SUR LA RESTITUTION
^..,. L'on prend, (tout le monde s'en plaint,) «*t l'on cherche mille prétextes pour ne jamais rendre. Cependant l'obligation de le Caire est pressante , est indispensables Il faut restituer , ou être damné : il n'y a point de milieu. C'est ce que je vous ferai voir, à la fin de cette Instruction* En voici tout le partage. Presque tout le monde vole, premier point ; et presque personne ne res- -titue, second point. Quelle conclusion tirerons-nous de ces deux vérités, sinon que presque tout le monde se damne , faute de restituer. Omon Dieu , c'est à vous à toucher nos cœurs , et à les détacher des richesses, afin qu'ils ne tombent point dans les piégea du démon. C'est la grâce que nous vous demandons par l'intercession de Marie».
Ave y Maria^
» On se contente d'un examen superflu
eiel, et la moindre difficulté qui nait r en:
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la prend pour une impuissance absolue* oflS étouffe mille retours de la conscience , o écarte mille réflexions qu'elle présente, on les traite de scrupules. Dès qu'on ne peu satisfaire à tout , or conclut à ne satisfair à rien» On n'en y eut croire nul autre qu soi-même > et si l'on veut bien s'en rapporte à quelqu'un, ce n'est que dans la pensé< :.4çen tirer une décision favorable , et f pour se conformer dans l'idée de cette im .possibilité imaginaire dont on se flatte.. D' il s'ensuit , que voulant toujours restituer ou disant toujours qu'on est dans le- desseii de le faire aussitôt qu'on le pourra r Qn n le fait jamais, parce qu'on ne pense jamai le pouvoir* La plupart disent bien, Je rendrai > je rendrai ; mais ils ne disent pa^s»
comme Zachée y Je rends ; Reddo* Nou^ trouvons, dans les Missions, une infinité d^ gens qui promettent de rendre ; mais re*tournez dans ce lieu-là, un an, deux an$ après, et demandez -leur s'ils ont rendu ; il* diront encore r Je rendrai f mais ils ne ren— dent point. La plupart dé ceux-là sont comme le loup , qui ne rend que ce qu'on lui ôte.
Lorsque vous donnez en aumône le prbc de quelque violence, vous imitez Judas, qui
SUB LA HBSTÏTOTIO*. ' t5$
Cilla donner au Temple l'argent qui étoit le
prix du sang de Jésus-Christ , et vos aumô*
nés sont plutôt diaboliques que chrétiennes*
C'est bien fait de faire l'aumône; qui en
-cloute ? mais il faut la faire de votre bien ,
^t non pas du bien d'autrui. Le pauvre à qui
-vous donnez l'aumône , dit saint Augustin ,
se réjouit et prie Dieu pour vous ; mais celui
à qui vous l'ôtez , pleure et crie vengeance
contre votre injustice. Quand vous appelée
en justice un voleur qui vous a volé, s'il
don n oit au juge une partie du butin qu'il
vous a enlevé, afin d'être renvoyé , et si le
juge recevoit ce présent , qu'en penseriez-
vous ? O le méchant homme ! diriez-vous ;
il est plus voleur que le voleur même. Vous
ne pourriez approuver cette injustice, tout
injuste que vous êtes ; et vous croyez que
Dieu veuille la commettre !
Huitième prétexte, Mais ce n'est pas à un seul que j'ai fait ce tort $ c'est à plusieurs : comment satisferai-je à tant de particuliers que j'ai trompés ? Je conviens que la restitution est plus ou moins difficile, selon les conjonctures et la situation différente des choses , et qu'il y a des affaires tellement embarrassées que l'on n'y peut presque rien démêler. Je no puis pas m'en gager ici dans une discussion
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exacte , mais voici quelques] règles générales; qu'il faut que vous vous appliquiez. La première est d'exciter en vous un vrai désir de séparer tous les dommages que vous avez causés. La seconde,, de chercher tous les expédiens imaginables pour le faire. La troisième est de vous bien convaincre que Fof bligation de restituer n'est point indivisible*; que si vous ne pouvez pas restituer absolur ment tout, il faut au. moins, pour le pressent , en restituer une partie ; que ce qui ne jse peut dans un temps, se peut dans un aur tre ; et qu'il y a plus d'une façon de réparer le tort qu'on a faiç au prochain. La quatrième est d'examiner de près à qui vous avez volé , et ce que vous lui avez volé. C'est à ceux-là ou à ses héritiers qu'il faut rendre la chose volée , ou la valeur de la chose, si elle ne subsiste plus. Que si- après avoir beaucoup pensé , examiné sérieusement , vous trouvez qu'il y a tanj de monde à qui vous avez dérobé que vous ne sauriez le s$- "voir , il faut voir à peu près ce que monteraient vos larcins , et le donner aux pauvres, selon l'avis d'un sage et habile confesseur.
Neuvième prétexte. Mais, medirez-vous, ce n'est pas notre dessein de mourir avçc le bien d autrui; nous voulons le rendre à
STO £À RESTIOTTIOïf. t$t
#otre mort , par un bon testament ; nous en chargerons nos héritiers : mais pour maintenant, il n'y a rien qui presse. Et si vous mourez avant que de- faire votre testament», comme il arrive à tant d'autres, que tous arrivera- t-il ? Et si votre testament n'est pas en bonne forme , que vos héritiers le fassent casser, ou remettent eux-mêmes d'y satisfaire •dans leur testament , comme vous dans lte vôtre, que deviendrez-vous ? Quand tout cela; ne seroit point, ne voyez-vous pas, que différant de faire la restitution que vous pourriez faire maintenant , vous la rendez plus difficile et plus onéreuse , puisque vous êtes obligé de r-endre ou de payer non-seulement la somme principale , mais*- encore de satisfaire pour le dommage que votre retardement a causé ?
Dixième prétexte. Mais au moins, il faut attendre que mes affaires soient finies. Quel plaisir prenez-vous à vous tromper ainsi vous même ! Les affaires finissent-elles dans la vie ? Plus vous viendrez sur l'âge , plus vous^urez ■ de peine à restituer, Les 'autres passions saffbiblissent avec le temps ; celle-là se fortifie, et ne dit jamais, C'est assez ;-et ceu;* qui ont été libéraux jusqu'à la prodigalité étant jeunes, deviennent avares dans la vieillesse. Le beau sacrifice que vous ferez ? à la morfr, de
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véritable résolution de le rendre. Et quancL^ on vous donneroit l'absolution , elle seroit^ nulle et invalide devant Dieu , et vous feriez un sacrilège. En un mot , il n'y a qu'une véritable impossibilité qui puisse vous en exempter : hors de là , point de salut à faire , ni d» Paradis à espérer. Frappez-vous la poitrine^ priez, pleurez, gémissez toute votre vie, tant qu'il vous plaira ; jeûnez , si vous voulez , aix pain et à l'eau: si vous ne restituez point, votre pénitence est inutile, feinte , imaginaire. Tant que vous demeurerez dans l'état ou vous êtfes , vous ne pouvez recevoir aucun Sacrement ; vous êtes continuellement dans le péché mortel" , et même dans plusieurs , dont il est très-difficile de savoir le nombre. Toutes les confessions et toutes lés communions que vous faites , bien loin de vous être utiles , sont autant* de sacrilèges abominables ; et il n'y a point, je vous le répète, de confesseur sur la terre , ni Prêtre , ni Missionnaire, ni Evêque , ni Pape, qui puisse vous donner l'absolution , à moins que vous ne restituiez effectivement ; et s'il vous la donne sans cela , il se damne, il se précipite en enfer avec vous , mais il ne vous en retire pas.
Voilà , Chrétiens , ce que nous enseigne
STTti LA. ttESTITUTIOir. ï65
bar cette matière la sainte Foi que nous pro* Cessons , et voilà les pensées avec lesquelles je vous renvoie. S'il y a dans cette Eglise quelqu'un sur qui ces vérités n'aient point fait encore assez d'impression , je n'ai plus rien à lui dire que ce que disoit saint Gré-, goire à un homme du monde. Ah ! mon cher frère , lui écrivoit ce grand Pape , considérez , je vous prie , que ces richesses que vous avez amassées par des voies cri* minelles , vous abandonneront un jour , mais que les crimes que vous avez commis en les amassant , ne vous abandonneront jamais. Eh ! ne vaudroit-il pas mieux , dit saint Bernard , restituer à présent , de bon cœur, et utilement, que de le faire à la mort* avec regret , sans mérite et par contrainte ? Car enfin , je vous le dis maintenant, en ton de suppliant, pour le salut de votre arae :
JLedde quodd&bes. Eh! mon cher frère, je vous en prie pour l'amour de Jésus-Christ, rendez au plutôt à ce marchand , à cet ou* " vrier , à ce serviteur , ce que vous lui devez,. Tâchez de satisfaire cette pauvre veuve 4ont vous retenez le bien ; réparez le dommage que vous avez causé à ce pauvre homme par vos friponneries et vos chicanes; en un mot, quittez ce bien , quitte^ c%
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bien qui ne vous appartient pas : Redde debes. (i) Je vous le dis aujourd'hui d'un toi de suppliant ; mais la mort vous le dira bien- . tôt d'un ton plus impérieux : Sors, misérable , sors , vieux avare , sors , sors de- cett< maison qui ne t'a jamais appartenu légitimement. Chicaneur de profession , usurier public , laisse , laisse malgré toi cet argent % . ce bien mal acquis que tu ne saurais em-
• porter. Tu as. mieux aimé le posséder que . de 'posséder Dieu , mais tu ne posséderas
jamais ni l'un ni l'autre. Dégorge, cruelle - sangsue r le sang du pauvre dont tu es rempli. Tu, t'es engraissé de sa. substance ; il
• faut , dès-à-présent , que tu la vomisses > mais avec une si étrange violence, comme
. si tu vomissois tes propres entrailles : DivU tias y quas devoravit , evomet, et de ventre îllius epetrahet cas Deus. (2) Quelle rage et quelle fureur , dans ces derniers momens , pour ces avares qui auront mieux aimé perdre Dieu pour une éternité , que de perdre pour un temps un peu de bien de la terre î Ils diront , pour le moins en secret , s'ils ne le disent pas devant tout le monde , comme ce riche marchand dont il est parlé dans l'Histoire de Gîteaux , qui après avoir fait;
(«) Matth. xvux. a8. (a) Job. x*. i5.
fftm LA &SSTITtTTIO!f. Ï6j
beaucoup d'usures, de vola et d'injustices, "Tint enfin dan& l'état ou il faut venir tôt ou tard. Peu de temps avant que de mourir , il fît appeler le notaire , pour faire son testament , et commanda, entre autres choses, qu'on y mît cette clause : Je veux et entends qu'après ma mort mon corps soit mis en terre , parce qu'il en vient , et que mon an*e soit livrée aux démons , parce qu'elle leur appartient. Ceux qui étoient présens, étonnés y il la leur répéta , en disant qu'il avoit son Jbon sens , et il ajouta , plein de rage et de fureur : C'en est fait , c'est ma résolution % c'est ma dernière volonté , que mon aine soit livrée aux démons , et avec elle celle de ma femme, celle de mes enfans, et celle de mon confesseur: la mienne, continua-Nil
■parce que,, celle de ma femme, parce
que ,. celle de Voilà, Chrétiens îih
justes, les malheurs qui vous menacent , et les sentimens de rage que vous aurez pour . lors , et avec lesquels vous paraîtrez aux juge* mens effroyables du Seigneur. Qr avec quelle assurance paroîtrez*vous chargés d'injustice , v devant le grand Dieu qui jugera les, justices , mêmes ? et s'il condamne au feu éternel fe ' Chrétien qui n'a pas fait l'aumône aux mi-v térablesj à, cn^çis supnliççs hpftiblçs. «Ç •%$•*