Demande
T avoue que cette loi est appuyée sur des
Jbndemens et des raisons bien justes et bien
légitimes. Mais combien de. lois qu'on peut
enfreindre impunément , qui n'obligent point
?pu$ peine de péché jnortel et d'une damna*
SUR LAUMÔN^ 3f
Mon éternelle ? Celle-ci sans doute est du nombre ; car vous ne voudriez pas apparemment damner un riche qui ne feroit pas £ aumône*
Réponse.
I)étrorapez*vous , mes frères. Le précepte <fle l'aumône , qui vous a paru jusqu'ici de si petite conséquence , est néanmoins si étroit «t si rigoureux , qu'il y va de votre ame , de ■votre salut et de votre éternelle damnation , si vous négligez de l'observer. J'en donne la preuve , que je veux porter jusqu'à la plus évidente démonstration. Dieu ne nous «lamne^ mes frères , ni ne nous peut damner, <jue pour la transgression d'un précepte essentiel., et que pour des offenses mortelles : «car la foi nous apprend qu'il n'y a que le péché mortel qui mérite un châtiment éternel , et qui doive être frappé de malédiction et d'anathème. Or Jésus-Christ a fulminé cet anathème et cette malédiction éternelle contre tous ceux qui refusent de faire l'aumône aux pauvres. Donc on ne sauroit violer le précepte de l'aumône , surtout en certains cas , sans pécher mortellement , *t* sans encourir une éternelle damnation.
Ecoutez donc ici , riches impitoyables ,
cœurs insensibles et dénatures, vous qui ri vez que des entrailles de fer pour les néci sites de vos frères , qui vous engraissez de substance de la veuve et de l'orphelin , q écoutez tranquillement et sans être émus 1 cris et les plaintes des pauvres ; vous eut qui ne vous servez de la misère du temp que pour rendre les femps toujours pli misérables ; écoutez , dis-je , l'effroyable < foudroyante sentence que l'Eternel , vengei des pauvres , doit enfin prononcer conti tous dans le terrible jour de sa cçlère Retirez-vous de moi , vous dira ce souv< jrain Juge , ce Juge souverainement irrite retirez-vous de moi , maudits , allez au fe éternel. Eh ! Seigneur , s'écrieront alors h réprouvés d'une voix lamentable et dans } plus affreux désespoir , qu'avons-nous faii et quel crime , quel attentat avons - noi commis pour mériter un si terrible çhâti ment? Qu'avez-vous fait, barbares ? J'ai e faim , et vous ne m'avez pas donné à mai ger ; Estçrivi, et non dédis tis mihi mandu care;{i) j'étois pressé de la soif, et voi ne m'avez pas donné à boire : Sitivi> et ne dedistis mihi potwn ; j'étois hors de ch« >i,dans un pays étranger, réduit à mei]
M&tth. xxv. t\%.
„ jtfii l aumône. 33
ttiër trion pain , et tous n'avez pas voulu me recevoir chez vous , ni niême me reconnoître : Hospes eràm, et non collegistis me? (i) j'étois tout nu , et exposé aux injures de l'air , et vous m'avez refusé de quoi me couvrir : Nudus eram , et non cooperuistis me ; j'étoià malade dans un hôpital , chargé de fers dans une prison , et vous n'avez pas daigné faire un seul pas , vous n'avez pas fait le moindre effort pour me rendre une visite , et pour me consoler dans mes infirinités et dans mes chaînes , pour me soulager dans mes misères : Injirmus y et in carcere , et non visitastis me. Allez , maudits , retirez-vous de moi , vous ne méritez que des feux éternels. Mais , grand Dieu , répliqueront tous ces impitoyables riches : eh ! t>ù est-ce que nous vous avons vu sans demeure, exposé aux injures de l'air , pauvre, nu , infirme , et souffrant ? En quel temps tous avons -nous vu dans tous ces tristes états , sans vous donner aucun soulagement ?
Ah ! si nous y avions jamais trouvé votre adorable personne , nous vous aurions donné y pour vous en retirer, non pas uneaun:ône, mais tout notre sang. Ah ! malheureux , vou* m'y avez vu, lorsque vous y avez vu ce pauvre,
(1) Matth. xxv. 43.
Ï8 SCI T.AtMOS*.
tu-, le* ret*noit , que ne pourmïent-3a pw vous reproche» a vous-mêmes ? Gens oisi£ #t ennemis du travail , tous ne méritez pai qu'on vous donne. Mais s'ils ne le mériten |HW, Sfaw-V.iints-T ne le mérite-l-U pas asses pour Min ? if ne sais, en vérité , ajoutezvous f|Nrlr{inO>is , d'où sortent tarit de pauvre* , ni d'où ils viennent. ' tÇescio unde sint di»olt Moula l'égard de David.) Allez. Eli «>i"i vihiIi'7-vom* qu'ils aillent? AU I riche iliioiloyiildcs, nu eo ii si itérez* vous point cru. t'est. Dieu même qui les conduit vers vous A '|iiî voulu* - vous qu'ils s'adressent , s Vf ll'rrt » vi'iis seuls qui pouvez adouci imites leurs muert unies et les secourir dan leur eMftam iiwthrttp. Allez ! en effet i'i'i<TO»-in<>i. l'iuvios de Jiiscs-t jirist , aile t-ln'* le» muions Ixirnures, cl là vous trou vi»vt'« des l'ciiounes "lu* sousihles à vo Wlisèiv» ot r-W elmrîluMes ([lie parmi le #idW «l»' l» eli.uîu- mcnir. Dieu tous assiste tvpetoa W i'iu'«iv du» air h.oiuùn et dé* d..»ii;»ou\. Mus, dites-moi , je tous prie mWtlUVUl (MVtkUi!,-;-Tv;;s qu'il les assiste l\ij;\'c-tv'ii» BU tttù-itclo evhtjut il# sa Pro . *t:i\ umiCfUe •rtu.vw d.* nos ; ^ur w v.«- é»eur* wttîau U tes quJ «a tireur «lu £<«$•& fcàai
SUR L AUMONE. 3g
qui le suivoit dans le désert ? Ce Dieu de bonté n'a-t-il pas déjà pourvu à tous les be» «oins des pauvres , ne les a-t-il pas déjà assez assistés , en vous ordonnant de les soulager ? Toutes ces richesses d'iniquité dont vous jouissez , sont - elles à vous , parce que le Seigneur vous en a confié le dépôt ? ne pouvoit - il pas les placer dans des mains étrangères ? et s'il les a laissées entre les vôtres , pouvez - vous bien vous persuader que ce soit pour tout autre usage que pour assister vous-mêmes les pauvres ? Non , non, détrompez-vous : si vous êtes riches , vous ne l'êtes que pour eux. Dieu vous assiste !
Eh ! il le faut bien que Dieu les assiste , puis* que vous avez, vous-mêmes la cruauté de les abandonner ! Et où en seroient-ils , s'ils trouvoient aussi peu de ressources dans son adorable bonté , qu'ils en trouvent dans les richesses que sa divine libéralité vous a prodiguées ? Où en seroient - ils , si Dieu étoit aussi lent à les secourir , que vous êtes durs vous-mêmes à les assister de vos biens et à les soulager dans leur misère? Hélas!
la plupart ne seroient-ils pas malheureusement réduits à mourir de faim ? Dieu vous assiste ! Eli! qui en,doute qu'il ne les assiste ? Dieu n'est -il pas également le Père de»
4o SUR i/àUMÔNE.
pauvres , comme le vôtre ? Ces pauvreff> pour être des vases d'ignominie à vos yeux f en sont-ils moins chers à ce Dieu de majesté et de gloire ? Ne sont -ils pas les images les plus vives et les plus parfaites du Verbe incarné ? Le même sang qui a coulé pour votre rédemption , n'a-t-il pas été également répandu pour eux ? Pourquoi Dieu laisseroit-il donc périr tous ses chers membre»
.souffrans , sans aucun secours r tandis qu'il vous laisseroit vous-mêmes jouir de toutes les douceurs de la vie présente ? Dieu vou& assiste F oui y Dieu les assistera ; mais- en même temps qu'il se rendra favorable 'à la voix da ' pauvre , il se rendra sourd et insensible à la vôtre : il les assistera, mais en même temps» qu'il répandra sur eux toutes ses bénédictions , il fera tomber sur vos tête» ingrate» tous les fléaux de sa vengeance divine. Ah!
vous leur reprochez encore leur fainéantise F En vérité , avez-vous bonne grâce de rebuter si sévèrement tous ces pauvres malheureux qui s'adressent à vous , pour la fainéantise dont vous les taxez ? Que ne vous diroient-ils point , que ne vous reprocheroient-ils point eux-mêmes à leur tour , si quelque bienséance ne les retenoït ? Qu'a donc cette oisiveté que vous nous repro-
ékèfc 5 poufroient-ils vous dire , de pïua criminel et de plus honteux que celle dont Vous nous donnez vous-mêmes l'exemple ?
Si nous n'employons pas au travail notre misérable vie , à quoi consumez - vous la vôtre ? Cette indigne mollesse dans laquelle? vous demeurez plongés , ces spectacles $ ce»
jeux 1 tant de profanes amusemens , sont-ce là des occupations moins dignes de censure que notre oisiveté ? et si vous trouvez que nous soyons répréhensibles , lorsque nou$ employons notre temps à demander notre vie que nous ne sommes plus en état de gagner , n'êtes-vous pas mille fois plus coupables vous - mêmes , lorsque , ne pensant qu'à vous procurer des plaisirs ^ vous refusez si cruellement de l'entretenir et de nous la conserver ?
Enfin , venez* vous écrier encore , que vous ne savez en vérité d'où sortent tant de pauvres 9 ni d*où ils viennent , et qu'il n'est pas possible de les secourir tous* Vous ne savez pas d'où sortent tant de pauvres , ni d'où ils viennent ?. Mais vousmêmes 1 d'où sortez - vous ? d'où venezvous ? du néant ; ils en viennent aussi : de* mains de Dieu , du sein de Dieu J ils éft Tiennent comme vous , et voilà ce qui de*
4* SUR i/àumôn^*
vroit vous les rendre infiniment chers , pui** que ce sont vos'frères , vos égaux T les en~ fans du même Dieu que vous. Mais savezvous où ils iront , et où vous irez vous-' mêmes ? S'ils souffrent avec patience y .il* iront , avec le pauvre Lazare 7 dans le sein d'Abraham ; et vous , si vous ne les soulagez pas mieux i vous tomberez , avec le mauvais Riche , dans l'enfer. Les pauvres f ajoutez-vous, crient, gémissent ; ils se rendent si importuns , qu'on ne peut guère faire autrement que de s'inquiéter contre eux.
Mais comment voulez-nrous qu'ils en usent avec vous ? Quand ils demandent avee douceur , avec modération , vous les rebutez i vous les éloignez. N'ayant point d'autre parti à prendre pour toucher vos cœurs , ne faut - il pas qu'à l'exemple du Législateur , ils frappent le rocher à plusieurs reprises pour en tirer quelque ressource pour leur subsistance ? Mais les pauvres , ajouterez - vous , entrent dans nos Temples , "viennent nous interrompre par leurs récits jusqu'aux pieds des autels dans le temps de nos prières et durant le saint Sacrifice ; la chose est-elle supportable ? Mais, mes frères , peuvent-ils vous présenter une ^cçasiou plu» favorable pour rendre agréable
1k Dieu le parfum de vos oraisons et de vos sacrifices ? Que savez - vous si ce n'est pa* Jésus-Christ lui-même qui vous les envoie y afin que si vous les écoutez il vous écoute fa*vorablement ? Ah ! mes frères , que la prière est salutairement interrompue , quand elle ne Test que par la voix du pauvre ; et qu'elle mérite au contraire cTêtre peu favorable-* ment écoutée , quand elle n'est point accompagnée de l'aumônje ! Nous ne lisons pas que le Sauveur ait jamais chassé les pauvres de l'enceinte du Temple , mais qu'il en a fait sortir ignominieusement ces hommes de cupidité qui le profanoient par un trafic scandaleux. Hélas ! où le pauvre trouveroit* il un asile assuré , s'il n'en trouvoit aucun aux pieds des autels de Jésus-Christ, et de.
Jésus -Christ pauvre , humilié , et anéanti pour notre amour ?
Concluons donc de tout ceci , mes frères f que la loi de l'aumône i cette loi si décisive et si expresse , si solennellement marquée dans les Livres saints , n'étant presque point observée de personne , il n'est pas surprenant que la plupart se damnent pour là seule omission de ce précepte.
44 5ÙR î/àUMÔn*.
5*** Demande.
Je conviens avec vous qu'il y a un précepte de l'aumône bien formel et bien précis , un précepte fondé sur la charité et sur la justice, un précepte qui oblige sous peine de damnation ) et je conclus sans peine avec vous qu'il y aura beaucoup de riches, damnés pour ne l'avoir pas observé* Rien de plus solide et de plus touchant que tout ce que vous nous avez dit* sur l'importance de ce précepte :
mais il me paroît qu après avoir prouvé un précepte si important y il faudroit vous appliquer h en établir la pratique , c'est-à-dire, nous montrer dans quelles occasions et de quoi nous sommes obligés de foire l'aumône 9 parce qu'enfin , des que ce point est d'une si grande conséquence pour nous , nous ne devons rien ignorer de tout ce qui le concerne.
Réponse*
Pour établir comme il faut la pratique de l'aumône , c'est-à-dire , déterminer quand et de quoi le riche est obligé de la faire , il faut d'abord considérer deux objets : l'un qui regarde le temps i l'autre qui regarde la matière même de l'aumône. Quant à ce qui regarde le temps où le précepte de l'aumône
tibiige ; je ne prétends pas seulement parler' •de ces nécessités extrêmes , qui dans le siècle malheureux où nous virons , ne sont que trop ordinaires , et ne sont pas certainement si rares que les riches pourroient se le per-* suader. Toute la Théologie Convient que le riche r dans une pareille nécessité du pauvre ^ est obligé de donner même de son nécessaire^ selon cette parole si connue de saint Ambroir se : Pasce famé morientem ; si non paverisj occidisti. Si vous refusez du pain , dit ce saint Docteur , à celui qui en manque absolument^ vous en devenez le meurtrier , et votre dur reté vous rend homicide. Non , mes frères-, ne vous y trompez pas ,- ce n'est pas seulement sur ces sortes de nécessités extraordinaires ,qui sont toujours difficiles à démêler , et qu'on ne veut presque jamais reconnoître r que tombe le précepte de l'aumône : je dis r avec tous les Théologiens, qu'il regarde le* besoins ordinaires et communs des pauvres j, et voici la raison solide qu'ifs en apportent f comprenez-la s'il vous plaît. Jésus-Christ disent-ils , doit condamner les réprouvés aux flammes de l'enfer, pour avoir violé le précepte de l'aumône. C'est donc un précepte commun et ordinaire , puisqu'il doit être la cause de la damnation d'un grand nombre
4$ *tfà iîktivLbaté
•de péiSohnes. Mais qui ne voit, reprèriniefti 'les saints Docteurs , que le précepte de faire l'aumône dans l'extrême nécessité $ ne sauroit être une chose commune et ordinaire j e% qu'il est difficile et impossible même qu'utf grand nombre de personnes soient condam* nées pour l'avoir violé- Le cœur de l'homme 1 n'est pas capable d'une assez brutale insen-iibilité , ponr voir îranquilleriient expirer ai les yeux un pauvre , faute de quelque léger' èecours. Il faut donc conclure avec l'Ecole t « que le précepte de l'aumône regarde les bdk soins ordinaires des pauvres. Pensez- vou* que Lazare fût dans une extrême nécessité?
^cétoit un pauvre mendiant , et tel qu'on e»
toit encore tous les jours. Le Riche cepen-^ dant est damné pour ne l'avoir pas secouru* Mais il ne suffit pas de vous avoir appris quand il faut faire l'aumône , et de vous avoir montré que le précepte tombe sur les be«* •soins ordinaires des pauvres ; il faut encore r jpour satisfaire pleinement à votre demande f vous apprendre de quoi Vous devez le sou-* ïager j et je dis avec les Pères et les saints 5 docteurs i que c'est de votre superflu j car fe ne vous propose point ici l'exemple dé* tes fidèles qui se privoient , en faveur de* pauvres } de leur nécessaire > je ne vous pro*
StJH i/AtiMON** faf
..pose poînrFexemple des Macédoniens qui donnoient aux pauvres non -seulement selopr leur pouvoir , mais au- delà même de cequ'ils pouvoient : Et supra virtutcm voluntarii; (1) c'est le témoignage que leur rend saint Paul ; témoignage également glorieux pour eux, et honteux pour nous. Je ne vous* propose pas non plus l'exemple de saint Ambroise et de son peuple , qui soulageoit les pauvres , dit ce grand évêque , jusqu'à s'appauvrir eux-mêmps et à s'épuiser : Interdum plus quani possumus. Ces exemples seroient admirés , mais ih seroient peu suivis* Renfermons-nous donc dans les bornes nécessaires* Je l'ai dit, et je le répète 1 ces* .votre superflu y mes frères , qui doit être la matière de vos aumônes > le superflu des»
riches , dit saint Augustin , fut toujours le-* nécessaire des pauvres : Superflua dwitum 9 ne ce s s aria pauperum. D'où ce Père ne faitpas difficulté de conclure que c'est posséder Je bien des pauvres , que de posséder dit superflu : Res aliéna possîdetur , cùm su~ perflua possidentur. Et de là vient aussi que* saint Bernard leur fait porter de si justes ; plaintes jusqu'au trône de Dieu, qui touchent son cœur , et qui attirent bien souvent sur £1) II. Cor, Yiii* \
4$ irs Litsia!rl
ko» riche* les plus terribles fléaux de sa tC Utre : Clamant midi , clamant fametici
eonqucruntur et dicwit : Nostrum est quo effunditis. Vous nous volez , vous diroienl ils avec ce Saint , ce que vous employé a des dépenses si inutiles ; c'est du nôti que von» êtes si somptueux sur vos tabh et si magnifiques dans vos parures ; ca de notre substance et ch notre vie. Riche injustes et sensuels , c'est ainsi que ce sair Docteur les fait parler : Pourquoi vous fair honneur de ce qui ne vous appartient pas pourquoi contenter à nos dépens votre luxe votre sensuuliui et votre orgueil ? Nostryi êjtr <jnod cffimditis. Toutes les folles dé penses que vos passions vous font faire ton les jours , ce que votre ambition prodigu ou ni^inc ce que votre avarioe resserre , c que votre intempérance consume , ce qu Votre vanité dissipe, ce que vous perdez a jeu, tv que \ous employez à la débauche ton* «va fonds sont à nous, et vous ne sau rie* ew jouir Mtw commettre un vol et un
**v< tM /*/«*.wMfA> ; Ne sommes-nous pas ranime mu* , les entais du Pore céleste jMi KOttimcsmou* pas Von v rage de ses mains honte $e aerouxJle épuisée pour vous ej
6VZ. I'àUMÔnÈ. '49
nous abandonnant ? Ah ! nous ne nous plai-»
gnons pas de la différence que notre Père jcoinmun a mise entre ses en fans ; nous ado-r rons les ordres de sa Providence si favo«»
râbles pour vous et si rigoureux pour nous $ mais nous n'avons que trop de raisons de nous plaindre de votre injustice et de votre iniquité ; Clamant nudi.,.. conqueruntur $t fUcutit : Nosirum est quod effiutditis.
; Mais afin de ne vous laisser rien ignorer 4%e tout ce qui regarde une matière si im-»
portante , examinons , avec saint Thomas f ce que c'est que ce superflu du riche, C'est , répond le saint Docteur , tout ce qui pro*fcablement et communément parlant n'est point nécessaire au riche selon l'état présent x>ù il se trouve : superflua quœ secundhm statum prcesentem non surit sibi necessaria \ prout probabilité? œstimari potest. Tout ceci jH besoin d'être éclairci. Saint Thomas parle, d'abord de ce qui vous est nécessaire selon •votre état présent , c'est-à-dire , selon votre état actuel et réel , et non selon un état chi-r inérique , tel qu'une ambitieuse imagination ^st capable de se former : Secundùm statum prœsentem* Eh ! que dis-je ? Saint Thomas ne veut pas même que votre avarice ou votre amour-propre trop éclairé et trop prévoyant
5o SUR ti'AIJM&IdS.
perce jusques dans l'avenir pour prèVenîi dès à présent des accidens et des malheur* qui n'arriveront peut-être jamais. Il ne fauJ point, dk-il, juger du superflu, par rapport ii ce qui peut arriver : Nec oportet qubc •considère t ad omnes casus qui po s surit con* tingere injuturum. Le saint Docteur ne prétend pas cependant condamner par-là ccj prévoyances sages , prudentes et raisonnables qui vous empêchent de tomber soin •des coups qui vous menacent véritablement, «et qui vous accableroient en effet si vous ni les aviez pas prévus. Non , il ne vous défenc pas de penser à votre agrandissement , et di vous servir pour cela même de vos biens , mais il veut faire entendre par-là, qu'un chré tien ne doit point chercher à se dispenser sous ce spécieux prétexte d'agrandissement des obligations de sa religion, entre lesquelles il doit compter l'aumône ; et que s'i travaille en chrétien à s'agrandir , il doit êtr< toujours dans la disposition d'abandonné] tous ses projets et de sacrifier dans les nécessités pressantes son élévation même , ai soulagement des pauvres. Le saint Docteu:
prétend encore que le superflu du'riche es communément tout ce qui ne lui est pa nécessaire : Quce non sunt sibi necessaria
«ra l'attmo:* 5*
frétiez garde , mes frère* ; il parle, ici des -choses nécessaires , et non pas des choses <jui vous soient agréables , ou utiles , ou .avantageuses : Necessaria ù'bi ; il parle des~~ .choses nécessaires à votre personne , à votre :état , £ votre famille , et non pas à votre vanité ^ à votre faste , à votre luxe , à vos plaisirs et à vos passions. Or on trouve tou* jours du superflu, , dit saint Augustin , quand on sait se contenter du nécessaire ; au lieu que si l'on donne dans des dépenses inutiles f bientôt on manque de tout : Si mania qiue* rimus y nihil sufjicit. Enfin le saint Docteur ajoute , que comme une . distinction exacte .du nécessaire et du superflu est quelquefois bien difficile à faire , et qu'il n'est presque pas possible de marquer au riche le point fixe où il doit s'en tenir , il en faut juger probablement : Prout probabiliter œstiinari potest $ c'est-à-dire , comme l'explique un grand et savant Cardinal , selon le sentiment d'un vertueux chrétien et d'un sage et éclairé directeur : SecundUm judicium pii prudentis* que christiania
Mais s'il faut s'en rapporter au sentiment d'un sage et vertueux chrétien, c'est-à-dire, d'un homme habile et désintéressé , d'un confesseur éclairé et zélé , ce n'est done
plus votre ambition , votre cupidité , votre amour-propre , le désir d'élever votre famille , votre passion enfin , qui doit décidei sur ce qui vous est nécessaire ; ce n'est doru plus la coutume du monde , l'usage du monde , les maximes du monde , sur lesquelles vous devez vous régler ; ce n'est plm Jia décision des mondains , de vos amis , d« vos parens et de tous ceux qui ont intérêt à ménager votre bien,, que vous devez écouter:
Secundhm judicium pii prudentisque chris* tianù Consultez-le donc, hommes du siècle.] .consultez-le , femmes du monde , le sage -et vertueux ministre de Jésus-Christ 9 ef jil trouvera bientôt votre superflu.
•6.* Demanda
Détrompez-vous 9 mon Père ; ce confesseur auroit beau chercher mon superflu , il ne ' U trouveront pas. Je n f en ai point > et tout m 9 est absolument nécessaire , à moins que vous ne vouliez que je ne déchoie de mon état; or vous êtes trop raisonnable pour ne pas permettre que je me soutienne dans une condition et dans un état oh la divine Providence m 9 a placé*
'- 5TJH L UJMÔnU. 53
RÉPONSE
"Àh ! votre état , votre état' ! Mais quel est ■*- donc cet état dont vous êtes si jaloux , et
- que vous voulez soutenir aux dépens Ae% pauvres , et de toutes les œuvres de itnséri-
* corde qu'on vous propose ? Je vous le de* mande, est-ce un état chrétien, ou est-ce tin état payen ? Est-ce un état dont Dieu (oit Fauteur , ou un état où la passion vous a élevé ? Est - ce un état conforme aux principes de la religion et aux maximes de FEvangile , ou un état que l'ambition et la cupidité vous aient fait usurper ? Car , vous le savez , mes frères , il n'est rien de si commun, aujourd'hui dans le monde , que de voir les noms anciens devenus la proie des hommes nouveaux , et des hommes qui n'étoient rien il y a peu de jours , devenir toutà-coup des hommes grands , riches , puissans, et 1 le disputer de magnificence avec les plus anciennes familles d'une ville ou dune province; Mats °pour en revenir à votre état, si votre' état est im/état chrétien , conforme auxlois'dëilaTeligion, n'en devez-vous pas remplir fes devoirs, parmi lesquels l'aumône est Certainement un des plus indispensables ? Si vous devez quelque chose à l'état où Dieu 3. 3
54 StJH L ÀUMÔjIÇ.
yous a mis , ne devez-vous rien à la glorieuse
qualité de chrétien que vous portez ? Non 4
mes frères , Dieu ne vous demandera pas
compte des honneurs qu'on ne vous aurji
pas rendus,, dans votre ét#t, parce que vous.
aurez , en faveur des indigens, retranché
tout ce faste qui vous environne ; mais il
vous demandera le compte le plus rigoureux.
des pauvres que , dans votre état, vous n aurez
point nourris ni soulagés , et des œuvres de
charité que vous n'aurez point pratiquées.
Non , yous ne serez point deshonoré , dans
le public , quand on saura que vous n'aurez
diminué vos dépenses , déformé votre table^
modéré votre jeu, que pour soulager la mi*
.sère des pauvres. AhJ.tant s'en faut qu'on.
vous décrie et qu'on vous blâme dans le.
monde , qu'au contraire vous en serez nulle
fois plus açorédjLtés, plus chéris, plus aimés^
plus respectés, .,
Mais que puis-*je retrancher après .tout^ me direz-vous, dans un.état où .tout xn^st si nécessaire ? Tout .yous .y est nécessaire l Mais, de bonne foi„crpyez?yous que Dieu Regardera comme des nécessités, p^ur; vous, ^croyez-vous bien qu'il regardera comme des* nécessités de votre condition ^et de ; votre «ét^t, toutes ; ces folles dépenses, que vou^
OTR LATTMOtfB. 55
3*ités tous 4es jours. pour vivre dans l'éclat *et dans l'abondance , pour soutenir une certaine splendeur , qui non-* seulement épuise le revenu des pauvres. , mais qui met le dé* sordre dans vos affaires , qui ruine vos enfans , qui désole vos créanciers , qui vous accable de dettes, et qui, après vous avoir ; procuré d'abord la satisfaction de vivre ma-»
t£nifique , vous cause dans peu le chagrin de mourir insolvable ? Croyez-vous que Dieu •reponnoîtra pour des nécessités de votre .condition et de votre état, ce que vous pro- -diguez en jeux , en festins , en spectacles, /en parties, en fêtes mondaines, en équipages multipliés et pour la plupart inutiles, en .robes et en habits de forme et de couleur différente, dont on vous voit changer tous les jours ? car il n est rien de si bon goût ni .de si grand prix que vous ne vouliez avoir dès que la nouveauté le fait paroître ? Croyez- Tous enfin que Dien avouera pour des nécessités de votre condition et de votre état , tandis que les pauvres manquent du plus nécessaire , ce qui , dans votre maison , n'est que pour la curiosité et le luxe ; ce qui , sur TOtre table , n'est que pour la sensualité et le "faste ; ce qui , sur votre personne , n'est mie pour contenter votre vanité , votre
56 êvn l jluxAsc.
amour- propre , ou pour allumer Ferme ,• {a jalousie et les passions des autres? Ah !.sî c étoient là des nécessites , je comprends comment , pour y fournir , non-seulement tous ne seriez pas en état de donner abondamment , mais que tous seriez obligés d'emprunter considérablement. Si c'étoienfclà des nécessités , je conçois que loin de pou- Toir faire beaucoup de charités , tous seriez forcés de faire des injustices. Reste donc à savoir si au jour où .Dieu jugera de. toutes choses non selon la vanité de vos désirs mais dans la vérité et dans l'équité de sa justice , il receTra Joutes ces misérables raî- /«pns pour excuse de Totre impuissance à assister les, pauvres. Ah! ne tous y trompez ,pas , mes frères , dit saint Bernard ; au jour du jugement toutes ces prétendues nécessites ne seront convaincues que de rapines , «de vols , de sacrilèges et d'injustices : Rapina est , sacrilegium est. Pourquoi cela ? parce que c'est là le vrai superflu qui de droit appartient aux pauvres , et que vous ne sauriez leur refuser sans crime.
Après cela , venez nous dire froidement
e vous n'avez point de superflu , ou du
oins que vous n'en avez pas (l'autre que
e que vous êtes en usage de donner tous
lés jours aux pauvres. Mais quoi , riches du monde , ces misérables restes de votre iiw tempérance , ces tristes rebuts de votre vanité , ces dépouilles usées qui ne peuventplus vous servir, ces liards , ces deniers ,' ces légères oboles , enfin ces miettes de pain que vous ne refuseriez pas même à une bête , est-ce donc là tout votre superflu ? Maisquoi, homme opulent, ce peu que vous donnez de plus que les avares et les plus inhumains , puisque c'est là la moindre de voà dépenses/ et la pjus légère portion de vos amples revenus , est-ce donc là tout votre superflu ? Mais quoi , femme du monde , qur ayez tant de bien et qui n êtes pas engagée à -de grandes dépenses par votre état , cette courte mesure d'aumône que vous avez réglée avec vous * même , et que vous avez fait approuver une fois pour toutes à votre confesseur sur un exposé superficiel et peu fidèle, est-ce donc là tout votre superflu ?
Mais si vous «avez pas d'autre superflu que celui que vous dites , dans quel fonds puisezvous donc de quoi fournir si abondamment a tous ces plaisirs immodérés que vous vous accordez , à ces parties si fréquentes de spectacles, de festins et de repas somptueux, à vette propreté si recherchée , pour ne pas
dire scandaleuse , de vos ajustemens et der vos parures, à ce jeu continuel dont les frais sùffiroient tout seuls à l'entretien de plusieurs familles ? Mais si vous n'avez pas d'autre superflu que celui que vous dites r comment donc se sont bâtis et élevés ces superbes édifices , ces belles maisons , ces riches appartemens que vous ne cessez d'orner et d'embellir , et qui ne servent bien souvent qu'à étaler aux yeux du public votre vanité et vos injustices ? Comment donc ont été ajoutées à vos héritages toutes ces nouvelles acquisitions qui s'étendent encore tous les jours ,. et qui semblent menacer toutes:les terres de vos voisins de les engloutir ? De quels revenus engraissez-vous cette multitude de domestiques dont l'inévitable oisiveté fomente les vices et le libertinage, tandisque nos terres en friche n'attendent, pourrapporter leurs fruits , que des sujets propres à les cultiver ? Mais , encore une fois , si vous n'avez pas dautre superflu que celui que vous dites , qui vous fournit donc tout cet argent que vous dissipez tous les jours , le dirai-je ? pour contenter vos passions honteuses et criminelles > que vous prodiguez à cette idole dont vous- entretenez le luxe et qui entretient votre passion , que vous.
rfifrachez dfes mains de vos enfans et du sein* de votre famille pour le faire passer dans des maisons étrangères? Avares d'une part et prodigues de Vautre , vous jetez tout , si je ¥ ose dire, vous répandez tout avec profusion f au gré dune habitude infâme qui vous domine , tandis que d'une autre part vous refusez tout hnpitoyablefnént aux pauvres.
Quelle horreur ! quelle cruaiité! tytlëï'scandale !
Etnemè offres point ici j que si les besoins de Votre condition présente vous laissent un certain superflu, ce superflu pourroit devenir un jour votre nécessaire , parce qu it £ourrôlt 1)iëtï arriver que' Vous fussiez un' jour dans une condition plus élevée. Je vous m entends, mes frères. C'est-à-dire , que comme il n'y a point de rang ni de condition qui /lie puisée vous servir de degré pour monter à* une plus haute., vous n'aurez jamais du Superflu pour les pauvres, Ç'est-à-dire , que h loi qui assigne* aux pauvres le superflu des riches , est une loi captieuse qui ne leur donne rien d'effectif , et qui les laisse toujours dans leur indigence. C'est-à-dire , que fe superflu est une chimère , et que Diet* en ordonnant aux riches de le répandre sur fc pauvre, se joue également et du pauvre
et du riche. En vérité , mes frères , si tout ne preniez comme uo malheureux plaisir à xou* tromper , à tous aveugler vous-mêmes % en faudroit-il davantage pour vous convaincre d'iniquité ? Il pourrait Lien se faire , dites- vous , que vous fussiez un jour dans une condition plus élevée : mais cette con?
ditipn plus élevée à laquelle vous aspirez, n'est-elle pas elle-même ce superflu auquel vous devriez renoncer pour avoir de quoi secourir les pauyres ? Quoi-donc ! l'ambition , qui est de tous les vices le plus opposé à l'esprit du christianisme , sera-t-elle jamais, un titre légitime pour frustrer les pauvres du surabondant que vous réservez pour la.
satisfaire ?
Enfin , riches du monde , raisonnez tant que vous voudrez sur le superflu et sur le nécessaire , voici où il en faut nécessairement venir. C'est que le nécessaire de l'état et de lu condition , fondé sur l'ordre du monde % no peut ni ne pourra jamais absolument absorber le nécessaire réel du pauvre fondé, sur l'équité de Dieu môme. Voilà le grand principe : Dieu veut que le pauvre soit nourri,, qu'il Noit vôtu , qu'il soit soulagé , avant de, Couloir ou de permettre que le riche se traite^ Avu , uvunt que l'homme de condition soiç„
SUIF i/ AUMÔNE.' ? &t
iftagaifiqire ; et que Thomme aiSé fasse desdépenses considérables pour se contenter. Ainsi , sans autre raisonnement , dès là que' m* dépenses des : riches', des gens de condition et des personnes aisées les mettent hors "état de soulager les pauvres et de leur* donner le vrai nécessaire , toutes ces dépenses* duriehe et de l'homme de condition sont de' Traies rapines et d'éliôrmcs injustices ; et les plaintes qu'ils font de ne pouvoir même avec toutes ces dépenses soutenir leur rang avec la-décence convenable , sont des plaintes in-* sensées dont les païens même~auroient rougi*' En tout cas, dira petit -être ici cette* femme du monde, pour se disculper devant ^ Pieu et devant les hommes, cela ne me re- *" garde point : je ne suis chargée ni de la dé-- " pense, ni des aumônes^ ce détail ne regarde* que mon mari; Oui ,- mais Votre mari est-il bien en état de faire ïauihôïie selon ses biens-, dès qu'il faut qu'il fournisse à tant d'inutiles dépenses que* vous faites tous les jours? Vous* lai avez peu apporté, et -vous lui consumez"" ' beaucoup. Vous lui aveê apporté beaucoup, et vous lui dépenfsez'ehcore davantage. Com- • ment peut-il après cela" faire beaucoup de ^ bien aux pauvres ? S'il vous donne tous les' aos -unesomaïe réglée pour votre dépensé j.'
6av smi l'aumônï:-
du moins les pauvres devraient y trouvée leur portion ; et ils l'y trouveraient en effet ^ si vous saviez vous arranger en femme chrétienne. Mais comment y pourriez-vous prendre quelque chose pour les pauvres ? vous* donnez sans règle , et par caprice et par fantaisie, à mille gens qui n'en ont pas besoin , à quiconque vous flatte et vous amuse. C'est une chose que vous achetez aujourd'hui' et dont vous êtes folle , pour la laisser traîner demain et ne pouvoir plus la souffrir : ete airisi tous les jours de votre vie. Et de là> qu'arrivert-il , mes frères ? hélas ! le voici :.c'est que les femmes ne donnent rien aux pauvres , sous prétexte que la somme dont on leur laisse une pleine disposition leur paraît absolument nécessaire pour leur condition , et qued'ailleurs-elles se reposent des» aumônes de la maison sur leurs maris, quisont , disent- elles , les maîtres de faire ce qu'ils veulent. C'est que les maris , d'uneautre part, n'en sont pas pour cela plus charitables, parce qu'il faut, disent-ils, qu'ils" fournissent aux besoins de leurs femmes, qui ne finissent point. Et ainsi* les uns et les autres ne se font point scrupule , pour se soutenir dans leur état, de violer un des importons préceptes de la religion h et d'en-
sur l'aumône. 63
courir l'éternelle malédiction d'un Dieu qui précipitera uh jour le mari et la femme dans ïorifer , pour avoir manqué tous les deux à< faire l'aumône.
y. fce Demanda.
Non 9 mon Père , ce ne serolent pas pré-' éiséfrient les besoins et les nécessités de mon épouse > non plus que les décences de mon état , qiH m ' etnpêckéroient de faire Vau- : mène , mais c'est un grand nombre d'erfans dont je suis chargée , et à révocation desquels il We faut nécessairement pourvoir.
Gomment remplir tout ensemble cette indis-* pensable obligation y et celle que vous nousimposez ericore de faire Vcmm&ne? La chos* ne paraît pas possible.
RÉPONSE
^ous avez déà enfahs ! Voilà la grande excuse , dit saint Augustin , l'ancienne excuse , l'excuse de tous. Voilà l'excuse qui ire coûte rien à trouver , et qui est la mieux reçue du monde : J'ai des en fans , et j'ai besoin de tout mort bien pour les nourri?, pour les élever et les établir : Magna excusatio : filios habeo , fil Us rneis servo. Mais çcri ne Voit , ajoute le saint Docteur ,, que ce
64 STB LACMÔXE.
beau prétexte que tous tâchez de couvrir* " du Toile de la piété , n'est dans le fond?
quiune vaine excuse de votre iniquité : Hox VOX pietatis , cjrcusatio îniqiriiatis. VooÉavez des enfans, dites-vous , et tous voulexr garder tout votre bien pour ces enfans , sans oser y toucher eu faveur des pauvres! Hais valet ce qui eu arrivera : c'est que vos-«afans , instruits par votre exemple , feront la. mente chose pour ceux qui naîtront d'eux;.
ceux-ci , à leur tour, imiteront la dureté de< leurs pères ; et ainsi de génération en génération dans votre race BuUheureuse. Personne, conclut saint Augustin , n'accomplira le précepte de J&cs-Cskist , qui nous ordonne .de faire l'aumône. Vous avez des, enfans , dites-vous, et vous voulez les-éta*. blir et les élever selon leur condition et leur naissance : à la bonne heure , cela vous est permis, c'est même un devoir pour vous; mais prenez garde que ne soit selon votre, ambition , et non pas selon leur véritable.
rang ; que ce ne. soit selon une prétendue, condition , et non pas selon les maximes de
Kijjilc ■ t selon la modestie de Jésus— r. Qu'est-il nécessaire, par exemple, soient si superbement vêtus , si délient nourris ; qu'ils soient élevés dans.
stm VitTMôW; 6S
taHûxTe qui déjà leur enfle le cœur ,' et qui y fait naître une suffisance et un ergueil* qui croîtra et- se fortifiera dans eux areo eux- mêmes ? Qu'est «il nécessaire , en un* mot , qu'ils ne manquent de rien , et qu'on" contente jusqu'à leurs désirs les plus inutile* et les plus vains , jusqu'à leurs capricesy jusqu'à leurs plus petites fantaisies , pendant* que les pauvres de Jésus-Christ manquent' de tout 'Ce qui est le plns-néeessaire pour la * vie ? Ah ! retranchez , retranchez tant de ; ' dépenses superflues que vous faites tous les* * jours pour eux. Répondez aux mondains?
qui vous font dissiper inutilement votre* "* bien, que vous avez ides enfans ç et dès lors* ' tous auree de quoi satisfaire aux nécessités* ~ de vos enfans -et de quoi fournir aux be-' soins des pauvres /-pour remplir cette dou~ We obligation que le Créateur vous impose.
Vous avez des enfans ! Mais quoi , reprend: sahur Basile , votre ame ne. vous doit -elle* pas être mille fois* phis chère et plus pré«* cteuse que tous les enfans du monde ? Quand** '* votas serez* damné pour n'*avoir pas* fait i'au-> m6ne, vos enfans-, avec toutes les richesses* quevmis leur aurez laissées, viéndront-ils* raus*tirer de l'enfer et vous délivrer des» v supplices éternels que. vous aurez tnéritésir}'
6& S*H LAU'MoJnS.
Après tout , que craignez - vous tant pouV toi en&ins , hommes de peu de foi ? S'ils sont; des libertins, méritent-ils que tous preniez tant de peines, et que tous sacrifiiez même Totre salut pour les enrichir ? pour peu que tous leur laissiez du bien , n'en auront -ils pas plus qu'ils n'en méritent ? S'ils sont gens de bien , au contraire , ahJ pouvez-Tous bien tous persuader que Dieu les abandonne?
Ge Dieu de bonté et d'amour oublia-t-il janais les ênfans dé ceux qui ont pratique cette justice ? A-t-on jamais tu , dans le' monde , des maisons se ruiner par la charité ? Les maisons et les familles ne fleu— rissent-elles pas a mesure que les pères e©fes mères sent plus charitables , et qu'ils n€r songent qu'à bâtir la fortune de leurs en- Ans sur les fondemens de la miséricorde?
Vous avez des enfaiis ! : mais combien en?
rfvez-vous t - demande saint Augustin ? En arez-Tous deux v quatre r six ? prenez , vous dit le saint Docteur , Jésus -Chjblist pour le septième , dans la personne des pauvres f, donnez «lui rang parmi vos encans , nour— rissez»le. , entretenez-le dans vertre famille.- Quoi dé plus glorieux pour vwmi , que demir par-ià le père de Jssus«€hiiisï i et
plusiconsolant pour vx>6 feni*iï&, cnie d'w
îtfevenir les frères! Secc fiUos haies, septi** muni Ckristwn computa.lixi effet, si vous* en aviez un de plus , qu'en feriez-vous^, dit saint Chrysostôme ? l'abandonneriez-vous ^ le laisseriez-vous à la rue , le priveriez-vous* de la portion de votre héritage ?< Hélas V quoique le dernier venu , peut-être que' vôiis en feriez votre idole et Tunique objet de vos soins et de votre tendresse. Pourquoi' donc Jésus-Christ ne seroit-il pas en droit d'attendre de vous les mêmes charités ^t les* mêmes attentions , dès qu'il vous fait Thon-neur de se substituer à la place de l'enfant cfû'il ne vous donne pas ? Ne convenez-vous»pas d'ailleurs y ajoute saint Augustin, que' tous destiniez à chacun de vos erïfans une' certaine portion^de vos biens que vous jugiez suffisante. Je suppose pour un moment que?
là mort vient de vous en enlever un , peut-être même qu'elle vous en a enlevé déjàplus de deux : je vous demande , que faites^ Vous de ces différentes portions qui leur' dévoient échoir ? Je les réserve , dites- vous r pour les partager eutre fleurs autres frères** Mais leurs autres frères n'étoient-ils pas déjàsuffisamment partagés , puisque vous ne* pensiez plus à leur donner autre chose fV Leurs nécessités sont -elles devenues plu*
6$ StFfc-L AUMÔNES
grandes, depuis la mort de cet enfant qu«> ' vous avez perdu ? Ne vous y trompez pas ^ cdnclut saint Augustin :~ cette portion que vous destiniez à cet enfant qui vous est 1 mort, lui appartient encore après son décès r et vous en devez faire aujourd'hui l'usage* qu'il souhaite que vous' en fassiez. C'est à ^ Xésus-Ghrisï , dans le sein duquel il s'est/ allé reposer , qu'il la faut envoyer par la* main des pauvres : llli debetur ■-, ad quem* perrexit. G est' delà qit'il l'attend et qu'il la» réclame ; Christo debetur >■ ad Munir erUrn* perte&iu -Que ^ous ayer donc encore tous: les enfans que Dieu vous a donnés, ou qu'il* ait permis que la mort vous en ait diminué* le-nombre , rien ne peut vous v exempter de/ l'obligation- indispensable que vous avez de> faire l'aumône: Mais je veux que vous ayez en-^ oefre plus d'enfans que vous ne dites: j'ajoute,-avec saint Cyprien , que bien loin de tlimi- * »ïler vos; charités , vous êtes', au contraire , -> obligés de les augmenter , de les multiplier./ Pourquoi cela* ? parce que vous avez plus»
de devoirs à remplir 4 , plus de grâces à attw * ror, plus de malheurs à détourner , plus de-, péchés à expier. Ah L c'est ainsi ,' mes frères ,* remarque saint Cyprien , que le pratiquoit?
le^bicnheureux Job ï Sic £ çt< beatus Jok+ Ge« :
stra * l'aumôns. 69 *
Saint homme , dit l'Ecriture , avoit sain d't)ffrir tous les jours des holocaustes au Seigneur , pour les péchés de chacun de ses enfans : Consurgensque difuculb offerebat holocausta -pro singulis. Dicebat eniin : ne * jforte peccaverintJiUi mei in côrdïbus suis, (1) . C'est par-là qu'il les édifioit , qu'il les sanctifioit, qu'il les purifioit de toutes les fautes qu'ils pouvoient avoir commises : MiUcbat ad eos Job > et sanctificdbuteos. Et tel est l'exemple , père de famille , que tous devez suivre et le modèle que vous devez imiter t en «offrant tous- les jours au Seigneur quelque aumône pour les péchés de chacun de ces enfans qu'il a commis à vos soins. Ah!
que d'abondantes aumône^ ne recevrionsnous pas dans notre quâte-de demain , si tous les pères de famille qui m'écôutent vouloient suivre un si bel exemple , et réparer ainsi tous les péchés innombrables de leurs enfans ? Et ne craignez pas au reste que tant d'aumônes soient jamais capables de ruiner lçur héritage : jamais Job ne fut plus ricne 9 plus puissant , plus florissant , plus heureux, plus magnifique au milieu de sa nombreuse famille , que lorsqu'il s'appli*- jjuoit uniquement à, racheter les péchés de . (1^ Job. i.. 5.
$&' StTR L-AUMON**'
ses dix enfans par des holocaustes sans tiàttiP* fere ; c'est ainsi qu'il le faisoit tous les jours* ■ de sa vie :- Sic faciebai Job cunctis ctiebus.
Vous avez des enfans ! Oui , vous avez des enfans ; mais n'est-il pas bien étrange' que, tandis que vos enfans sont les moindres' objets de votre' sollicitude et de vos soins ,' et votre plus foible passion , vous n'ayez cependant jamais que ces mêmes enfans dairà la bouche quand on vous demande quelque secours pour quelque bonne oeuvre. Ah ! oit le sait bien, que vous avez des en farts , et tout le monde même les. plaint biefn souventde vous avoir pour père et pour 'tfïère , par l'indigne conduite que votis ng tenez que trop à leur égard. Car enfin ; : pères dissipateurs , pères prodigues et mondains , puisque force de me parler de vos enfans vous m obligez enfin d'éclater contre vous , vous souvenez -vous que vous avez dés enfans , . quand vous faites tous les jours tant de folles et criminelles dépenses qui seules suffiroient jfour donner Une éducation convenable à beaucoup plus d enfans que vous n*aVéz ?
Vous souvenez-vous que vous àvdz des enlans , quand vous risquez une partie de leur patrimoine sur une carte ou sur -un dé que & hasard vous présente ? Vous souvenez-
5TJR L ATTtoÔN*; ff
WttSqtie vous avez des enfans , quand vous ' portez le plus clair de vos revenus avec toutes les affections de votre cœur, dans la' maison de cet étranger ou de cet ami dont- *rous - avez peut- être' séduit l'épouse ou" déshonore la fille ? Vous souvenez- vous quetous avez des enfans, quand vous répandez' l'argent comme Veau pour venir à bout de ' quelque injustice et de quelque vengeance, et pour réussir dans tous vos desseins crittiinéls ? Vous souvenez-vous que vous avez des enfans ,. lorsque vous consumez peu à peu leur succession par cette bonne chère de tous les jours , ou que vous en absorbez tjuelqùefois la moitié dans une seule fête dé ' réjouissance et de plaisir ? Vous souveriez- Voùs que vous avez des enfarîs-, lorsque ,.-* par la démangeaison que vous avez de bâtir f par un goût frivole que vous avez pour tout ce qui vous paroît curieux et nouveau , vous travaillez à ne leur laisser que des pierres >• ou quelque vaine curiosité pour héritage ?"' Vous souvenez -vous enfin que vous aveàr des enfans, lorsque 9 -agité de l'esprit de- chieane, vous dévorez toute leur substance en ; consultes , en poursuites , en voyages , en> séjours ,, en procès. Mauvaise mère , vous •• soutenez* vous que. vous avez des enfans f *
ni sur l'aumôhtz.
lorsque , pour contenter votre fantaisie et TOtre vanité , pous fournir à vos plaisirs et à -votre jeu , et peut-être pour payer vos ' crimes , vous dérangez si fort vos affaires ' et vous ruinez peut-être votre maison? Ahî nies frères, quelle impiété , <juelle horreur, * et quel scandale , de ne vous souvenir de faire du bien à vos enfàns , que lorsque vous- r prenez l'impie résolution de n'en point faire ' aux pauvres ! Ah ! si vous- ne voulez point • faire l'aumône malgré le précepte que Dieu <; vous en fait , malgré les châtimens épouvantables dont Dieu vous menace si vous ne la faites point ; cessez du moins de nous ' alléguer pour raisons , que vous avez des enfans , et cherchez d'autres excuses qui ne vous rendent pas odieux et ridicules aux yeux des hommes , et qui ne soient pas de ' nouveaux péchés devant Dieu,