EN CANAAN
Téclat de sa personne égalait celui de sa grandeur : Beau de visage comme sa mère Rachel, et réputé le plus sage des hommes , il voyait à ses pieds un peuple idolâtre , et tout semblait concourir à le rendre idolâtre et de la terré et de lui-même. — Mais il était gardé dans la maison de Pharaon comme dans celle de Potiphar ; et du haut de ce trône terrestre où il se voyait élevé, il n'avait point cessé de ten-^ dre ses mains vqrs le trône de la grâce , comme un pauvre pécheur qui croit a Tamour de son Dieu et qui se réjouit dans ses promesses. Il estimait, comme Moïse » « que Topihr probre de Christ est une richesse plus grande que tous » les trésors de l'Egypte, parce qu'il avait en vue la grande » récompense; aimant mieux être mû ati ranq du peuple » de Dieu, que de jouir-pour un peu de temps des délices du n péché (1 ). »
Joseph donc, à peine averti de Tétat de son père, se hâte de se rendre à ses désirs. Il quitte son palais et tout Téclat qui Tenvironne; il traverse le Nil; il arrive à Rahmésès; il accourt »la tente de Jacob; il y trouve les familles de ses frères émues dans Tattente d'un grand deuil. Cependant leur père n'est pas mort encore ; et non-seulement il est le maître de ses s^ns malgré sa grande faiblesse , mais encore il veut rendre témoignage , il veut parler à Joseph ; il se sent animé du Saint-Esprit.
Quel moment pour tous ces frères de Joseph ! Quelle heure émouvante que celle où ils voient aux portes de la mort ce père vénérable qu'ils eussent dû tant aimer , et qu'ils ont si souvent et si douloureusement navré! Àh! si , dans ce moment d'une séparation dernière , les plus atten^
(1) Hébr. XI , 26 , 26.
tifs et le^ pli» tendres des fils, si les Joseph et les Benjamin, lorsqu'ils se jettent sur le visage d'un bon père et qu'ils pleurent sor lui, si les meilleurs des fils se font déjà tant de r^roclies^ au souvenir amer des négligences qui contristè* rent trop souvent le cœur d'un père ou d'une mère; ah! que n'ont pas à souffrir alors ceux qui firent descendre avec douleur ses cheveux blancs au tomheau! — Je me représente quelles devaient être, auprès du lit du Patriarche , les pensées profondément amères de Bina, de Siméonet de Lévi^ de Juda et de Tamar^ de Ruben et de Bilha, et de tous ces frères en un mot, au souvenir de leur malheureux père, recevant la robe sanglante de Joseph , mettant un sac sur ses reins et rejetant toute consolation ! !
Ah! qu'on voudrait alors à tout prix pouvoir réparer toutes ses fautesl Mon Dieu, s^écrie-tron, s'il n'était pas trop tard? Oh! que "je voudrais pouvoir retrancherde votre vie, fi mon père, ces jours à jamais déplorables où je remplis de douleur votre ame aimante^ où je vis couler par ma faute des larmes brûlantes de ces yeux si chers qui vont^e fermer pour toujours , et qui ne me souriront plus ! — Oh ! s'il n'était pas trop tard! — Si je pouvais revivre avec vous toute une vie ! si je pouvais du moins vous ramener à Texisience pour quelques heures, et vous témoigner avec abondance de larmes mes regrets ^ mes remords , ma tendresse !
Mais je reviens auprès du lit du Patriarche. Une scène l)ien grave et bien imposante y appelle toute notre attention : Joseph vient d'airiver au chevet de son père; il le regarde avec une tendre émotion de douleur et de respect ; il sait que Jacob a quelque chose d'important à lui dire; il attend avec recueillement les paroles qui vont sortir de sa bouche.