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POUR UNE CEREMONIE DE VETURE ET DE PROFESSION RELIGIEUSE

Qu'elles sont touchantes, mes chères Filles, qu'elles sont remplies de sens et de vérité, ces cérémonies de la vêture et de la profession , qui vont s'accomplir pour vous ! Chacune d'elles suffirait pour faire la matière d'une instruction ; car, sous le symbolisme de ces actes extérieurs et visibles , se cachent autant de leçons et d'enseignements qui élèvent l'âme bien au-dessus des choses de la terre. Ce cierge bénit signifie la lumière de la foi, qui devra éclairer tous vos pas sur le chemin de la vie. C'est en tenant à la main ce céleste flambeau, que vous marcherez au-devant de l'Epoux, dans la compagnie des vierges sages et prudentes. Ces habits que vous allez revêtir expriment la parure intérieure de la grâce ; ce voile, qui va tomber sur votre front, indique l'état d'une âme qui se dérobe aux yeux du monde pour ne paraître qu'au regard de Dieu; et le rosaire, qui ne

vous quittera plus jamais, désigne l'arme de la prière, avec laquelle vous repousserez tous les traits de l'ennemi. Ainsi vos différents devoirs sont-ils marqués d'avance par la sainte liturgie, qui les résume dans un ensemble d'actes dont la signification est aussi haute que profonde.

Mais, au fond de ces cérémonies si belles et si touchantes, il y a une idée première et générale, qui les domine, qui s'en détache, qui leur donne à chacune leur véritable sens. Je la trouve admirablement exprimée dans ces mots que vous allez répéter toutes ensemble : Regnum mundi et omnem ornatum sœculi contempsi, propter amorem Domini nostri Jesu Christi, quem vidi, quem amavi, in quem credidi, quem dilexi; « j'ai méprisé le royaume de ce monde et tout le vain éclat du siècle, pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que j'ai vu, que j'ai aimé, en qui j'ai cru, auquel je me suis consacrée ».

Oui, voilà bien, mes chères Filles, tout le sens de cette auguste cérémonie. Vous avez méprisé le royaume de ce monde et le vain éclat du siècle, pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est lui que vous êtes venues chercher dans la solitude ; c'est lui que vous avez trouvé, comme l'Epouse du Cantique : inverti quem diligit anima mea (1). C'est lui, sous la forme du Bon-Pasteur, que vous devrez servir dans la personne de ses brebis, et surtout de ses brebis égarées.

Et pourquoi vous êtes-vous attachées de la sorte aux pas du Sauveur? Ah! c'est que vous l'avez rencontré, « vous l'avez vu », quem vidi. Vous avez appris à le connaître dans ces entretiens intimes, dans cette conver-

(1) Cantique des Cantiques, m, 24*

sation du cœur, dans ce commerce surnaturel, dans ce colloque de l'âme fidèle avec le bon Maître. Méditer Jésus-Christ, sa loi, son Evangile, ses grandeurs, ses divines perfections, telle a été l'occupation constante de ces années préparatoires à votre noviciat ou à votre profession religieuse. Ah ! si le monde savait rechercher, ainsi que vous, la douce société du Fils de Dieu, comme toutes choses changeraient de face sous l'influence de ce divin modèle, qui a des lumières, des enseignements et des exemples pour tous les âges et pour toutes les conditions ! Mais, vous du moins, mes chères Filles, vous connaissez Jésus-Christ, vous savez ce qu'il est pour vous, votre Dieu, votre Sauveur, votre Père! Et, parce que vous le connaissez, vous l'aimez : quem vidi, quem amavit

Et comment l'amour de Jésus-Christ ne remplirait-il pas votre âme d'une sainte ardeur pour son service? N'est-ce pas lui qui vous a discernées dès vos plus jeunes années, et qui vous a choisies parmi tant d'autres, pour vous conduire par la main dans cet asile de la vertu et du vrai bonheur? Quoi de plus aimable que le divin Sauveur, qui est la beauté et la bonté même, en qui toutes les perfections se réunissent comme dans leur centre et leur foyer ? Tout ce qu'il y a dans les créatures de saint, de noble, d'attrayant, de parfait, se retrouve dans Jésus-Christ, mais élevé à une puissance qui n'est autre que celle de l'infini. Ne me parlez pas de joie, s'écriait saint Bernard, de satisfaction, d'allégresse, si Jésus n'y entre pour quelque chose. « Jésus, c'est le miel sur les lèvres, c'est l'harmonie dans l'oreille, c'est la jubilation dans le cœur », Jésus mel in ore, in aure melos, m corde jubi lus. « Il ne se peut rien chanter de plus

suave », nil canitur suavius, « il ne se peut rien entendre de plus agréable », nil auditur jucundius, « il ne se peut rien concevoir de plus doux», nil cogitatur dulcius, « que Jésus le Fils de Dieu » , quant Jésus Dei Filius. Partout ailleurs, c'est une image, un reflet, un vestige des perfections divines; « en Jésus, dit l'Apôtre, réside substantiellement toute la plénitude de la divinité » , in ipso inhabitat omnis plenitudo divinitatis corporaliter (i). Jésus, c'est la consolation dans la tristesse, c'est la force dans l'épreuve, c'est la résignation dans le malheur, c'est la paix au milieu des peines et des souffrances de ce monde. Pour être à l'abri des coups de la fortune, ou du moins pour ne pas les sentir, pour goûter ici-bas le véritable bonheur, quoi que l'on fasse et quoi qu'il arrive, il n'est besoin que d'une chose, d'aimer Jésus-Christ !

Ah ! c'est que l'amour de Jésus-Christ est le seul qui ne trompe jamais. Voilà pourquoi vous pourrez ajouter avec raison : In quem credidi, « en qui j'ai placé ma confiance ». Au milieu de toutes ses contrariétés et de ses tribulations, saint Paul s'écriait : Scio oui credidi(i), «je sais à qui je me suis fié » . Ce n'est pas à une amitié humaine, ce n'est pas à une puissance terrestre : il n'y a là le plus souvent que trahison et infidélité. Jésus-Christ ne manque jamais à ceux qui se donnent à lui dans la sincérité de leur âme. Il les prend sous sa garde, il les couvre de sa protection, il leur procure des joies intérieures auprès desquelles tous les plaisirs du monde paraissent fades et insipides. Il vous semblera parfois que ce secours n'est

(i) Épître aux Coloss., n, 9.

(2) 2e Épître à Timot., 1, 12.

pas aussi sensible: des sécheresses, des aridités, moins de goût, moins d'attrait pour les choses spirituelles , tout cela pourra vous faire accroire que Jésus s'est éloigné de vous. Mais non, c'est dans ces moments mêmes, c'est dans ces moments surtout qu'il est près de vous, appréciant votre constance, mettant à l'épreuve votre fidélité, mesurant à vos efforts la sincérité de votre attachement. Non, dans les diverses situations du chrétien, dans n'importe quelle circonstance de la vie, Jésus, suivant le mot du pieux auteur de Y Imitation, nous reste toujours comme un ami fidèle qui ne nous abandonnera jamais, lors même que les autres nous auraient quittés. Toutes les épreuves par où auront passé les âmes qui lui sont unies, tous les mérites qu'elles y auront amassés, Jésus-Christ les recueille, disait l'Apôtre, il les garde, il les conserve comme un dépôt, pour le grand jour de la rétribution finale : Scio cui credidi, et certus sum quia potens est depositum meum servare in illum diem justus judex.

Et dès lors, mes chères Filles, que vous reste-t-il à faire, sinon de vous unir, de vous identifier à Celui que vous avez connu , que vous avez aimé, en qui vous avez placé votre confiance : quem vidi, quem amavi, in quem credidi. C'est lui que vous devez voir et affectionner en toutes choses : dans vos supérieures qui tiennent sa place ; dans vos compagnes qui deviendront, comme vous-mêmes, ses épouses bien-aimées ; dans les enfants qui seront confiés à vos soins, et qui sont, avant tout, ses enfants à lui; en un mot, dans toutes les âmes purifiées et rachetées par son sang. N'ayez de forces et d'intelligence, de cœur et de vie que pour Jésus-Christ. C'est à lui que vous allez vous

3oo ALLOCUTION, ETC.

donner du plus profond de votre cœur; c'est par amour pour lui que vous avez méprisé « le royaume de ce monde et tout le vain éclat du siècle » , regnum mundi et omnem ornatum sœculi contempsi pr opter amorem Domini nostri Jesu Christi. C'est lui qui, en échange de ce sacrifice, vous admettra un jour dans un autre royaume, dans la patrie du ciel ; c'est lui qui vous couvrira d'un autre éclat, non point passager comme la gloire du siècle présent, mais durable autant que l'éternité bienheureuse que je vous souhaite. Ainsi soit-il.

ALLOCUTION

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