SUR L AMOUR DE DIEU. 2QI
grand malheur que celui de ne vous point aimer ? Non » mon Dieu , si vous voulez nous épouvanter , ne nous menacez plus , nous vous en conjurons , des feux de l'enfer , mais menacez-nous seulement que nous ne fraierons point des feux de votre amour ; et cette menace sera pour nous plus terrible que celle de l'enfer même. Cependant , mes frères , adorons l'ineffable bonté de notre Dieu , dans l'usage qu'il a fait de son autorité suprême , en nous commandant de l'aimer sous de si grièves peines ; mais rougissons en même temps et confondons-nous d'avoir besoin d'un pareil commandement sur ce que la raison même et la nature nous prescrivent envers l'Être le plus parfait et le plus aimable. Car s'il veut être aimé comme Souverain , par le commandement exprès qu'il nous en fait : Diliges Dominum ; il ne le mérite pas moins comme Dieu , par les amabilités infinies qu'il renferme : Diliges Dominum Deum ; second motif, mes frères, qui nous oblige à l'aimer de toute l'ardeur de notre cœur.
SECOND POINT
Je l'avoue d'abord , mes frères , c'est ici que j'aurois besoin de toutes les langues des
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Séraphins , pour tous donner quelque fbiblft idée de la souveraine grandeur de votre Dien. Car, ô mon Dieu ! qu'est-ce quelliomme, s'écrie saint Augustin , l'homme pécheur et mortel qui porte en lui-même le témoignage de son péché et de sa misère , pour oser entreprendre de vous louer et de sonder l'impénétrable abîme de vos adorables perfections ! Le ciel et la terre ne peuvent vous comprendre :
et comment un esprit aussi foible et aussi borné que le nôtre , pourroit - il jamais se former une juste idée' de ce que vous êtes!
Mais , non* , Seigneur , si vous voulez que nous concevions quels sont vos charmes , vos beautés , vos amabilités infinies , découvrez-nous vous-même la majesté de votre visage ; répandez dans nos âmes un seul rayon de cette gloire que vous étalez sur Fempyrée , et dès lors nos cœurs , à qui il faut tant de motifs pour les échauffer maintenant , et tant de considérations pour les exciter à vous aimer , se porteront comme nécessairement vers vous de tout le poids de leurs inclinations et de toute l'étendue de leur désir.
En effet , chrétiens , qu'y a-t-il dans tout l'univers qui puisse toucher et charmer vos cœurs , que Dieu ne possède éminemment,