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IV. — U aumône nécessaire au salut du riche

Il était, ajoute saint Chrysostome, de la providence et de la bonté de Dieu, de donner aux riches du siècle quelque consolation dans cet état, et c'est ce qu'il a prétendu, lorsque, par une conduite bienfaisante, il les a mis en pouvoir de pratiquer la miséricorde chrétienne par le soulagement des pauvres, et qu'il leur a imposé le précepte de l'aumône. Car si lé riche peut, dans sa condition, non seulement diminuer, mais entièrement corriger l'opposition de son état avec celui

de la pauvreté de Jésus- Christ ; si le riche peut réparer tant de péchés et tant de désordres où le plonge l'usage du moîîde, surtout l'usage des biens du monde, et si le riche^ par conséquent peut se promettre quelque sûreté pour le salut et contre une malheureuse réprobation, tout cela doit être le fruit de sa charité, c'est le seul fondement solide qui reste à son espérance.

La première vérité estéviaente : car du moment, chrétiens, que vous partagez vos biens avec Jésus-Christ dans la per« sonne des pauvres, dès là vos biens, sanctifiés par ce partage, n'ont plus de contrariété avec la pauvreté de cet Homme-Dieu, puisque cet Homme-Dieu entre par là comme en société de biens avec vous : et voilà l'admirable secret, ou plutôt l'artifice innocent dont le riche miséricordieux se sert pour mettre Jésus-Christ dans ses intérêts, et pour en faire d'un juge redoutable un protecteur ; voilà par où il se garantit de ces anathèmes fulminés dans l'Évangile contre les riches. En effet^ remarque saint Chrysostome, Jésus- Christ est trop fidèle pour donner sa malédiction à des richesses dont il reçoit luimême sa subsistance, et qui contribuent à le nourrir en nourrissant ceux qui le représentent en ce monde. Cette seule considération ne devrait-elle pas nous suffire, et que faudrait-il davantage pour nous remplir d'une sainte ardeur dans l'accomplissement du précepte de Taumône ?

Mais la seconde n'est pas moins touchante, et c'est que Dieu par le moyen de l'aumône a pourvu les riches d'un remède général et souverain contre tous les péchés où les expose leur condition et dont il est si rare qu'ils se préservent.

Or, supposez cette vertu de l'aumône dans le sens que je viens de l'expliquer, admirez avec moi, chrétiens, la douceur de la Providence envers le riche, et reconnaissez -la en trois points dont je me contente de vous donner une simple idée. Premièrement, quelle providence du Seigneur, et combien est-elle aimable d'avoir établi pour les riches pécheurs un moyen de justification si conforme à leur état, si proportionné à leur faiblesse, si aisé par rapport à eux dans la pratique, et néanmoins si infaillible? Car voilà sans doute un. des plus beaux traits, non seulement de la miséricorde, mais de la sagesse de Dieu. Comme chaque condition a ses péchés

BGURDALOUE

qui lui sont propres, aussi Dieiî a-t-il voulu que chaque condition eût ses ressources particulières pour la pénitence. Le pauvre satisfait Dieu par les souffrances, et le riche par ses charités. La satisfaction du riche paraît plus douce que celle du pauvre ; ainsi a-t-il plu au Seigneur, qui, d'ailleurs dans l'ordre de la grâce, avait assez privilégié le pauvre au-dessus du riche. A peine aurait-on pu espérer du riche qu'il se fût soumis aux autres remèdes plus violents ordonnés contre le péché. Hé bien ! lui dit Dieu, en voici un que j'ai choisi pour vous : vous n'aurez nul prétexte pour vous en défendre, car il dépendra toujours de vous : ni la délicatesse de votre complexioii, ni vos infirmités ne vous en dispenseront jamais : car il ne consistera point en des exercices pénibles et incommodes ; il ne vous exposera point à la censure du monde, puisque le monde, tout perverti qu'il est, ne pourra vous refuser ses éloges, quand il vous le verra mettre en œuvre : il vous coûtera peu ; mais avec ce peu il n'y aura rien que vous ne gagniez.....

Autre trait de la providence, j'entends toujours d'une providence favorable au riche dans l'établissement de l'aumône; les richesses qui avaient été l'instrument du péché deviennent la matière de la réparation du péché même, pour nous faire comprendre ce que dit saint Paul, que tout contribue au bien de ceux qui cherchent Dieu ou qui retournent à Dieu. Nous voyons des plantes dont le suc est pour l'homme un poison mortel, mais nous admirons en même temps l'auteur de la nature, en ce qu'elles ne croissent jamais qu'accompagnées d'une autre pîante qui leur sert de contre-poison. L'aumône fait quelque chose de plus ; car elle trouve le remède du mal dans la cause même du mal ; ce sont vos richesses qui vous ont perdu, continue saint Ambroise, parlant à un riche avare, et ce sont vos richesses qui vous sauveront : Pecuniâ tua venundafus es, redime te pecuniâ tua (1).

Ajoutons encore un nouveau trait de cètte conduite de Dieu

si bienfaisante à l'égard du riche : le voici. Qu'est-ce que le

riche dans l'état du péché? c'est un sujet disgracié de Dieu,

qui ne peut point par lui-même avoir d'accès auprès de Dieu,

dont les actions les plus louables ne sont de nul mérite devant

(i) « Tu as été vendu à l'encan par tes richesses, rachète-toi par tes richesses. » (Saint Ambroise.)

Dieu, à qui la porte de îa miséricorde de Dieu semble être fermée, et qui, livré à sa justice rigoureuse, n'aurait plus d'autre parti à prendre que celui du désespoir. Mais que fait Dieu? en lui donnant de quoi être charitable, il lui donne de quoi se ménager de puissants intercesseurs, qui par reconnaissance, qui par devoir, qui par intérêts soient obligés à solliciter et à demander grâce pour lui : et ces intercesseurs, ce sont les pauvres : ces pauvres, amis de Jésus- Cîirist ; et selon l'Évangile : devenus les siens : Facite vobîs amicos de mammonâ iniquitatis (1) : ces pauvres, dont les vœux s'élèvent jusqu'au trône de Dieu, et que Dieu exauce : Iste pauper clamavii, et Dominas exaudivit eum (2).

(Deuxième partie,)

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