POUR UNE CÉRÉMONIE DE VÊTURE ET DE PROFESSION
Ce n'est pas sans une raison touchante que vos supérieurs ont choisi la fête de sainte Ursule et de ses compagnes pour marquer l'époque de votre profession ou de votre prise d'habit. Quelle sera, en effet, votre principale tâche dans la communauté^ laquelle vous vous associez, les unes par un engagement définitif, les autres par une sorte de prélude et d'initiation? Ce sera d'instruire l'enfance chrétienne, de consacrer toutes vos heures , en dehors de la prière, aux matières de l'enseignement. Or, il n'est pas de lien plus étroit ni plus intime que celui qui existe entre la science et la pureté du cœur, entre la doctrine et la virginité. Aussi, quand le plus brillant foyer d'études qu'il y ait jamais eu en France, quand la Sorbonne de Paris voulut se choisir un patron,
de quel côté dirigea-t-elle ses regards? Sur quel saint porta-t-elle ses préférences? Est-ce sur saint Augustin ou saint Thomas d'Aquin ? Et pourquoi pas ? Ne sont-ce pas là les plus profonds penseurs que Ton puisse citer dans les fastes de la science? Ces génies n'ont-ils pas épuisé en quelque sorte toute la mesure du savoir humain? Eh bien, non ; quand la Sorbonne, cette compagnie si célèbre qu'on l'appelait autrefois le concile permanent des Gaules, lorsque, dis-je, elle résolut d'élire un patron, elle laissa de côté les grands noms et les grandes œuvres de l'évêque d'Hippone et du docteur angélique ; elle alla chercher dans les plaines de Cologne les restes et les souvenirs de quelques humbles vierges tombées victimes de leur amour pour le Christ ; et, les plaçant au milieu d'elle comme une protection et une force, elle se mit à perpétuité, elle et la science catholique de France, sous le patronage de sainte Ursule et de ses compagnes. Bel exemple et admirable leçon, mes chères filles ! En adoptant vos patronnes pour les siennes propres, le premier corps scientifique de notre pays voulut marquer la relation étroite qui existe entre la sainteté et la véritable science. Il faisait écho à la parole dû divin Maître qui disait : Beati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt (i), « bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu » , non seulement au soleil de l'éternité, mais même parmi les obscurités de la terre. La virginité, qui est le propre de la vie du cloître, est, en effet, la meilleure condition pour bien voir les choses de Dieu et de la religion. Car rien ne nuit davantage aux clartés de
(i) S. Matth., v, 8.
Tordre surnaturel et divin que la domination de la chair sur l'esprit. Les passions sont comme d'épaisses vapeurs qui s'élèvent du fond de la conscience et qui viennent se placer entre l'œil de l'âme et le soleil de justice : ce sont autant de nuages qui interceptent les rayons de l'éternelle vérité. Autre est le sort de l'homme qui sait tenir son cœur assez haut, pour que la matière n'arrive pas jusqu'à lui ; son regard reste limpide : oculus simplex (1). Dieu se réfléchit dans cette intelligence comme dans un pur cristal ; rien ne fait obstacle à la libre communication entre le foyer de la lumière et l'œil qui la reçoit. Voilà pourquoi la virginité est la protectrice naturelle de la science. Il convenait donc que le nom et la mémoire de sainte Ursule et de ses compagnes fussent associées à l'enseignement chrétien dans ce qu'il a de plus grand et de plus élevé.
Et dès lors, mes chères filles, comment ne pas vous féliciter d'entrer dans la vie religieuse sous de tels auspices ? Sans doute, vous n'aurez point, comme vos saintes patronnes, à rendre à Dieu le témoignage du sang. Mais la vertu, elle aussi, n'est-elle pas un long martyre? Placer sa volonté propre dans les mains d'autrui, ne connaître d'autre satisfaction que celle du devoir accompli, consacrer sa vie au service du prochain, surmonter toutes les répugnances que l'on peut rencontrer dans un labeur souvent stérile, toujours pénible; ne plus s'appartenir, mais être tout entière à une règle qui vous suit à chaque instant et partout, n'est-ce pas là aussi un sacrifice qui, aux yeux de Dieu, a son grand prix et sa haute
(1) S. Matth., vi, 22.
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valeur? Ce n'est pas mourir une seule fois, comme sainte Ursule et ses compagnes, mais c'est mourir à soimême, aux passions de la chair, aux vices de la nature, continuellement et sans interruption. Immolation féconde, que l'Eglise accepte avec bonheur et que Dieu couvre de l'abondance de ses grâces !
Tel est l'acte que vous allez accomplir en ce moment. Faites-le de grand cœur et résolument. Livrez-vous au divin Maître du plus profond de votre âme. Consacrezvous à lui avec tout ce que vous êtes et tout ce que vous avez. Et Celui qui ne se laisse jamais vaincre en générosité saura vous rendre au ciel le centuple de ce que vous lui aurez donné sur la terre. Ainsi soit-il !
ALLOCUTION
PRONONCEE