POUR LA CLOTURE D'UNE RETRAITE
Mes Chères Sœurs,
La voilà terminée, cette retraite qui était destinée à retremper votre âme aux sources de la foi et à vous renouveler quant à l'esprit, suivant la parole de l'Apôtre Renovamini spiritu mentis vestrœ (i). Car tous, tant que nous sommes, nous avons besoin, de temps à autre, de nous recueillir devant Dieu, de faire une halte dans notre vie et de nous placer en face de nous-mêmes, pour juger de notre situation intérieure et de notre avancement spirituel. Voilà ce que vous avez compris, durant ces jours passés dans le silence et l'oraison. Au flambeau des vérités évangéliques qui vous ont été rappelées avec un
(i) Épître aux Éphés., iv, a3.
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zèle si pieux et si touchant, vous avez examiné l'état de votre conscience, vous en avez sondé les plis et les replis, vous avez démêlé ce qui était confus, vous avez redressé ce qui était tortueux, vous avez aplani ce qui était rugueux ; en un mot, vous avez rétabli dans votre âme cet ordre et cette régularité qui doivent être le fruit de la retraite. Et vous voilà, par suite de ces pieux exercices, consolées, fortifiées, régénérées, prêtes à reprendre, avec une nouvelle ardeur, l'œuvre de votre belle et sainte vocation.
Vous allez donc retourner, mes chères sœurs, à ce qui a été jusqu'ici l'objet de vos soins et de votre dévouement : les unes, vers ce qu'il y a de plus triste et de plus infortuné dans la grande famille humaine, les malades et les infirmes ; les autres, vers ce qu'il y a de plus faible, il est vrai, mais aussi de plus attrayant, l'enfance chrétienne. Or, dans l'un comme dans l'autre de ces deux ministères, ce qui fait la grandeur et la beauté de votre mission, c'est que vous êtes intimement associées à l'œuvre de Jésus-Christ. Quand j'ouvre l'Evangile, je vois à chaque page l'aimable Sauveur accomplissant les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle, guérissant les lépreux et les paralytiques, rendant l'ouïe aux sourds et la vue aux aveugles, soulageant toutes les misères humaines, à tel point que saint Pierre résumait la vie de son divin Maître dans ces mots : Transiit benefaciendo (i), « il a passé en faisant le bien ». Sans doute, il ne vous est pas donné d'entrer en participation de ce pouvoir merveilleux ; mais, à défaut du miracle que Dieu s'est réservé, vous
(i) Actes des Apôtres, x, 38.
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répandez sur vos frères les trésors d'une charité qui ne connaît pas de bornes. Mission féconde et sublime, puisqu'elle est la mission même du Fils de Dieu !
Et vous , mes chères sœurs , qui vous dévouez à l'éducation de l'enfance , c'est encore Jésus-Christ qui est votre chef et votre modèle, lui qui disait : Sinite paruulos venir e ad me (i), « laissez les petits enfants venir à moi ». Elles viennent à vous, ces chères petites âmes, pour vous demander, avec le pain de l'intelligence, le germe de la vertu, la direction de la piété, le redressement du caractère, l'énergie de la volonté, tout ce qui prépare la jeune fille innocente et pure, l'épouse et la mère chrétienne, c'est-à-dire l'avenir des générations. ^Ah ! quel ministère ! Il n'y a que la fonction sacerdotale qui puisse l'égaler en importance et le surpasser par la grandeur et la sublimité de la fin.
C'est pourquoi, au moment où Dieu vous a conduites dans la solitude pour vous parler au cœur, je me sens pressé de vous rappeler à quelle hauteur sa bonté a daigné vous élever. Efforcez-vous donc de correspondre à sa grâce par des résolutions énergiques et efficaces. Car les obstacles ne manqueront pas sur votre route. Soit dans le service des malades, soit dans l'éducation de l'enfance, la nature humaine a ses faiblesses : le découragement nous saisit par intervalles, la tristesse nous abat, les contrariétés nous agitent, nos mauvais instincts se réveillent à l'instant même où nous les croyions étouffés
(pour toujours. Mais qu'est-ce que ces difficultés pour vous, mes chères sœurs, qui aimez Jésus-Christ, qui allez (i) S. Marc, x, i4-
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vous unir de nouveau au divin Epoux de vos âmes dans la sainte eucharistie, et qui êtes soutenues par l'espérance des biens à venir.
Car, ce n'est pas sans une raison touchante que vos pieux fondateurs vous ont donné le nom de sœurs de l'Espérance. Précisément parce que le service des malades est ce qu'il y a de plus répugnant et de plus dur pour la nature humaine, ils ont voulu que ce mot d'espérance fût sans cesse présent à votre esprit ; ils l'ont placé au front même de votre Institut, comme une force et un encouragement. Si déjà l'espoir d'un gain passager, d'une renommée ou d'une gloire éphémère soutient les hommes du monde au milieu de leurs travaux , que sera-ce pour vous de l'espérance chrétienne? Quand le laboureur creuse péniblement les sillons, il se console de ses fatigues par la pensée qu'il moissonnera, là où il jettera son grain. Ils s'en allaient, disait le psalmiste, en semant dans les larmes, mais ils reviendront bientôt dans l'allégresse, tenant sur leurs bras leurs gerbes d'or : Euntes ibant et flebant, mittentes semina sua, venientes autem venient cum exaltât ione, portantes manipulos suos (i). Ainsi travaillerez-vous avec confiance, expectantes beatam spem et adventum gloriœ magni Dei et salvatoris nostri Jesu- Christi (2), « attendant la béatitude qui a fait l'objet de votre espérance et l'avènement glorieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ ».
C'est appuyés sur cette espérance comme sur un fondement inébranlable que nous bâtirons l'édifice de nos
(1) Psaume XXV, 7, 8.
(2) Épître à Tite, 11, i3.
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vertus. Dieu veuille qu'il s'élève de plus en plus vers le ciel, qu'il gagne chaque jour en grâce et en solidité, en force et en hauteur, afin qu'il trouve son couronnement dans les splendeurs éternelles ! Ainsi soit-il.
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