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était fait de vos espérances ; vous auriez vu périr en un instant le fruit des travaux et des sueurs de toute une année. Mais vous aviez dans le ciel votre saint protecteur qui veillait sur vous; il a prié le Seigneur de vous épargner : c'est à son intercession que vous êtes redevables de la douceur avec laquelle Dieu vous a traités. Et ce n'est pas la première fois que vous avez ressenti son pouvoir : combien de fléaux sont tombés autour de vous sans approcher de ce qui vous appartenait? combien de fois, tandis que la désolation régnait chez nos voisins, la foudre a-t-elle semblé respecter des lieux qui étaient sous la protection du grand saint que nous honorons en ce jour.
Ce sont là de ces événements journaliers qui doivent vous inspirer une confiance entière à votre glorieux patron, et vous tenir dans une dépendance continuelle à l'égard de la Providence. Car enfin on peut vous tenir le même discours que Moïse adressait aux Juifs prêts à entrer dans la Terre promise. « Le pays que Dieu va vous donner, leur disait-il, ne ressemble point à celui d'Egypte, d'où vous sortez, où la terre, arrosée par des canaux qui la fertilisent, n'a pas besoin des influences du ciel pour produire tout en abondance. La terre que vous allez posséder, au contraire, est entrecoupée de plaines et de montagnes ; elle attend du ciel les pluies et les rosées qui la rendent féconde. Dieu la visite continuellement; ses yeux sont ouverts sur elle depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin, pour y répandre l'a-
bondance ou la stérilité, comme il lui plaît : Oculi illins in eâ sunl a principio anni usque ad finem ejus (1). » Vous êtes précisément dans le même cas, M. F. : vous n'habitez point ces heureuses contrées où la terre semble ne devoir qu'à elle-même les richesses dont elle est couverte, où un ciel presque toujours serein parait à peine contribuer en quelque chose à sa fécondité. Vous habitez une région exposée à l'intempérie des saisons et à la fureur des éléments; c'est du ciel que vous attendez ces heureuses influences qui font fructifier vos travaux; la Providence a toujours les yeux ouverts sur vous pour vous envoyer, comme il lui plait, ou des temps favorables qui vous enrichissent, ou des orages qui vous désolent : Oculi illius in eà sunt a principio anni toque ad finem ejus. Voilà ce qui doit vous faire sentir la soumission que vous devez à Dieu, et le besoin que vous avez que votre saint patron vous protège auprès de lui.
III. Enfin le troisième avantage que nous procurent les saints patrons, c'est de présenter nos prières au Seigneur et de les appuyer de leur intercession. Dieu a tout promis à la prière, il n'a mis aucune exception aux grâces qu'il y a attachées, et, après des paroles si expresses, nous devons la regarder comme un des principaux moyens de salut. Mais quelque constantes que soient ces promesses, n'avons-nous
(i) Deut. xi, 12.
pas sujet de nous délier de nos prières, lorsque nous considérons les imperfections qui les accompagnent? Dieu écoutera-t-il les demandes que lui font des pécheurs? des vœux formés dans un cœur tiède et indévot parviendront-ils jusqu'à lui ? Rassuronsnous, M. F. , nous avons nos saints patrons qui se chargent de lui présenter nos prières et de les rendre efficaces auprès de lui.
Et voilà, Seigneur, ce qui nous inspire la confiance dans les pratiques de religion et dans les hommages que nous vous rendons dans ce saint temple au pied de vos autels. Nous savons assez qu'ils ne méritent pas vos regards; que des pécheurs prosternés devant vous ne peuvent vous rendre qu'un culte imparfait; que, si vous faisiez attention à notre indignité, nous ne pourrions attendre de vous que des regards de colère. Mais le saint pontife que nous honorons en ce saint lieu joint à nos faibles hommages des respects plus dignes de vous ; si vous n'agréez pas nos vœux par rapport à nous, vous les agréerez du moins parce qu'il vous les présente.
Comprenez donc aujourd'hui, M. F., les avantages que vous procure l'intercession de votre patron, combien vous êtes redevables à la protection qu'il vous accorde auprès de Dieu. Comprenez combien vous êtes obligés à l'honorer, à le remercier de son assistance, à avoir pour lui une dévotion particulière.
il n'arrive cependant que trop souvent, par une
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piété mal entendue, que cette dévotion au patron est négligée. Je dis par une piété mal entendue : ce n'est pas qu'en général on ne soit porté à prier les Saints et à compter sur leur intercession; mais on croit être plutôt exaucé en invoquant ceux qui sont honorés chez les étrangers : le patron de la paroisse est ordinairement le dernier auquel on s'adresse. On fait des pèlerinages, et il semble que les plus éloignés soient toujours les meilleurs. On donne sa confiance à des saints quelquefois à peine connus, sur des récits souvent fort suspects, et on néglige ceux de tous les Saints à qui on est le plus redevable et sur qui on a le plus de raison de compter. La dévotion aux Saints en général est louable, M. F.; mais pourquoi aller chercher ailleurs ce que vous avez sans sortir de chez vous? Que trouverez-vous dans les lieux les plus éloignés que vous n'ayez ici? Des saints grands par leurs vertus et leurs mérites? en connaissez-vous de plus grands que ceux qui se sont consacrés au service de Dieu et à la sanctification des âmes? Des saints dont les reliques soient exposées à tous les yeux? Les cendres précieuses de saint Donat sont tout près de nous. Des Saints portés par eux-mêmes à vous protéger? y en a-t-il aucun à qui vous deviez avoir plus de confiance qu'à celui que Dieu vous a spécialement donné pour protecteur ?
Ranimez donc aujourd'hui votre dévotion et votre confiance à votre saint patron, M. F.; que ce
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jour, spécialement consacré à l'honorer, soit pour vous non pas un jour de licence et de joie profane, mais un jour de sainte allégresse, de ferveur, d'actions de grâces. Que les étrangers, accourus à la solennité, s'en retournent édifiés de votre modéra, tion et de votre piété, et souvenez-vous que la dévotion la plus solide et la plus agréable à votre saint patron, c'est de vous proposer ses vertus à imiter. C'est ici votre second devoir envers saint Donat et le sujet du second point.
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Il est certain, M. F., qu'un des plus puissants moyens de salut que nous puissions avoir, ce sont les bons exemples ; on se croit volontiers capable des vertus qu'on voit pratiquer par d'autres, efi nous sommes portés naturellement à imiter ceux pour qui nous avons de l'attachement et de l'eMime. C'est donc un des plus grands traits de la srgesse de Dieu, comme nous l'avons déjà remarqué avec saint Léon, de nous avoir proposé les Saints efc surtout les saints Patrons pour modèles : Mirabilis Deus in sanclis suis, in quibus nobis conslituit exemplum. Et quelles vertus plus dignes d'être imitées, M. F., que celles dont saint Donat vous a donné l'exemple ! une piété soutenue des l'enfance ; pendant son épiscopat, un zèle ardent pour la gloire de Dieu, une application infatigable au sulut des
âmes. Je ne ferai que toucher brièvement ces trois articles.
C'est aux prières de saint Colomban que le duc Yandalène et la vertueuse Flavie, son épouse, furent redevables de la naissance de saint Donat. Le Ciel le leur avait donné par un miracle, comme autrefois Samuel; les pieux époux se crurent obligés de le lui rendre, et de consacrer au service du Seigneur un enfant qui lui appartenait par tant de titres. C'était cependant un fils unique; une maison puissante et un nom illustre à soutenir, de grands biens qui allaient passer en des mains étrangères : toutes ces raisons n'ébranlèrent point la constance de ces parents vraiment chrétiens. Le nom seul de Donat les faisait souvenir de leur devoir; ils y demeurèrent fidèles. A peine notre saint était-il hors de l'enfance qu'il fut rendu au saint abbé de Luxeuil, qui était son père spirituel, et qui ne voulait confier qu'à lui-même le soin de le former à la vertu.
Heureuse destinée, M. F., d'être séparé des dangers du monde avant que d'avoir eu le temps de les connaître, et de consacrer à Dieu les prémices de sa vie ! Heureux les pères et mères qui, comme ceux de saint Donat, regardent les enfants qu'ils ont reçus du Ciel comme un dépôt dont ils doivent lui rendre compte ; qui croient ne pouvoir leur laisser d'héritage plus précieux que les bénédictions du Ciel cl un grand fonds de vertu! Ce devoir est trop négligé, M. F.; une folle tendresse, une bon-
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teuse indolence aveuglent la plupart des pères et des mères. Ils donnent bien moins de soin à l'éducation de leur famille qu'aux affaires les moins importantes. Tout le monde ne peut pas, j'en conviens, consacrer ses enfants à la retraite et les former à la vertu dans des monastères; mais en seraitil besoin, M. F., si la maison paternelle était une école de piété, si les jeunes gens n'y voyaient, n'y entendaient, n'y apprenaient jamais rien de répréhensible ? Saint Donat devint un grand saint, parce qu'il fut formé à la sainteté dès sa naissance ; la plupart des jeunes gens deviennent de grands pécheurs et des hommes très-vicieux , parce qu'ils ont été formés au vice dès le berceau, et qu'ils ont appris souvent à le pratiquer avant même que d'être en état de le connaître.
L'éclat des vertus de saint Donat ne demeura point renfermé dans le secret de son monastère, il pénétra bientôt dans toute la province, et c'est uniquement à la réputation de sa sainteté qu'il dut son élévation à la chaire archiépiscopale. Cette nouvelle dignité ne servit qu'à donner un nouveau jour à ses vertus. Quelle humilité ! quelle modestie ! quelle simplicité au milieu des respects que son rang lui procure ! quelle assiduité à la prière, quel respect, quel anéantissement, quelle ferveur au pied des autels? Quel zèle pour la décence du culte de Dieu, pour la pureté des mœurs, pour l'exactitude de la discipline ! C'est vous, Seigneur,
qui l'avez donné à votre Eglise ; un tel pasteur est le présent le plus précieux que vous puissiez lui faire. Vous voulez des saints pour approcher de vos autels, mais c'est vous seul qui pouvez les rendre tels. Ce sont les fonctions mêmes auxquelles vous les destinez qui sont le moyen le plus efficace pour les élever à la plus haute sainteté.
Prenez garde cependant, M. F.; vous avez peutêtre envié souvent le bonheur de ceux que Dieu a élevés au saint ministère, qui sont attachés par état à le servir, dont les occupations les plus journalières sont autant d'actes de religion. Ce bonheur est grand, sans doute, ceux qu'il a ainsi honorés ne sauraient assez en bénir la Providence, assez estimer leur état. Mais vous n'avez peut-être jamais pensé que, sans sortir du vôtre, vous pouvez égaler le mérite de ceux qui sont occupés aux fonctions les plus saintes. Non, M. F., ce n'est pas seulement dans les états spécialement consacrés au culte du Seigneur qu'on peut sanctifier toutes ses œuvres, on peut le servir et le glorifier par celles qui paraissent même les plus indifférentes et en faire autant d'actes de religion. Car, suivant le raisonnement de saint Paul, il y a, à la vérité, différents emplois, différents ministères, mais c'est le même Dieu que nous servons tous : Divisiones ministratiomim sunt, idem autem Dominus (1). Il y a des devoirs de plus
(\) I Cor. xii, 5.