‹ SermonsChapitre 11 sur 88 · SUR JUGES, VI · texte numérisé non relu

SUR JUGES, VI

Et Gédéon dit d Œternel : « Je te supplie , si fax trouvé n grâce devant tes yeux, de me donner un signe qui m'atteste » que c'est Toi qui parles avec moi. Je te prie donc , ne fen o va point d'ici jusqu'à ce que je revienne , que je f apporte » mon offrande, et que je la dépose devant Toi. » — £*^ t7 répondit ; « Je demeurerai jusqu'à ce que tu reviennes. »

Gédéon rentra et apprêta un jeune chevreau d'entre les chèvres, et des gâteaux sans levain d'un Epha de farine; il mit la chair dans un panier et le bouillon dans un vase; et il les apporta sous le chêne et les lui présenta.

Alors PAnge de Dieu lui dit : u Prends cette chair et ce$ » gâteaux sans levain , dépose-les sur ce rocher, et répands » le bouillon. » Gédéon fit ainsi. Alors l'Ange de VEternel ayant étendu le bâton qu'il avait en sa main, toucha la chair et 4es gâteaux sans levain; le feu monta du rocher et consuma la chair et les gâteaux sans levain; et VAnge de VEternel disparut de devant lui.

Gédéon vit que c'était l'Ange de l'Éternel, et il dit: fi Hélas! » Seigneur Éternel ! car j'ai vu l'Ange de l'Éternel face à » face ! ^ —Et l'Éternel lui dit : a Paix te soit ! ne craim » point; tu ne mourras point / » * v

Alors Gédéon bâtit là un autel à l'Éternel , et il l'appela : « l'éternel de paix I » — Et cet autel est demeuré jusqu'à ce jour à Uophra des Abihézérites.

Il est peu de passages da Nouveau Testament qui m'aient plus souvent parlé jusqu'au fond de l'ame^ dans la communion, dans la prière, ou dans le deuil , que le récit à ta fois si complet et si simple , de l'apparition de notre Sauveur à Cléopas sur le chemin de Jérusalem*

Gléopas et son ami se rendaient sur la Qn du jour au village d'Ëmmaûs. Ils étaient pénétrés de tristesse^ ils avaient vu mourir, ils avaient déposé dans un tombeau leur Maître bien-aimé. Comme ils s'en entretenaient ensemble sur la route, un voyageur les aborde. L'expression grave, mais tendre, de la sympathie et de la bienveillance, ^parle dans ses regards; il chemine quelque temps avec eux, et bientôt il leur demande avec douceur : (( De quoi vous entreteniez- » vous par le chemin, et d'où vient que vous êtes si » tristes? » A peine a-t-il entendu leur réponse^ « ô gens

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» d'un cœur tardif à croire ! » leur dit-il , « ne fallait-il pas » que le Messie souffrit avant d'entrer dans sa gloire? » — Âlors^ (est-il écrit >) en commençant «par les livres de » Moïse, » il leur montre Jésus-Christ dans tout l'Ancien Testament ^ et pendant qu'il leur parle, leur ame s'attendrit; une joie toute céleste, une conviction profonde la pénétre; « ils sentent comme si leur cœur brûlait au dedans d'eux.»

— On arrive aux portes d'Emma us ^ le voyageur veut poursuivre sa route; <( Oh ! demeure avec nous, » lui disent-ils^ <( tu vois que le soir s'approche , et que le jour est sur son » déclin ! » — « On le contraint de demeurer, » ajoute St. Luc, et l'étranger daigne céder — . Les deux disciples alors entrent sous leur toit rustique: l'étranger daigne les y suivre. — On sert le repas du soir; l'étranger daigne s'y placer.

— Bientôt, on lui voit prendre le pain: c'était ainsi que faisait Jésus; — il le rompt, en levant ses yeux vers le ciel: c'était le regard de Jésus; — il le bénit: c'était la voix de Jésus! — Les deux disciples le contemplent; leurs yeux s'ouvrent; ils reconnaissent Jésus : c'était Jésus !

Qui pourrait dire leur bonheur? — Qui pourrait dire ce que fut dès-lors pour tout le reste de leur vie, le souvenir de cette soirée incomparable , où le Sauveur du monde daigna descendre vers d'indignes pécheurs, et où le ciel s'abaissa pour eux dans la chambre d'Ëmnrtius I Qui pourrait dire que de fois le retentissement de celte voix si tendre : « De quoi vous entreteniez- vous par le chemin, et d'où }) vient que vous êtes si tristes? » vînt, dans la suite de leurs combats, soutenir leur ame et leur apporter la paix.

N'est-ce pas, âmes Gdèles, n'est-ce pas que ces pensées sont bien douces aussi pour vous; puisque vous avez les mêmes promesses; puisque vous n'ignorez pas que ce pas-

sage n'est mis dans la Bible que pour votre consolation (1 ) ; puisque vous savez que a Jésus demeure toujours le même à travers tous les siècles (2) , » et qu'il a dit à tous ses croyans: « Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde. Voici , je me » tiens à la porte^ et je frappe: si quelqu'un entend ma voix » et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui , je souperai avec » lui^ et lui avec moi (3); » — • et puisqu'enfin vous avez appris que a si deux ou trois de ses disciples s'assemblent en » son nom , Jésus-Christ se trouve au milieu d^eux , » aussi réellement que s'ils le voyaient de leurs yeux comme le vit Cléopas(4)?

N'est-ce pas qu'une pareille pensée doit être bien douce dans la prière, bien douce dans le deuil» douce dans la vie, et douce surtout dans la mort ?

Ah ! quand Dieu nous a donné de la recevoir par la foi dans notre ame , elle change notre existee^e; elle nous place dans un qionde nouveau ; elle nous entoure eoBune d'une atmosphère de lumière et de joie. Et plus nous voyons de détails et de familiarité dans les touchantes circoftstances de ce trop court récit de St. Luc, plus aussi notre ame se sent encouragée à s'en appliquer l'ineffable consolation, plus elle y trouve d'accens pour l'édifier et pour l'attendrir. Oui," ces deux villageois cheminant à pied vers Emmaas, cette rencontre sur un grand chemin , cette conversation des trois voyageurs , cette maison , ce repas du soir , cette table rustique, toute l'humilité de ces circonstances, bien loin d'ôter

(I) Rom.XV,4. (2)Hébr. XIII, 8, et 1, 8-12. (3) Apoc. III, 20.

(4) Matth. XVIII , 20. Remarquez biea gae Notre-Seignour faisait celte déclltation dans le temps même oii , réduit au rang des pêcheurs, il vivait encore an milieu de noua dans une chair mortelle.

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rien à la beaaté 4e cette scène dîTine, est précisément ce qui en fait poar nous l'importance pratique , et ce qui vient lui donner à nos yeux plus de charme et de grandeur.

Eh bien. Mes Frères, il en est ainsi de l'histoire de Gédéon dans notre texte. Ce cl\^éne de Hophra, ce jeune homme des champs, ce chevreau, ce vase d'osier, ces gâteaux sans levain , tous ces détails sont là , comme ceux d'Emmaûs, pour élever notre ame d'une manière plus sensible et plus tendre, vers le Dien des promesses, et pour nous rappeler que ce Dieu tout-puissant n'habite pas seulement le troisième ciel, mais qu'il est présent avec ses fldèles/ mais qu'il condescend à leur petitesse; mais qu'il compte nos cheveux et nos soupirs , comme il a compté les mondes qui circulent nuit et jour dans l'immensité des cieux.

Venez donc contempler aujourd'hui, dans l'histoire de Gédéon, un spectacle tout semblable à celui d'Enuiiatts. Venez voir sous le chêne de Hophra , dans les campagnes de Hanassé, les mêmes compassions que nous admirons dans la chambre de Giéopas. Venez aj^endre , dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau , que si Dieu> pour réprimer dans le cœur de l'homme, un orgueil qui se soulève jusqu'au ciel, a voulu réduire notre corps à la mesure d'un vermisseau, et nous faire ramper sur une planète qui n'est devant sea antres œuvres que comme le grain de poudre qui s'attache au bassin d'une balance, ce même Dieu cependant, a daigné nous révéler , quant à notre ame, des miséricordes plus hautes encore que les cieux. Venez reconnaître, en un mot, dans le récit de notre texte, ce que le plus humble fidèle peut espérer encore aujourd'hui du Dieu de la Bible , ce que vous avez reçu l'ordre d'en attendre, et ce qu'il était déjà pour ses élus, douze cents années avant que Cléopas

fût sorti du sein de sa mère , il y a plus de trente siècles. -^^ Et qu'importent en effet les siècles? «^ Jésus-Christ n'est-il pas « le même , hier, aujoutd'hui et aux siècles des siècles», comme l'a dit St. Paul (1)? — Notre frère Gédéon ne mettait-il pas sa confiance aux mêmes promesses que nous? N'avait-il pas lu dans les premières pages de la même Bible , les mêmes compassions qu'on nous annonce encore? Le <;(Bur de Gédéon battait comme le nôtre , il avait affaire au même Dieu Sauveur que je viens vous prêcher ; le soleil se levait alors comme il s'est levé ce matin ; toute l'armée des astres marchait déjà dans le même ordre qui vient encore chaque soir embellir pour nous le silence des nuits^ les aires qu'ils décrivent dans leurs orbites immenses mesuraient déjà le temps par ses minutes et par ses secondes; le Jourdain, le Danube, le Rhône et les générations d'hommes coulaient déjà comme de nos jours. — Rien de tout cela n'a changé!

— Mais quand toutes ces choses auraient changé, CELUI qui les a faites. Celui que je vous prêche n'a point changé !

— (( La terre passera , mais ses paroles ne passeront point. » (2) « Et à l'égard du Fils , il est écrit , » dit St. Paul : « c'est » Toi, Seigneur, qui as fondé la terre, et les cieux sont » l'ouvrage de tes mains; ils périront, mais Tu subsistes » toujours; ils s'envieilliront comme un vêtement, mais » pour Toi, Tu es toujours le même , et tes années ne fini- » ront point (3). »

L'ordre de notre méditation sera très-simple. Je vous rappellerai d'abord dans quelles circonstances l'Ange de l'Éternel apparut à Gédéon ^ et puisque cette scène miraculeuse ne nous présente que deux personnages, un Ange et un

(1) Hébr.XIII,8. (2} Marc XIII , 31. (3) Hébr. 1, 1-12.

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honame; — un Ange que l'Écriture appelle du saint nom de JÉHOVÀ , et un homme qu'elle appelle « Gédéon , fils de » Joas, » — je porterai successivement vos regards sur l'un «t sur Tautre: ce sera tout le plan de ce discours.

Mais avant tout > j'élève encore une fois mon cœur et mes mains vers Celui qui €st « L'ÉTERNEL NOTRE PAIX. » — le le supplie d'être avec nous aujourd'hui pour nous bénir, comme il fut avec Cléopas, et comme il était avec Gédéon. — Il ne s'agit pas sans doute ici pour nous de délivrer un peuple; mais ce temple est rempli d'ames immortelles et sensibles qui ont besoin d'une délivrance } il en est plusieurs d'entre nous qui paraîtront devant Dieu cette année ; il en. est qui sont dans le deuil, et que Dieu attire à lui par les voies de Tépreuve ; il en est plusieurs qui , comme Gédéon , désirent tin tigne qui leur atteste , ô mon Dieu, que c'est Toi-même qui leur parles de paix dans la Bible , et qu'ils ont trouvé grâce devant tes yeux !

O Eternel de paix. Dieu de bonté ! viens donc leur dire à tous aussi comme à Gédéon : « Que la paix te arit donnée ! » -— Ainsi soît-il !

Avant de pouvoir prêter l'oreille avec intelligence à l'en*tretien miraculeux qui fait le sujet de notre texte, il est nécessaire d'avoir eu sous les yeux les versets qui le précèdent et les événemens qui l'expliquent.

Vous savez que les Israélites, dans les jours qui nous occupent, étaient livrés à la plus horrible détresse.

Quand ce peuple était fidèle , rien n'égalait ses prospérités; « Dieu le multipliait comme les étoiles des cieux; il » était béni dans les villes et béni dans la campagne; Tépée

)) ne passait point par son pays , et ses ennemis sortis contre » lai par an chemin s'enfuyaient par sept (4). n Mais aui joars de Gédéon^ rÉternel avait abandonné les Israélites, parce que les Israélites l'avaient abandonné ; ils avaient jeté sa loi derrière leur dos, pour marcher au gré de leur cœur incirconcis, dans les voies de la désobéissance et de l'incrédulité; ils avaient adoré la terre; ils n'avaient plus voulu du Dieu de la Bible.

Qu^avait fait alors ce Dieu de tout amour? Ce qu'il fait encore de nos jours pour ses élus. Quand il voit Vun d'eux s'éloigner du chemin de la vie éternelle , il se hâte d'appesantir sur lui sa main paternelle; il le couche sur un lit de maladie; il lui retire une épouse, ou un enfant chéri; il fait descendre dans l'amertume ce cœur indocile; et le Dieu qui l'aime lui apprend ainsi, pendant qu'il en est temps encore, la repentance et la prière.

C'était aussi là ce qu^avait fait le Seigneur pour les Israélites > dans les jours de Gédéon; il avait fait cesser pour eux ce que ces malheureux appelaient leur bonheur; il les avait « vendus pour un temps à leurs ennemis ; » il leur avait tout ôté, jusqu'au courage; on les voyait dans l'effroi nuit et jour; ils se réfugiaient dans les cavernes des montagnes; et ce n'était qu'à la dérobée qu'ils mangeaient un pain d'amertume. Depuis long-temps^ à chaque retour des moissons , les armées d'Hamalek et de Madian , suivies de leurs innombrables chameaux, se répandaient en tous lieux » ravageaient les campagnes, et ne laissaient rien de reste en Israël.

Telle était depuis sept ans la misère de ce peuple ingrat;

(0 Deuler. XXVIII, 3, 7.

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