‹ SermonsChapitre 38 sur 88 · PES SACRIFICES · texte numérisé non relu

PES SACRIFICES

volonté^ pourrait appeler à Texistence des millions d^ créatures plus parfaites et plus nobles encore.

Mon, Mes Frères, il n'y a que la Sainte Écriture qui nous explique ce grand phénomène , en nous y montrant comme les traces confuses , mais ineffaçables y d'une première révélation qu'on avait oubliée , et comme les traits défigurés d'un rite institué de Dieu dès les premiers jours du monde. — Remontons donc à cette institution même , afin de comprendre mieux quel est le langage , quel est le devoir , quel est le fruit de cette Pâque des Chrétiens dont notre texte nous appelle à nous occuper aujourd'hui.

Comme ail n'y a point d\utre nou sous le Ciel, pour » ÊTRE SAUVÉ y que celui de JÉSUS (1 ), » dès que notre premier père eut été chassé du délicieux séjour d'Éden , notre Dieu, dans son infinie miséricorde, daigna loi faire annon*cer l'Évangile, c'est-à-dire là bonne nouvelle d'un Sauveur dont le sang expierait son crime ; et pour lui donner un sacrement et comme un sceau de cette promesse , il lui prescrivit en même temps de lui présenter des agneaux en sacrifice. C'est ainsi qu'il voulait rappeler aux premiers hommes cette grande victime, qui leur était promise, et que le Saint-Esprit appelle peut-être pour cette raison « l'agneau » immolé dès la fondation du monde (2) ; » c'est ainsi qu'il leur rappelait ce grand sacrifice «dont l'autel, il est vrai, » devait être à Jérusalem ; mais dont le sang devait baigner » l'univers, » pour parler avec Origène (3)^

Ce fui PAR LA FOI, dû St« Paul, « qu'Abel offrit à Dieu un » sacrifice plus excellent que Caîn ; » ce fut « par elle qu'il » fut déclaré juste, et par elle, quoique mort, il parle en-

(1) Act. Vf , 19. (9) Apoc. XIII, 8. (3) Hom. I. , in Ley., n. 3.

DES SACAIFICES. 15S

» core (I)*» Depuis Abel , partout où la vie des premiers hommes nous est récitée avec quelques détails , nous les vojrasse transmettre , avec Tattente d'un Sauveur, le rite des sacrifices. — Nous voyons No69^« prédicateur de la jus* » tice qui s'obtient par la foi , » comme rappelle TÉcriture (2) y lé transmettre à ses fils, et ses fils à leurs descendans. — INous voyons Abraliam l'enseigner à ses fils et aux ffis de ses fils, et pour que nous comprenions bien qu'en imni6l«Qt leurs victiraeSy ces saints Patriarches voyaient par la foi dans les siècles futurs ce que nous-mêmes nous voyons par la foi dans les siècles passés, nous entendons le Seigneur JÉSUS dire de ce patriarche: « Abraham a désiréde voir cette » mienne journée; et il l'a vue, et il en a tressailli de joie (3).» — Nous voyons ensuite que lorsque Dieu se fut fait d'Israël un peuple particulier, il eut soin de régler les sacrifices qui durent s'accomplir chaque année , chaque semaine et chaque jour dans ses parvis. — Nous voyons en même temps que Dieu, pour que son peuple n'oubliât jamais le but de ces saints sacremens, eut soin, toutes les fois qu'on s'arrêtait à la cérémonie, de déclarer qu'elle n'avait rien en ellemême qui pût satisfaire pour les péchés , ni mériter sa faveur (4). Et nous voyons enfin que, dans le même but, il ne cessa de leur envoyer des prophètes pour leur rappeler constamment ce « Fils de la femme, » ce «Sciloh,» ceuPère » d'éternité, » ce « Prince de la paix, » qui devait « porter » nos douleurs , se charger de nos langueurs , faire venir » sur soi l'iniquité de nous tous , et mettre son ame en obla«

(1) Héb. XI , 4. (3) s Pierre U, 5 ,el Héb. XI, 7. (3; JeanVlII ,. 56. (4) Pfl. XL, 6; L , 8, 9, LI, 16; Esaje I, 11 ; LXVI , 3. Jércm. YI, 90; YII , 31 , n. Amos. Y, 99.

158 ; DES SACWFICBS.

» lloa pour nos péchés. » Car ce salut jui nous remplit de ;()fo.j' dît l'Apôtre St. pierre (1), a été l'obiet des «recAer- » çbes et des méditations d£$ prophètes,* lesquels ont taché » de. pénétrer ce que L'Eôi^ftiT dé Christ, qui était en eux , )> prédisait, touchant le temps et lès conjonctures des souf- » ïrancesda Christ; et touchant la gloire dont elles seraient i> saiifîéî. 1) \ •

• Gépeodant notre Dieu ne /en tint pas même là» — - Cour râiwcher l'espérance d^unSaùvfe^^ souvenirs les plus chers et les plus solenoels de son peuple; pour lui préflguret quinze cçnts années i l^avaiice toutes les circonstances de lyvénement du Biéssie, il résolut de l'ârrachet d'une tella manière à resclavajje dB l'Egypte, que cette délivrance pût être, et daiTS son ensemble et dans ses moindres détails , 4;t];mme une figure prophétique , et comme une représentation vivante de la rédemption de nos ëmes par JÉSUS-CHRiST Notre-Seignëur. — Ce fut la Pâquè des Hébreux.

ta PÀQCE DES HÉBREUX.

Quel spectacle, que cette première Pâque! -^ Les crîs.dn peuple d'Israël étaient parvenus jusqu'à l'Éternel ;— Moïse, « qui préférait, » nous dit St. Paul, « Topprobre de Christ » à toutes les richesses de l'Egypte (2)^ » Moïse avait sommé vaîçerfaènt Pharaon dé laisser Israël en liberté. — - Le quatorzième jour de la lune de Mars, le jour de la délivrance était arrivé; les Israélites avaient reçu Tordre de se tenir

(1) Iro Epit. 1 , 10 , 11. (9) Héb. XI . 3(L

tA-PAQUfi DES HEBREUX. 157

renfermés dans leurs maisons , prêts à partir au premier signal de l'Éternel. — Qu'on se figure cette nuit terrible et solennelle : à Theure de minuit , pendant qu'à la douce et silencieuse lueur de la pleine lune , tout reposait dans le sommeil , l'Ange exterminateur parait soudainement dans les cieux ^ et toute TÉgypte, frappée d'un même coup, se réveille au milieu a d'un si grand cri , qu'il n'y en eut ja- )) mais, » dit l'Écriture, «et qu'il n'y en aura jamais de sem- » blable; car il n'y. avait une seule maison où il n'y eût un » mort (i); » et pendant que Pharaon, se levarit au milieu de la nuit, pleurait son premier-né dans son palais, le pauvre sanglottait dans sa cabane et le prisonnier dans son cachot.

Cependant ^ tandis qu'il n'y avait dans toute l'Egypte qu'un deuil immense et qu'une solennelle épouvante, les Israélites, rassemblés en famille dans leurs.tranquilles demeures , seuls épargnés en cette nuit terrible, mangeaient en paix le souper de la Pâque, et attendaient avec une sainte émotion les ordres de l'Éternel, t- Quelle avait donc été leur puissante sauvegarde contre les coups de l'Ange exterminateur? — Un agneau !... le sang d'un agneau I — « Vous » prendrez un agneau , » que vous appellerez la paque (c'est-à-dire le passage) , avait dit l'Éternel (2); «vous l'é- » gorgerezj et trempant ensuite dans son sang un bouquet » d'hysope, vous en arroserez les deux poteaux et le sur- » ceuil de vos portes ; car lorsque je frapperai l'Egypte, » j'apercevra ce sang , je passerai par-dessus vous , et je » ne donnerai pas à l'Ange exterminateur le pouvoir de » vous détruire. »

(IJ Exod. XI , 6. (2) Exod. XII.

158 LA PAQCB DBS HiUREimC.

Le fier Pharaon laisse donc enfin les enfans dlsraôl en liberté. Ils se lèvent fous ensemble; ils partent; ils sortent de rÉgypte chargés de dépouilles ; la mer découvre son lit pour leur faire un passage; ils la traversent entre ses ondes suspendues; ils arrivent libres sur la rive opposée; Pharaon qui les poursuit est englouti dans les flots; ils entrent au désert ; la manne des cieux les y nourrit , Teau du rocher les y abreuve , une colonne de lumière les y conduit , jusqu'à ce qu'enfin , devenus, après une épreuve suffisante, comme un peuple nouveau/ ils traversent le Jourdain pour entrer dans la terre promise , symbole de cette « patrie » meilleure et céleste » après laquelle, dit St Paul, avaient soupiré leurs pères (1).

C'est ainsi, Mes Frères, que cette merveilleuse délivrance aVait été tellement ménagée de Dieu, que tout, jusqu'à ses ' moindres circonstances, y représentait quelqu'un des traits de notre rédemption par JÉSUS-CHRIST , en sorte qu'en célébrant dans la Pâque le souvenir de ce grand événement , on célébrait par là même un sacrement de la délivrance ÉTERNELLE , promiso Rux enfaus de Dieu dès les premiers jours du monde, — C'est ce que je dois vous expliquer encore. Je n'indiquerai que les principaux traits , en ayant soin même de n'en citer aucun qui ne nous ait été signalé par les auteurs sacrés du Nouveau-Testament.

1^ Et d'abord, Israël, par l'immolation de l'agneau pascal, fut mis à l'abri des jugemens que Dieu déployait sur toute l'Egypte ; il fut racheté de la mort et de l'esclavags, pour être un peuple consacré tout particulièrement au service de son Dieu. — Et c'est ainsi (pour parler avec St.

(1) Hébr. XI.

LA PAOVfi DUS a^BREUX. 159

Paat)qae Christ, notrePaqde, «a été immolé pour iioa9(1 ), » afin de nous racheter de tous nos péchés, de nous Faire » passer de resclavage de Satan h Dieu^ de nous retirer du » présent siècle mauvais , et de se faire un peuple qui lui To appartînt en propre, et qui fût zélé pout les bonnes œu- » Yres(2). »

2^ La victime de la Pâque devait être un agneau, le plus innocent et le plus paisible des animaux^ qui souffre sans se plaindre, et qui se « laisse égorger sans résistance : » — Et c'est ainsi que devait être représenté Celui que Jean- Baptiste appelle «c le véritable agneau de Dieu qui ôte les » péchés du monde (3), ce Maître doux et humble de )) cœur (4), qui a été mené h la tuerie comme un agneau » muet; qui, lorsqu'on le chargeait d'injures, n'en rendait » point (5) : » qui s'est laissé lier, battre de verges , outrager, mettre à mort, et qui a n'a point ouvert la bou- » che (6). »

3® L'agneau de la Pâque devait être choisi sans défaut ET sans tache, pour désigner la parfaite justice de « Celui » qui n^a point connu de péché (7). » En effet , dit St. Pierre (8), « nous n'avons pas été rachetés par des choses )) périssables comme l'or et l'argent, mais par le précieux )) sang de Christ^ comme de l'agneau sans défaut et sans » tache. »

4« L'agneau devait être immolé le quatorzième jour de LA LUNE DE Mars, entre trois heures et six heures du soir, et ce fut aussi le quatorzième jour de la lune de Mars, entre

fl) I Cor. V, 7.(2) Ad. XXVI, 18. Galat. 1 , 4. Tito U. 14, 16. (3) Jean 1,2». (4) Malt. XI, 29. (6) 1 Fier. Il, 23. (6) EsateLIlI, 7. (7) Cor. V, 2. (8) i Pierre 1,18, 19.

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trois et six heures du soir , qu' « ayant jeté un graod cri ^ » JÉSUS rendit Tesprit (1) » sur la creixr

5^ Aucun de ses os « ne devait être rompu (2), » et nous aurions sans doute ignoré toujours le sens de cette faible circonstance > si TEsprit Saint n'eût pris soin de nous l'eipliquer aussi, lorsqu'il nous dit par la bouche de St Jean(3), que ce fut afin «que cette parole de l'Écriture fût accom* » plie^ » que les soldats qui percèrent lÉSUS « ne lui rom- » pirent point les jambes. »

6<> Enfin, l'agneau devait être mangé par les fidèles. -^ mon ame, écoute bien cet ordre de ton Dieu ! — ((Christ, )) notre Pâque , immolé pour nous , » comme l'appelle St. Paul (4), Christ crucifié , voilà ton aliment , voilà ton pain de vie. — Vous tous donc» qui vous sentez « pressé» de la » faim et de la soif de la justice (5), » écoutez bien ces paroles de JÉSUS (6) : a Je suis le pain de vie descendu du » Ciel ; le pain que je donnerai c'est ma chair ^ laquelle je » donnerai pour la vie du monde. En vérité /en vérité, je » vous dis, celui qui mange ma Chair et qui boit mon » sang a la vie éternelle. »

Telle était la Pâque des Juifs, Mes Frères. Telle est la suite majestueuse et l'harmonie toute divine de nos révéla-* tions. C'est ainsi que Celui ({ui ((appelle les clioses qui ne. » sont point comme si elles étaient (7) , » et devant qui c( mille ans sont comme un jour (8), » traçait déjà^ dans Tbistoire de son peuple, il y a plus de trois mille années^ comme de vastes crayons du plan qu'il avait conçu pouT

(1) Matlh. XXVII , 50.(â) Exode Xlt, 46. (3) Jean XIX ,36. (4) 1 Cor. V, 7. (6) Malt. V, 6. (6; Jean IV, 32, 58. (7) Rom. IV , 17- (8) 9 Pierre III, 8.

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