SUR LE MÊME SUJET
(Page ny 7 ligne %£.) et dans la souffrance. Voyez, en effet , disent saint Basile et saint Augustin : si le pied se trouve blessé, la langue se plaint aussitôt , et crie qu'on lui fait mal , l'oreille ne se ferme pas , les yeux regardent la plaie , la main s'étend , la tête s'abaisse ; en un mot , tous les membres conspirent au soulagement de la partie malade. La blessure n'est point personnelle , elle ne laisse pas cependant que de devenir commune , par l'empressement mutuel qu'ils ont tous à donner du secours à celui d'entre eux qui souffre et qui se trouve dans le besoin. Or telle est l'union , la compassion , et la charité bienfaisante , ajoutent ces saints Docteurs, après l'apôtre saint Paul , qui doit régner parmi tous les chrétiens , qui ne sont qu'un même corps en Jésus-Christ. A toutes ces solides raisons , je pourrois ajouter encore , que n'ayant Jous avec les pauvres , qu'une même origine, qu'une même nature , qu'une même religion , qu'un même Dieu ,
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qu'un même Père , qu'une mente Eglise , qu'un même Sauveur, qu'étant tous instruits avec eux de la même parole et de la même doctrine , nourris à la même Table et dc$ mêmes Sacremens, réglés par la même discipline et le même Evangile , destinés au même héritage et au même bonheur , qui est le Ciel ; il ne doit y avoir aussi entre eux et nous , qu'un même cœur et qu'une même ame , qu'une même tendresse et qu'une même affection , c'est-à-dire , qu'une mémo charité pour nous secourir et nous entr'aider mutuellement dans tous nos besoins :
autrement il seroit vrai de dire que nous renoncerions, en quelque sorte, à cette union fraternelle qui doit être entre tous les pauvres et nous , et que n'étant plus unis avec les pauvres qui sont nos frères , nous n'aurions plus Jésus- Christ , ni pour Chef, ni pour Rémunérateur , ni pour Père.
Mais ce n'est .pas assez : la loi de la justice ne nous oblige pas moins à faire l'aumône aux pauvres ', que celle de la charité.
Car ne pensez pas que le souverain Créateur de tous les hommes les ait déshérités en votre faveur. S'il vous a établis sur ses autres serviteurs , ce n est qu'afin que vous leur distribuiez une nourriture abondante ,
i36 sua i/aumône.
ou du moins suffisante. S'il vous a donné du crédit , de l'autorité dans l'Egypte , ce n'est pas afin que vous possédiez tous seul les fruits de l'abondance , mais afin , qu'à l'exemple de Joseph , vous en fassiez part à vos frères pendant les jours de sécheresse et de calamité. En un mot , si vous êtes riches, etc. (Page 27, ligne pénultième. )
(Page 42 , ligne g.J dans l'enfer. Et ne
croyezpas pouvoir échapper à un si triste sort, en nous répliquant quil n'est pas possible de secourir tous les pauvres. Car enfin , êtes-vous si pauvre vous-même , que vous ne pouviez en secourir aucun ? O l'étrange moyen de justification , que de se prévaloir d'un im»possible qu'on ne demande pas , pour se dispenser du possible que la loi exige ! Eh ! que deviendroit donc cette foule de malheureux , si chacun refiisoit de les assister, sous le prétexte de leur multitude PMais que chacun au contraire remplisse toute l'étendue de son pouvoir , et l'on verra bientôt cette multitude rassasiée. Bien loin donc de vous plaindre de voir tant de pauvres qui vous accablent , après les avoir assistés selon la mesure de vos facultés et de vos biens ,
SUR l'aumône. i3j
ah ! bénissez le Seigneur , au contraire , de ce qu'il veut bien se reproduire dans la personne de tant de misérables pour recevoir vos largesses , et avoir mille occasions différentes de vous récompenser.
Mais avouez du moins , mon Père , qu'il y a bien souvent des abus parmi les pauvres.
Eh ! mes frères , il y a encore bien plus d abus parmi les riches : et pour un homme qui demande sans une nécessité pressante , combien de personnes opulentes qui refusent sans raison et sans un motif légitime ?
Mais, ajoutez - vous , combien de libertins sous la forme de véritables pauvres , et que nos aumônes ne serviroient qu'à entretenir dans le libertinage ? Mais moi je dis : Combien de véritables pauvres sous la forme de ces prétendus libertins , feroient un saint usage de vos aumônes ? Quoi ! parce que vous craignez, ou du moins que vous feignez de craindre que vos aumônes ne tombent sur des sujets indignes et disposés à en abuser, faut-il risquer d'en priver une infinité d'autres qui en ont un besoin réel , et qu'elles cmpêcheroient de se précipiter dans le désespoir? Ne ressemblez-vous pas à un juge, qui , de peur d'absoudre un coupable , s'exposeroit à condamner plusieurs innocens?
l38 SOT L AUMÔNE.
Je conviens avec vous qu'il peut se trouver et qu'il se trouve même bien souvent de très-mauvais sujets , surtout jjarmi tous ces mendians. Mais étes-vous assurés , répond saint Augustin , que ceux qui se présentent à vous sont de ce nombre , et que cet infirme et ce pauvre estropié que vous rebutez , ne soit pas Jésus-Christ lui-même ? D'ailleurs , ne nous est-il pas ordonné d'imiter le Père céleste , qui fait lever son soleil sur les bons et sur les mécbans , qui fait pleuvoir également sur les justes et sur les pécheurs ; d'imiter le Sauveur des hommes , qui lava les pieds , dans un même jour , et à saint Pierre et au Disciple infidèle? Les pauvres, etc. ( Page 42 , ligne g.J
(Page 54* ligne tô.J Tout vous y est
nécessaire ! Oui , tout vous y est nécessaire , si vous prenez pour règle du nécessaire de votre condition , l'usage commun des personnes de votre condition et de votre état.
Or , prendre l'usage commun pour règle , surtout dans ce malheureux siècle où il n'y esque plus de foi ni de charité , où Ton •la vanité ne connoître point d'autres que l'impuissance , où l'on voit , au
SUE l'aumône. 139
sujet des dépenses, les excès érigés en bien* séances , et les passions confondues avec les devoirs ; prendre , dis-je , dans ce temps-ci, l'usage pour règle , n'est-ce pas vouloir sacrifier le pauvre à la vanité ? Oui , tout vous est nécessaire , les spectacles , les jeux , les plaisirs , ( car nous sommes dans un malheureux siècle où l'on se fait des nécessités de ses criminelles passions , ) oui , tout vous est nécessaire , si vous prenez pour règle du nécessaire de votre condition et de votre état, l'orgueil et l'ambition , l'esprit d'avarice , l'amour de la mollesse , vices qui ne sont que trop héréditaires dans presque toutes les familles. Or, suivre de telles règles et de tels exemples , n'est-ce pas se mettre dans l'impossibilité d'avoir jamais rien pour les pauvres ? disons mieux , n'est-ce pas se faire une fausse gloire d'hériter de la cruauté de ses pères , et de vouloir descendre dans les enfers avec ses ancêtres ? Mais , dites-moi , riches du monde qui ne voyez rien que de nécessaire ni dans vos maisons , ni sur vos habits , ni dans vos équipages , ni dans aucune de vos dépenses , vous souvenez-vous de la religion sainte et austère que vous professez ? Vous souvenez - vous de ces règles sévères de modération , de tempérance et
l4o SUR L AUMONE.
de modestie que la loi chrétienne prescrit à tous les disciples de Jésus-Christ ? Vous souvenez - vous de ces anciens temps du Christianisme, où les riches ne brilloient dans leur état que par leurs généreuses libéralités , et que par leurs plus éclatantes .aumônes? Vous souvenez-vous que la nature, dans le fond , a besoin de peu , et se contenteroit , dans le besoin , presque de rien ? O que ces heureux temps ont changé , et qu'ils sont différens de nos malheureux jours , où Ion se fait des nécessités de tout , pour ne pouvoir jamais rien donner aux pauvres !
Mais , de bonne foi , etc. (Page 54 , ligne *4. )
(Page 64 y ligne 16. ) de faire l'aumône. Ce n est pas , mes frères , que la religion désavoue tout ce qu'une certaine prudence fait amasser et mettre en réserve pour des enfans. Mais ne faire point d aumônes , quoiqu'on ait de grands biens , parce quon a des enfans ; ne faire que peu d aumônes , quoiqu'on ait beaucoup de biens, parce qu'on a des enfans ; n'avoir, en un mot , que des entrailles de bronze
SUR L AUMONE. l4l
pour les pauvres , parce qu'on se sent des entrailles de père pour des enfans ; c'est sur quoi la piété chrétienne ne s'accordera jamais avec la sagesse mondaine. Non , mes frères , ce prétexte tout frappant ettout spécieux qu'il est , ne vous justifiera jamais devant Dieu. Car, que vous ayez des enfans à établir ou que vous n'en ayez point , du moment que vous avez de quoi faire l'aumône , rien ne peut vous dispenser d'un devoir si légitime. Le soin des pauvres et le soin de vos enfans furent toujours , pour tous , deux obligations également indispensables. Vous avez des enfans , etc. (Page 64 > Ugne ij.J
.„ (Page 65 , Ugne dernière.) que vous
aurez mérités ? Lorsque vous avez demandé des enfans à Dieu , étoit-ce pour né plus pratiquer la charité ? Ne lavez-vous donc prié qu'il vous donnât des héritiers , qu afin de frustrer les pauvres de l'assistance que vous leur devez ? et croyez-vous qu'il eût voulu [répandre sa bénédiction sur votre alliance , s'il eût cru que Vous ne dussiez aimer que vos enfans , et n'avoir que de l'insensibilité pour la misère des pauvres ? Mais
I/fl SUR I, AUMÔNE.
je veux que vous aimiez encore plus tendrement vos enfans ; tendresse , hélas ! bien souvent trop fatale à tant de pères et de.
mères , trop funeste à ces enfans mêmes ; pouvez - vous jamais aimer , vous dit saint Augustin , plus tendrement ces chers enfans , que quand , par le moyen de la miséricorde et de l'aumône , vous leur laissez un Dieu pour tuteur , un Dieu pour débiteur , un Dieu pour rémunérateur , un Dieu pour père ? Que pouvoient faire de plus avantageux pour leurs enfans cette veuve de Sarepta , et cet autre serviteur de Dieu , dont il est parlé dans les Livres saints , que de les confier aux soins paternels de la Providence , de leur ouvrir le sein de Dieu , en les oubliant en quelque sorte , et les exposant à périr de misère , pour ne pas .
manquer l'un et l'autre à la miséricorde qu'ils dévoient à leurs frères ? On ne vous demande pas de ces excès de charité , on n'a pas assez bonne opinion de votre foi pour cela; mais du moins est-on en droit de vous demander un peu plus d'abandon à la Providence , au sujet de vos enfans , pour qui, ns la crainte de manquer , vous manquez os frères qui ont besoin dans le moment sent de votre secours.
SUR L'AUMÔNE. l43
Après tout , etc. (Page 66 , ligne prenuere. )
(Page 69 , ligne \$.) qu'il a commis
à vos soins. Si tous vous en tenez à cette règle inviolable , si c'est un devoir pour vous de multiplier vos charités à mesure que Dieu multiplie le nombre de vos enfans , et que vos enfans multiplient leurs crimes ; quelles aumônes abondantes n'ai-je pas à me promettre de votre part , pour tant d'innombrables péchés que vos enfans ont commis dans leur vie : tant de mensonges , tant de d'indévotions , tant de colères, de violences , de juremens , de paroles et de chan* sons déshonnêtes , de fréquentations et de danses , pour tant de médisances , d'intempérances , d'impuretés , de scandales et de mauvaises actions qu'ils commettent tous les jours ? Comptez , comptez tous les péchés de vos filles , de vos garçons , de tous vos enfans : ils sont innombrables. Voilà, par conséquent , ce qu'il faut réparer aujourd'hui par les libéralités les plus généreuses. Et ne craignez pas , etc. (Page 6g, ligne 21. )
i44 SVR l'aumône.
(Page 117 , ligne 16. ) de soulager
les pauvres. Conclure de là que les riches, en donnant aux pauvres quelques miettes de pain qui tombent de leurs tables , achètent , pour ainsi dire , de Dieu le privilège de vivre en tout le reste comme le mauvais Biche de l'Evangile ; conclure de là enfin qu'il suffit de faire quelque aumône pour avoir accompli toute justice , et pour être sauvé , sans se mettre d'ailleurs en peine de bien vivre \ c'est la conclusion , la maligne conséquence que tireroit volontiers un mondain , un libertin , un impie. Mais non , répond là-dessus saint Augustin , l'illusion seroit trop grande , et la ressource du salut des riches , seroit un vrai piège pour eux ; si cela étoit , ajoute le saint Docteur , il faudroit avouer que l'aumône , avec de pareils droits , seroit l'endroit foible de l'Evangile. Mais non , encore une fois , l'aumône ne favorisera jamais en aucune manière le libertinage , et elle n est pas elle seule toute la justice chrétienne. Quand nous disons, etc. (Page 117, ligne ig.J
SUa I* AUMÔNE. l45
(Page iao , ligne 2.J un juste qui ne
les aime pas.
Mais l'aumône , mes frères , n'a pas seulement un mérite d'inipétration , comme disent les Théologiens ; c est-à-dire , la vertu d'obtenir la grâce de la conversion ; elle a encore un mérite de satisfaction , c'est-à-dire > la force d'expier le péché et de satisfaire à la justice divine qu'on a provoquée par ses offenses. C'est l'Ecriture qui nous l'apprend en mille endroits qu'il seroit trop long de vous citer. Ce sont encore tous les Théologiens qui nous l'enseignent : car partout où ils parlent des œuvres satisfactoires , ils parlent de l'aumône comme d'une des œuvres les plus propres à calmer la colère divine , et à nous la rendre propre. ^ Or , ne devezvous pas admirer ici avec moi la douceur de la Providence envers les riches , d'avoir établi pour eux un moyen de justification et de salut si convenable à leur personne , si conforme à leur état , si proportionné à leur foiblesse , si aisé dans la pratique , et néanmoins si infaillible ? Car enfin , riches du monde , vous ne pouvez disconvenir que vous n'ayez commis beaucoup de péchés
i48 SUR LÀUMONB.
bondance de vos aumônes ? Peccata tua eleemosjrnis redime. (i) v G etoit là , mes frères , lavis important que Daniel donnoit à ce roi impie dont il est parlé dans l'Ecriture. Mon prince, lui disoitil , ne méprisez pas , je vous en conjure , le salutaire conseil que je vous donne : Quant ob rem rex consilium meum placeat tibù Je sais , lui disoit-il , que vous avez passé des temps infinis dans toute sorte de désordres , et j'en gémis avec vous. Vous ne savez plus par quelle voie réparer tant de crimes , et vous acquitter envers Dieu de tant de dettes. Ne désespérez pas cependant ; vous pouvez encore y réussir. Je ne vous propose point les plus austères macérations que vous pourriez peut-être pratiquer aussi bien que tant d'autres. Placeat tibi consilium meum : Ecoutez et suivez le conseil que je vous donne de la part de Dieu , et au nom de ce même Dieu. Peccata tua eleemosjnis redime : Rachetez et effacez la multitude de vos péchés par la multitude de vos charités envers les pauvres. Je vous en dis de même , mon frère. Votre santé , votre emploi , votre condition et votre état ne vous permettent pas d'exercer sur vous toutes les rigueurs (i) Dan. iv. a/|«
*3fe la pénitence ; quel parti vous reste-t-il ' clone à prendre ? C'est de chercher, dans ce «jui a été l'instrument de vos désordres , un moyen assuré de sanctification et de salut, -et de faire en sorte que ce qui a été un funeste poison pour vous , vous devienne un ^salutaire remède. Vos richesses ont été la source intarissable de mille péchés pour vous, ces richesses d'iniquité vous ont perdu : il faut désormais que ces mêmes richesses soient la matière de mille bonnes œuvres ; il faut , en les répandant libérale» ment dans le sein de tant de misérables qui réclament votre assistance, en en distribuant une bonne partie aux pauvres , qu'elles de»
viennent votre propre rançon : Peccata tua -eleemosynisredime. Rachetez donc et expiez votre orgueil , cette ostentation , cette vaine gloire dont vous êtes si fort épris , en sou* ' lageant les pauvres honteux qui souffrent* peut-être autant de s'avouer pauvres que <le l'être en effet. Rachetez et expiez ce luxe «jui éclate sur toute votre personne , et qui est si contraire à la modestie chrétienne > en donnant des habits et du linge à tant de pauvres malheureux qui n'en ont point.
Rachetez et expiez ces intempérances criminelles auxquelles Vous vous êtes livré
sans houle, «n nourrissant tant de familles^ obçré^s qui n'ont pas de quoi vivre : Peo cata tua eleemQsjrnis redime* Ah! vous vous êtes élevé, par àe% dépenses fastueuses au* d£ssu# ; de votre état : donnez , donnez à cqux qui. n ont. pas. de quoi se soutenir dans le leur*, Vous avez flatté votre goût par une trop grande délicatesse ; donnez à ceux qui) dans leurs maladies, n'ont pas même lès remèdes et les soulageoiens qui leur sont lq plus aécessaires. Vous vous êtes abandonné à une indolence > à une inutilité de vie, .» aune mollesse qui vous a fait négliger tous les devoirs de votre religion; fournissez au travail de ceux que l'oisiveté pourroit ren- dr^e crkninejs jusques dans leur pauvreté inênie. Enfin vous avez tout accordé à vos sçns > au milieu de votre abondance ; le crin^e ne npus a point étonné dans vos plaisirs : donnez, donnez à ceux qui souffrent saps être coupables^ et qui -. gémissent sous le poids, de la nusère du temps ou de Tin- .
justice des homtnes •: Peccata tua eleernosy- . nîs redù?ie* Donnez , en un mot, àpropor- .
tion que vous avez péché , puisque vous devez proportionner vos aumônes , qui vous servent de pénitence , aux péchés que vous avez xoiumis •; fcoçata tua elcemosynis w
su* rfrtif&irftt tSi
éllme. -fit comme il est de l'essence de la pénitence d'affliger , de mortifier , de retranche» { afin' que les aumônes soient encore plus satisfactoires pour vous et plus' capables de prévenir la vengeance divine 9 donnez aux pauvres jusqu'à souffrir , jusqu'à vous incommoder vous-même , en ro tranchant en'leur faveur généralement tout ce qui ne sert qu'à votre amour -propre y qu'à votre cupidité , qu'à votre vanité , qu'à vos plaisirs. Quel bonheur pour vous, que Dieu veuille bien se contenter de si peu de chose pour vous accorder le pardon de tous Vos crimes , et vous faire trouver , malgré ^veâ iniquités , dans le superflu de vos biens temporels , de quoi acheter les tiens <le l'éternité ! Eh ! grand Dieu , quel est donc ici l'excès de votre bonté et de votre tniséri* corde pôtir les riches 1 Partout, et presque dans tenues les pages de votre Evangile , vous jetez la frayeur dans leur aine, en leur montrant le danger de leur état, en les assurant qu'il leur sera plus difficile d'entrer dans Je royaume duGiel, qu il ne le pourroit être de faire passer un chameau par le trou d'une aiguille -, et en lançant contre eux tant de ma lédictions , tant de foudres et d'anathèmés ! 91 importe , mes frères, ce même Dieu, qui
'i5à STJft L AtTMÔN*.
ne veut la perte de personne , mais qbi veuf . au contraire sauver tous les hommes, tous ouvre en même temps un chemin sûr , par le moyen de l'aumône , pour arriver à son céleste royaume , et veut bien même passer pour un Dieu injuste , s'il oublie jamais et s'il ne récompense pas ce que vous ferez pour les pauvres : Nvn enim injustus Deus, ut. obliviscatur operis vestri. (i) Ah! bénisses donc mille fois , riches du monde , la miséricorde de votre Dieu , qui vous donne un moyen si aisé de satisfaire à sa justice > et- de mériter à si peu de frais ses grâces et • ses récompenses.
• Mais en vous satisfaisant , etc. (Page 1 2 1 > ligne 21. J
w»»..« /Page ii5 , ligne 21. J in œterna ta* bernacula. Mais quelles consolantes, preuves n'avons-nous pas encore de cette vérité, dans ces douces et charmantes paroles que ce divin Sauveur adressera aux âmes justes dans le terrible jour de ses vengeances : Venez, leur dira-t-il , vous qui êtes bénis de mon Père ; possédez à jamais le royaume qui vous a été préparé dès la création du monde :
(i) Hebr. vi. 10.
SUR LÀUMÔKS* 103
car j'ai eu faim , et vous m'avez donné à' manger ; j'ai eu soif, et tous m'avez donné à boire ; je ne sayois où loger , et vous m'avez recueilli chez vous ; je manquais * d'habits , et vous m'en avez donné ; j'étais malade , et vous m'avez visité ; j etois en prison , et vous m'y êtes venus voir : Venite, benedicti Patris mei, possidete paratum vobis regnqm a constitutione mundi : esurivi enim , et dedistis mihi manducare ; sitivi ,\ et (fedistis mihi bibere ; hospes eram , et colle* gistis me y etc. (i) Si je vous examinois avec rigueur , ajoutera le souverain Juge , si je pesois avec soin toutes vos actions, il serait difficile de n'y trouver pas de quoi vous . condamner. Mais, parce que j'ai souffert des besoins extrêmes dans la personne des pauvres > et que vous les avez soulagés , entrçz dans mon royaume , et jouissez-y à jamais : de tous les biens que vous pouvez désirer : : Possidete paratum vobis regnum.
Âh! mes frères , etc. (Page i a5 , ligne 22 J
...*.... (Page 5a, ligne i5.J votre superflu. 1 Il est d'ailleurs incontestable que toutes
les fois que votre frère se trouve dans un (1) Matth. »v. 3^ . -
lj>4 SUE LAUMÔNH.
besoin plus marqué , tous êtes obligés de faire un nouvel effort sur vous-même ; de retrancher , je ne dis pas sur votre superflu , *n mais sur votre nécessaire ; de vous réduire à ce qui est absolument essentiel ou à votre subsistance , ou aux bienséances indispen* sables de votre état , à l'exemple des premiers Pontifes de l'Eglise naissante , qui vendoient, dans de pareilles occasions, jus- « qu'aux vases sacrés , qui se vendoient quelquefois eux*mêmes.
Mais je veux que, par la situation de vos affaires temporelles , vous ne puissiez assister de vos biens ceux qui souffrent et qui languissent ; du moins assistez-les de votre crédit , de vos conseils. Imitez les Apôtres : ils lie pouvoient par eux-mêmes donner à manger à cette foule de pauvres qui les énvironpoient ; ils s'adressoient à leurs mak ' très , ils leur faisoient de vives instances en leur faveur. Vous ne pouvez, dites-vous, être le père des pauvres : eh bien , soyez-en du moins les. protecteurs. Vous ne pouvez revêtir ceux qui sont nus , nourrir ceux qui ont faim : eh bien , répond $ai,nt Augustin x soyez du moins l'œil de l'aveugle , le pied du boiteux, la consolation de l'affligé ; teneav
fompagniç au uialade % ; si yqus *$ h p<wç*
«m l'aumàns. ï55.
"guérir. Voilà ce qu'une charité ingésieuàe peut toujours pratiquer , à quelque dure extrémité qu'elle soit elle - même réduite.
• Le Sauveur n'a pas dit , et c'est la remarque dé saint Chrysostôme : J'étois malade , et tous ne m'avez pas guéri ; j'étois en prison 5 et tous ne m'en avez pas retiré : Triais, J'étois malade , j'étois en prison , et vous n'avez
• pas seulement daigné interrompre vos dissipations ordinaires pour venir me rendre la
moindre visite. Ayez donc de la charité -et 'de la compassion pour le pauvre. Tous n'a* ▼ez point d'argent à lui donner : donnezlui du moins votre attention et votre tendresse. Vous ne pouvez soulager sa misère :
du moins écoutez-en avec patience le triste récit ; et Dieu , à son tour , écoutera lès -prières que vous lui ferez ,, ii les exaucera , tX les couronnera dans l'éternité.
,* fPage 80 , ligne 2.3.J vous-même.
Ah ! malheureux , pour qui les temps ne furent jamais mauvais , vous dit l'apôtre saint Jacques , gémissez donc maintenant , riches ; pleurez , poussez des cris et comme des hur-» lemens , dans la vue des misères qui doivent fondre sur vous. Vous avez vécu sur la terre
l56 SUR LAUMÔH*.
dans les délices et dans le luxe ; vou* voua êtes engraissés comme des victimes prépa* rées pour le pur du sacrifice ; vous avez condamné et tué le juste , sans qu'il ait résisté : sachez' que vos richesses seront réduites en poussière , que les vers mangeront vos habits , et que la rouille , après avoir gâté l'argent et l'or que vous cachez , s'élèvera contre vous et dévorera votre chair comme un feu. C'est là le trésor de colèrg que vous amassez pour le dernier jour.
Pour vous, mes frères y pauvres de Jésus* Christ , qui seuls vous ressentez de la misère du temps, persévérez dans la patience jusqu'à l'avènement du Seigneur. Vous voyez que le laboureur , dans l'espérance de recueillir le fruit précieux de la terre , attend patiemment que Dieu envoie les pluies de la première et de la dernière saison : soyez aussi patiens , et affermissez vos cœurs , ca? l'avènement du Seigneur est proche*
FRAGMENS
d'un discours