SU
Dixït Jésus Discipulis suis : Jmen, amen dicè wobis : si quid pelieritis Patrem in nomine meo, -dabit vobis. Petite , et acczpietis.
Jésus parla de la sorte à ses Disciples : Je tous le dis en vérité : si tous demandez à mon Père quelque chose en mon nom , il tous l'accordera. Demandes , et tous recevrez, Joan, xti, a 3, *£•
v^Juel autre qu un Dieu , chrétiens auditeurs , eût pu jamais parler de là sorte? Non, mes frères > non , il n'appartient qu'à un Dieu aussi grand que le nôtre de faire une promesse si magnifique et si étendue , parce qu'il n'est que lui seul qui soit en pouvoir et en droit de l'exécuter. Mais , que dis-je ? ce n'est pas ici une simple promesse : c'est un serment solennel que Jésus-Christ fait de tout accorder à la prière. Ce n'est pas un serment prononcé une seule fois : tous les Evangélistes attestent que le Sauveur n'a
SUÇ LA PRIBEB. 17^
presque jamais autrement parlé de la prière; ce n est pas aux prières de ses seuls Disciples qu'il- accorde ce privilège , c'est généralement à tous ceux qui demanderont :
Omriis eni/n qui petit , accipit. (i) Il ne dit pas seulement, Demandez telle ou telle chose , et vous l'obtiendrez ; mais il dit , Demandez quelque chose , quoi que ce soit, en mon nom , mon Père vous l'accordera : Quodcumquepetieritis. (2) Enfin , ce n'est pas un privilège exclusif , passager , ni limité , mais indéfini pour les temps , les lieux , les besoins et les personnes. Ah ! chrétiens , n'est-il pas étonnant qu'étant assurés , comme nous le sommes , du succès et de l'infaillibilité de la prière , nous ayons si peu de soin de nous appliquer à ce saint exercice , ou du moins que nous nous en acquittions avec si peu d'ardeur ? Comment se peut-il donc faire, qu'étant autorisés , comme vous l'êtes , à pré-^ tendre aux grâces de Jésus-Christ ,* invités par lui-même à lui demander tous vos besoins , fondés sur les promesses les plus positives à tout espérer de vos prièrçs ; comment , dis-je , se peut-il faire que vous demeuriez, pour la plupart, dépourvus de ses grâces les plus essentielles , et que vous ayez
(1) Matth. vu, 8. (a) foan, xiv. 1 3.
Ij4 SUR LA PBIÈRE.
si peu de part à ses libéralités P Hélas ! j'en comprends la raison , qui est toute naturelle, et j'en gémis pour vous : c'est évidemment, ou parce que vous ne les demande»
pas , ou parce que vous les demandez mal»
Les uns , dis-je , ne les demandent pas ; et dès lors que la prière est le moyen générai établi de Dieu pour obtenir ses grâces , il n'est pas étonnant qu'il ne les accorde point à ceux qui n'usent pas de ce moyen. Les autres les demandent mal ; et parce que la prière ne peut être efficace qu'autant qu'elle est accompagnée de toutes les conditions requises , il n'est pas non plus surprenant que manquant de quelqu'une et peut-être de toutes ces conditions , elle n'obtienne rien. Mais quelle est la source de ce double désordre ? Pourquoi y en a-t-il si peu qui prient , moins encore qui prient bien ? c'est sans doute qu'on ne connoît pas assez l'importance et le prix de la prière , et qu'on sait encore moins les dispositions avec lesquelles il faut prier. Montrons donc à ceuxlà , dans le premier point de ce discours , l'obligation qu'ils ont de prier ; et dans le second , nous apprendrons à £eux - ci de quelles conditions il faut que leurs prières soient accompagnées, Ave , "Maria.
SUa LA. PRIEES. I75
* PREMIER POINT
Que de raisons et de motifs , mes frères, n'ai -je pas. à vous proposer poiir vous porter à vaquer à la prière ? Sa nécessité , son efficacité , sa facilité , ses avantages , tout ne nous oblige-t-il pas , tout ne nous engage-t-il pas à faire de ce saint exercice notre plus importante occupation et nos plus chères délices ? Quoi de plus nécessaire , en effet , que la prière , puisque Dieu nous Ta commandée comme Tunique moyen que nous ayons pour nous ouvrir ses trésors et nous attirer ses grâces ! Quoi de plus efficace que la prière , puisqu'elle est fondée sur l'infaillibilité des promesses de Jésus-Christ , qui s'est engagé à nous accorder tout ce que nous lui demanderons ï Quoi de plus facile que la prière , puisqu'il ne faut pour cela ni lumières; ni richesses j ni talent, ni science , mais qu'il suffit d'être indigent et riiisérable pour pouvoir et pour savoir prier ! En un mot , Dieu veut absolument que nous le priions, et nos besoins ne l'exigent pas moins ; et c'est ce qui établit l'indispensable nécessité de U prière. Dieu ne refuse jamais rien à ceux qui le prient cotnme il faut 5 et c'est ce qui justifie l'effi-
I78 SUa LA PRIÈRB.
de zèle , et ce qui fut enfin solennellement conclu contre l'hérésiarque Pelage : savoir, qu'un pécheur ne peut se convertir, sans la grâce* D'où il s'ensuit , qu'il ne le peut point non plus , sans le secours de la prière. Et pour-, quoi ? la raison en est évidente : c'est que , hors de la première grâce qui est indépendante de la prière , il est de la foi que la prière est le moyen efficace, et universel par où Dieu veut que nous obtenions toutes les autres grâces ; et que toutes les autres, grâces , dans le cours ordinaire de la Providence , sont essentiellement attachées à la prière. Petite et accipietis ; (1) Demandez, et vous recevrez ; voilà la règle, que Jésus* Christ nous a prescrite ; voilà la clef de tous les trésors de la miséricorde ; voilà le divincanal par où tous les biens célestes doivent nous être communiqués. D'où je conclus, avec le Docteur angélique saint Thomas , qu'un pécheur , ordinairement parlant , n'a droit d'espérer et d'obtenir sa conversion de la bonté de Dieu , qu'en conséquence de ce* qu'il le prie; et que, s'il ne prie pas , jamais* il ne se convertira. Pour vous en convaincre encore mieux , lisez , je vous prie , toutes les conversions dont l'Evangile nous fait (1) Joan» xvi. a4.
l'histoire , et vous verrez qu'il n'en est aucune où la prière n ait quelque part, ta Cananéenne se convertit , mais c'est après avoir prié , et avoir dit : Seigneur, aidezmoi. Le Publicain se convertit , mais c'est après avoir invoqué la miséricorde divine , et dit à Dieu : Seigneur , soyez-moi propice. La Samaritaine fait pénitence , mais c'est après avoir demandé à Dieu l'eau salutaire qui lave les^)échés et qui les efface. Enfin le bon Larron se convertit , mais c'est après avoir N'attendez donc pas , pécheur , de pouvoir guère vous convertir vous-même autrement que par la ferveur de vos prières. Mais je vais plus loin , et je dis qu'il n'est pas moins vrai ni moins incontestable , qu'il est certaines occasions où la prière devient la seule ressource du pécheur pour se convertir.
D'où je tire deux conséquences : la première , qu'il est erroné- et même hérétique de dire que le pécheur est destitué de tout secours pour accomplir le bien auquel il «st obligé et pour éviter le mal que la loi de Dieu lui défend , puisqu'il est certain , selon le saint Concile et saint Augustin , qu'il a ton* jours la grâce de faire ce qu'il peut , ou celle
l8o SUR LA PRIERE.
de demander ce qu'il ne peut pas ; et alors Dieu laide , afin qu'il le puisse. Or, dès lors que ce pécheur est aidé de Tune ou de l'autre de ces deux grâces , le commandement de Dieu lui devient possible , et il n'est nullement en droit d'alléguer son impuissance pour excuser ses désordres.
Mais si la prière est si nécessaire aux pécheurs pour opérer leur conversion , qui doute que les justes n'en aient également besoin pour persévérer dans l'état de la grâce et de la justice ? Car ne vous imaginez pas, âmes chrétiennes , que parce que vous êtes justifiées devant Dieu , ou par le baptême ou par la pénitence , vous vous suffisiez à vous-même ; que parce que vous avez le bonheur de jouir de cette grâce qui vous rend les amies de Dieu , vous puissiez éviter le mal et faire le bien indépendamment de tout autre secours ; et que pour pratiquer enfin la vertu , ce soit assez pour vous de l'aimer et de la connoitre. Non , non^ sans le secours des grâces actuelles , vous ne sauriez vous soutenir long- temps dans cet état heureux , ni satisfaire aux œuvres de la piété qui vous sont prescrites. Car enfin , que de tentations n'avez-vous pas à
SUR LA PRIÈRE. l8l
.surmonter , dans le cours dune vie chrétienne ? que d'ennemis à combattre , que de passions à réprimer , que de chutes à prévenir , que de défauts à corriger , de vertus à pratiquer , enfin que de devoirs indispensables à remplir ? Or présumer , mon cher frère , de pouvoir faire tout cela de vous*xnême , sans le secours d une force étrangère , ou pour mieux dire , sans y intéresser la grâce de Dieu par vos prières et par vos "voeux ; ce seroit là sans contredit le comble de l'aveuglement et de la folie , et mente xine erreur des plus damnables.
Ah ! je ne m'étonne donc plus , dit le grand saint Augustin , à ce sujet , que Pierre ait succombé à la tentation où il s'étoit engagé. Invité , sollicité jusqu'à trois fois de la part de Jésus-Christ , à prier avec lui pour demander à Dieu la grâce de lui être fidèle , jamais cet Apôtre présomptueux n'en voulut rien faire. Enfin le voilà aux prises avec l'ennemi, il combat, il résiste, il balance quelque moment , mais la tentation est forte, Pierre est foible , et il est Vaincu. Qui fut donc la cause de cette funeste et éclatante chute , demande saint Augustin? cesj;, ré* pond le, même Docteur, que Pierre résista' à la graee de la prière ; l'assoupissement de
l82 SUR LA PRIERE»
son esprit l'emporta sur les sollicitations de son divin Maître. Un. peu d'effort sur ses sens appesantis , lui auroit rendu la prière aisée , et il eût trouvé dans la prière un remède certain centre la tentation qui devoit L'attaquer. Mais, encore ùit. coup , parce qu'il négligea de prier, la tentation le vainquit , et ce chef des Apôtres devint un blasphémateur et un parjure. Mais pourquoi remonter si haut pour trouver de tristes preuves de cette vérité ? Dans le malheureux siècle où nous sommes , n'en avons-nous pas sans cesse devant les yeux des exemples bien, sensibles et bien effrayans? Combien d'ames pieuses et saintes n avons-nous pas tous les jours la douleur de voir , qui ,' après avoir goûté durant un certain temps les douceurs du service de Dieu, après avoir couru avec édification dans la voie de ses saints Commandemens , deviennent si foibles , si froides j sïlanguissantes , qu'elles se relâchent, qu'elles se dégoûtent de la vertu et l'abandonnent, qui se retirent des Sacremens , de tous les exercices de la piété , qui tombent dans le désordre, qui se damnent enfin , et qui se damnent presque sans remords et sans réflexion?
Juste Ciel! quel scandale ! N'en soyez point surpris, chrétiens; il est aisé d'en découvrir le
SttR LA PRIBA& f 83
principe. Le dégoût, le défaut, l'abandon de la prière , voilà quelle est la funeste source de tous leurs malheurs ; car dans le dessein de Dieu , c'étoit la prière qui dcvoit les fortifier , qui devoit leur fournir des armes-, leur servir de bouclier pour se soutenir , pour se défendre et pour repousser les attaques du démon. Ne priant plus, elles n ont plus rien , pour ainsi dire , sur quoi elles puissent faire fond ; elles se trouvent sans armes et sans défense , et toutes les ressources de la grâce sont , eh quelque façon:, taries pour elles. Jugez , après cela , si leur chute scandaleuse doit vous étoiraçr et vous surprendre. Ames justes , que devez -vous conclure de tout ceci , si ce n'est la nécesv site absolue où vous êtes d'observer le précepte de Jésus-Christ , qui vous commandé de prier , et de prier sans relâche ? Je dis quelque chose de plus fort encore , et je soutiens que si vous ne priez , vous n'aurez jamais réellement de part au salut éternel. Car c'est une vérité constante , que, quelque justes et quelque saintes que vous soyez , âmes chrétiennes qui in écoutez, vous ne serez jamais sauvées et vous ne sauriez même l'être , sans la persévérance finale* Or, à prendre les^ choses dans les règles communes , la perse-
vérance finale n'est attachée qu'à la prière; par conséquent, suivant les règles communes, sans la prière 3 ne peut pointyatvoir de salut pour tous. Oui, chrétiens, ce grand, ce précieux, cet inestimable don de la persévérance finale , d'où dépend Totre sort éternel , ne s'accorde d'ordinaire qu'à unis prière humble et fervente. Tous le savez ; cent fois cette chaire sainte a retenti de ces paroles étonnantes, que la mort dans la justice , n'est pas infailliblement attachée à Vin- Jiocence de la vie ; qu'elle est un don pure* ment gratuit du souverain Arbitre de notre éternité ; que nous ne saurions l'acheter ni le mériter par la sainteté de toutes nos bonnés oeuvres ; qu'il n'y a ni jeûnes , ni mac& rations, ni larmes , ni charités, ni aumônes , ni innocence de mœurs, ni fuite du péché, ni renoncement au monde , rien, en un mot * qui puisse nous rendre dignes d une grâce de ce prix. Cent fois , dis «-je , vous l'avez entendue cette atterrante vérité , dans nos instructions chrétiennes , et vous en avez dû ôtre ularmés ; peut-être même vous en êtesvous plaints à Dieu , dans l'excès de votre frayeur. Cependant, rassurezi-vous , calmez «% vos craintes , et arrêtez vos murmures ; ieu , tout miséricordieux , ne vous a point
SUA ±k PRIEftB. l85
manqué à cet égard : car ce qu'il ne veut pas que vous puissiez mériter par toutes vos bpnnes œuvres , il veut que vous puissiez le demander , et l'obtenir par la ferveur de vosjwrières. Dieu n est-il pas le maître de ne nous accqpder ses biens qu'aux conditions qu'il lui plaît ? Or , encore une fois , il lui a plu que la prière fat comme l'unique et principale condition à laquelle la persévérance seroit attachée. Dès qu'il est en votre pouvoir de prier , n'est - il pas , en même temps , en votre, pouvoir de vous assurer la persévérance , et par -là même votre éternité ? De quoi donc vous pouvez-vous plaindre ?
Mais si je demande à Dieu la persévérance , me direz-vous 9 est-il certain , est-il infaillible que je l'obtiendrai ? Cfcii , chrétiens , n'eu doutez ; tout ce que vous demanderez à votre Père céleste , au nom de Jésus-Christ son Fils, vous sera accordé. Le Fils de Dieu , dans cette promesse, n'excepte rien : QuodcumqttepetieritisPatrem in nomine meo , Iiocfaciam. (i) Voilà donc l'Evangile même pour garant du succès de votre prier* Mais si je ne prie pas , ajoutez-vous , si je ne demande pas la persévérance, est-il cer- (i) Joan. xiv. i3.
lB6 SUR LA PRIER*.
tain , est - il indubitable que je ne l'aurai pas ? Ecoutez , s'il vous plaît , un moment le grand saint Augustin qui va vous l'apprendre. C'est une doctrine commune et constante , dit ce saint Docteur, que. quoique Dieu donne certaines grâces à ceux mêmes qui ne les demandent pas , comme la grâce du baptême aux enfans : Ut initiant Jidei; il en est d'autres néanmoins qu'il n'accorde ordinairement qu'à ceux qui les lui demandent ; telle est surtout la persévérance finale , ce sceau de notice prédestination , cette dernière faveur d'un Dieu bienfaisant, cette grâce des grâces , en un mot , ce don infiniment précieux qui doit nous mettre en possession des biens éternels : Alid non nisi orantibus prœparasse , sicut usqué in Jinem perseveraniiam. Quoi de plus décisif et de plus convaincant ! Par quelles raisons plus puissantes peut-on se persuader et se convaincre del'extrême nécessité de la prière? Et n'en est-ce pas assez pour vous engager à la mettre continuellement en œuvre, et à vous en servir , puisqu'elle est , pour ainsi dire, l'unique ressource que Dieu vous laisse pour vous assurer une heureuse éternité*?
Mais passons à un motif qui ne me paroît pas moins propre à vous donner du goût
SUE LÀ PRIÈRE. tSj
pour la prière : c'est son crédit, son pouvoir , son admirable efficacité. Rien , en effet , ne me paroît plus surprenant que l'infaillibilité de la prière. Elle a une telle forée , qu'elle rend , en quelque façon , la parole de l'homme aussi puissante, et même plus puissante que la parole de Dieu : aussi puissante , car , comme Dieu d'une parole a fait toutes choses : Dixit, etfacta sunt; (i) l'homme aussi n'a qu'à parler et à demander, et tout lui est accordé : Qiiodcumque volue»
ritis petetis , etfiet <vobi$ ; (2) plus puissante même , si j'ose le dire , puisque si Dieu se fait obéir , ce n'est que des êtres créés ; au lieu que , par la vertu de la prière , tout Dieu qu'il est, il obéit, selon l'expression de l'Ecriture , à la voix de l'homme qui le prie : Obediente Domino voci hominis. (3)
Or, qui ne sait que ce fut par la prière j que Moïse remporta les plus glorieuses victoires sûr les Amalécites ? que tandis qu'il tenoit les mains élevées vers le Ciel, l'avantage étoit du côté du peuple de Dieu ; que dès qu'il les baissoit , au contraire, ce peuple f tout vaillant qu'il étoit , commençoit à plié* : de sorte qu'il fallut que durant lé
(i) Ps. xxxn. 9. (a) Joan. xv. 7.
(3) /àsue. x. ï4-,
l88 SUR LA PklERË.
combat , deux hommes soutinssent Moïse , Fun d'un côté l'autre de l'autre , afin qu'il les pût avoir, toujours élevées , et qu'Israël remportât la victoire ? Qui ne sait que ce fut par la prière , que Josué arrêta le soleil i au milieu de sa course; qu'Elie fit descendre le feu du ciel ; que Mariasses obtint miséricorde et fut rétabli sur son trône; que David reçut la rémission de son crime , et Ezéchias la prolongation de sa vie ? Qui de vous ignore que ce fut par la prière, que Ninive fut conservée ; que Judith délivra la ville de Béthulie ; qu'Esther sauva le peuple de Dieu ; que Salomon obtint la sagesse , et Susanne la protection de son innocence contre ses infâmes calomniateurs ? Après cela , faut-il être surpris , mes frères , que Daniel vécût au milieu des lions affamés ; que Jonas se sauvât du fond des abîmes ; que les Enfans de la fournaise trouvassent leurs délices et leur sûreté au milieu des flammes? Mais si la prière eut autrefois tant de pouvoir, que ne fera -t- elle pas maintenant, depuis que Jesus-Christ l'a consacrée , qu'A lui a appliqué les mérites de son Sang, qu'il joint ses prières aux nôtres , qu'il veut bien devenir , auprès de son Père , notre Média- *ur et notre Pontife , pour le conjurer
$UR LA PRISAS. îgfa
par tout ce qu'il a de plus cher au monde, de nous accorder tout ce que nous lui demandoilS; Lisez , lisez l'Evangile ; qu'y trouverez-vous , et qu'y voit-on en effet ? des aveugles éclairés , des lépreux guéris , des boiteux redressés , des morts ressuscites; et tous ces prodiges opérés par la vertu de la prière. Si les liens de saint Pierre se brisent, si les portes de sa prison s'ouvrent , si le chef de l'Eglise est mis en liberté ; si Paul , de persécuteur de l'Eglise , devient un vase d'élection ; si le Saint-Esprit enfin descend sur les Apôtres , assemblés dans le Cénacle , n'est-ce pas à la prière qu'on doit attribuer toutes ces merveilles et tous ces miracles t
O homme de peu de foi , que craignez-vous donc pour votre salut , si vous êtes homme"** de prière, après tout ce que vous venez d'entendre ? Est-il aucun ertnemi si redoutable, dont , avec le secours de la prière , vous ne puissiez triompher avec avantage ? Je le sais , le monde vous corrompt , vos passions vous tentent , le démon vous persécute 9 le Seigneur même s'arme quelquefois contre vous , pour vous châtier et pour vous punir* Tels sont les ennemis qui vous exercent dans cette vie , et que vous ne sauriez trop redouter. Mais rassurez-vous , le Seigneur
y a pourvu: priez, mes frères, infailliblement vous vaincrez. Oui , mes frères , le monde vous corrompt; il n'y a pour vous quécueil, que péril , que poison , et qu'occasion de.
chute : les affaires vous dissipent , les objets vous séduisent , les spectacles vous enchantent , les compagnies vous débauchent , les exemples , la coutume vous entraînent ; en un mot , les plaisirs , les honneurs , les richesses , tout vous charme , tout vous perd, tout vous damne. Quelles ressources , mes frères , contre ces dangers inévitables du monde ? Où trouver des forces et des secours si puissans pour y résister ? c'est de la prière, mes frères , qu'il faut les attendre. Âh ! ne cessez de pousser des gémissemens et des —soupirs vers le Seigneur ,. et priez-le d'être votre appui , votre force 9 votre soutien.
Ah ! quand le monde entier s'élèveroit contre moi , dit le Prophète , je ne le craindrois pas , parce que j'ai mis le Seigneur dans mon parti par la prière : Si consistant adversiim me castra , non timebit cor meum. (i)
Vos passions vous tentent. Hélas ! vous ne l'éprouvez que trop, que l'esprit est prompt et que la chair foible. Tantôt c'est une noire envie qui vous tourmente et qui vous dé* chire nuit et jour , et qui vous porte à cent (i) Ps, XXTI. 3.
SUR LA PRIÈRE* igi
surer, à critiquer j à condamner lés actions les plus saintes de votre prochain , et à traverser tous ses desseins. Tantôt c'est une sordide attache que vous avez aux biens caducs et périssables de cette vie , qui vous engage à désirer , à amasser , à accumuler, à prendre de toutes mains , à commettre mille injustices , et à n avoir que de l'insensibilité pour votre salut, et que de la dureté pour les pauvres. Tantôt c'est une passion d'impureté qui vous domine , qui vous entretient daùs une mollesse honteuse. Quel parti prendre au milieu de tant dé misères, et pftrmî des tentations si dangereuses et si redoutables? Priez ^ mes frères, priez , et bientôt toutes ces tentation» seront dissipées ; et de même qu'on vit autrefois les mura dé Jéricho tomber au son de la trompette , ainsi vous verrez vos passions et vos vices s'abattre et se briser dans vos cœurs par la force de vos prières^
Les démons vous persécutent. Àh ! qui pourrait vous>eprésenter toute la rage dont ils sont animés contre vous : attaques violentes , pièges dangereux , images honteuses, artifices , suggestions malignes, ils mettient tout en usage pour vous perdre. De* quelles armes n avez-vous pas besoirt pour
193 »ÛR LA PàlÈÀS.
vaincre des ennemis si puissans et si rusés ! mes frères , n'en cherchez pas d'autres que celles que tous trouverez dans la prière. Ce sont là ces armes spirituelles et invincibles/ auxquelles toutes les puissances des ténèbres ne purent jamais résister.
Sans la prière , , chrétiens , vous- dit l'élo* quent saint Chrysostôme , vous étés comme une ville sans armes et sans murailles , exposée à toutes les insultes; mais aussi, munià de son secours , il n'est point d'ennemis r pour redoutables qu'ils soient , à qui vousne soyez invincibleSé
Mais pourquoi cet homme * cctfaëtièn, ne triompheroit-il pa&de Fenfet parlai prière, puisqu'il trouve dans la prière la forcé de triompher de Dieu même ? Dieu , mes frères,, est un terrible , un puissant, un redoutable ennemi. A peine avons-nous péché , qu'il s'arme contre nous , qu'il nous poursuit par* tout , tantôt par la terreur des jugemens qui nous troublent 9 tantôt par le poids de son bras qui nous afflige 9 tantôt par la sous*' traction de sa grâce qui nous abandonne , si nous n'en profitons pas. Quel asile trou* verez-vous donc , pécheur , contre ces redoutables effets de la colère d'un Dieu ? c'est dans la prière que vous le trouverez sûre-
SUa Là. PfUBEJB. Ij3
ment* Oui , mon Dieu , c'est de vous-même qu'il faut attendre la force de vous vaincre vous-même ; c'est en implorant votre misé* ricorde, qu'on évite votre courroux ; c'est par les armes de nos prières, que nous vous arrachons celles de votre justice : Ut évadas \ Deum y Juge ad Deum. Et n'est-ce pas par* là , mes frères , que Moïse suspendit la colère de Dieu , prête à tomber sur son peuple ? Vous savez tout ce trait. Le Seigneur vouloit détruire les Enfans d'Israël , parce qu'ils avoient adoré le Veau d'or. Moïse intercède pour eux , et lui dit : Pourquoi , Seigneur, votre fureur s'allume-t-elle contre votre peuple que vous avez tiré de l'Egypte par la force et la puissance de votre main ?
Ah ! je vous prie , ne donnez pas lieu aux Egyptiens de, dire , Il les a tirés adroitement d'ici » pour les tuer dans les montagnes , et pour les effacer de la terre. Laissez-moi , Moïse , lui répondit le Seigneur : Dimittê me; (i) ne vous mettez point en devoir de me pr}er pour ce peuple , et n'élevez point votre voix et vos prières pour eux , et ne me résistez point \ je veux les perdre à quel» que prix que ce soit. Xls m'ont trop cruellement «outragé, pqur leur accorder le pardon
(i) ,&*<**. xxxn. ia.
Ij6 SUE LÀ PRUBRB.
point de vous , pour exaucer vos désirs , pénibles travaux , de longs^ét périlleux tr jets , d'aumônes abondantes , des jeun mortifians , des austérités excessives. No rotre peu de santé , peut-être , vous fo niroit un fonds d excuses , auxquelles no ne saurions que répliquer. Que vous feu il donc pour prier ? mes frères , il ne v faut qu'une ame , un esprit , un cœur—~ qu'une ame qui s'applique à Dieu , qui s" 1ère vers lui , qui l'adore et qui le réc me ; qu'un esprit qui reconnoisse humbL ment ses besoins , ses misères et ses foibl ses ; qu'un cœur qui s'ouvre, , qui crie , soupire , qui demande la délivrance de maux à celui seul qui peut les guérir. O donnez-moi un chrétien qui n'ait ni am ni cœur , ni entendement , et je vous dira£~ pour lors , qu'il lui est mal aisé et mêm impossible de prier. Mais ce qui doit vo (aire trouver la prière encore plus aisée ^ par rapport à vous , c'est que vous pouvez prier en tout temps , en tout lieu , dans toutes les circonstances de la vie. Moïse prioit à la tête d'une nombreuse et formidable urmêtf ; Samuel prioit assidûment dans le Temple, sans qu'on l'entendit , parce qu'a* près tout , Dieu ua pas besoin de nos voix,
de l'inclination de nos corps et de l'extension de nos mains , et qu'il ne réclame que l'affection de nos cœurs et la droiture de nos intentions. Esther prioit assise sur son trône 9 environnée de tous ses sujets ; Daniel dans sa fosse , au milieu des lions, affamés ; Ezéchiàs prioit dans son lit , accablé de maladie ; saint Paul prioit dans les prisons et dans les fers ; saint Joseph, dans sa pauvre boutique ; et saint Isidore , à la suite de son troupeau. Ainsi pouvez -vous prier vousmêmes , vous dit saint Chrysostôme. Dans quelque état , dans quelque condition , dans quelque conjoncture de la vie que vous vous trouviez , rien ne vous empêche de vaquer à ce saint et doux exercice : Non impediris orare. Mais combien le Seigneur ne vous* la facilite-t-il pas encore lui - même , par le favorable accès qu'il vous donne sans cesse auprès de son infinie bonté. Voyez , mes frères , vous dit saint Chrysostôme , la peine qu'il y a d'entrer chez un monarque , chez un grand du monde, non-seulement pour obtenir de lui quelque grâce , mais seulement pour la lui demander. Combien de favorables momens ne faut -il pas ménager pour, avoir son audience ? Combien de sol-r dats et de gardes ne faut * il pas traverser 3. * 9
pour arriver à son trône ? Combien d'introducteurs et de patrons puissans ne faut-il pas employer auprès de lui pour être exaucé , ou même pour être favorablement écouté ?
et à combien de refus , d'humiliations et de mépris ne faut-il pas quelquefois s'exposer , quelque soin qu'on prenne pour mériter sa bienveillance et son estime ? Ah !
s'écrie le même Père , il n'en est pas ainsi du Dieu que nous réclamons. Il n'est pas nécessaire de le chercher loin de nous , puisqu'il est toujours au-dedans de nous-même , et qu'il a fait dé notre cœur un temple , dans lequel il veut que nous lui présentions nos sacrifices et nos vœux. Il ne faut point attendre le jour ni l'heure commode pour l'approcher et pour lui parler , parce qu'il est toujours disposé à nous accueillir , et toujours prêt à nous écouter. Quoique nous puissions et que nous devions souvent même employer des médiateurs auprès de lui , potrr fléchir sa justice et pour attirer sur nous ses bienfaits , il nous permet néanmoins de recourir à sa Majesté , et de lui demander nous-mêmes tous nos besoins , sans craindre de nous rendre incommodes et importuns. Bien différent des grands du monde , que nous Importunons à mesure que nous
SUR LÀ PfUERfi. 199
leur demandons, notre Dieu, au contraire, infiniment riche et libéral , répand d'autant plus sur nous ses richesses , que nous sommes plus assidus à les lui demander. Que dis-je ? il nous presse , il nous invite à lui demander ; il se plaint même amèrement de ce que nous ne les lui demandons pas sans cesse : Usque modo non petistis qiridquam. (1) Mais exige-t-il pour cela de nous de longues prières , de profondes méditations , des oraisons sublimes ? Non , car peut - être , hélas ! nous n'en sommes pas capables ; mais il se contente d'un mouvement de notre cœur envers lui , d'une invocation secrète de son secours , d'un cri amoureux qui demande miséricorde , d'une humble exposition de notre misère. Il prévient même souvent nos désirs et nos pensées ; car le Dieu du Ciel n'est pas comme les grands de la terre , qui ne donnent le plus souvent qu'après mille refus , et que pour récompenser de grands et de longs services. Le Seigneur, pour nous enrichir de ses dons , de ses précieuses riehesses , veut seulement que nous soyons disposés à les recevoir.
Il arrive souvent. , par une erreur trop commune, qu'on fait consister la prière dans
(1) /odbe.'.xvx. *4«
la prononciation de quelques mots , dans la méditation de quelques mystères , dans la lecture de quelques livres. On peut prier sans lire , sans méditer , sans parler. La prière n'est pas non plus attachée ni à la sensibilité de l'imagination , ni à la fidélité de la mémoire , ni à la posture du corps , ni à des lieux étrangers , ni enfin à aucun secours humain. Elle consiste , disent saint Augustin et saint Jean Damascène , dans l'élévation dune ame qui cherche Dieu , dune ame qui , qui sentant ses besoins , commence à en demander les remèdes. C'est-là la vraie idée que les saints Pères en donnent. Or , est-il rien de plus aisé que de s'élever à Dieu, que de lui exposer ses besoins , et que de lui demander sa miséricorde et sa grâce ?
Il demeure donc pour incontestable , mes frères , que la prière est nécessaire , puisque sans elle nous ne saurions nous convertir , ni persévérer dans la grâce de notre conversion ; qu'elle est efficace , puisque par elle nous obtenons infailliblement de Dieu tou 1 ce que nous lui demandons ; qu'elle est enfin très-aisée et très-facile , puisqu'il nous est permis à tous de recourir à Dieu , dans tous les temps de la vie , sans craindre jamais d'en être rebutés. Or ? delà que s'ei^it-ilP.its'enfctyit,
Btes frètes , que vous devez désormais faire de la prière votre plus essentielle occupau °n ; et <jue le comble du malheur pour T °us , c'est de ne point prier.
Aii ! les premiers chrétiens étoient si per- Sl *fcçlés du besoin qu'ils avoient de la prière y qu'ils consumoient la plus grande, partie du temps à ce saint exercice. Leur piété ne se "O^noit pas à prier régulièrement à différentes heures du jour : ils observoient encore d'in- ^ï^ompre le sommeil de la nuit , pour se ren- ^^ à l'adoration et à la psalmodie des saints ïl °cturnes. Et n'étoit-ce pas , dit Tertullien , P°vir être alors plus disposés à la prière , StU'ils affectoient ^ dans leur dernier repas , ****e plus exacte sobriété : Ita saturantw T ut **ieminerint etiam pernoctem adorandwn sibi J)eum esse. Aussi quelle piété , quelle ferveur ne régnoit pas dans ces heureux temps parmi les fidèles ! Mais ces heureux temps sonjt changés : les chrétiens de nos jours ne prient presque jamais , ou ne prient que très-rarement ; et voilà la source de tant de désordres sur lesquels nous ne cessons de gémir. Quel exercice , en effet , est aujourd'hui plus négligé dans le monde , que celui de la prière ! Bien loin d'en faire son capital, à peine y daigne-t-on consacrer quelques
momens . en commençant et en finissant Te jour, et ces momens sont tout à la fois etl^s plus ennuyeux et les plus rapides de la jomju* née. A peine une fois dans la semaine consa?
cre-t-on une demi-heure au saint Sacrifie?* de nos autels , qui est , sans contredit > la plus belle et la plus efficace de toutes \oS prières : encore se plaint-on souvent avec Scandale de la longueur du Sacrifice. Mai5 combien en est-il qui se font comme une gloire et un devoir de ne jamais prier, qui relèguent ce saint exercice dans les cloîtres et chez les religieux , lesquels , disent-ils , n'ont rien autre chose à faire que de prier Dieu ; qui regardent la prière comme un amusement , ou comme une occupation peu convenable à leur état , qui la fuient comme un supplice , qui la censurent dans les autres Comme une foiblesse d'esprit ou comme une indigne oisiveté. Tels sont souvent ces infortunés parens , ces hommes impies et sans religion , qui , non contens de ne mettre jamais les genoux à terre pour prier , détournent encore , par les plus insolentes railleries et par les plus mauvais traitemens , leurs femmes , leurs enfans , leur servante, d'une prière fervente et assidue ; tandis que, pauvres malheureux ! ce n'est qu'au mérite
SUE LÀ PRIERE. 2o3
et à la ferveur de ces prières dont vous faites si peu de compte , que vous êtes peutêtre redevables de la vie et de tout ce que tous êtes. Car s'il n'y avoit ni dans votre ville , ni dans vos familles , quelque ame sainte qui s'intéressât pour vous et qui arrêtât la colère du Seigneur , depuis long-temps la foudre du ciel vous auroit sans doute écrasés»
extermine , pour venger vos impiétés et vos scandales.
Eh ! mes frères , disoit saint Pierre Chrysologue aux chrétiens qu'il étoit chargé d'instruire , le saint prophète Daniel aima mieux s'exposer à être dévoré des lions, que d'interrompre la coutume qu'il avoit de prier non - seulement tous les jours , mais de prier trois fois chaque jour , prosterné contre terre et la face tournée du côté du Temple. Comment donc à la vue d'un pareil exemple , disoit ce dévot Père , nous qui nous levons tous les jours si incertains de notre éternelle destinée , accablés de tant de péchés qui sollicitent continuellement l'arrêt de notre mort , exposés à tant de périls , environnés de tant d'ennemis , sujets à tant de fâcheux accidens ; comment , disje , pouvons-nous négliger d'entrer soir et matin dans nos Eglises , pour demander au
â<>4 SUR LÀ PRIERE.
Dieu tout-puissant qui y habite , sa protection et son secours.
Mais quel peut être , je vous prie , ce funeste principe de cette opposition que vous avez pour la prière ? Oseriez -vous dire que vous n'avez besoin de rien, que rien ne vous manque ? ah ! quand vous le diriez , votre propre expérience ne vous démentiroit-elle pas ? Direz-vous que vous êtes incapable de prier , que vous ne savez ce que c'est que la prière ? mais vous êtes tous les jours si éloquent à exposer aux hommes les nécessités spirituelles ou temporelles qui vous affligent ; ah ! pourquoi ne les exposez-vous pas de même à Dieu r pour l'engager à vous protéger et à vous secourir ? Seriez-vous assez impie de nous dire , qu'indépendamment de vos prières , Dieu sait tous vos besoins , et que , sans que vous les lui fassiez connoître , il saura bien y pourvoir ? Mais quoiqu'il les sache et qu'il les connoisse , il n'y pourvoira point , parce qu'il veut y être absolument déterminé et engagé par vos prière*. Vous en excuserezvous sur la multitude des occupations qui vous accablent , sur les emplois , les charges , les ministères publics que vous exercez , et dont toutes les fonctions si dissi-
SUR LA PRIÈRE- 2o5
panf es et si tumultueuses par elles-mêmes , sont opposées à l'attention et au recueillement que demandé la prière ? Mais , bien loin que la multitude et l'embarras des affaires dont vous êtes chargé tous dispense de la prière , n'est-ce pas à proportion que vos devoirs sont plus difficiles ou plus étendus , que vous êtes obligé de prier davantage pour obtenir plus de secours d'en haut ? Mais , je vous le demande 7 cette multitude d'occupations et d'affaires dont vous supposez être accablé , ne vous laisse-t-elle pas quelquefois assez de loisir pour les entremêler de quelque partie de jeu , de quelque visite vaine et inutile, de quelque entrevue suspecte , de quelque divertissement profane ?
Ah! mes frères , que de temps ménagé pour la prière , si on lui sacrifioit tout celui que l'on perd en tant de frivoles amusemens ! Mais je veux que vous soyez si occupé , qu'il vous soit absolument impossible de donner à la prière d'autres momens que les premiers et les derniers de la journée ; ne pourriez-vous pas aisément les commencer et les finir , ces différentes occupations , par quelque courte prière ? Ne vous seroit-il pas facile , sans les interrompre d'une manière trop marquée , de les sanctifier par quelque élévation à Dieu,
lOÔ SUR LA PRIERE.
par des gémissemens secrets , par quelque x acte d amour , d'oblation , de reconnoissance , d'union à Jésus-Christ , de désir 4e lui plaire , de regret de l'avoir offensé ? Ah! ces saintes pratiques vous coùteroient moins de temps que je' n'en mets à vous les dicter ; et pourvu qu'elles partissent d'un cœur vif et ardent , elles suppléeroient parfaitement à des prières plus étendues qu'il n'est pas en votre pouvoir de faire. Pourquoi donc êtesvous si malheureux que de les négliger de la sorte , jusqu'à passer les jours , les semaines entières, sans nul souvenir de Dieu, sans exciter dans vous aucun mouvement de dévotion , ni aucun désir de la prière ? Nous allèguerez-vous enfin , pour dernière raison , que vous avez soin de recommander tous les jours à des gens de bien de prier Dieu pour vous; que vous pouvez, avec confiance , vous reposer sur leurs prières ? Mais quelle est votre illusion ? Que sert - il que des serviteurs fidèles de Jésus - Christ lui disent tous les jours , Convertissez , Seigneur, cette ame pécheresse rachetée de votre Sang; tandis que vous lui dites vous - même tout le contraire par votre conduite criminelle ?
Ah ï mon frère , ne vous aveuglez pas ainsi; mettez vous-même la main à l'œuvre , et
puisque vous êtes intéressé plus que tout autre en l'affaire de votre salu,t , demandez à Dieu vous-même la grâce d'y travailler :
travaillez-y , en effet , et comptez à ce prixlà beaucoup sur les prières de ceux qui h> tercèdent pour vous ; autrement je vous déclare que vous avez tout à craindre.
Après avoir ainsi détruit toutes vos frivoles objections , que me reste-t-il à conclure , si ce n'est que rien au monde ne peut vous dispenser du saint exercice de la prière ; qu'il faut prier , et prier sans relâche ? Mais priez comme il faut ; c'est ce que je m'en vais tâcher de vous apprendre dans mon second point.
SECOND POINT
Il est étonnant , mes frères , que la prière soit si puissante et si efficace auprès de Dieu, ainsi que nous l'avons déjà remarqué , et que néanmoins Dieu se montre tous les jours si peu favorable à nos prières et à nos vœux. Nous le prions , et il ne nous écoute pas ; nous le réclamons, nous lui demandons, et il ne nous exauce pas. Quelle peut donc être la cause de l'inutilité de nos prières, et du peu de fruit que nous en retirons ? Ecoutons saint Augustin. Voulez-vous savoir , nous
2o8 SUR LÀ PRIERE.
dit>il , pourquoi vous n'obtenez, presque jamais rien par vos prières ? c'est que vous ne demandez pas dans l'état qu'il faut : Mali petistis; vous ne demandez pas ce qu'il faut: Mala petistis ; vous ne demandez pas de la manière qu'il faut : Maie petistis. Tels sont les défauts qui se rencontrent dans vos prières , et qui les rendent si inefficaces ; défauts que je veux vous découvrir et vous reprocher , pour vous apprendre par-là le secret inestimable et Kart tout divin de bien prier. Commençons.
En premier lieu , mes frères , vous priez en mauvais état , dans l'état du péché mortel , et voilà ce qui arrête auprès de Dieu le succès de vos prières. Prenez garde à ceci , chrétiens ; je ne dis pas qu'on ne prie plus, ni qu'on ne doive plus prier, quand on est pécheur : je soutiens , au contraire , qu'un pécheur doit redoubler chaque jour ses prières , jusqu'à ce qu'il obtienne enfin la grâce de sa conversion. Je ne dis pas non plus qu'il n'y ait que les prières des Justes qui puissent être efficaces et agréables à Dieu , et que celles des pécheurs sont toujours rejetées :
bien loin d'avancer des propositions si détestables et si désespérantes , je donnerais souvent l'avantage aux prières de certains
pécheurs, sur celles de plusieurs justes, parce qu'elles sont souvent plus humbles et plus ferventes. A Dieu ne plaise encore que je fusse assez malheureux de vous dire que les prières et les autres bonnes œuvres , faites en état dé péché mortel , sont coupables et criminelles , et que bien loin de fléchir la justice de Dieu, elles ne servent qu'à l'irriter davantage : je sais trop bien que ce sont là des erreurs affreuses , condamnées dans les novateurs de ce siècle , et que je fais gloire d'anathématiser avec toute l'Eglise. Mais d'une autre part aussi , je dis et je soutiens, que pour être écouté favorablement dans nos prières , il faut être ou en état de grâce ou dans un désir sincère de s'y remettre ; et .que par conséquent un pécheur qui ne sent point- en lui-même aucun désir de sa con- * version , qui conserve de criminelles habitudes dont il remet toujours le sérieux amendément dans un autre temps , qui persévère dans ses désordres et qui veut toujours y persévérer , un pécheur , dis-je , qui bien loin d'essayer de retourner à Dieu par la
pénitence , s'en éloigne toujours davantage en s'obstinant , en s'endurcissant dans le
crime ; je dis et je soutiens encore un coup
qu'un pécheur de ce caractère ne saujoit être
capable de prier avec fruit , selon la parole* de Jésus-Christ même : Deus peccatores non audit, (i) C'est là , pécheurs , cette indigne et criminelle disposition qui est un obstacle essentiel à l'efficacité de vos prières ; et c'est là-dessus aussi que je fonde ma pro»
position , lorsque je vous dis que vous ne recevez point ce que vous demandez , parce que vous le demandez en mauvais état. En effet , vos passion» , vos désirs déréglés , vos criminelles habitudes , tous vos péchés enfin auxquels vous ne voulez pas renoncer , forment , vous dit le Prophète , unnuage épais , qui empêche que vos prières ne s'élèvent jusqu'au Ciel et ne montent jusqu'au trône de Dieu ? Opposuisti nubcm tibiy ne transeat oratio. (2) Comment voulezvous que le Seigneur vous regarde avec des yeux d'une compatissante miséricorde, et se hâte de vous secourir lorsque vous le réclamez , tandis que vous détournez de vous tous ses charitables soins, et que, d'une autre part, vous vous efforcez , par vos péchés réitérés , de devenir toujours plus l'objet de sa colère et de sa vengeance ? Comment pouvez-vous espérer d'attendrir son cœur par
(1) Thren. ni. 44, (a) Joan. ix. 3i.
la prière , tandis que le vôtre est endurci dans le crime ? de fléchir sa justice , pendant que vous êtes tous -même inflexible à sa grâce ? Comment enfin osez - vous lui demander ses faveurs , ses bienfaits , tandis que vous ne méritez que des anathèmes et des supplices ? Quoi ! mes frères , vous osez demander à Dieu des grâces dans le même temps que vous armez ses mains, pour vous préparer des tourmens et des feux ? Vous osez prendre , dans l'oraison que vous lui faites tous les jours , l'aimable qualité de ses enfans , lorsque vous voulez encore porter celle de ses ennemis ! Vous osez l'appeler votre Père, tandis que vous nourrissez dans votre cœur l'abominable dessein d'être ses parricides ! Vous osez lui dire que son Nom soit sanctifié , lorsque vous le profanez continuellement par des blasphèmes exécrables!
Vous osez lui demander que son royaume vous arrive , lorsque vous lui dites, par une épouvantable rébellion : Nokunus hune rt~ gnare super nos ; (i) Nous ne voulons point que ce Roi domine sur nos cœurs , et nous ne reconnoissons point d'autre empire que celui de nos passions ! Vous osez lui dire que sa volonté soit faite , lorsque vous ne
(i). Luc. xix. 14*
212 SUR LA PRIEES.
voulez rien faire de ce qu'il désire de vous, et que , pour obéir à vos inclinations déréglées , vous ne faites nul état de ses préceptes ni de ses conseils ! Vous osez demander à ce Père céleste le pain de l'Eucharistie comme le pain de chaque jour , pendant qu'il vous faut toutes les menaces et toutes les foudres de l'Eglise pour vous obliger à vous en approcher unje fois Tannée ! Vous le priez qu'il vous pardonne de la même manière que vous pardonniez aux autres ; or , est-il que vous ne leur pardonnez point , et que vous ne respirez contre eux que la vengeance la plus animée. Achevez , infortunés ! et concluez , pour votre condamnation ? que vous ne voulez pas que Dieu vous pardonne , et que peu vous importe d'encourir son éternelle disgrâce. Votre raison et votre foi ont horreur de cette conclusion ; mais vos inimitiés et vos haines ne vous y conduisentelles pas nécessairement ? Enfin vous demandez à Dieu qu'il vous délivre de la tentation , et cependant vous cherchez toutes les occasions qui vous sollicitent au péché ! Ah ! pécheurs , comment ne rougissez-vous pas d'une contradiction si monstrueuse entre vos paroles et vos actions , entre vos demandes et vos désirs , entre vos prières et votre
SUR LA PRIERE. . 2l3
conduite ? Accordez- vous donc avec vousmême : ou cessez de faire la prière que l'Eglise nous enseigne, ou mettez -vous au plutôt dans l'état qu'il faut pour obtenir ce que vous demandez ; sans quoi , n'est-il pas évident que chaque prière que vous adressez à Dieu , devient un juste sujet de condamnation pour vous , et sert à vous attirer des anathèmes , plutôt qu'à vous mériter ses grâces et ses faveurs ?
J'ajoute , en second lieu , que vous ne demandez pas ce qu'il faut : autre défaut essentiel dans vos prières, qui empêche également tout le fruit que vous pourriez en retirer.
En effet , chrétiens , que pensez - vous que dût être le sujet de vos prières , et à quoi devroient - elles toutes se terminer ? Ah !
vous ne devriez sans doute demander au Seigneur que des choses saintes et dignes de lui : que la sanctification de son nom ; que l'avènement de son règne ; que l'accomplissement de sa volonté , ainsi que Jésus- Christ vous le prescrit. La victoire de vos passions , la pureté des mœurs , la bonne Conscience , l'humilité , la foi , l'amour du prochain , le mépris du monde , mais surtout une bonne mort ; en un mot , tout ce qui sert à sanctifier l'ame et à lui procurer
ai4 SVR LA PAIÈRS.
le salut éternel , voilà ce qui devroh être encore le continuel sujet de vos demandes et de vos vœux. Mais , hélas ! que vous êtes éloignés de ces saintes dispositions ! Bien loin de ne demander à Dieu que des choses nécessaires ou profitables à votre salut, ne lui en demandez-vous pas tous les jours de préjudiciables ou d'inutiles ? Oui , chrétiens, vous demandez tous les jours à Dieu des choses préjudiciables à votre salut : ainsi ne N vous étonnez pas du peu de fruit et du peu de valeur qu'ont vos prières devant Dieu.
Je sais bien que vous ne seriez peut-être pas si impie que de dire à Dieu : Seigneur , accordez-moi , je vous prie , l'accomplissement de tous mes désirs les plus sensuels et le succès de toutes mes entreprises les plus criminelles. Non , j'avoue que vous savez mieux colorer vos prières , et les exprimer en des termes moins odieux. Mais si vous vous trompez vous-même , vous ne trompez pas Dieu, qui vous entend, et qui pénètre vos intentions les plus secrètes. Dieu , qui est si saint et si équitable , est - il donc le fauteur de vos vices et le complice de vos crimes ? Vous a-t-il jamais promis de fav oriser vos désordres et vos injustices ? Quelle horreur de le penser ! C'est cependant sur
ce pied que vous agissez et que vous traites avec lui y lorsque vous, lui faites de telles demandes* Heureux encore que le Seigneur , pour votre salut , se rende inflexible à des prières de cette nature. Car enfin , où en seriez-vous , si c étoit un Dieu plus indulgent selon votre gré? où en seriez-vous, disje , si lorsque vous demandez à Dieu ce qui flatte vos passions , il vous accordoit alors ce que vous lui demandez ? Ne seroit-ce pas là le plus rigoureux jugement et la plus terrible vengeance qu'il pût jamais exercer sur vous? Voyez , mes frères , voyez quel fut le triste effet de la prière des Hébreux , dans le désert. Nourris chaque jour d'une manne délicieuse qui tomboit du ciel tous les matins , ils se dégoûtent enfin d'un aliment si léger et si agréable ; ils demandent à Dieu des viandes plus solides. Ils sont exaucés ; Dieu leur en donne. Bientôt des nuées d'oiseaux , dit l'Ecriture , sont portées par les vents*, comme des nuées de poussière , et viennent fondre entre leurs mains ; mais tandis -qu'ils goûtent avec plaisir ce qu'ils .avoient tant souhaité , ces viandes deviennent comme du poison pour eux , et la mort fait un si terrible ravage parmi ce peuple , qu'en peu de temps tous ces tristes déserts
216 se» la
ne forent remplis que de cadavres. Ainsi en arrive-t-il à peu près tous les jours à tant de mondains que Dieu exauce selon les désirs insensés de leur coeur. Ils demandent, pour me servir des paroles de Jéscs-Gkust , ou du moins ils croient demander à Dieu , du pain , un œuf, un poisson; mais, aveugles qu'ils sont ! ils ne voyent pas que c'est une pierre , un scorpion , un serpent qu'ils de* mandent , et que Dieu ne leur accorde souvent que dans l'excès de son courroux. Et c'est ce qui a fait dire à saint Augustin cette admirable parole , qui doit nous servir de leçon toute la vie , Que l'accomplissement de nos demandes est souvent l'effet le plus terrible de la colère de Dieu : Aliquando iratus dat ; et que le refus de nos demandes est aussi souvent de sa part un effet de la plus tendre et de la plus miséricordieuse bonté ; Aliquando propitius negaU Ah ! bien loin donc de vous plaindre alors du refus de vos prières , comme vous faites, ne devriez-vous pas , au contraire , le remercier mille fois de ce que de telles prières sont sans effet ?
Mais si vous ne demandez pas toujours des
choses préjudiciables au salut, du moins en
■^^mandez-vous bien souvent de très-inutiles :
SUR Là. PRIÈRE. 21 y
ièmande sans aucun rapport au salut. Je sais , mes frères , que les biens temporels sont des dons de Dieu : aussi je n'ai garde de condamner ceux qui les demandent.
David a demandé la fin des persécutions qu'il souffroit ; Marthe et Magdeleine ont prié pour la convalescence de leur frère ; la mère des Enfans de Zébédée a demandé des honneurs pour eux ; Marie même , la plus sainte de toutes les pures créatures , a demandé un miracle à Jésus-Christ son Fils , pour un besoin temporel. Je ne désaprouve donc pas ceux qui demandent à Dieu les biens de cette vie , des consolations passagères , la guérison d'une maladie , le gain d'un procès , la prospérité d'un ami , une heureuse navigation , une abondante récolte, le profit d'un négoce , un mariage convenable , un établissement avantageux , les avantages de la fortune , la prospérité , le repos. Non ; mais je dis que demander absolument à Dieu toutes ces grâces temporelles, par préférence au salut et sans aucune vue de son salut, c'est ne lui demander que des choses inutiles , et le mettre en droit de nous; refuser l'effet de nos demandes. Ah ! le Dieu que nous adorons , dit saint Basile , est un Roi d'une puissance sans bornes , et qui
ai8
possède en loi-même un fonds wépuisahw^e de richesses. Son plus grand plaisir est c3c nous faire part de ses biens. Il se pique d'étfl^"* libéral et magnifique dans ses dons ; et comir» c il est grand en hii-même , il vent paroîW 1 * grand en tout ce qu il Eût : grand dans \&* biens qu'il répand sur ses serviteurs , grandi dans les châtimens dont il frappe ses ennemis. Jugez par-là combien doivent lui déplaire des prières qui n'ont pour objet que des choses qui sont viles dans son estime , et dont il ne fait aucun cas. Ne lui deman* dez donc que de grandes choses , si tous roulez être exaucé. C'est le déshonorer , que d'avoir recours à lui pour des choses qu'il donne indifFéremment à ses amis et à ses ennemis sans attendre qu'ils les lui de* mandent. Cependant "Hisons-le, et confondons-nous en le disant : peu sensibles aux biens spirituels de nos âmes , et peu désireux de leur salut éternel , ne recherchonsnous pas , comme les païens , uniquement et avant toutes choses , les biens temporels de nos corps ? Car* qui de vous a jamais eu d'abord recours à Dieu pour devenir plus modéré dans ses passions , plus réglé dans conduite , plus chaste, plus humble, plus tueux ? Ah ! chrétiens , vous visitez les
tombeaux des Martyrs , vous courez aux dévotions publiques ; mais* pourquoi P pour être guéri dune maladie , et non point pour être délivré d'une tentation. Vous invoquez les Saints , x vous réclamez sans cesse leur assistance et leur protection } mais pourquoi ? pour le gain d'un procès , pour l'heureux succès d'un voyage , pour recouvrer une chose perdue , pour être plus heureux et plus opulent 7 et non point pour recouvrer la grâce de votre Dieu , ni pour réussir dans l'affaire importante de votre salut. Mes frères, s'écrioit Salvien , si nous sommes affligés de calamités publiques , si nous sommes menacés d'une famine ou d une contagion , s'il règne une mortalité parmi nous , on nous voit courir en foule au Temple du Dieu vivant. Processions , bénédictions , Sacrifices , pèlerinages , prières de l'Eglise , soupirs , larmes et gémissemens , tout est employé pour toucher Dieu et le fléchir! Mais s'agit -il d'un libertinage qui déshonore le christianisme et qui désole l'Eglise ? s'agit-il d'éviter vous-mêmes un jugement irrévocable, une peine éternelle , un enfer dont nous sommes menacés ? hélas ! nous vivons en paix , dans la plus affreuse indolence , et sans inquiétude. Faut - il s'étonner , après
aao SUR LA PRIÈRE.
cela , si souvent Dieu ne nous écoute pas. Pour qu'il nous écoutât , nous devrions lui demander quelque chose , et quelque chose digne de lui. Or , tous les biens de la terre et tout le bonheur temporel que nous lui demandons , préférablement au salut , et séparément du salut , ne sont rien devant Dieu. Jusqu'ici vous ne m'avez rien demandé , dit Jésus - Christ à ses Apôtres , quoiqu'ils lui eussent déjà demandé la multiplication des pains , et les premières places dans son royaume qu'ils croyoient être temporel ; pour nous apprendre par-là, dit saint Augustin , que tous les avantages humains ne méritent nulle estime , et que ce n'est rien demander à Dieu , que de ne lui demander que des biens temporels et périssables. Il n'est donc pas étrange, après cela, encore une fois , qu'il nous refuse presque toujours l'effet de nos demandes. Ah ! vou?
Iez-vous , mes frères , les rendre désormais efficaces ces demandes ? suivez la règle que Jésus -Christ même vous a prescrite.
Cherchez et demandez, en premier lieu, le royaume de Dieu et sa justice , ensuite demandez , si vous voulez , les biens temporels ; mais ne les demandez jamais abso?
lument et sans restriction , et au surplus
SUa LA. PRIÈRE. 221
ue les demandez pas avec trop d ardeur , d'empressement , mais plutôt avec une par- &ite indifférence et une pleine soumission . à la divine volonté. Ce n'est que le salut qu'il faut / demander de la sorte. Ne les demandons que sous condition , c'est-à-dire , qu'autant qu'ils peuvent contribuer à sa gloire et à notre salut ; ou plutôt contenteiv ous d'exposer à ce Dieu de bonté vos bénins , et laissez-lui le spin de tout le reste : d saura bien pourvoir à tout ce qui vous est tte cessaire. Voilà , mes frères , précisément * < pxoi vous" devez vous en tenir pour* Vos P r *ères : car si vpu$ demandez autre chose , e * «Jue vous le demandiez autrement. que je ^^ïis de, vous le- marquer , vous méritez , * a *Xs contredit , que le Fils de Dieu vous r ^J>onde ce qu'il répondit aux Enfans de ^*^V>édée : Nescitis quid petatis ; (i) Vous ne s ^.Vez , mes enfans , ce que vous demandez.
Vous ne sauriez donc être exaucés , mes "ères , parce que vous ne demandez pas ce qu'il faut: j'ajoute, enfin , parce que vous ne demandez pas comme il faut. C'est l'apôtre saint Jacques qui nous apprend cette vérité.
Vous priez , mes frères , nous dit ce saint Apôtre , et vous n'êtes pas exaucés ; pour- (x) Matth. xx. 22.