs, ne sommes-nous pas tous les frères de Jésus-Christ et les enfants d'un même Père qui est aux cieux? Y a-t-il un étranger dans la grande famille humaine ? Ne devrait-il pas exister entre nous une communauté de plaisirs et de
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peines ? Ne sommes-nous pas tous des exilés sur la terre, soutenus des mêmes espérances et poussant les mêmes soupirs vers la patrie d'en haut? Pour lequel d'entre nous le sang du Christ n'a-t-il pas jailli sur le Calvaire ? Aimons-nous donc les uns les autres ; car il est écrit de notre Maître à tous : « Comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin (i). » La charité est la source de la paix, la mère de la concorde, le lien de la perfection, la consommation de la justice. Elle est haute comme le ciel, forte comme la mort, large comme le monde; elle durera autant que l'éternité. Puissiez-vous , Messieurs , remplir fidèlement cette triple mission de charité, de science et de foi, et par là parvenir au séjour du bonheur, où la foi perdra ses ombres, la science ses obscurités , et où la charité reposera en paix dans la gloire, alors que Dieu sera tout en tous et que nous serons tous en lui ! Ainsi soit-il.
(i) S. Jean, xm.