‹ SermonsChapitre 15 sur 29 · TROISIÈME POINT · texte numérisé non relu

TROISIÈME POINT

Oui , mes frères , Dieu est tout à nous, et il est tellement à nous , dit saint Augustin , qu'il semble , pour ainsi dire , qu'il ne soit Dieu que pour nous. Que de bienfaits signalés n'avons-nous pas reçus et ne recevons-nous pas encore tous les jours de là main de notre Dieu ! Il nous a donné tout ce qu'il a fait , il nous a donné tout ce que nous sommes , il nous a donné tout ce qu'il est. O vous qui êtes si sensibles aux bienfaits , et qui vous piquez de générosité envers toute personne qui vous oblige, si ces trois excès de profusion de la part d'un Dieu ne vous engagent pas à l'aimer , dites-moi , quelle apparence de raison pouvez - vous avoir pour excuser une si noire , une si impie ingratitude ? Jetez donc , je vous prie , un coup d'œil sur tout ce vaste univers. Voyez le ciel , l'air , la terre , toutes les eaux qui l'arrosent, tous les arbres qui la couvrent, les fleurs , les fruits qui l'ornent et qui l'embellissent , tous les animaux dont elle est peuplée , toutes les créatures enfin qu'elle renferme ; tout cela, mes frères, est à vous, et c'est Dieu qui l'a fait pour l'amour de vous. A ces traits , de quels sentimens de

scu l'amour ois dibu* Sot

reconnoissance , d'admiration et d'amour ne devez-vous pas être saisis envers l'Auteur de tous ces excellens ouvrages qui ne les a faits que pour vous ? Je vous demande , mes frères , quelle fut la joie de la Reine de Saba j à la vue des richesses et de la magnificence du palais de Salomon ! L'Ecriture remarque qu'elle en fut transportée hors d'elle-même : Videns domum et ordines ministrantium , non habebat ultra spiritum, (i) Mais si on eût dit à cette Reine > que ce magnifique palais n'étoit construit que pour elle ; que ces riches meubles , que ces jardins délicieux, que ces harmonieux concerts, n'étoient préparés que pour son plaisir ; si on- lui eût dit que ce nombre infini d'Officiers qui se présentoient à ses yeux , n'étoient établis que pour exécuter ses volontés et la servir ; je vous le demandé encore une fois , quel eût été son étonneménfr, sa surprise ; quel eût été l'excès de sa joie ; quels eussent été les tendres mouvemens de son cœur pour Salomon ! Or , ce qu'on ne dit pas à cette Reine , au sujet du palais qu'elle admiroit , on vous le dit , à vous , par rapport à ce vaste univers que vous habitez.

Et qui vous le dit ? c'est ce même Dieu qui

fi) llh ëeg. x. 4- 5.

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▼ous a tiré du néant t et qui ne tous en a tiré qu'après avoir formé ce monde entier pour être soumis à vos ordres , et fournir à tous vos besoins et à tous vos plaisirs, Voilà que je vous donne tout, dit-il à l'homme après avoir créé l'univers , et que tout est à vous : Ecce omaia dedi vobis. (i) Ah! mon cœur , comment pourras-tu n'être pas touché des plus vifs sentimens d amour pour un Dieu qui a opéré pour toi tant de merveilles , et qui n'a formé une si prodigieuse multitude de créatures , que pour ton usage , que dans la vue de te plaire et de t'élever à lui? Eh quoi ! doit se dire chacun de nous , quoi ! j'ai pour Maître et pour Père un Dieu qui n'a besoin ni de soleil pour l'éclairer , ni de feu pour l'échauffer , ni d'air , ni d'eau pour le rafraîchir , ni de maison pour le loger , ni d'aliment pour le nourrir , ni d'odeur , ni de couleur pour le charmer et le réjouir 9 ni de rien de tout ce qui est ici-bas pour le faire subsister :

c'est moi qui ai besoin de tout cela , et c'est uniquement pour moi, pour subvenir à mes nécessités , pour pourvoir même à mes innocens plaisirs , que sa Providence a formé tous ces excellens ouvrages et a produit tous

(i) Gen. i. %g.

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oes miracles de 1» nature $ et je ne suis pas transporté pour lui d'amour ! Ah ! ne fau-* droit-il pas quer je fusse un monstre d'ingratitude ? Mais* non-seulement il nous a donné tout ce qu'il a fait , il nous a donné encore tout ce que nous sommes , en nous donnant l'être et la vie , et tout ce qui peut contribuer à nous les conserver. Entendezvous 9 peuple ingrat et insensé , s écrie le Prophète , vous seriez encore dans le néant 7 comme une infinité d'autres qui n'existeront jamais: c'est le Seigneur votre Dieu, votre Père , qui vous en a miséricordieuse-* ment tirés , qui vous a faits et qui vous a créés semblables à lui , pour vous rendre participant un jour de son propre bonheur.

C'est lui qui a formé votre ame de ses divines mains , cette ame qui fait la plus noble partie de vous-même , cette ame si excellente et si précieuse , spirituelle ; immortelle , et comme divinisée , capable de le connoître, de l'aimer et de le glorifier à jamais. C'est lui qui nous a formé nos corps avec tant d'art et de sagesse dans le sein même de nos mères, ces yeux qui nous sont si chers, dette langue qui nous sert à tant d'usages , ces oreilles qui nous font entendre 9 ces pieds qui nous aident à marcher , ces mains , ces

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bras , et généralement tout ce qui compose, qui orne et qui embellit ce chef-d'œuvre <fc ses divines mains. Ah ! tant de bienfait»

réunis dans celui de notre création, n'en* gent-ils pas de nous l'amour le plus vif -etfe plus reconnoissant envers celui de qui nous les ayons reçus ? Mais ce qui' me paroit encore plus obligeant de la part de notre Dieu , c'est l'infinie bonté avec laquelle il veille sans cesse à notre conservation : car s'il cessoit un seul moment de nous soutenir et de veiller sur nous , bientôt , hélas !

toutes les parties de ce corps si bien arrangées se démentiroient 9 tout fondroit , tout seroit dans une horrible confusion , et bientôt nous rentrerions dans le chaos et le néant dont nous sommes sortis. Je vous le demande , mon cher auditeur, quelle reconnoissance et quel amour n'auriez-vous pas pour un homme qui vous auroit tiré d'un grand danger , qui vous auroit conservé et prolongé la vie de quelques années ? Eh , mes frères , il y a dix , vingt , trente , quarante ans que Dieu vous rend ce service. Sans sa protection et son secours , mille et mille fois vous auriez perdu la vie qu'il vous a donnée , et vous seriez retombés dans la poussière dont il vous a tirés. Et quel est votre retour vers

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lui y **&tre reconnoissance et votre tendresse pour un Dieu si bon et si libéral ?

Et ne me dites point ici que ces bienfaits sont communs à tous les hommes ; car parce qu'ils sont plus communs , devez-vous pour cela y être moins sensibles P Mais manquezvous de raisons particulières qui vous engagent à l'aimer ? Qui doute que ce souverain Créateur de toutes choses n'eût pu vous faire naître , comme tant d autres, de parens idolâtres ou nourris dans Terreur , ou du moins de parens impies et Kbertins qui n auroient pris aucun soin de votre conduite 9 et qui vous auroient fait sucer avec le lait tous leurs déréglemens et tous leurs vices ? Ah! comptez -vous pour un petit bienfait, la grâce qu'il vous a faite d'être né dans le grand jour de la foi , dans le sein de l'Eglise , et issu d'une famille dont vous avez reçu la plus sainte et la plus honnête de toutes les éducations ? Mais de combien d'autres grâces qui vous ont été plus particulières encore, son aimable Providence ne vous a-t-elle pas comblé dans tous les âges de votre vie ? Que de secours si nécessaires et si peu attendus n'en avez-vous pas reçus dans le temps même que vous en étiez le plus indigne ! De combien d'autres mal-

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heurs ne tous a-t-il pas délivré v de combien de redoutables ennemis ne tous a-t-ïl pas fait triompher , de combien de tentations violentes ne vous a-t-il paa rendu victorieux ? Est-ce un petit, don de sa part > que la santé et le temps qu'il vous donne, et qu'il refuse à tant de milliers d'hommes que la mort enlève au moment que je parle , au milieu de leurs plus florissantes années, et peut-être au milieu de leurs plus grands désordres ? N'est-ce pas enfin de ses divines mains que vous avez reçu ce succès , cette prospérité , cette abondance , cet esprit , cette beauté , ces talens , toutes ces belles qualités qui vous distinguent si fort dans le monde , tandis qu'il en laisse une infinité d'autres dans l'obscurité , dans l'infirmité , dans toute sorte de misère et d# mépris ?

Ah ! chrétiens , comptez , si vous pouvez , tous les momens de votre vie , et vous reconnoîtrez aisément qu'il n'en est pas un seul qui ne soit marqué par quelque trait de bonté de votre Dieu. -Voilà , mes frères , ce que le Seigneur a fait et ce qu'il fait encore tous les jours en votre faveur , pour vous prouver l'excès de son amour. Ingrats que vous êtes ! Dieu n'en a-t-il pas encore assez fait pour mériter votre cœur? Faut- il encore de

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nouveaux miracles et de nouveaux bienfaits pour exciter votre reconnoissance et votre tendresse P Les voici : car non content de vous avoir donné tout ce qu'il a fait 9 tout ce que vous êtes 9 il vous donne encore tout ce qu'il est.

Oui , mes frères , Dieu nous donne tout ce qu'il est ; il nous donne son Fils. Ah !

chrétiens , Dieu nous donne son Fils ! que pouvoit-il nous donner davantage! Il nous donne son Fils , qui est sa propre substance et un autre lui * même ; son Fils qu'il engendre de toute éternité dans la splendeur de sa gloire ; son Fils, qui est l'unique objet de ses plus tendres complaisances. C'est ce Fils adorable qu'il nous donne , qu'il immole 9 qu'il sacrifie, qu'il fait mourir sur une croix pour nous. Oui 9 mon Dieu 9 c'est avec cet excès , c'est avec cette ardeur incompréhensible 9 que vous avez aimé les hommes 9 jusques à arracher , pour ainsi dire , de votre sein ce Verbe consubstantiel à vousmême , pour le donner à des ingrats 9 à des perfides, à des pécheurs pour en faire leur victime : Sic Deus dilexit mundum , ut Filium suum unigerritum dareh (i) O excès de charité de la part d'un Dieu ! quel est le cœur si dur et si insensible qui ne se

(i) Joan. m. 16.

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laissera pénétrer et embraser de ces flammes) Mais l'amour de notre Dieu Ta bien pie*, loin encore. Ce n'est pas assez pour lui de s'être donné a nous dans l'adorable mystère de l'Incarnation , en se faisant homme, et en mourant sur une croix pour nous ; ce même Dieu revient encore tous les jours sous nos yeux , couvert des viles espèces du pain 9 dans l'auguste sacrement de l'Eucharistie , pour s'unir plus intimement à no»

cœurs 9 pour nous servir d'aliment et de nourriture , et pour prendre lui-même en nous ses 'plus chères délices. Enfin poussant sa charité aussi loin qu'un Dieu peut la porter 9 il veut encore lui-même devenir pendant toute l'éternité , notre sort 9 notre possession , notre héritage , ou , pour mieux dire , n'être plus dans le Ciel qu'un avec nous , en nous rendant vivans de sa vie , heureux de son bonheur , glorieux de sa gloire , immortels de sa propre immortalité. Ah ! mes frères , après de tels excès 9 ne devons-nous pas nous écrier ici avec le Prophète : Que le Dieu d'Israël est bon, qu'il est doux, et qu'il est miséricordieux, qu'il est libéral et magnifique envers les hommes ! Non 9 sa bonté , sa douceur , sa miséricorde , sa clémence et son amour

sue l'amour ds dibu. 3og

powMious , sont au-dessus de toutes nos expressions et de nos pensées. J'abandonne ] donc r mes frères , à vos plus profondes me- ; datations , tous les excès de sa charité. L'éloquence humaine n'a rien à y ajouter : ce sont là de ces sujets qui en confondent toutes les règles et qui effacent toutes ses couleurs. /

Mais après avoir considéré , mes frères * tous ces puissans motifs qui vous portent si efficacement à aimer votre Dieu, serez-vous & déraisonnables et si durs , que dis -je ?

serez-vous si impies que de lui refuser votre amour ? Quoi ! un Dieu vous commande de l'aimer 9 et ne s'irrite contre vous que parce que vous ne l'aimez pas ; il possède lui seul toutes les perfections , tous les attraits et , toutes les beautés qui peuvent toucher un cœur raisonnable ; il vous a aimés lui-même de toute éternité de son plein gré , sans y être engagé par votre mérite 9 sans y être obligé par vos services, et sans aucun intérêt de sa part ; il vous aime encore avec ardeur et avec empressement , et , si j'ose le dire, sans ménagement et sans mesure Jusqu'à vous donner tout ce qu'il a fait et tout ce que vous êtes , jusqu'à se donner lui-même pour vous témoigner son amour. Cependant, cœurs insensibles et dénaturés ! quel est votre juste

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retour envers lui ? quel est votre attachement et TOtre tendresse pour un Dieu si bienfaisant et si aimable ? quel est Totre empressement à lui plaire , votre juste crainte de l'offenser , votre exactitude à garder sa sainte loi , votre soumission à sa volonté 9 et votre patience dans les divers maux de cette vie ? Quel est enfin votre zèle et votre ardeur à le faire connortre , à le faire aimer de tous les hommes , de toutes les personnes surtout que sa divine Providence a confiées à vos soins ? Ah ! ingrats , le ciel, la terre , toutes les créatures de l'univers entier, tout vous crie d'aimer votre Dieu, tout vous le dit , tout vous y invite ; et tout me dit d'une autre part que vous ne l'aimez pas. Déplorable aveuglement des hommes!

il ne faut quelquefois dans le monde qu'un seul bienfait pour leur faire Concevoir les sentimens d'une éternelle amitié pour la personne de qui ils l'ont reçu ; et vous , grand Dieu , devant qui tout l'univers n'est qu'un atome et qu'un néant , vous paroîtrez à nos jeux sous un visage rempli de charmes, *^Bk avec un cœur tout brûlant d'amour , et les ^fcnains pleines de bienfaits pour les répandre fcur nous, sans donner aucune atteinte à nos M coeurs et sans faire aucune impression sur

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nos esprits! Mais je Tais plus loin 9 chrétiens: si un étranger , un inconnu , un harbare vous eût rendu le moindre des services que Dieu vous rend tous les jours ; ah ! je suis si parfaitement convaincu de votre bon cœur , que je ne doute pas que vous n'eussiez pour lui une tendresse extrême , quoique vous ne l'eussiez jamais vu , quoique vous n'en dussiez jamais plus rien attendre. Malheureux que vous êtes ! n'y aura -t- il donc que votre Dieu qui , à force de titres et de bienfaits , ne puisse pas gagner un cœur que vous livrez , que vous prodiguez à tout autre .objet? Car enfin , à quoi ne le prodiguezvous pas ce cœur qui n'est fait que pour Dieu ? rougissez - en ici , chrétiens , et confondez-vous ; hélas , à de foibles et indignes créatures qui ne sont que cendre et que poussière , à de fragiles beautés qui ne sont ce qu'elles sont que par l'illusion de la couleur des ajustemens et du fard , et qui sont d'autant plus viles et plus méprisables qu'elles ont besoin de tous ces artifices pour cacher leurs défauts. Voilà ces idoles à qui vous avez porté votre encens et vos soupirs , peut-être depuis que vous êtes au monde. Mais enfin ces idoles périront bientôt 9 et il ne vous restera que la honte et le

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regret d'y avoir mis vos complaisances et attaché votre cœur. Mais encore , à qui livrez-vous ce cœur dont Dieu est si jaloux?

le dirai-je ? à de foibles biens , à des biens périssables , qui ne sont rien par eux-mêmes , dont l'acquisition vous coûte des peines infinies , et dont la perte vous cause mille regrets cuisans ; à de l'or , à de l'argent qui n'est estimable que par le caprice et la fantaisie des hommes ; à des viandes, à des liqueurs qu'il faut qu'on déguise chaque jour pour les rendre plus supportables à votre goût dépravé ; à des honneurs frivoles qui n'ont rien de réel , et qu'un souffle de vent emporte ; à des plaisirs enfin qui portent leur poison dans leurs charmes , et qui vous tuent en vous amusant et en vous flattant. Voilà , pécheurs , ce qui attire vos soins , votre empressement , votre amour , au préjudice de votre Dieu. Voilà ce que vous recherchez , ce que vous aimez à la folie ; et votre Dieu essentiellement bon , et votre Dieu éternellement grand et souverainement aimable , ah ! tout me le dit , encore une fois , vous ne l'aimez pas. Misérables enfans des hommes ! s'écrie le Prophète , jusques à quand n'aimerez-vous donc que la vanité et le mensonge ? N'entendez-

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tous pas j Vous dit saint Augustin , toutes les différentes voix qui s'élèvent de parmi toutes les créatures , pour vous reprocher votre endurcissement et votre stupidité déplorable, etpour vous engager à détacher vos cœurs de tous ces méprisables objets , pour ne les attacher qu'à Dieu seul : Clamât cœlum, clamât terra y Non me diligas, sed Deum,

Ah ! Seigneur je ne mériterai plus ce juste et accablant reproche, puisque c'est à ce moment même que je tourne mes yeux , mon esprit , mon cœur , toutes mes affections vers vous , et que je veux vous aimer uniquement. Oui , je veux vous aimer, et vous aimer uniquement toute ma vie. Car quelle ingratitude énorme , quelle affreuse injustice , que de vous refuser plus longtemps un amour qui vous est dû par tant de titres P Vous me commandez de vous aimer; puis-je refuser de vous obéir , ayant sur moi le pouvoir et l'autorité que vous avez , et daignant vous en servir pour me faire un commandement si aimable et si doux ? Vous êtes rempli de tant de charmes et de tant de beautés , comment pourrois-je donc vous refuser mon amour , 6 centre de toutes les perfections ? Vous m'engagez à vous aimer par de si insignes bienfaits ; ne serois-je

3i4 sur l'amour db dieu.

pas bien ingrat , si je ne vous payois d'un juste retour, et si je ne tous aimois de toutes les forces et de toutes les affections de mon cœur ? Ah ! je vous donne donc mille et mille fois tout mon am#ur , tout l'amour le plus ardent et le plus étendu dont une foible créature puisse être capable. Je vous aime de tout mon esprit , je vous rends dès-àprésent Tunique maître de toutes ses pensées. Je vous aime de tout mon cœur , et je vous consacre ici mille fois toutes ses tendresses et tous ses désirs. Je tous aime de toute mon ame , et je vous jure qu'elle n'aura désormais de penchant , d'inclination et de goût, que pour tous. Je tous aime de toutes mes forces , et j'ose tous protester qu'il n'y aura rien au monde que je ne fasse , que je ne sacrifie , que je n'entreprenne et que je ne souffre pourTotre amour et pour Totre gloire. Faut-il , ô mon Dieu , que pour vous témoigner l'amour dont je brûle pour tous, je renonce à mes passions , que je me détache de tous les faux biens de cette vie , que je m'interdise les compagnies mondaines , ces danses , ces fréquentations , ces spectacles qui me détournent de votre saint amour ; que j'abandonne pour toujours ces funestes créatures qui vous ont disputé si

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long-temps la possession de mon cœur ? Je les quitte , je les fuis pour toujours ; je vous fais tous ces sacrifices. Faites que pour vous prouver mon attachement et ma fidélité , j'accomplisse votre loi , j'exécute vos saintes volontés , je suive exactement jusqu'à vos plus parfaits conseils mêmes et vos maximes , que je pratique la charité , l'humilité , l'obéissance , toutes les vertus chrétiennes. Faut-il enfin que je souffre la calomnie 9 le mépris , la persécution , l'injustice , toutes les croix et toutes les adversités de cette vie , le fer , la violence et la mort même ?

Ah ! je suis prêt à tout entreprendre et à tout souffrir pour vous prouver toute l'ardeur et toute la vivacité de mon amour.

Votre amour , Seigneur , votre seul amour sera la règle , le principe et le mobile de toutes mes pensées , de tous mes désirs , et de toutes mes actions. Votre amour, votre seul amour fera toute mon occupation , toute ma joie , tout mon repos , toutes mes délices , la source de tout mon bonheur dans cette vie $ votre amour , votre seul amour fera le sujet de mon éternelle félicité dans, l'autre , que je vous souhaite , mes frères , Au nom du Père , etc.

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