‹ SermonsChapitre 42 sur 47 · IV. — Prière pour le jeune roi · texte numérisé non relu

IV. — Prière pour le jeune roi

Soyez, Sire, comme vos ancêtres, le défenseur de la gloire de Dieu, et il ne permettra pas que la vôtre s'efface jamais de la mémoire des hommes. Justifiez, en vous proposant ces grands modèles, que la piété ne déshonore point les rois; que les passions toutes seules avilissent le trône et dégradent le souverain; qu'on n*est pas digne de régner quand on ne règne pas sur soi-même : et que, pour être dans les âges suivants aussi grand qu'eux, aux yeux des hommes, il faut avoir été, comme eux, fidèle à Dieu.

Grand Dieu ! plus le trône est environné de pièges, plus les rois ont besoin que vous les environniez de votre protection et des secours de votre grande miséricorde. Mais plus une tendre jeunesse et une enfance délaissée à elle-même et à tous les périls de la royauté expose cet enfant auguste, plus il doit devenir l'objet de vos soins et de votre tendresse paternelle.

Armez de bonne heure l'innocence de son cœur contre les dérisions qui avilissent la piçté, et contre les écueils de la piété même ; donnez-lui ces vertus qui sanctifient l'homme, et qui font en même temps le grand roi ; faites qu'il respecte ceux qui vous servent et qu'il serve lui-même le Dieu de ses pères avec cette majesté qui seule peut rendre les rois respectables.

Jetez les yeux sur lui du haut du ciel, grand Dieu ; et voyez ici à vos pieds cet enfant auguste et précieux, la seule ressource de la monarchie, l'enfant de l'Europe, le gage sacré de la paix des peuples et des nations. Les entrailles de votre miséricorde n'en sont-elles pas émues? regardez-le, grand Dieu, avec les yeux et la tendresse de toute la nation.

Écoutez la première voix de son cœur innocent, qui vous dit ici, comme autrefois un saint roi (1) : « Dieu de mes pères, regardez-moi ; laissez-vous toucher de pitié à la vue des périls que mon âge et mon rang me préparent, et qui vont m'entourer de toutes parts au sortir de l'enfance : respïce in me, et miserere met (2). Soyez vous-même le défenseur de mon

(1) David,

(2) Psaumes LXXXVI, là. «. Jette un regard vers moi, et prends-moi en pitié.»

BOURDALOUE

MASSILLON

trône et de ma jeunesse. Conservez l'empire à l'enfant de tant de rois, et qui ne connaît pas de titre plus glorieux que d'êtrelepremier-néde vos enfants: daimperium puero tuo{l). Mais que la conservation d'une couronne terrestre, grand Dieu, ne soit pas le seul de vos bienfaits. Sauvez le fils d'Adélaïde (2), desBlanciie, des Clotilde, et de tant de pieuses princesses qui me portent encore devant vous dans leur sein comme l'enfant de leur amour et de leurs plus chères espérances : et salvnm fac filinm ancillœ iuœ(d). Et puisque l'innocence attire touj ours sur elle vos regards les plus propices et les plus tendres, conservez-la-moi, grand Dieu, aussi longtemps que ma couronne, afin qu'après avoir régné par vous heureusement sur la terre, je puisse régner avec vous éter« nellement dans le ciel ! » Ainsi soit-il.

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