io
aa4 sus ul fuebe.
sans hésiter que nous le serons : OrediU
quia accipietis y et evenient vobis. (i) Cependant combien en est-il parmi vous , qui , bien loin d'être animés d'une vive et ferme confiance en Dieu , dans les prières qu'ils hub adressent, ne se laissent aller, au contraire qua la défiance , qu'à l'incrédulité , qu'ait, trouble , qu'à de vaines inquiétudes , soi*^ Vent même à mille secrets désespoirs, ont recours à Dieu , mais ce n'est que l'extrémité, et quand tout le reste leur que. Ils croient un homme léger, tronapeur , inconstant , sur sa parole , et ils Tme croient pas un Dieu qui est la vérité, ï* bonté , la puissance , la sagesse même , m?
Dieu qui s'est engagé par le serment le plus solennel à nous exaucer chaque fois que nous le réclamerions ! Or , mes frères , une défiance si coupable , une incrédulité si marquée , dit saint Ambroise , ne mérite-t-eUe pas que Dieu raccourcisse son bras à leur égard , et qu'il ne daigne pas l'étendre pour les secourir ?
Pour prier comme il faut , il faut prier avec les sentimens de la plus profonde humilité. Cependant combien en voyons-nous qui n'apportent à leur prière qu'un esprit
(i) Marc. xi. a4«
^présomption et d'orgueil ? Car sans parler *** , mes frères , de ce luxe effroyable que *°«is apportez jusques dans la Maison • de -Ofeiioù vous priez; de cet air de grandeur ®* *!« suffisance qui vous accompagne par- ' *°**.t: , même en priant ; de cette irréligion , v ° ô *2et ennui , de ce dégoût , de cette molie&^^ ^ j e ces postures vaines et négligées, * ô *2es irrévérences , de ces immodesties que YC *Vasaffectez jusques même dans vos prières ; ^^Xs parler , dis-je , ici de tous ces scan- ^^les affreux qui rendent , pour l'ordinaire , r <^s prières si abominables devant Dieu :
^"*>us lui demandez des grâces , mes frères , ***ais comment les. demandez -vous ? non point comme des grâces , mais comme des dettes ; prêts à vous élever et à vous enfler , s'il vous les accorde ; prêts à murmurer et à vous plaindre, s'il ne vous les accorde pas : comme si Dieu devoit avoir des égards pour vous , comme s'il devoit vous distinguer ,• comme s'il devoit vous tenir compte de vos prières ! Cendre et poussière , ver de terre, orgueilleux pécheur, indigent et misérable, mille fois indigne d'être écouté , comment oses -tu te présenter devant le trône de ce Dieu de toute majesté ? comment oses- tu le prier -avec tant de présomption et d'inso- >' ' . 10..
Î2l6 SUR LA PRIERE.
lence ; tandis que Jésus -Christ son Fils , égal en tout à son Père , ne le prioit , dorant sa vie mortelle , qu'en Rabaissant devant lui, qu'en fléchissant les genoux , qu'en se prosternant le visage contre terre, qu'en versant des torrens de larmes, et qu'en poussant des cris lamentables? Ah! pécheur présomptueux , orgueilleux pharisien , faut-il être surpris que Dieu vous ferme son sein , et qu'il vous résiste ? Peut-il , en effet, vous exaucer aux dépens de sa propre gloire ? et seroitril juste qu'il répandît indifféremment ses biens et sur les superbes et sur les humbles, puisque ce n'est, pour l'ordinaire, qu'à une prière persévérante , que Dieu attache ses grâces , soit qu'il veuille par-là nous en faire connoître le prix et nous les faire désirer avec plus d'ardeur, soit qu'il prenne plaisir de nous voir recourir à lui avec persévérance et ferveur , soit qu'il veuille enfin éprouver par-là notre patience , et donner de l'exercice à notre vertu. Car ce Dieu de bonté ne se rend pas toujours d abord favorable à nos demandes, et bien souvent il souffre que nous gémissions longtemps dans nos besoins. Ainsi notre divin Sauveur en usa-t-il envers la Cananéenue qui vint se jeter à ses pieds pour obtenir la guérisonde sa fille. Il lui refuse d abord de
l'entendre , et ne lui répond pas même une parole ; ce n'est pas assez , il la rejette avec dédain , avec mépris , comme une étrangère indigne de ses faveurs ; il va plus loin' encore , il la maltraite de paroles et l'accable d'injures , et lui dit que le pain des enfans ne doit pas être la nourriture des chiens.
Cependant cesse-t-elle pour cela de prier, de presser , de solliciter ? Non \ non , là ré ^ sistance de Jésus-Christ augmefntît sa per^ sévérance , et sa persévérance triompha* de la résistance de Jésus - Christ et fut couronnée d'un miracle. Ah ! mes frères, qu'il est rare aujourd'hui de voir de ces sortes de miracles ! et faut-il s'en étonner ? A peine commençons - nous de prier , qu'emportés par un esprit volage et léger , nous interrompons , nous abandonnons ce saint exercice , pour quelque objet extérieur qui se présente. Bien loin de supporter, comme le dit le Sage , les lenteurs de ce Dieu bienfaisant, et d'attendre avec patience l'effet de nos demandes , nous voulons d'abord être exaucés dans nos prières ; et si nous ne recevons pas incessamment ce que nous demandons , bientôt nous cessons de prier.
Cette constante assiduité à la prière nous fatigue , nous gêne , nous cause mille ennuis
et mille dégoûts. Le moindre délai , la moindre sécheresse dans nos prières , la moindre privation des consolations sensibles , nous rebut&et nous décourage, nous aigrit même quelquefois , et nous irrite. Nous honorons des Saints qui -ont demandé Certaines grâces les vingt , les trente ans de suite , sans pouvoir les obtenir qu'à la fin de leur vie : et nous , pour nous être présentés une ou dçux foi$ à la porte de ce grand Père de famille, nous voudrions en être quittes, et n'être plus dans l'obligation de lui représenter que nous sommes pauvres et que nous attendons son secours. En un mot , chaque, fois que nous prions, nous sommons, pour ainsi dire , Jésus - Christ de sa parole , et nous ne songeons jamais que s'il a tout promis à la prière, il n'accorde rien qu'à la persévérance. De telle sorte qu'il arrive souvent , que sur le point même de voir nos vœux remplis et nos prières exaucées , nous en perdons tout le mérite et tout le profit , pour n'avoir pas voulu continuer de prier.
Finissons , mes frères , et concluons de tout ce discours, qu'il faut prier, et qu'il faut bien prier. Priez donc, mes frères , rien de plus important pour vous. Si vous êtes pécheur , par la prière vous obtiendrez votre conversion ; si vous êtes juste , par la
ST7& liA KLIBBB» 2âo.
prièie toW obtiendrez l'inestimable grâce de la persévérance ;-si *ous n'êtes ni l'uta ni l'autre par état , mais tantôt juste , tantôt pécheur , tels que sont tant de chrétiens lâches et imparfaits , par la prière yods ob* tiendrez infailliblement des grâces et des secours particuliers pour tous attacher plus étroitement à vos devoirs -, et pour' vous y. maintenir. Hélas ! je vous le répète encore , il suffit de demander pour obtenir. Si vous êtes tenté , la prière vous fera triompher de la tentation ; si vous êtes foible ,. la prière sera votre force ; si vous êtes malade , la prière sera votre consolation ; si vous êtes persécuté, laprière sera votre appui ; si votre ame est altérée , la prière sera une fontaine jaillissante et une source d'eau vive qui vous désaltérera pleinement. O ! mes frères, quel bonheur, quelle consolation , de trouver en, notre Dieu , au moyen de la prière , un protecteur tcnit-puissant qui nous défende, contre nos ennemis , un riche bienfaiteur qui nous comble de biens , un père qui- écoute nos vœux , un médecin qui guérisse nos plaies , un juge qui entre dans nos intérêts , un maître qui nous instruise ! Quel bonheur et quelle consolation pour nous de trouver dans ce saint exercice une grâce d'onction
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FRAGMENS
d'une instruction
PREMIER POINT
Qu'est-ce que la prière ? La prière , dit saint Chrysostôme , est une espèce de conversation avec Dieu $ c'est pour lors qu'on lui parle f et qu'on l'entend parler ; c'est pour lors qu'on lui expose ses misères, et qu'on implore sa miséricorde : Qui cortversantur eum Deo , colloquentem audiunU La prière , disent les saints Pères , est un cri qui de* mande à Dieu du secours : c'est une ouverture de cœur , une élévation et un soupir vers Dieu , pour attirer ses bénédictions et ses grâces. Cela supposé , j'établis trois propositions , qui' feront le sujet de ce premier point , et qui serviront de puissans motifs pour nous porter .à l'exercice fréquent de la prière., i. Jl est facilede prier; a. Il est utile de prjer ; 3^ Il est nécessaire de prier. Re«prenons tout ceci.
Premièrement. Il est facile de prier , selon ce que je viens de vous dire ; car de cette sorte toutes les actions chrétiennes que tous faites, peuvent être par-là autant de prières. Entendre la parole de Dieu , c'est prier ; satisfaire aux obligations de son état , c'est prier ; assister à la sainte Messe , aux Processions , aux Vêpres , c'est prier ; fréquenter les Sacremens , éviter les occasions du péché , fuir les mauvaises compagnies , c'est prier ; faire quelque bonne lecture dans un livre de piété , penser à votre salut , c'est prier; travailler à votre ménage , avoir soin de vos enfans et de vos domestiques , c'est prier ; éfudier 9 et dans vos études chercher à vous sanctifier et à instruire les autres , c'est prier • donner de bons avis que la charité suggère , recevoir ou rendre des visites que la charité chrétienne règle , c'est prieur ; prendre ses repas dans la vue de plaire, à Dieu, se divertir à des jeux innocens pour le mieux servir . dans la suite , c'est prier ; souffrir y être malade , être pauvre , être méprisé , calomnié , persécuté pour la justice , c'est prier : vos larmes prient pour vous, vos gémissemens et vos soupirs prient pour vous ; vos aumônes^et vos jeûnes prient pour vous; votre repos et votre sommeil même prient
a34 ■«** LA wuem.
pour vous : Somnus justorum oratio est, dit saint Jérôme. Non , non , ajoute saint Chrysostôme , rien ne sauroit tous empêcher de prier : Non împediris orare ; parce qu'il n'est rien de plus facile ; ni les lieux , ni les temps , ni l'embarras de vos affaires , ni la multiplicité de yos emplois , ni la longueur de vos maladies , ni la violence de yos per- . séditions. Dieu n'a pas tant besoin de yos voix , que de vos pensées ; de l'inclination de vos corps et de l'extension de vos mains, que de l'affection de vos cœurs et de la droiture de vos intentions. Vous dites que tous n'avez point d'oratoire : il n'est pas nécessaire d'en avoir ; saint Paul en avoit * il , quand il prioit dans sa prison ? que vous ne pouvez vous mettre à genoux : cela n'est pas nécessaire ; saint Paul pouvoit - il s'y mettre , étant chargé de chaînes , dans un * obscur et étroit cachot? Vous dites que vous n'avez point de santé : il n'est pas besoin que vous en ayez ; Ezéchias en avoit - il , quand dans son lit bien malade il se tourna vers la muraille pour prier son Seigneur et son Dieu ? que la voix vous manque : il n'est pas nécessaire qu'on vous entende ; la mère de Samuel en avoit-elle plus que vous, quand l'Ecriture dit d'elle qu'on n'entendoit
pas sa voix , mais que le .Seigneur l'entendoit bien ? Vous dites que vos ennemis vous poursuivent et qu'ils ne vous donnent aucun relâche : êtes - vous serré de plus près que Fétoit Moïse , qui voyoit devant lui la mer rouge , et derrière lui Pharaon avec .toute son armée , et qui cependant , dans son silence , crioit si fort , que Dieu lui dit: Quid clamas ad me? Que criez-vous tant ?
Vous pouvez prier partout , en tout temps et en toute sorte de rencontres : femmes , dans votre veuvage , comme sainte Monique ; dans nos églises , comme Anne ; sur le trêne , comme Esther ; marchands et artisans y dans vos boutiques , comme saint Joseph ; dans vos campagnes, en taillant vos vignes, en labourant vos terres , comme saint Isidore ; en gardant votre bétail , comme sainte Geneviève ; dans vos maisons , en filant , comme la Femme forte dont parle le Sage ; dans votre travail , en chantant des cantiques ; assis , debout , dans quelque posture que vous soyez , pourvu quelle soit décente. Savans ou ignorans , libres ou esclaves , maîtres et serviteurs , dans quelque état, dans quelque condition que vous soyez, vous pouvez toujours prier : Non impediris semper orare ; parce qu'il nest rien de plus
a3â sur la p&ibm.
aisé que la prière. Ce qui nous prouve en* core la facilité que nous avons de prier, c'est la bonté de Dieu , qui est toujours prêt à nous écouter. Quand nous voulons entrer dans la maison d'un grand du monde , pour obtenir de lui quelque faveur , il faut souvent que nous recevions mille mortifications de son portier et de ses domestiques , et que nous observions le temps le plus commode pour lui parler. Monsieur est -il de bonne humeur P ne lui est-il rien arrivé qui le chagrine ? Il faut que nous passions souvent plusieurs jours à sa porte , sans avoir audience ; il faut que nous cherchionsa nous mettre bien , par nos présens -ou par nos bassesses , dans les bonnes grâces de sejs favoris. Il n'en est pas de même de vous, 6 mon Dieu ! On vous aborde à toute heure, sans argent, sans frais , sans dépense, sans appréhender de vous mettre de mauvaise humeur ou de vous y trouver. Il n'y a ni portier qui nous défende l'entrée de votre maison , ni compétiteur qui nous soit suspect , ni gardes qui nous repoussent , ni valets qui nous rebutent. Vous ne vous appauvrissez jamais ; vous donnez à tous libéralement , sans reprocher vos dons. Que nous soyons couverts de haillons, que nous
SUR LA PRIERE, v Ï&J
ayons des ulcères depuis les pieds jusqu'à la tête , e'est un titre pour être bien reçu de tous. Vous nous invitez de venir à vous , vous nous prévenez même ; vous vous plaignez de ce que nous ne vous exposons pas nos misères , et de ce que nous ne vous demandons rien : Usque modo non petistis qiddquam. (i) O hommes ! que vous êtes donc bien aveuglés de négliger un moyen de salut aussi aisé que celui de la prière ?
et ne sera-ce pas là ce qui vous rendra plus inexcusables aux jugemens de Dieu ?
Mais non-seulement l'exercice de la prière est aisé , il est encore très-utile. La raison que j'en donne , c'est que la prière est un puissant moyen , un moyen très-efficace , pour obtenir les grâces du Ciel. Cette vérité est fondée sur la parole même de Jbsus-Christ , qui nous assure que tout ce que nous demanderons en son nom nous sera accordé. Petite /Demandez, nous ditil dans son Evangile : Pulsate ; frappez:
Qucerite ; cherchez. Pourquoi ? c'est qu'on vous accordera ce que vous demanderez :
et dabitur vobis ; qu'on vous ouvrira quand vous frapperez à la porte : etaperietur vobis; c'est que vous trouverez quand vous cher-
(i) Joan* xvi. a4»
338 r SUE LA, PRIEES.
çherez : et i/wenietis. Car vous - mêmes , ajoute le Sauveur, tout insensibles que vous êtes , vous vous rendez quelquefois à l'importunité de vos amis , et ne pouvez leur refuser votre assistance dans les rencontres où ils ont recours, à vous : à combien plus forte raison votre Père céleste fera-t-U part des trésors de sa grâce et de ses richesses à ceux qui se confieront en lui- et qui lui offriront pour cela leurs vœux et leurs prières?
Car voilà ce que vous devez attendre de lui , et ce qui vous sera certainement accordé , si vous le priez comme il faut. Ce ne sont point seulement des biens terrestres et mortels , mais des biens invisibles et incorruptibles! les biens de lame , le bon esprit:
Dabit spiritum bonum; (i) un esprit de lumière , pour connoître la route que vous devez prendre et pour y marcher avec assurance ; un esprit de douleur et de componction , pour pleurer vos égaremens passés et pour en sortir ; un esprit de ferveur, pour vous animer dans le service de Dieu et dans la pratique des vertus chrétiennes ; un esprit de force , pour vous soutenir contre les attaques de la nature corrompue , du monde, de l'enfer ; un esprit de soumission dans (i) Luc, xi. 1 3,
SUR LA PRIÈRE. 2$g
les croix et les adversités de cette vie ; en un mot , un esprit de sainteté pour remplir toutes vos obligations soit par rapport à Dieu, soit par rapport au prochain, soit par rapport à vous - même : Dabit spiritum bonum. Voilà les grâces que Jésus-Christ attache à la prière. De là tant d éloges que l'Ecriture et les Pères lui donnent. Une humble prière , dit Salomon , ouvre les cieux , monte jusqu'au trône de Dieu , et attire sur nous ses miséricordes. G est une source abondante de tous les biens et un trésor inépuisable , dit saint Jean Climaque ; c est le fléau , la terreur des démons , c'est la clef du Paradis , dit saint Augustin. Quelle foule d'exemples ne se présente-t-il pas ici pour prouver encore mieux l'efficace de la prière P Josué prie , et à sa voix le soleil même s'arrête au milieu de sa course ; le Seigneur obéit, dit l'Ecriture. Judith prie, et Dieu lui donne un courage , une force au-dessus de son sexe. Soutenue de la prière, elle défait une armée entière des Assyriens, elle coupe la tête à Holopherne leur général, et demeure invincible. Si les flammes se changent en rosée dans la fournaise de Babylone , et si ellçs n'ont de la force que pour brûler les liens de trois Enfans , c'est
24" *TO LA nUÈftX.
que leur occupation, dans ce lieu, étoit de louer Dieu. Si les lions affamés ont eu du respect pour Daniel , c'est qu'il étoit dans la fosse comme dans un temple. Le Publicain prie , et dans un moment il est justifié; bieu lui accorde une rémission entière de ses péchés. Les Apôtres assemblés à Jérusalem prient , et le Saint-Esprit descend sur eux. Saint Paul , dans le Temple , prie , et tout-à-coup ravi hors de lui-même , il voit le Sauveur des hommes , il l'entend , et en reçoit de salutaires instructions. L'assemblée des fidèles prie 5 et prie sans relâche pour la délivrance de saint Pierre ; dès lors ses chaînes se brisent , les portes de sa prison s'ouvrent , le Chef de l'église est mis en liberté , quoiqu'il soit environné de gardes.
Enfin rien ne résiste à la prière; c'est elle qui a fait pleuvoir , lorsque le ciel étoit fermé ; c'est elle qui a défendu les villes , lorsqu'elles êtoient assiégées ; qui a apaisé les tempêtes* lorsqu'elles étoient dans leur plus jurande violence. C'est un bouclier, dit le Sage, que nous opposons à la colère du Seigneur et aux coups redoutables de sa justice.
I exemple de Moïse qui prie . suffit pour nous eu iNMiYaincre. Dieu forme le dessein d ex* terminer le peuple d'Israël , repeuple mal-
SUa LA. PRIÈRE. 24 1
heureux , ce peuple ingrat. Moïse se met au devant ; il prie le Seigneur , et par sa prière il lui arrache , comme par force , les foudres de la main. C'est ce qui oblige Dieu 1 d'user de prière envers Moïse, afin qu'il ne ( s'oppose pas à sa juste vengeance. Ah! Moïse , tu me fais violence , tu me retiens le bras malgré moi ; laisse - moi faire , laisse - moi perdre ce peuple ingrat et infidèle: Dimitte me y ut irascatwr Jiiror meus. (1) Ne vous semble - 1 - il pas , mes frères , de voir un homme extrêmement en colère , qu'on retient par force , de peur qu'il ne s'emporte à quelque violence , et qui crie qu'on le laisse aller , afin qu'il se venge de ceux qui l'ont offensé : Dimitte me. Eh quoi ! Seigneur, qui est Moïse pour résister à vos volontés ?
Qui est ce serviteur qui peut s'opposer au Maître du ciel et de la terre ? Qui est cet j homme foible qui peut arrêter la force de votre bras ? Non , mes frères , ce n'est pas j I Moïse qui lie les bras de Dieu ; c'est sa prière qui le désarme , qui l'empêche de passer t outre , et qui lui fait tomber des mains les carreaux et les foudres qu'il étoit prêt de lancer. prière , que ta force est grande , qu'elle est admirable de pouvoir résister à (1) Exod. xxxii. xo.
un Dieu , et à un Dieu irrité ! Ce sont tout de même les plus gens de bien qui arrêtent souvent , par leurs prières , les effets de la colère de Dieu , qui fondroit sur les villes , sur les paroisses et les familles , comme* il fût arrivé à Sodome , s'il s'en fut seulement trouvé dix. C'est pourquoi , c'est un trèsgrand bonheur pour une paroisse , quand des personnel vertueuses y demeurent. Vous traitez de simple et de petit esprit ce jeune homme qui n'est pas débauché comme ceux de son âge , qui fréquente les Sacremens , qui assiste aux Offices de l'Eglise ; cette fille qui se retire des compagnies du monde, qui fuit les fréquentations et les danses, qui est sage , modeste dans ses habits , dans ses entretiens. Vous appelez bigotte , cette bonne servante , qui prie' Dieu soir et matin , qui assiste tous les jours, autant qu'elle peut, à la sainte Messe , qui communie tous les mois ; mais sachez que ce sont ces simples et ces petits esprits , qui , par leurs prières et leurs bonnes œuvres , s'opposent à la colère de Dieu , qui , sans eux , éclateroit sur toute une ville ou une province. Sachez , libertins, impies, que c'est cette bigotte qui, par la ferveur de ses prières et la sainteté de sa vie , empêche que Dieu n'extermine
SUE LA PRIEES. 243
votre maison 9 comme les péchés qui s'y commettent l'y porteroient sans doute. Hélas! que deviendrait le monde 9 aussi pécheur qu'il est , que deviendriez-vous vous-mêmes , si parmi vous il n'y avoit quelque bonne ame ?
Dieu vous perdrait sans ressource. .
Voilà Futilité de la prière : voici sa nécessité.
Ah ! mes frères , écrivoit autrefois le pape Gélestin aux évêques de France : Que la prière soit toujours dans votre cœur , afin que la grâce et la miséricorde de Dieu soit toujours avec vous. Comptez que le Seigneur ne s'éloignera jamais de vous , que . jamais il ne cessera de vous éclairer, de vous conduire , de vous protéger, tant que vous ne cesserez point de l'invoquer. Vous vous plaignez tous les jours de la difficulté du salut , surtout au milieu du monde où tous avez à éviter tant de dangers et tant de fâcheuses occasions. Voulez-vous, parmi tant d'écueils , n'avoir rien à craindre ? munissez-vous , armez-vous de la prière. C'étoit le soutien ordinaire du Prophète , au milieu du monde corrompu où il vivoit. Il en con neissoit bien les avantages , il en faisoit ses délices. Eh ! que ne savez-vous en profiter
a44 sua *** peibhb.
comme lui ? Vous vous plaignez des adversités* 9 des croix que Dieu vous envoie , et vous dites que vous n avez pas assez de patience pour les supporter ; recourez à la prière : que vos enfans sont des libertins , que vos maris sont des débauchés et des prodigues ; recourez à la prière , et Dieu leur touchera Je cœur. Vous vous plaignez de ce que vous êtes misérable ., dénué de toute chose , abandonné de tout le monde , exposé à toutes sortes de malheurs ; voulezvous un remède infaillible pour vous délivrer de ces misères, priez , priez sans cesse. Vous êtes tenté ; priez , et Dieu ne permettra pas que vous soyez tenté au-dessus dé vos forces. Vous craignez que la prospérité ne vous enfle le cœur , que les souffrances ne vous aecablent ; priez , et Dieu vous donnera des forces pour ne pas succomber à ces épreuves
Petite } et accipietis. Ah ! Seigneur , devezvous lui dire avec le Prophète , levez-vous pour me secourir , et conduisez mes pas ; enseignez - moi vos voies , confondez vos ennemis et les miens , aidez-moi à me relever de mes chutes, et attachez-moi fortement à mes devoirs et à la pratique de
«nt la prière. a4?
^rtftre sainte loi. Il faudroit réciter ici tous «es Cantiques sacrés. Je ne m'étonne pas -ensuite , s'il <étoit rempli de forcé , et s'il ^avançait à grand pas dahs le chemin du Ciel ; et je ne suis point surpris, mes frères, ai vous , au contraire , vous êtes tièdes dans le service de Dieu , si peu fidèles à sa loi , m peu exacts à vos devoirs, ayant un si grand -éloigriement pour la prière.
- Priez , demandez , et Ton vous donnera £outce que vous souhaiterez : voilà l'utilité Ae la prière. Mais je Tais plus loin , et je dis qu'elle nous est non-seulement utile , mais «ncore absolument nécessaire pour nous Sauver ; et voici les preuves sur lesquelles Rétablis cette nécessité absolue delà prière.
*' La première preuve de la nécessité absolue -de la prière par rapport au salut,, est tirée de la nécessité des grâces actuelles et efficaces pour nous soutenir dans le cours d une vie chrétienne. En effet, sans les grâces actuelles £t efficaces , point de salut ; c'eft un article de 4bi , dont il ne nous est pas permis de douter. Or , pour des chrétiens , peu ou point 4e ces grâces puissantes et efficaces, s'ils ne ■prient z donc , pour les chrétiens , point de salut sans la prière. La grâce et la prière, «ont deux choses indivisibles-, dit saint Je- 3 4 H
44& shk, hK pftiiaJL.
KÔme , écrivant contre les Pélagie» : dé-r truirç la nécessité de la- grâce , c'est dé-> truirçla nécessité de la prière; et établir hk nécessité de la grâce , c'est établir celle de> la. prière» Trouve^moi un homme qui nain Cas besoin de la grâce , je vous dirai qu'il n'a non plus besoin de la prière ; mais comme 1 tous les hommes ont besoin de la gloire de.
Dieu, comme tous les hommes, pour arriver à cette gloire , ont besoin de sa grâce , i)s ont tous aussi besoin de prier. C'est aussi» le sentiment de Suarès , de saint Thomas et* de saint Augustin 9 que , quoiqu'il y ait de certaines grâces que Dieu accorde sans en.
être prié , néanmoins , communément parlant , c'est la prière qui les obtient ; et pour l'ordinaire , Dieu n'a donné ces grâces efficaces , ses secours abondans , qu'à ceux qui les lui demandent : Nisi média oratione ; parce que , dit saint Augustin , en ce qui regarde ses dons et ses grâces , il veut nous tenir toujours humbles et dépendans de lui. Il 'veut en user ainsi à notre égard , dit la Docteur angélique , pour nous apprendre,, dune part, à sentir , à connoître nos besoins et nos misères ; et de l'autre , le prix de sa grâce , qui vaut bien le demander , et son infinie bonté qui nous l'accorde. Un signe.
Mdent que le Seigneur veut en user ainsi f &est l'obligation qu'il nous a imposée àV prier, parle commandement qu'il nous e* fait,
De-là ,- mes frères , apprenez pourquoi' fcant de gens dans le monde sont si foibles / tombent si aisément , trouvent les exercices de piété si pénibles et les abandonnent , en: un mot , se damnent-, et se damnent presque sans remords et sans reflexion. Ne craignons* point de le dire , -c'est qu'ils n'ont pas certaines grâces spéciales. Et comment ne letf ont-ils pas ? par leur faute. Et par quelle faute ? parce que, pouvant les demander , ils ne les demandent pas. Ne vous en prenez donc qu'à vous mêmes, et non pas à la bonté divine. Vous auriez tout abondamment, si vous aviez soin de mieux prier et plue souvent.
La seconde preuve est fondée sur la néœssité de la persévérance : car nous ne se-' irons jamais sauvés , et nous ne pouvons letre,' sans la grâce de la persévérance finale. Or à : prendre les choses dans les règles communes , nous n'aurons jamais la grâce de la* persévérance finale, sans la prière. Par Conséquent , suivant les règles communes , il «i y a point de salut pour nous , sans la prière*'
a48 STO LA PKIERC.
De tous les dons de Dieu , mes- frères ,' lé plus grand 9 le plus excellent et lé plus incertain , c'est sans contredit celui de la persévérance finale 9 à laquelle le salut est attaché. Le saint Concile de Trente frappe d'anathème et condamne d'hérésie, quiconque 9 sans une révélation particulière' de Dieu, se répondroit avec une assurance entière de lavoir. Autant que nous sommes assurés , dit saintTÂugustin , dé la récompense que Dieu prépare à notre persévérance, si nous l'avons ; autant sommes-nous incertains si nous l'aurons : et cela est tellement vrai , que les plus grands Saints , pendant même que leur conscience ne leur reprofche rien , doivent toujours vivre dans une crainte salutaire. Cette vérité est terrible, j'en conviens , ces réflexions effrayantes : Je ne suis pas pour demeurer toujours dans le monde , je dois bientôt passer dans un autre ; là il y a des biens et des maux éternels qui m'attendent : le Ciel, si j'ai la persévérance ; l'Enfer , si je ne l'ai pas ; et je ne sais si je l'aurai ou si je ne l'aurai pas : ce qu'il y a de plus étonnant pour moi, est que, quelque bien que je fasse , quelque peine que je me donne , quelque vertu que je pratique , je ne puis Tacheter ni ,1a mériter. Mes frères , ces peu*
STTfc LA PRIERE. ïfâ
sée$ vous épouvantent , et j'en suis épouvanté comme vous : O altitude* ! Toutefois il faut que je me console, et que je vous console ^vec moi ; il faut que je vous apprenne un moyen prompt et puissant pour vous rassurer, et pour revenir de ces frayeurs atterrantes et désespérantes. Or , quel est-il ce moyen si désirable et si nécessaire ? c'est la prière , dit saint Augustin ; car , par la prière , nous pouvons obtenir de Dieu la persévérance. Pour avoir ce grand don de la persévérance , dit ce grand Docteur, vous devez, le demander à Dieu avec confiance , et le demander tous les jours : Qaotidianis orationibus. J'ose vous répondre que Dieu aura égard à votre demande , si elle est telle qu'elle doit être , et que vous serez du nombre des Prédestinés. Ne nous plaignons donc plus de ce que nous ne pouvons mériter la persévérance , puisque nous pouvons , par la prière , engager Dieu à nous la donner f . la gagner , non par un mérite de rigueur , mais par un mérite de supplication. Plaignons-nous seulement de notre, négligence à nous servir d'un moyen si salutaire , si efficace , et en même temps si facile. Mais $i je demande à Dieu la persévérance, est-il certain , est-il infaillible qu'il me l'accor-
jtôo SB* Ut PftlKR*..
dera ? Quand la chose serait seulement prfr- Jwble y ne seroit-cë pas une raison suffisant» pour prier ? Mais je Tais plus loin, et je dis. que 9 si tous priez comme il faut , tous obtiendrez immanquablement la grâce dont je parle. Je me fonde sur l'autorité incontestable de Jésus-Christ : Si quid petieritis Patrem m nomine meo ,. dabit vobis; (i) «Tout ce que tous demanderez à mon Père fn mon nom, il tous le donnera. Le Fils de Pieu y dans cette promesse , n'excepte rien*. Routes nos autres actions, pour sainte* gu elles soient,, ne nous attirent pas toujour» de la part de Dieu la grâce de 1^ persévérance. Xeûnez tous les jours de votre vie h jruinez-vous le corps et la santé par de longues et de rigoureuses austérités , renoncez: nu monde et à tout ce qu'il a- d'engageant pour tous : aurez-vous pour cela la perses yérance finale ?Je n'en- sais rien ,. et je ne puis prononcer là-dessus avec certitude j fnais priez , et priez bien , tous ave« l*Evan-^ gile même pour garant du succès de votre prière , et j'avance sans hésiter que vous, persévérerez i Si quid petieritis Patrem ira twmine meo % dabit vobis. Mais si je ne priet pas , si je ne demande pas. la persévérance h
' (i) Joaru xtj* xi^
est- il certain , est-il infaillible que je ne l'au» rai pas ? Oui, Chrétien, il est certain > il est infaillible , j'entends toujours dans le cours ordinaire de la Providence ; et voilà Fabsolue nécessité de la prière par rapport au salut , que [nous appelons une nécessité de moyens. Reprenons et réduisons tout ceci. La persévérance finale est absolument nécessaire au salut , en sorte que la persévé" rance manquant , le salut manque. La prière est absolument nécessaire pour avoir la persévérance finale, en sorte que la prière manquant, la persévérance doit aussi manquer.
Donc là prière est absolument nécessaire au salut; et c'est vouloir se damner que de ne vouloir pas prier et prier souvent , puisque c'est vouloir manquer de persévérance , laquelle n'est accordée qu'à la prière et à la fréquente prière : Non nisi orantiius. Par quelles raisons puis-je vous persuader plu* Sensiblement de l'extrême nécessité de la prière ; par quelles considérations puis-je vous engager plus fortement à la mettre ett oeuvre et à vous en servir , que par ces trdtt motifs que je viens d'exposer à vos yeux ?
Mais si la prière est si nécessaire au salut, cPoà vient donc qu'on la néglige si étrangement ? d'où vient qu'étant accablés dç
tant de misères , tous refusez d'en- èhetf&" cher les remèdes ? d'où vient qu'ayant besoin de tant de secours r vous êtes si lents a les demander ? Ecoutez avec frayeur le' sanglant reproche que Dieu vous en fait : :
Vos qui dereliquistis Dominum* (i) Malheur a vous qui avez abandonné le Seigneur votre Dieu ! malheur à vous qui ayez oublié de m'offrir vos prières sur la montagne sainte t autrement, dans, le temple où je fais ma demeure ! malheur à vous qui avez dressé des autels à la fortune , et lui avez fait des sacrifices ! Si. vous m'aviez rendu par vo^.
prières l'hommage que vous êtes obligea dame rendre ; si vous aviez cherché auprès de moi le soulagement de vos maux et la réfor** ^nation de vos mœurs , je n'aurois pas manqué de vous écouter , et de vous accordes* ïeffet de- vos prières ; mais vous avez porté ailleurs vos sacrifices et votre encens > vou& vous êtes jetés aux pieds de l'idole- de la 'Fortune que vous avez regardée comme votre Divinité. Allez , idolâtres , je vous traiterai comme vous le méritez , vous porterez par-»
tout la malédiction avec vous y elle vousv accompagnera jusqucs dans les enfers.. Voilà y mes frères , les justes reproches que le Seir*>
£i) ba^ ixv». il*.
SUR LÀ PRIEES. 253
gneur vous fait par son Prophète , au sujet de l'effroyable éloignement que vous avezf pour la prière. Car enfin , de vingt-quatre heures que vous avez dans chaque jour, combien en employez-vous à la prière ?
Hélas , le dirai-je à votre confusion ? Ce marchand pense tout le jour à son trafic i cet artisan , à labourer &es terres ; cette femme , à son ménage ; cette fille , aux dîvertissemens et à la danse ; ce jeune homme , au plaisir et à la débauche 9 et les riches , à se donner du bon temps ; ce pauvre , à ga^ gner sa vie ; les uns et les autres, à leurs affaires temporelles : mais à là prière , c'est à quoi Von pense le iàoins. Hélas ! combièû de fois -avez vous passé les jours,. les mois entiers 9 sans faire votre prière le matin et le soir , sans élever votre coeur et votre esprit à Dieu pendant la journée ? combien de fois n'avez -vous pas négligé d'assister a la sainte Messe , aux Offices divins', aux Processions, aux exercices de piété qui 1 sont tout autant de prières publiques qu'onfait dans votre paroisse ? Combien de fois , etc.. Quelle ingratitude r quelle honte pour les-; Chrétiens , d'oublier un Dieu qui pense constamment à eux , qui les a créés , qui les con«ferve a chaque moment ! de penser toujour^
%54é 6tTft TA PRI£RH^
à amasser des biens périssables,, et de né penser jamais à leur salut, à leur éternité Y tst-ce pourquoi vous êtes dans le monde ?-' Et ne me dites pas , que vous n'avez pas le* temps , que vous avez tant d'affaires qu'elles* ne vous laissent pas le loisir de vous acquitter de ce devoir. Eh l vous avez tant de* temps, s'écrie saint Paulin r pour les choses de la terre , pour vos fermes ,. vos usines r vos maisons de campagne, votre trafic, votredivertissement ; et quand il s'agit de prier- Dieu , iraplprçr se$ grâces r etc. vous n'avez? jamais le tçmps , vous êtes occupés d'une* infinité d'affaires! Vous avez du temps pour* ^tre marchand) homme d'affaires , pour voua promener r pour vous divertir ,. pour faire' «jes parties , pour danser 9 . pour faire tour ce qui vous plaira ; vous y passeriez les joursentiers :- et vous n'en avez pas pour être* chrétiens | pour rendre vos hommages à?
Dieu ,. et pour vous acquitter d'un de vos principaux devoirs , qui est la prière ! Mais surtout , vous avez tant de loisir pour prendre vos repais ordinaires, quelque affaire que tous ayez , quelque pressée qu'elle soit ;.efc si vous manquez l'heure accoutumée , vous* savez bien en trouver une autre : et vous-.
jiavez jamais le temps pour donner la nou^
SUR LÀ PRIERE. a 5S
riture à votre ame , qui est la prière ! En un mot , vous avez du temps de reste pour ce qui regarde les choses temporelles , et vou»
n'en avez point pour les choses spirituelles f et qui regardent votre salut ! Vous avez du temps pour vous damner ., et vous, n'en avezv point pour vous sauver ! Vous n avez «pas lé temps ? il faut le chercher Corrigez donc ce dérèglement , et si vous avez tous les jours un certain temps réglé pour vos repas, pour Votre trafic , pour vos affaires , pour votre corps, ayez aussi un temps réglé pour votre salut, pour votre éternité , pour votre Dieu y pour votre ame. Que votre résolution soit de ne jamais sortir de votre maison que vouf n'ayez fait votre prière le matin ; de ne ja* mais vous coucher le soir qu'après avoir fait votre prière : vous , père de famille , à la tête de vos- enfans ; vous , maîtres et mai* tresses , à la tête de tous vos domestiques^ C'est là une de vos principales obligation**,» de voir que tout le monde prie Dieu chefc' vous ; d'entendre , autant que vous pourrezy la sainte Messe tous les jours ; de ne passée jamais aucun jour de la vie sans faire à Die* quelque prière particulière pour répandre* ▼otre cœur devant Dieu\, pour lui décou-' wir vçs misères , pour bu demande* v<*>
ï5S SVR LA PME**». 9
aécessités , soit que cette prière soit ext£<fc rieure et vocale, soit quelle soit intérieures et mentale , tantôt en* tous occupant don salut , de la mort , de l'enfer , de quelque* grande vérité de la Religion ; tantôt en réfléchissant sur la Passion- de Jésus^Chiiistj. On pourroit employer, à ces sortes de prières, une demi - heure le matin , autant le soir , et encore plus les Dimanches et lesr Fêtes , qui sont consacrés à. ce saint- exercice. Que si. vous, mes frères r qui gagnez votre vie et celle de vos enfans au. travail ^de vos mains , ne pouvez pas donner tout oe temps à la. prière ; outre celle du matin er du soir , qui est indispensable à toutes sorte», de personnes , et: que vous ne devez jamais manquer de faire pour quelque raison que «e soit, vous devez faire toutes vos actions en esprit de prière , élevant de temps • eit temps votre cœur, à Dieu , pour lui. offrir votre travail; Mais qui vous empêcheroit^ non-seulement vous qui n'avez autre chose à: faire qua vous promener , de donner tous les- jours une heure ou deux heures à la prière , faire un peu de lecture ,. visiter le saint Sacrement , réciter le chapelet ,.
l'Office de la sainte Vierge , quelque prière ]>pur les morts $ mais encore , vous qui êtes.
Sànsîètraficou dans les affaires, de dérober^ fous les jours, quelques heures à vos occu-> Rations pour lés donner àce saint exercice P tos affaires nen îroient que* mieux , et c'est ce que pratiquent utilement plusieurs personnes de piété. Priez 'donc , mes frères v priez tous- : dans quelque état que vous «oyez , vous devez prier. Ètes-vous pécheurU priez. Ah.! ne cessez point, en ce triste état où vous êtes , de prier ; demandez à Dieu sa grâce , qu'il vous touche le cœur , qu'il •vous convertisse : sans cela, je vous regarde f ou du moins j'ai lieu de vous regarder comme* un réprouvé - r parce que Dieu r pour l'ordi? ttaîre ,. n'accorde, ses grâces qu'à la prière» Etes-vous juste , et avez^vous ua sujet rai~ sonnable de croire que vous vivez habituel?
lement dans la grâce de Dieu, ah! ne pensez pas que vous puissiez pour -cela négliges l'usage de la prière ; car il faut persévérer^ dans la justice pour être sauvé- Judas avoh} tien commencé , mais il est damné ,. parce' qu'il a niai fini. C'est la fin, qui couronne notre vie. ; c'est elle qui consomme notre salut : L'on- ne parvient guère à. une bonne fin ,. sans la prière;.
.. Mais quelles qualités doivent avoir vos .prières , pour qu'elles soient agréables à*
s58 Sttft UL PAlilS*
Dieu , et pour qu'il les écoute favorable* ment ; eu un mot i comment faut-il prier ?
C est ce que je m'en vais vous apprendre dans mon Second point*
SECOND POINT
Les principales qualités dont nos prière* doivent être accompagnées pour être efficaces , peuvent se réduire à quatre , au sen* tintent de saint Chrysostôme : l'humiHté , 1* confiance y l'attention de l'esprit, etTaffec— fîon du cœur^ -
Il faut prier avee humilité r c'est la première disposition que le Saint - Esprit de* mande dans une prière , afin qu elle puisses'élever jusqu'à Dieu : Oratio humiliantis se r nubes penetraàit. (i) Pour entrer dans cette disposition si essentielle à la prière , nous a'avons qu'à nous représenter , d'un côté , ; la grandeur , la puissance , l'infinie majesté du Dieu que nous prions ; et de l'autre,, notre misère r notre extrême indignité , notre profonde bassesse. Or cette double vue nous tiendra infailliblement comme anéantis et abîmés de respect en la présence de cette haute Majesté. C'est dans cette disposition* que prioientles Saints j entre autres, le sera*
(i) EcclL xxx v. 21.
«JE LA PAIEMV Q$<}
gruique saint François. Ce Saint passoit le* nuits entières avec ces seules paroles Y qui loi servoient cfaneamplè matière d'oraison i Qui êtes- vous , Seigneur?' et qui suis-je ?
Ahl que tous êtes grand ! et que je suis peu* «le chose ! Vous êtes, le Créateur de l'univers v et je suis une ehétive créature ; vous êtes le; Jfaître absolu du ciel et de la terre ,. et je suis un serviteur très - indigne ; vous êtes. tout, et je ne suis rien. Et comment ,. étant tel que tous êtes , et moi tel que je suis v pourrai-je , je ne dis pas ni entretenir avec? vous, mais même me tenir eu votre pré-r sence ? Eh quoi ! s'écrioit Abraham , moi qui ne suis qu'un peu de poudre et de cendre ,. je serai assez hardi ,. assez, téméraire „ pour parler à ce grand Roi i* je le ferai v puisqu'il me le commande ; mais ce sera.
3vec de profonds sentimens de mon néant,, et une reconnoissance sincère de mon in~ dignité : Loquar ad DominUm meum > cùnç sim pulvis et cinis. (i) En- effet, dit saintT Bernard , si des milliers d'Anges sont toujours devant la face de Dieu pour l'adorer*, pour s'anéantir devant lui , pour recevoir ses ordres et ses commandemens ; de quels* sentimens de frayeur ne devons -nous gaty
(h) Gerw xviM. %z r
*6o nra tk muer*,
être pénétrés devant sa souveraine grafc-* f deûr? avec quel respect, quelle humilité *i profonde , de misérables pécheurs commet nous , qui ne sommes que des vers de terra* doivent -ils se présenter devant la hanté Majesté de ce Dieu , pour lui exposer les* plaies et les besoins de leurs âmes ? Mais ,' mes frères , pour que cette disposition intérieure et cette humilité de cœur rende notre* prière efficace , il faut qu'elle soit acconw pagnée de l'humiliation et de la révérence?
extérieure. Ce dehors bas , cette posture humiliante , convient si bien à l'honneur que nous devons à Dieu , et a tant de force pour obtenir ce qu'on lui demande , qu'elle* a toujours été pratiquée par tous ceux qui:
ont désiré avec ardeur d'être exaucés. C'est ce que l'Ecriture nous marque expressément de Moïse , de Josué , de David , et de plu-' sieurs autres. Àchab , cet insigne pécheur, que Dieu ayoit fait menacer par EEe de sa* plus terrible , de sa plus effroyable colère r Achab s'humilie devant Dieu ; il déchire setf habits pour marquer sa douleur , il se courre d'un sac et d'un cilice ; il marche la tête baissée ; dans cet état, il prie le Seigneur de. lui faire miséricorde : le Seigneur est désarmé. LePublicain, qui étoit un pécheur
StfK LA PRIER** a6ï
scandaleux , un pécheur public , prie : il s& met au fond du Temple ; là il se prosterne, il n'ose lever les yeux vers le ciel ; il pleure, il gémit , il se frappe la poitrine , il avoue sas crimes , il demande pardon à Dieu , et dans un moment il est justifié» Dieu le pardonne et lui accorde une entière remission de tous ses péchés. Jésus-Christ même ,, dans ses prières , nous donne l'exemple de ce respect extérieur qui doit accompagne?
les nôtres. Il prie , il se retire à l'écart , il «e met à genoux , il se prosterne la face contre terre; dans cette posture humiliante il Verse des larmes , il pousse des cris vers le ciel, pour apaiser la colère de son Père, irrité contre les hommes ; les hommes sont pardonnes , la colère du Seigneur est fléchie. Voilà , mes frères , des exemples qui doivent bien vous faire sentir combien il est important que vos prières soient faites avec une parfaite humilité : et nous qui ne sommes que poussière et que cendre , ou plutôt un néant , nous osons paraître devant lui la tête haute et sans aucun respect ! Quoi l dit saint Césaire d'Arles , la Miséricorde se prosterne , et la misère ne se prosternç pas ! la Sainteté s'abaisse , et l'iniquité ne s'humilie pas ! le Juge se jette par terre , e^ le criminel s'appuie avec indécence !
fcÔa STO LA MUER*.
Je dis, en second lieu, que nous devons crier avec confiance : c'est là une des conditions nécessaires que saint Jacques demande dans la prière , afin qu'elle soit efficace:
fostulet in fide nihilhœsitans. (i) Celui qui veut être exaucé , doit demander avec foi et sans aucun doute. Le Fils de Dieu nous marque cette même disposition dans l'Evangile:
Quoi que vous demandiez dans la prière , croyez que vous l'obtiendrez, et il vous sera accordé. En effet, on obtient tout d'un père que l'on prie avec la confiance d'un enfant, parce qu'alors c'est l'amour qui prie ; et que ne pouvons-nous pas obtenir d'un père aussi bon , aussi tendre , aussi libéral que le bon Dieu l'est à notre égard ? Il connoît tous nos besoins , il voit jusqu'aux moindres désirs de nos cœurs , dit le Prophète ; il peut nous enrichir , nous satisfaire , sans s'apauvrir, et sans diminuer en rien ses trésors ; il est plein de bonté et de tendresse pour nous , il nous invite tendrement à recourir à lui , il nous promet son secours et Sa grâce. Enfin pour vaincre notre incrédulité et notre défiance , il nous assure avec serment , que nous ne serons point trompés , et que notre confiance ne tourner^
(i) Jacob, i. 6.
SCR LA PRIElkS, a(&
point à notre confusion. Que sera-ce quand il se verra pressé y sollicité , par nos prière? pleines de désirs , de confiance et d'amour pour lui ? il ouvrira son sein y il nous tendra les bras , il fera descendre sur nous toutes «es bénédictions. En faut-il davantage pour Tous exciter y vous encourager à recourir à la prière dans les sentimens de la plus vive confiance ?
Je dis , en troisièmelieu , qu'il faut prier av& persévérance. Dieu est le maître de ses^ dons et de ses grâces ; il appartient à lui seul d'en disposer ; il peut les mettre à tel prix qui! N lui plaît y et le plus souvent il les fait de-» mander long-temps» Or, on peut donner trois raisons de cette conduite : i»° c'est qu'il ., nous veut tenir dans l'humilité. L'exemple de saint Paul nous en est une preuve ; il demande à Dieu d'être délivré de ses ten* tarions,, il prie avec ardeur, avec empresse* ment et jusqu'à trois fois ; cependant il est refusé. D'où vient cela ? c'est , dit le même Apôtre y de peur que la grandeur de mes révélations ne fût pour moi une source d'é* lèvement et d'orgueil* 2. Si Dieu ne nous, exauce pas d'abord que nous le prions, c'est que , par ce refus r il nous prépare de plust £randçs grâces» Diçu » dit saint Grégoire ^
2&4 OTR tk PRIERA.
par un dessein profond et impénétrable^ fait semblant, durant quelque temps , de n« pas entendre la voix de ses serviteurs , non à dessein de leur refuser ce qu'ils demandent , mais afin de faire croître de plus en plus le mérite de leur patience , et de les rendre par-là dignes des plus grandes faveurs, Enfin si Dieu diffère de nous accorder ses grâces , dit saint Augustin , c'est afin de les faire estimer davantage ; car Ion estime peu ce que Ton acquiert facilement ; c'est afin d'enflammer nos désirs. Il veut que nos désirs soient véhémëns et continuels. Il yeut 9 dit saint Chrysostôme , qu'on le prie avec ins-»
tance et avec importunité. L'exemple de la femme Cananéenne nous prouve admirablement cette vérité. Cette femme s'adresse à Jésus-Christ , pour obtenir la guérison de sa fille. Seigneur , fils de David , lui ditelle , ayez pitié de moi ; ma fille est misé-» rablement tourmentée par le démon. Le Sauveur ne lui répond pas un seul mot. Les Apôtres s'intéressent et prient pour cette pauvre femme , mais le Sauveur leur répond qu'il n'est pas envoyé pour elle. Cessa-t-r elle , pour cela , de solliciter , de presser ? Non , chrétiens , la résistance de Jésus-Christ augmente sa persévérance j elle s'approche
«ffft 11 PRIEES. 265
3e Jésus-Christ , elle se jette à ses pieds , elle l'adore , et le conjure avec de nouvelles instances de ne la pas abandonner. Seigneur, lui dit-elle , assistez-moi. Jésus - Christ la traite avec un rebutant mépris ; il la compare à un vil animal , en lui disant , qu'il n'est pas raisonnable doter le pain* des enfans pour le donner aux chiens. Mais que fait-elle ? elle trouve dans cette comparaison de quoi gagner sa cause , et de le prendre , pour ainsi dire , au mot. Vous avez raison , Seigneur : Etiam, Domine ; (i) mais les* chiens se nourrissent des miettes qui tombent de la table de leur maître. Alors sa persévérance triomphant , pour ainsi dire , de la résistance de Jésus -Christ ; Jésus-.
Christ lui répondit, tout ravi d'admiration : O femme , votre foi est grande ; qu'il vous soit fait comme vous le désirez. Et sa fille fut guérie à l'heure même. O charité de mon Dieu, que vous êtes adorable dans vos dissimulations et dans vos' refus ! Ne désespérez donc point , 6 ame chrétienne , s'écrie le même Père , vous qui avez commencé , dans la prière , à lutter, avec votre Dieu , car il aime que vous lui fassiez violence ; il se plaît à être désarmé par vous. Vous avez prié deux fois , trois*.
(i) Mauh* xv. a8.
fois 9 six fois , sans rien obtenir ; ne yottt lassez pas de prier pour cela , priez sanycesse : Sine intermissione orate. (i) Ce qui ne tous est pas accordé aujourdTiuf , tous le sera demain. S'il vous le refuse cette semaine, cette année , il ne vous le refusera pas la semaine , Tannée suivante * s'il vous le refuse' dans le temps , il vous l'accordera dans l'éternité bienheureuse. Priez continuellement^ priez toujours , mais priez avec attention et avec ferveur : dernières dispositions quidoiy Tent accompagner vos prières.
Saint Thomas et tous les autres Théologiens après lui , disent que la présence d'esprit et l'application du cœur sont essen- ) tielles à la prière ; qu'elles en sont l'esprit f lame et la forme. En effet, qu'est-ce que prier ? C'est élever notre esprit , notre cœur, notre affection vers Dieu. La prière , dit saint Augustin , demande plus de cœur que de langue , plus de larmes et de gémissemens que de paroles , plus de foi que de* raisonnement. Heureux celui qui ne sait rie»dire à Dieu, mais qui ^ait gémjbr, pleurer, répandre son cœur en sa "présetice! Or, mes frères , tout cela se peut-il faire sans attention et sans ferveur ? Lorsque nous confé- (i) /. The$s+ y. 19.
STOl LA- PRIÈM* tffy
AèM- de quelque affaire avec un homme semblable à nous ,. nous y. apportons une.
présence entière d'esprit, et nous y donnons toute l'application de notre cœur. Eh quoi!, lorsque nous prions , nous traitons avec la Majesté infinie de Dieu , de la grande affaire de notre éternité 9 et nous le ferions avec froideur et sans attention ! Quelle honte ,, quelle indignité pour nous ! Mais quels châtimeus ne mériteroit pas notre peu de respçct , notre irréligion , pour ne pas dira notre insolence ? Jésus-Christ nous donne un avis très -important pour éviter ce désordre , et pour conserver cette attention^ si nécessaire à la prière. Il nous recommande de fermer la porte sur nous , quand C bous voulons prier, afin d'être plus recueil- ^ lis, et de n'être vus que de Dieu seul. Saint. Augustin explique cette porte, de l'entrée du* cœur , qu'il faut , dit-il , tenir fermée pendant la prière , de peur qu'il n'y entre des pensées ou des affections étrangères. Ainsi * il faut dire , avec saint Bernard , quand nous entrons dans l'Eglise , ou ailleurs , pour prier : Attendez-moi ici, mes pensées , mes affections et mes affaires ; vous n'avez rien à faire dans le lieu où je vais entrer , ni clans l'action que je m'en vai& entreprendre.
le vous reprendrai tantôt, quand j'aurai 'fiift£ mais pour toi, moname, entre dans la joie de ton Seigneur et dans la conversation de ton Dieu , pour y connoître ses volontés , pour y exposer tes besoins , et y recevoir ses ordres , enfin pour lui rendre dans son temple tous les hommages qui lui sont dûs:
Ut vitleam voluptatem Dpmini , et visitent tcmplum ejus. (i)
Voilà , mes frères , les principales dispositions avec lesquelles nous devons faire nos prières. Ah! que nous serions heureux, si nous avions soin de prier toujours le Seigneur dans les saintes dispositions dont je viens de parler ! Hélas ! que de faveurs et de grâces , que de bénédictions abondantes n'attirerions -nous pas sur nous ! Mais , me direz-vous , nous prions Dieu soir et matin , nous le prions dans l'Eglise , et toutes les fois que nos occupations nous le permettent ; cependant nous n'en devenons pas meilleurs :
nous sommes toujours les mêmes ; toujours mornes crimes , moine pauvreté , même déroulement et moine misère. Ah ! mes frères, je n'en suis point surpris. C'est que vous priez mal , ou vous ne demandez pas ce qu'il faut ; ou si vous le demandez , vous ne le
v^ JV. xxti. 4.
SUR Isk PRIERE. 269"
demandez pas de la manière qu'il faut. Car enfin , que demandez- vous à Dieu , dans vos prières P des choses presque toujours inutiles , et quelquefois même préjudiciables à votre salut. Seigneur , lui dites-vous tous les jours , donnez - moi des richesses , de la beauté et de la santé ; élevez - moi aux honneurs de la terre ; bénissez mon com- , merce ; donnez un heureux succès à mes entreprises ; faites réussir ce mariage ; faitesmoi gagner ce procès ; délivrez-moi de cet ennemi qui m'inquiète , de cette maladie qui me tourmente. Eh ! mon frère , que demandez-vous à Dieu ? et si Dieu vouloit vous punir,, pourroit-il le faire d'une manière plus terrible , qu'en vous accordant l'effet de vos demandes ? Et ne voyez - vous pas que toutes ces demandes ne sont propres qu'à vous damner ? Vous demandez des richesses et de la santé , et vous ne les faites servir qu'à l'oisiveté , au dérèglement et à la débauche. Vous demandez «les dignités , des honneurs , du crédit , et toutes ces élévations ne servent qu'à vous rendre fier , orgueilleux , hautain et méprisant. Vous demandez le gain de ce procès , et ce procès n'est au fond qu'une injustice couverte que vous soutenez par la chicane ; la bénédiction 3. 12
ZJÙ SU* UL Pfil&U»
de ce mariage, et ce mariage doit être pour tous une source de malédictions ; l'agrément du visage et la beauté du corps,. et tous ces attraits ne serviront qu'à vous tenter et à tenter les autres , qu'à perdre les hommes et à vous perdre avec eux. pécheurs!
quel outrage ne faites-vous pas à ce Dieu de sainteté , de vouloir -qu'il soit par-là le fauteur de vos vices , le complice de vos crimes , et la cause principale de votre damnation ? Faut-il s étonner , après cela , si Dieu, qui vous aime , ne daigne pas seulefilent écouter vos prières qui voua tiennent lieu de péché , et qui vous condamnent ?
Exeat condemnatus , et orttfio ejusjlat in , peccatum. (i) Un père donneroit-il un poignard à son enfant , sachant qu'il veut s en servir pour s'égorger lui - même ? Si vous voulez être exaucé , demandez à Dieu des choses plus dignes de lui , et plus avantageuses pour vous ; demandez-lui la sanctification de son nom , l'avènement de son règne , l'accomplissement de sa volonté ; demandez - lui qu'il vous ôte votre santé , votre réputation , vos biens , s'ils sont un obstacle à votre salut ; demandez-lui votre conversion , et toutes les vertus d'un par-
(i) Psal. cvui. 7.
fait chrétien , la charité , l'humilité , la patience j la chasteté , l'obéissance , enfin la victoire de toutes vos passions. Il n'y a rien r dans ces prières , qui ne vous soit très-utile , et qui ne soit digne de Dieu et des divines largesses. Mais , ajouterez - vous encore , il m'est arrivé quelquefois de lui avoir fait ces sortes de demandes, cependant j'ai toujours été refusé. C'est , mes frères , que vous ne les avez pas faites comme il faut. Car enfin, pour prier comme il faut , il faut prier y dit l'Evangile , au nom de Jésus-Christ et par ses saints mérites , ainsi que nous l'enseigne l'Eglise ; et c'est à quoi vous ne pensez presque jamais. Vos prières , dit saint Cyprien , n'ont de vertu qu'autant qu'elles sont unies aux prières et aux mérites de Jésus-Chrjst:
Si qiùd petiçritis Patrem in nomme meo^ dabit vobis. (i)
Pour prier comme il faut, il faut prier avec humilité ; et vous portez ordinairement à la prière un esprit élevé , un cœur tout plein d'estime et de complaisance pour vous-même.
Vous demandez à Dieu des grâces , mais comment ? non point comme des grâces , mais comme des dettes :. prêt à vous énor* gueillir , s'il vous les. accorde ; prêt à mur-: murer et à vous plaindre ,.s'ijl ne vous le$
(i) Joan, xvi. 23. 12 .
njà SUR LÀ PRIERE.
accorde pas. En un mot , vous croyez avoir rendu un grand service à Dieu , et qu'il vous est extrêmement obligé , parce que vous lavez prié quelque temps et avec quelque dévotion , comme si Dieu devoit avoir des égards pour nous , comme s'il devoit nous distinguer , comme s'il devoit nous tenir compte de nos prières. Mais que dirai-je de ces vanités extérieures , de ces postures vaines et indécentes avec lesquelles vous les foi* tes pour l'ordinaire ? Combien parmi vous qui ne se mettent presque jamais à genoux pour prier Dieu! S'ils font quelque prière le matin et le soir , ce n'est qu'en Rhabillant , en s'appuyant sur un lit , sur une chaise , souvent en dormant, presque toujours en parlant à ceux de la maison , et peut-être même en consultant leur miroir. Combien parmi vous qui , au milieu de nos Eglises , à la vue de nos Autels , et pendant les Offices divins , prient avec des yeux égarés , des regards extravagans , et avec des postures tout-à-fait indignes , pour ne pas dire quelque chose de pire ! Combien qui ne sont pas même plus respectueux au temps du redoutable Sacrifice , qui n'ont pas de honte d'assister à la sainte Messe', étant debout , ou assis , sans nécessité , lorfcque les Anges J et toute la Cour
SUR LÀ PRIERE* 2j3
céleste est abîinée de respect; et de révérence ! Eh quoi! tout genou fléchit au nom de Jésus', dans, le ciel , sur la terre , et dans les enfers , et vous qui n'êtes que cendre et que poussière , comment tous tenez-vous en sa redoutable présence ? ^
. Nous lisons dans l'Evangile de Dimanche prochain , ( * ) que les Apôtres ont le. cœur rempli de tristesse du départ de leur Maître, et que le Sauveur lui-même se plaint de ce que personne deux ne lui demande où il va : Qwvadds? (i) Cette plainte amoureuse:
qu'il leur fait dans l'état accablant ou ils sç trouvent , m'a fait comprendre qu'il étoit; très-important de recourir à la prière dans les abandons apparens , dans les sécheresses et dans les afflictions qu'on sent.au service de Dieu. Que Ton éprouve des tentations et des, dégoûte , en: servant un si bon Maître , c'est ce qui paroît surprenant I; c'est oepen* dant une vérité constante que c est-là le vrai chemin du salut , et le sort particulier, des âmes i qui lui sont fidèles. Mon fils , dit le Sage , voulez-vous être adopté dans la Maison
(*) Le IF.* après Pâques.
(i) Joan. xvi. 5.
3^4 STTA ttk wniaa.
du Seigneur ? il faut préparer : votre ame à la tentation , quelque affligeante qu'elle soit: Prœpara animant tuant ad tentaûonenu (i) Vous étiez agréable à Dieu , disoit un Ange à Tobie ; c'est pour cela qu'il a fallu nécessairement que vous fussiez mis à l'épreuve.
Dieu reçoit , dit saint Paul aux Hébreux , les enfans de l'adoption , mais il n'en reçoit aucun qu'il ne le corrige \ et si tous n'êtes pas du nombre de ceux qu'il afflige r continue cet Apôtre , vous n'êtes point le» to*fans de L'Epoux , vous êtes des enfans écran*» gers, nés dans l'adultère , auxquels. lTiéri*' tage céleste n'est point destiné. Vous nuuM querez., dit le Seigneur à l'Ange » ce signe de prédestination sur le front de ceux qui s'affligent et qui souffrent , qui sont dans l'amertume, dans les gémissement Les Elus ne goûteront la joie du Seigneur qu'après avoir senti ce que l'affliction a d'amertume.
11 faut donc se résoudre au combat, quand on embrasse le parti de la vertu ; il faut se préparer à l'affliction , quand on veut suivre notre divin Maître. Car enfin la chair , le monde et le démon , ennemis jurés de Jésus- Christ , et les plus redoutables que nous ayons à combattre en cette vie , ont conjuré (i) Eccli. ix. i.
SUR LÀ. PK1BRJ2* 2J 5
notre perte.. Exposés à tant de hasards $ battus de la tentation., et agités de tant d'orage* et de tempêtes f hélas.* à qui aroir recours ? à-J&€s-CHai9f , par la prière.
Si quelqu'un de tous est triste, dit l'apôtre saint Jacques , s'il vit dans les sécheresses et dans la privation des grâces sensibles : Tris* tatur aliquis vestriun? oret; (i) qu'il prie , qu'il réclame avec confiance la protection du<Ciel , qu'il élève les yeux vers les saintes Montagnes d'où lui viendra le secours dont il. a besoin. Oret; qu'il invoque le Père céleste dans un esprit d'adoption et d'amour:
C'*est par la prière qu'il trouvera des forces et dès sormes pour vaincre ses ennemis. Son ardeur et son. courage redoubleront aux approches du combat, et le Ciel couronnera bientôt ses victoires. Oret ; le calme succédera: à la tempête , la joie au dégoàt et à l'ennui ; en. sorte qu'il pourra dire avec le Prophète : Seigneur , la verge de votre jus, tice et le bâton de votre colère ont fait ma consolation. Oret ; qu'il prie et qu'il élève sa voix , qu'il gémisse et qu'il pousse des cris vers le Ciel : c'est dans la prière qu'A goûtera des douceurs capables de bannir à jamais la tristesse de son ame* Que du fond
{i)*acob. y. i3.
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de l'abîme de, ses misères il pousse, des cris vers le Seigneur. Peut - être qu'il ne se fera pas d'abord sentir , et qu'il ne se rendra pas sitôt à vos prières ; cependant tous ne devez pas cesser de réclamer sa miséricorde , et d'attendre en paix votre délivrance. C'est ainsi que le Sauveur éprouva la foi de ses Disciples , au milieu d'une tempête qui s'éleva sur la mer. Car l'Evangile remarque qu'il dormoit pour lors :
Ipse verb dormiebat. (i) Mais enfin, sollicité, vaincu par les ardentes prières que lui firent ses Apôtres à la vue. du péril qui les aie»
naçoit « il s'éveille , il menace les vents et les flots , et il se fait un grand calme. Tels seront à peu près les succès d'une prière humble et confiante , lorsqu'un chrétien , assailli des accidens'de la vie , et battu de la tentation comme un vaisseau , l'est de la tempête , s'adresse au souverain Maître des flots et des vents. Je recourrai donc à Jbsus- Christ , par la prière , dans mes afflictions. •Pressé par les sécheresses et les dégoûts qu'il fait éprouver à ses serviteurs , je lui dirai : Seigneur , sauvez-moi , je péris ; je suis trop foible et trop charnel pour digérer un Pain si solide ; il faut être parfait pour en tirer (i) Matth. vin. 24. ,«•
StTR LA PRIERE. 2 77
tout le fruit que votre bonté se propose :
Perfectorum autem est solidus cibus. (i) Je SUis encore un enfant dans la voie de la justice , j'ai besoin du lait et de la douceur de vos grâces : Qui lactisest particeps , parvulus enim est. (2) Pourquoi m'en sevrez-vous ainsi par votre éloignement ? Qub vadis ?
Vous vous plaignez , Seigneur, dans l'Evangile qui fait le sujet de mes réflexions, vous vous plaignez de ce que personne ne vous demande où vous allez. Eh bien , Seigneur, souffrez que je vous prie de me découvrir pourquoi vous m'abandonnez , pour ainsi dire' , à moi-même , et où vous allez , quana là tristesse s'empare de mon cœur : Qub vadis ? Ne craignez point , me répondra ce divin Maître , rassurez - vous , calmez vos alarmes , il est de votre intérêt que je m'en aille : Expedit vobis ut ego vadam. (3) Ah !
Seigneur , puisqu'il est de votre gloire et de l'intérêt de mon ame que je sois privé dès charmes de votre présence sensible, retirez - vous de moi , éloignez - vous de ce pécheur ; que mon esprit et mon cœur se livrent à une sainte désolation ". ;"• :
( 1) Hebr, ▼. 1 4. (a) Hebr. v. i 3.
(3) Joan, xvi. 7.