‹ SermonsChapitre 31 sur 88 · LE SERPENT D^AIRAIN · texte numérisé non relu

LE SERPENT D^AIRAIN

» serez sauvés! Je sauve par la foi , pour qub gk soit pab » grâce; et cela ne vient pas dryous; c*est un don de

Les voilà. Mes. Frères > les voilà les déclarations du Diea qui « ne peut mentir (2). » Que vous faut-il de plus?

Pourquoi donc « le feriez-vous menteur (3),» en en doutant encore? Pourquoi refuseriez-vous de «croire qu'il est bon , » qu'il justice gratuitement par sa grâce, » et « qu'ayant » tant aimé le monde , » Il n'a donné son Fils au monde que pour c( guérir ce qui est malade, que pour sauver ce quiest » perdu (4)? »

Mais j'entends d'ici les objections de la sagesse humaine; et je sais déjà ce que plusieurs de vous opposent dans le se-^ cret de leurs pensées.

Ne faut-il pas y dites-vous^ queThomme agisse? Ne fautil pas cependant «puriGerson cœur, ôter de devant les yeux )) de l'Éternel la malice de nos actions, cesser de mal faire, » apprendre à bien faire (5)? » Ne faut-il pas que le peuple de Dieu soit « zélé pour les bonnes œuvres (6), et sans » la sanctification, peut-on voir le Seigneur (7)? »

Ah ! oui sans doute, il faut toutes ces choses (et cette objection même , en nous rappelant enfin I'effigage de la CROix^ va nous faire entrer bientôt directement dans l'application de ce discours). Oui , sans doute , il faut ôter de devant les yeux de notre Juge toute la malice de nos actions; il faut «que nous apprenions à faire le bien, nous » qui ne sommes appris qu'à mal faire (8),» il faut «chan-

(1) Éph. Il, 8. Rom. IV, 16. (8) Tit. I, 2. (3>l Jean V, 10. (4)Luc XIX', 40, (5) Esaîe I, 16, 17. (6) Tit. III, 8, 14. (7) Hébr. XII , 14. (8)Jcr. Xm,93.

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» ger son cœur. )) Mais , je vous le demande , en ètes-vous capables? -^ Qui peut les faire en vous i toutes ces choses ? — Et qui les donne? si ce n'est Celui qui a dit : « Demeurez )) en Moi (par la foi), afin que je demeure en vous (par mon » Esprit ) ; car , comme le sarment ne peut de lui-même » porter aucun fruit j à moins qu'il ne demeure au cep y » vous ne le pouvez non plus^ si vous ne demeurez en Moi. » "^ Je suis le cepj — et hors c^e moi, vous ne pouvez rien » produire (i). »

Oui , sans doute^ il faut « cesser de mal faire ; il faut ap- » prendre à bien faire^ » il faut ce changer son cœur. » Mais, je vous le demande encore, l'avez- vous pu hors de Christ ? — L'avez-vous pu par vous-mêmes , depuis tant d'années que vous ne l'avez cherché que dans vos propres eflForts? — Où vous ont-elles menés jusques ici toutes vos résolutions de mieux vivre? — Hélas, à confusion de face ! — à des projets et toujours à des projets ; ou plutôt, à des humiliations , à des rechutes , à des renvois et toujours à de nouveaux renvois : — d'une semaine à une autre, d'un mois à un autre, d une année à un autre ! — Et c'est donc ainsi que vous voudriez marcher vers le jour si prochain de l'éternité ! — projettant toujours, et retombant toujours ! — toujours déçus, et jamais détrompés ! — Votre cœur est-il devenu plus pur, plus tendre, plus pieux qu'il ne l'était en vos premières années? — Les plaies de votre ame se sont-elles amendées ? Tous vos efforts ont-ils pu l'affranchir de ses aigreurs^ de ses convoitises, de ses dégoûts secrets pour les choses de Dieu ? — Non , non ! — . Vous pouvez par vous-mêmes , jusques à un certain point, réformer peut-être vos acte$ extérieurs ;

(1) Jean XV, 4-6.

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VOUS pouvez donner aux pauvres tout votre bien ; vous pouvez livrer votre corps aux fiammes pour votre religion (t) ; mais changer > hors de Christ ^ le fond de votre cœur; mais y mettre Tamour de Dieu et l'amour du Ciel à la place de Tidolfttrie de vous-mêmes et du monde ; mais y faire naître cette charité y sans laquelle vous n'êtes rien ; mais le faire passer de la puissance de Satan à Dieu (2)y..«.. vous pourriez aussi bien par vous-mêmes changer une pierre en un fils d'Abraham, faire sortir du sépulcre un trépassé^ ou tirer du néant un monde nouveau !

Je ne sais ce que vous répondez à ces déclarations; et je sais trop qu'elles révoltent toutes les prétentions de l'homme naturel, et qu'elles ne sont poiut conformes aux maximes de la sagesse humaine. Je le sais , Mes Frères ; mais c'est m BIBLE que je prêche ; et à Dieu ne plaise qu'au pied du serpent d'airain un Ministre d^Israël vienne tenir un autre langage aux enfans de son peuple ! — Dès que nous nous sommes vus ce matin rassemblés dans ce temple ^ la pré-* mière chose que j'ai faite, avant même de prier Dieu, c'a été de me lever solennellement avec vous, pour reconnaître de* vaut sa Majesté sainte que nous sommes tous nés dans la corruption , que nous sommes tous enclins au mal , et que nous sommes tous incapables par nous-mêmes de faire des œuvres vraiment bonnes , parce que l'affection naturelle et dominante de notre cœur n'est point l'amour de Dieu. -^ Nous venons de crier ces choses vers le ciel : que dironsnous donc sur la terre? et lequel de nous maintenant oserait dire à ses frères, que leurs plaies ne sont pas incurables , et qu'il y a salut pour nous par un autre que Jésus?

(1) 1 Cor. XIII, 4. (2) Act. XXVI, 18.

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Oui, sans doute, il faut purifier son cœur; il faut devenir « zélé pour les bonnes œuvres ; » mais prenez-y bien garde (et cette distinction que nous allons établir est aussi claire qu'elle est importante) : — Je me confie en Christ pour obtenir ma sanctification, et non pas en ma sanctification pour obtenir Christ. -^ Jésus-Christ n'est pas mort pour sauver ceux qui se seront guéris; mais il est mort pour guérir ceu]( qui étaient perdus, afin de les sauver en les guérissant. -^ Jésus ^rist ne me dit pas (comme la loi qui me condamne) : « Fais toutes ces choses « et alors tu auras la vie par elles (1 );» mais il me dit ; Pauvre pécheur, viens à moi ; je te donnerai la vie, et alors par elle tu feras toutes ces choses ! -^ En d'autres termes : l'efficace de la croix de Jésus^hrist , pour toute ame d*homme qui la contemple avec foi» l'efficace de la croix consiste en deux grftces, que Dieu ne sépare jamais, mais qu'il faut toujours distinguer : -«— premièrement le pardon, et secondement la guérison; -^{)remièrement, la justification qu'on obtient dès qu^on a cru ; et secondement, la sanctification qui commence aussi dès qu'on a cru , mais qui ne doit s'accomplir qu'à la fin du voyage» dans le séjour bienheureux de l'éternelle santé*

« C'est ici LE TESTAMENT quo je ferai en leur faveur en ce » jour-là» » dit le Seigneur : premièrement» « je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités ; » et se-i condementj « je^jnettrai mes lois dans leurs esprits; je leur 9 donnerai un esprit nouveau et un cœur nouveau ; j'ôterai 9 de leur chair le cœur de pierre ; je leur donnerai un cœur D de chair (2). i»

(0 Galat.lII, 10-13.Rom.X,5.(9)Hcbr.X, 16;V11I, 40. Ëzcch. XXXVI, 86, 27; XI, 19. Jér. XXXI, 33 ; XXXII, 38-40; XXIV* 7. Deut. XXX. CI.

140 LE SERPENT D^IRÀIN.

Maintenant, Mes Frères, arrivé jQSgue-là, je dois me pré* valoir de l'objection même à laquelle je viens de répondre, pour vous adresser Tapplication de ce discours.

Vous m'avez entendu , jusqu'à cette heure, vous suppMer de ne pas chercher un retour à la santé de votre ame autrement que dans la foi.^Maintenanty je dois vous supplier de ne pas vous persuader que vous avez la foi , si votre ame n'éprouve encore aucune action du Saint-Esprit, aucun retour à la santé; et je viens en conséquence vous adresser ici cette importante question : Avez-vous lien de croire que les effets du « testament de l'Éternel » aient commencé pour vous? A-t-il « mis ses lois dans votre esprit? » Vous a-t-îl donné selon sa promesse , « un esprit nouveau et un cœur » nouveau? n — Vous sentez«vous (je suis loin de dire sans péché ) , mais dans une disposition toute nouvelle à l'égard du péché? — La parole de Dieu vous est-elle devenue chère? Est-elle maintenant pour votre ame une réalité, une nourriture? L'éternité bienheureuse joue-t-elle un nouveau rôle dans vos ambitions , dans vos projets, dans vos pensées? Avez-vous c( un esprit nouveau et un cœur nouveau » pour les choses du monde? « Avez-vous un esprit nouveau et un » cœur nouveau » pour les choses de Dieu?

Ah ! si vous n'éprouvez rien de semblable , si vous ne portez point les premiers symptômes d'une sainte convalescence f si vous êtes demeurés dans les premières rébellions de votre cœur, s'il se trouve encore en vous la même préoccupation pour les objets du siècle, le même ennui pour ceux du ciel> la même susceptibilité ^ les mêmes souillures; alorsA

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qne vous dirai- je? Vous portez en vous la preuve trop certaine que vous n*avez point encore cru véritablement en Christ dans le secret de votre cœur. Alors , Jésus n'y est pas ; le prihtemps d'une nouvelle vie n'y a point commencé ; l'hiver et la mort y régnent encore. Cette foi , dont vous foites profession , ce n'est pas la foi : vous vous y appuyez en vain , c'est en vous une illusion funeste ; ce n'est qu'un mensonge, et ce n'est pas plus la foi des élus de Dieu, qu'un cadavre n'est un homme.

Si devant Dieu , Mes Frères, la foi ^ et la foi seulement , Justifie un pécheur; devant les hommes, les bonnes œuvres justifient cette foi ; et tout homme a le droit de me dire avec St. Jacques : « Montre-moi tes œuvres, hontrc-moi ta » foi par tes œuvres (1 ). Celui qui dit de Christ : Je l'ai » connu f et qui ne garde pas ses commandemens , ceIui«Jà » se ment à lui-même, et la vérité n'est point en lui (2). »

Ah ! nous vous en supplions aii nom de Dieu , ne vous faites plus d'illusions ; reconnaissez où vous en êtes ; ne restez plus dans cette voie funeste ! « Comment échappe- » riez-vous si vous négligiez un si grand salut (3)^ » et si vous imitiez tant de malheureux , qui meurent ainsi dans leurs péchés, avec une Bible dans leurs mains, et avec un Christ que les prédicateurs de l'Evangile avaient a produit » cependant devant eux et comme crucifié sous leurs yeux,» pour parler avec St. Paul (4)?

Mais prenez-y bien garde ! — • Qu'allez-vous faire? — A Dieu ne plaise , en effet , qu'en voulant réveiller les uns d'une illusion fatale et d'un mensonge secret qui les perd ,

(1) Jacq.ll/l-y, 18. (2) 1 Jean, I£ , 4. (3) ,Héb. H, 3. (4) Gai. 1[I,1.

142 LB SERPENT D'AlftAÏ^.

noQ3 allions tendre un piège à des âmes sincères , qui pôt« tent journellement la lampe de la parole de Dieu dans leuf conscience , et qui voient avec une douloureuse inquiétude combien de mal encore elle leiir y révèle.

C'est donc à vous que je m'adresse en terminant ce dis*^ cours^ « âmes travaillées et chargées » « qui menez deuil » sur vos misètes, qui voyez avec un profond découragement votre tiédQur, vos sécheresses^ vos infidélités^ vos fréquen-^ tes rechutes , et qui dites : Mon Dieu > je crains de n'être point encore converti : je ne me sens point de chaleur ni de vie! Non, je ne peux pas encore me réjouir en TÉvangilel Je sais bien que Jésus-Christ donne la vie éternelle à tous ceux qui croient; mais j'examine ma foi par ses fruits) et alors , ô mon Dieu , je crains de n'avoir point encore en moi cette foi vivante que tu donnes à ton peuple^ et que ta parole appelle a la foi des élus de Dieu (1 ) ! »

Eh bien ! Mon Cher Frère, je le suppose avec tous , qud vous n'ayez point encore la foi des enfans de Dieu, c'est-àdire que vous n'ayez point encore véritablement cru, dans Votre ame, que JésUs-Christ est le Sauveur parfait de tous ceux qui mettent leur espérance en Lui! — Eh! croyez-le donc dès aujourd'hui ! vous dis-je encore ici de la part de Dieu ; croyez-le ^ car cW là qu'est la vie.

Qu'eussiez-vous dit vous-même à l'Israélite que voiis auriez vu dans le désert, les yeux fixés stir ses plaies, considé» irant avec désespoir les progrès de son mal , et s'écriant : « Non ! plus j'examine mes blessures et la gravité de leurs » symptômes^ plus je crains de n'avoir point encore réelle- )> ment contemplé cet objet sacré qui porte le bonheur et

(l) TU. 1,1-

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^ la santé dans les tentes dlsraei. » — k Eh bien (eussiez- » vous dit !) contemple-le donc maintenant , si tu ne l'as pas 9 fait jusqu'à cette heure. Ce n'est pas sur toi-même , Mon » Frère y c'est sur le serpent d'airain qu'il t'est ordonné » d'arrêter tes regards. » -^ Voilà donc aussi notre réponse/ Mes Ghers Frères : voilà notre conseil ; voilà ce que nous vous répétons avec instances. — Ce n'est pas sur vos misère» qu'il faut arrêter les regards de votre ame. Non ^ c'est sur les promesses de Dieu» c'est sur Jésus. -^ Nous en connais* sons» hélas I un grand nombre» qui, bien que depuis long* temps travaillés et chargés , demeurent toujours sans paii et sans vie, parce qu'au lieu de croire et de prier en croyant» ils passent tout leur temps à se contempler eux^^nêmes, et parce que, dans une recherche encore secrète de leur pro<^ pre justice, ils demeurent a^ec complaisance absorbés ainsi dans l'étude de ce qui se passe en eux » au lieu de retourner toute leur ame vers le Sauveur; au lieu de croire simple» ment les promesses de Dieu ; au lieu de lui donner gloire en Croyant; au lieu de rendre grâces avec foi ; au lieu de prier en se réjouissant en Lui.

Dieu vous fait dire que Jésus est le Christ (1 )j c'est-4*dire le Sauveur parfait de tous ceux qui mettent leur espérance en Lui. — Croyez-vous cela? — Oui I — Eh bien , Mon Frère , heureux Frère ! ton Dieu te fait dire encore une chose» et la voici : — > c'est que celui qui croit cela dans son cœur a la vie étemelle (2).— Crois-tu cela ? — Oh ! oui, crois à cet amour immense et tout gr«UntI Donne gloire à Dieu

(1) 1 Jean, y, 1, 5, 10, 13; 11,33, 95.

(9) Jean V, t, 5, 10, 13; U, 33, 35; XX, 91 ; IQ, 15, 16, 18, 3^; V, 34, 39, 40; VI, 40. Marc XVI, 16. 1 Fier. I, 9.

144 LG SERPENT D* AIRAIN.

en t'abattant dans la poussière. Réjouis-toi dans ses promesses. Confie-lui tout ton être , remets-lui tout ton avenir. — Alors, toutes choses te deviendront faciles ; alors « tu pour- )) ras tout en Christ qui te fortifiera, » alors, Il te donnera dans le cœur une paix plus forte que le monde , une joie meilleure que la vie !

Croyez-en les rachetés de tous les siècles : tous les rachetés vbus en rendront témoignage. — Tous les rachetés vous diront qu'ils y trouvèrent une force jusqu'alors incon* nue ; un changement inattendu dans leurs dispositions les plus intimes; un changement qu'eux-mêmes sentaient venir d'ea-haut; une lumière nouvelle, une paix nouvelle; en un mot, <c un esprit nouveau et un cœur nouveau, n

Oh ! ne perdez pas de temps ! Le Seigneur vous appelle. Les semaines s'envolent. La mort s'approche. C'est aujourd'hui le temps favorable ; c'est aujourd'hui le jour du salut!

Croyez Dieu ! Mais, c'est à Toi surtout , mon Dieu , qu'il se faut adresser, a Nul ne peut venir à Jésus si tu ne l'at- » tires (1)9 » 6t si tu ne lui donnes , selon tes promesses, « un cœur pour te connaître (2).» Attire-nous donc, attire-nous tous à ton Fils , Père saint ! -^ amène-nous Toimême, retiens-nous Toi-même au pied de sa croix; — subviens à notre incrédulité. — « Convertis-nous tous à Toi , ô » Éternel , et nous serons convertis (3) ! ^

(l) JeaaVI,44, 66. (2) Jér. XXIV, 7.(3) Lamenl.V, 21.

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