‹ SermonsChapitre 71 sur 88 · BIT CANAAN · texte numérisé non relu

BIT CANAAN

la moutagoe d'Horeb, et' lui fit entendre , du milieu d'une flamme de feu y ces paroles remarquables : « Moïse, je suis Jého?ah , l'Étemel , Celui qui est ; et Je suis le Dieu d'Abraham , d'isaao et de Jacob. » — II ne dit pas : « Je fu$ le Dieu de laeob , d mais : à Je suis , » maintenant, à cette heure, le Dieu de ce Jacob que fous ayez déposé depuis deux siècles dans le champ de Macpél^. — Voilà , Mes Frères, ce que l'Eternel déclarait à Moïse. — Et maintenant écoutez ce que disait encore Jésus-Christ lui-même, quatorze cents années aprèsla mort du Patriarche: a vous qui voulez dou- » ter que les morts ressuscitent , tous êtes dans une grande » erreur, » parce que vous ne connaissez ni les Ecritures, ni la puissance de Dieu. « Et n'avez-vous pas lu que Diéa » disait i Moïse , sur la montagne d'Horeb : Je suis le Dieu » d'Abraham'; Je suis le Dieu de Jacob? Or, Dieu n'est pas » le Dieu des morts , mais il est le Dieu des vivans : ils so&t » tous vivans à ses yeux. »

Vous l'ayez entendu, Mes Frères, ce Jacob que nous voyons, dans le texte de ce jour, demander un tombeau dans le pays de Canaan ; ce Jacob a n'est pas mort , )> puisque « L'Eteriael est son Dieu. » L'Etemel se dirait-il le Dieu de quelques ossemens et de trois poignées de poussière? Se di« rait-il le Dieu d'un mortf le Dieu du néant? Non, bon Dieu ,. Dieu Sauveur , a Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob. » « Celui qui croit en toi vivra , quand bien même il serait )) mort. » a Lazare^ ton ami,^dort, mais tu t'en vas l'éveil* » 1er. »

Ce n'est donc pas un lit de mort que nous venons con^ templer dans les scènes de notre texte; c'est tout an plu& un lit de sommeil et de repos , et c'est pr esque un berceau dâ naissance et de vie. Si ce père de famille va fermer tes^

yeux , c'est pour dormir avec tes pères , comme il le dit à son cher Joseph; c'est un départ, mais non pas un départ sans retour; c^est line séparation ,. mais non pas une mort. Non ^ mon Dieu y puisque tu t'es dit toi-même « le bouclier et la » grande récompense de tes ^ints; c'est pour leur faire » connaître le chemin de la vie; c'est pour racheter leur » ame de la puissance du sépulcre ; c'est pour les rassasier » de ta ressemblance quand ils seront réveillés! »

Eh blen^ Mes Ghers Frères, venez, remplis de cette pensée, méditer avec nous maintenant la leçon de ce jour. Venez avec le tendre Joseph auprès du lit de ce vieillard qui se meurt , mais qui veut , avant de mourir et devant tous les siens y témoigner de sa ferme espérance aux promesses de ' son Dieu; venez contempler ce spectacle, les mains jointes, si j'ose ainsi dire> et les regards élevés vers le ciel. Venez, pauvres voyageurs , tous les jours à la veille de quelque scène de départ et de deuil ; venez méditer le consolant sujet de notre texte , afin d'y apprendre et à bien mourir et à bieù vivre.

Ce sujet n'est point sombre pour le fidèle , Mes Frères ; 11 est plein de yie etpleindepaix pour celui qui croit. Et si, comme la colonne de nuée qui conduisait Israël dansleche-^ min de la Mer Rouge, il offre un côté ténébreux aux enfans de TEgypte , il en présente aux croyahs un autre tout de lumière et tout de joie. — Apprenons donc à le contempler du bon côté ; — et Dieu nous en fasse la grâce!

Il y avait dix-sept ans que les Egyptiens avaient vu le vénérable Jacob, à l'Age de cent trente ans, arriver aux rives du Nil, sur les chariots. que le roi Pharaon lui avait

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envoyés y accompagné de ses soixante-six enfans au petitsenfans , suivi de tous ses troupeaux , et dans le modeste appareil d'une richesse toute champêtre. Accueilli du roi d*E«* gypte comme un étranger, mais avec toute la tendresse que ce monarque portait à Joseph, Jacob, établi dans la terre de Goscen, en la contrée de Rahmèsis, sur la rive or^sntale du fleuve et non loin des frontières de TÂrabie et de la Palestine, avait vu croître sa famille dans l'abondance et dans la paix; c( car ils jouirent du pay9 , » dit notre texte; ails t^ » Meemrewt; ils iy muîtiplièreni exiraordinairemeni. »

Cette région , qui devait dans la suite se couvrir de tant de villes et d'une population si puissante, n'était encore^ dans ces temps reculés , qu'un riche pays de pâturages, sup fequel les eaux débordées du Nil venaient répandre chaque année leur étonnante fécondité. L'Egypte n'avait point encore acquis cette splendeur qu'elle dut , en grande partie , au gouvernement de Joseph. Les rois résidaient à Tanis; l'antique Hemphis , Thèbes aux cent portes, n'avaient point encore de renom , si même elles étaient déjà fondées ; les pyramides de l'Egypte , ses caveaux innombrables, ses obélisques, ses palais et toutes ses merveilles , dont on admire^ après trente-cinq siècles, les décombres magnifiques, lî'existalent point encore; les temps bistoriques n'avaient pas commencé. Le siège de Troye même ne devait avoir lieu que cinq cents ans plus tard.

Ainsi grandissait cette famille du Messie, ainsi se préparait ce grand peuple , « nombreux comme les étoiles des » cieux et comme la poudre de la terre , auquel les oracles » de Dieu devaient être confiés, auquel devait appartenir,» dit St. Paul , a l'adoption des enfans de Dieu , sa gloire , » son alliance, sa loi, sgn culte et ses promesses ; duquel

» les Patriarches sont les pères , et duquel devait sortir, » seloQ la chair , le Christ, qui est Dieu au-dessus de tout, » et béni dans tous les siècles (1). Amen. »

C'était sans doute aussi dans sa miséricorde pour l'ame élue de son serviteur Jacob, que le Seigneur avait jugé convenable de l'appeler dans une terre d'exil y dix-^pt ans avant sa mort , et de le retirer ainsi de cette Canaan terres* tre, type trop cher encore pour lui peut-être de la Canaan des Cieux.

« Jacùb véC9U,ï) donc, naupayt â^EgypUy dis^$ept antyH^ dit notre texte ; « et les années de sa vie ayant été de cent » quarante sept ans ^ alors s*approchérent pour lui les jours » ' de mourir. » II y a proprement : a Alors $es jours pour » mourir s* approchèrent • »

Hélasy oui ! il n'est que trop vrai ; oui, même après une vie de cent quarante*sept ans , il faut que pour chacun de nous arrive un jour pour mourir , un jour irrévocable • II y a tin jour de mourir pour le berger dans les tentes de Goscen, comme pour les Joseph et les Pharaon dans les palais de Tanis. JI n'y a point d'exception pour personne ; il n'y en a pas même pour les enfans de Dieu qu'il a régénérés en nouveauté de vie, et qu'il a délivrés de la mort seconde ; pas même pour les Jacob dont l'Eternel a dit : « Je suis son » Dieu ; je suis son bouclier et sa grande récompense. » (( L'esprit est bien vie, à cause de la justification par Jésus*- » Christ; mais le corps doit mourir à cause du péché, » dit l'Apôtre St. Paul (2). Il faut que « cette diair de péché soit détruite ; » il faut que la mort du corps « vienne sur tous les hommes, parce que tous ont péché; » il faut que ce

(1) Rom. IX , 5. (î) Rom. YIIÏ, 10.

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corps, instrument de tant de mal^ descende dans la poudre, et meure pour revivre.

Ce fut ainsi que Jacob vit approcher tes jours pour mourir, «t qu'il obtint de Dieu la faveur précieuse de voir arriver à quelque distance l'heure de son départ.

Quand je pense combien « c'est une chose terrible que de tomber dans les mains du Dieu vivant; » quand je pense à ce que c'est que de passer du milieu de ses amis, de ses parons, de ses affaires, dé ses plaisirs et des petites scènes de cette vie , où l'homme se promène et s'agite parmi ce qui n'a que l'apparence , jusqu'en la présence de ce Dieu qui sonde les cœurs et les reins > et qui va prononcer des juge« mens éternels; quand je pense que, d'un instant à l'autre , ce rideau qui sépare les choses visibles d'avec les choses éternelles peut être tiré pour jamais, et que, cette nuit même, mon ame peut m'étre redemandée , oh ! alors il me semble que nous devons regarder comme un grand privilège de pouvoir, comme Jacob, voir s'approcher de nous « nos jours de mourir^ » de n'être pas retirés par un de ces coups inattendus qu'on entend souvent appeler parmi nous « une belle mort » d'avoir du temps pour nous préparer à la rencontre de notre Dieu,, et d'être encore avertis par ce cri : Réveillez-vous, vierges; voici minuit; « voici l'époux, sortez au-devant de lui ! »afin que les viergessages elles-mêmes, qui ont de l'huile dans leur vase^ aient cependant le temps d'apprêter leurs lampes, et que quelques vierges folles peutêtre aient encore celui d'aller acheter l'huile avant que la porte soit fermée !

Mais un privilège bien plus précieux encore. Mes Frères,

c'est de savoir se rappeler tous les jours que notre jour pour

^mourir est « à la porte j » que notre « vie n'est qu'un souf-

» fie, qu'elle sort comme une fleur , » et qu'eHe s'enfEift comme me « onihrefn ne s'arrête poînl» C'ert:dl? savoir se dire tous les jours qu'il n'y a qu'un soupir qui sépare pour nous le vivre du mourir, et le temps de l'éternité; c'est de savoir vivre tous les jours comme si le lendemain était le dernier.

« Ce calcul ne vous trompera pas | y> disait peu de jours avant d*étre rappelé un ministre de notre église , qu'une mort inopinée trouva, ses reins ceints et sa lampe allumée; « ce calcul ne vous trompera pas^ » disait-il, «et c'est le » seul moyen de n'être pas surpris! »

Ce fut donc eTinsi , Mes Frères , qu'en la cent quarante^* septième année de sa tt>, Jacob vit arriver a son jour de mou^ rir,x

Mais quel usage fit-il des instans qui lui restaient? — Que vint lui dicter, en faveur de ses enfans , sa tendresse ^ religieuse? Comment voulut-ii passerces heures solennelles? — Evita-t-il des adieux trop émou vans? Chercha- t-il à distraire ses pensées de ce départ qui s'approchait? Â Dieu ne plaise , Mes Frères! Si la chair et le sang redoutent de tels adieux , il n'y a trop souvent que de l'incrédulité dans cette répugnance.

Que va-t-il donc faire? Il rassemble ses enfans autour de son lit : sera-ce pour leur adresser un tendre et solennel adieu? pour se recommander à leur filial souvenir? pour leur dire qu'il meurt en leur pardonnant, qu'il meurt en les aimant, et que son dernier soupir encore va s'élever en prières pour chacun d'eux? Sera-ce pour leur donner de sages conseils sur leurs intérêts en Egypte, ou pour régler entr'eux le partage de ses troupeaux et de ses biens? Il pourra faire toutes ces choses ^ Mes Frères^ il pourra consacrer

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quelques instans à de tels adieux et à de feeb cwge tfa; — mais s'en tiendrait-il là? ScnrN^^ee assez pour sa foi ? Serait» ce assez pour w tendresse? Oh! qu'ils ser^^snt tristes mes fWH pour les amis que je briaie ici-bas à ftieure de ma mort ', qu'ils serafeml tristes > s'ils n'avaient pour objet que cette DiiièfaMe vie où j'ai versé tant de larmes , et que je ▼0i9 quitter à jamais pour descendre au sépulcre! Qu'il se mêlerait d'amertume et de mélancolie dans ces relations qui nous unissent, si elles ne se formaient sur la terre que pour finir aussi sur la terre. Âh! quand on voit passer comme une ombre la Ggure de ce monde^ quand on sent que cette vie 9 à laquelle on donnait dans son cœur la place d'une éternité, va s'échapper pour toujours avec le soufflé qui nous reste, et que le soleil de cette terre va s'éteindre à jamais, oh! alors, on se sent pressé de faire pour les amis de son amed'autres vœuxqueceux qui se terminent à ce séjour de mort que les hommes de ce monde appellent la vie ! Voyez aussi le patriarche Jacob; écoutez-le, disant à son cher Joseph , à la suite de notre texte : mon fils ! ô Joseph ! « les bénédictions de ton père seront sur ta tête; mais )) ces bénédictions s'étendent jusqu'au bout des coteaux d'é- » ternité. » — Oui, vous l'entendez, «jusqu'au bout des coteaux d'éternité!» Voilà le terme des vœux de Jacob, voilà les désirs qui remplissent tout son .cœur paternel au moment où il va rendre l'ame, et quitter pour toujours ces objets de sa tendresse. Il va mourir : il ne peut dpnc plus rien pour eux par sa vie, il voudrait au moins leur être utile par sa mort; il voudrait que cette mort fût édiOante ; il voudrait que le souvenir leur en fût en bénédiction , leur montrât la cité céleste, leur rappelât les promesses immuables par la foi desquelles leur ame peut être sauvée !

368 lACOB DEMANDANT UN SéPULCRB

D'ailleurs , on doit comprendre que le Patriarche mon* rant ne vit pas sans inquiétude à quels dangers ses enfans allaient être exposés dans ce séjour de TEgypte. Canaan leur avait été promis ; mais il y avait deux cents ans que cette promesse leur était faite, et ils n'y possédaient d'autre bien qu'un sépulcre ; tandis que deux cents autres années devaient s'écouler encore avant qu'ils y rentrassent. Us vivaient dans l'abondance ; ils se trouvaient heureux; ils s'at* tachaient à l'Egypte ; ils allaient devenir indifférens aux promesses faites à leurs pères; ils allaient oublier le Dieu d'Abraham > d'Isaac et de Jacob. C'est pourquoi , « Usjowg )) de mourir approchant » pour Jacob , f7 fit mander auprès de lui ton fil» Joseph^ qui vivait à la cour de Tanis.

Il est beau de retrouver ici , dans ce glorieux vice-roi de l'Egypte j au milieu de ses grandeurs j la piété , la foi , Ja simplicité de cœur d'un enfant de Dieu. C'est toujours Joseph y cet aimable Joseph, si sage et si tendre , qui portait Dieu dans son cœur dès ses plus jeunes années, et qui vivait en sa présence. On eût pu craindre qu'élevé sur le plumeau trône de la terre, il n'oubliât de quel sang il était né, et ne dédaignât les promesses faites à cette famille de bergers qui vivait dans les pâturages de Goscen. On eût pu craindre surtout que cette fumée de gloire, dont il était entouré depuis vingt-six ans^ et que tous ces prestiges de la grandeur, ne lui fissent perdre de vue cet héritage d'en haut qui ne peut ni se « souiller , ni se flétrir , et que ses pères avaient attendu. »

Libérateur glorieux du royaume, il était «comme un » père pour Pharaon ; il portait l'anneau royal ; on s'agenouillait à son passage , et sans lui , nous est-il dit , nul ne levait le pied ni la main dans toute l'Egypte. D'ailleurs ,

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