EN CANAAN. 37Î
ment de sa reconnaissance et de sa joie : « Eternel , j'ai D attendu ton salut! j^ai attendu ton salut!
Mai&> alors, dira-t-onpeut-étre> pourquoi donc ce désir si véhément d'être enseveli dans le pays de Canaan ? Pourquoi ces instances si pressantes adressées à la piété filiale de Joseph : « Jure-moi que tu userai emers moi de gratuUé et éh x> vérité. Je te prie , ne m^ enterre pas enEgypIe^mais quand » je dormirai a^ee mes pères y transporte^moi d'Egypte, et » m^ enterre dans leur sépulcre, »
N'imaginez pas ici. Mes Frères, que ce souhait ardent du Patriarche fût l'effet d'un attachement tout humain pour le pays de son enfance»
Pourriez-vous croire qu^au moment de rendre Tame , il estimftt bien haut que sa poudre reposât plutôt près des citernes de Mamré, qu'aux rivages du Nil? Ne comprenez* vous pas f comme l'a dit Saint Paul\ que s'il eût alors rappelé dans son souvenir « cette Canaan terrestre dont » il était sorti , et s'il n'eût pasdésiré une patrie meilleure^ » à savoir celle du ciel, il avait du temps pour y retourner )> de son vivant^ plutôt que d'y renvoyer ses ossemens après sa mort? Est-ce l'héritage d'un tombeau qu'il peut ambitionner avec tant d'ardeur ?
Mais» alors ^ encore une fois, pourquoi donc ces vives instances? pourquoi cette passion d'être enseveli loin de l'Egypte y dans le sépulcre de ses pères?
♦ Voici y Mes Frères^ le grand but du Patriarche. Il accomplissait un acte de foi; il voulait faire ainsi , devant Dieu et devant les hommes, une profession solennelle de l'espérance qui vivifiait et remplissait son ame. H voulait attester ainsi jusqu'à son dernier soupir qu'il attendait avec une fermer confiance et la Canaan de la terre et la Canaan des eieux*^
374 JACOB DEKANDANT UN SKIPULGRE
En effet, le Seigneur, selon son usage ordinaire, avait fait à la fois à son peuple deux promesses , dont la première plus rapprochée , devait être pour ses élus un type et un gage de la seconde. La première s'accomplissait dans le temps , et la seconde dans l'éternité. La première leur assurait une patrie terrestre ^ et la seconde la patrie céleste.
Vous comprendrez donc que Jacob , en attestant sa parfaite confiance dans l'accomplissement des promesses qui regardaient la possession de Canaan , proclamait par là même sa vive foi dans l'accomplissement des promesses éternelles. Vous comprendrez qu'en demandant à ses enfans un . tombeau dans la terre promise , il témoignait par là que y si sa dépouille mortelle allait, deux cents ans avant eux, prendre en quelque sorte pour eux possession de la Canaan terrestre y de la même manière aussi, son ame bienheureuse allait prendre possession de la cité permanente que son Dieu Iqi avait préparée.
C'était donc , comme nous le disions , un grand acte de foi» et c'était une profession devant Dieu «t devant les hommes. Devant Dieu : il voulait embrasser les promesses, et saisir la vie éternelle ; il voulait entrer par ce sépulcre de Macpela dans lé véritable héritage; puisqu'à la lettre, en prenant par la foi possession de ce gage des promesses, il prenait possession de cette patrie meilleure que le Seigneur a promise aux croyans. Devant lés hommes : il voulait montrer à ses enfans , de sa main défaillante ^ au-delà de l'Egypte , la terre promise de Canaan, et au-delà de cette terre promise, l'héritage éternel et la cité céleste. Il voulait leur prêcher, dans sa mort comme dans sa vie, qu'il n'y a point de salut pour l'homme pécheur hors des promesses et de la miséricorde toute gratuite de son l)ieu j il vou-
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lait qae ses deroières paroles , ses deiaiers regards / soE' tombeau raâme et tout ce qui resterait de lui , jusqu'à ses ossemens et sa poussière , leur parlât de leur ame, du Dieu Sauveur et des choses éternelles.
Telle fut donc la requête du Patriarche mourant à son cher Joseph : ..<< J^ U prie; n$ nCenUrre point en Egypte; » mai$ j qtnandje dormirai avec mee péree , tu me transporte»' » ra$ t Egypte y et tu m* enterreras dans leur sépulcre. y>.
Quand je dormirai avec mes pères / -— Oh ! que cette ex* pression , pour le dire en passant , qiie cette expression » si fréquente dans la Bible, est douce pour un cœur dans le deuil sur le départ d'un enfant de Dieu. — Quelle dût être douce pour le tendre Joseph , lorsque , dans sa douleur , « il te jeta sur le visage de son père , et qu'il pleura sur lui.»- Tu n'es donc pas mort, ô- Jacob , mon I^mpèrOf^ tu n'es donc pas mort; mais tu dors^ et mon Dieu te réveillera*. Tu dors entre les bras éternels, et sur le sein d'un père bien plus tendre que tu ne le fus jamais pour moi. Quelle n'était pas déjà ma silencieuse joie, lorsque^ veillante tes côtés^du^ Tant ta dernière maladie, je te voyais goûter un moment desommeil! Ob! queee sommeil m'était cher! je retenais jus^ qu?à mon soufiOe ; j'élevais vers le ciel des yeux reconnaissanSy et î^espéràis que ce sommeil serait celui de la convalescence. — Eh bien y oui, c'est bien celui de la convales" cence» celui du repos et de l'éternelle santé ! Tu as trouvé le repos de tou Dieu , jnsqu'à ce beau jour « où nous irons » ensemble au-devant du Seigneur en l'air! etoù nous serons » toujours avec le Seigneur! » C'est pourquoi , dit l'Àpôtre Saint Paul, « consolez-vous l'un l'autre par ces paroles (1}.»*
(l)t,Tkfv,.17, 18.
Dès qu'il eut entendu la lequéte instante de son père ^ Joseph élevant ses pensées aux mêmes hauteurs^ et s'attachant à la même espérance, lui répondit : « Mon pire, je fe* » rai selon ta parole. »
Cependant^ Jacob n'est pas satisfait, cette réponse ne lui suffit pas encore. Bien qu'assuré du respect religieux avec lequel Joseph accomplira ses dernières volontés « Jacob veut que ce moment laisse à toute sa famille un imposant souvenir. — Il a plus de cent enfans ou petits-enfans autour de lui; il voudrait que, pour eux, l'impression de cette scène funèbre ne s'effaçât jamais.
Ce n'est donc pas assez d'avoir demandé cette grâce comme un suppliant : il insiste encore; il veut qu'un serment solennel intervienne entre son fils et lui : « MeUia maih iou$ 3» ma hanche y eijwe'le-moi, ».dit-il à Joseph, « et Joseph* » le lui jura (i).
Un spectacle bien attendrissant vint alors terminer l'entretien de Jacob et de son fils , et pénétrer toute cette famille d'un nouveau sentiment de la présence de Dieu. * Jacob avait obtenu sa requête ; le serment venait d'être prononcé. Désormais , il n'avait plus rien à demander à Dieu sur la terre.; il ne lui restait plus qu'à rendre grâce > qu'à bénir, et puis, qu'à se coucher dans la poussière, sous la main de son Dieu.
(1) Nous ne retrouvons nulle' part dans l'Antiquité , ni même dans la Bible, cette forme de serment; et comme elle ne se Toit que dans celui d'Ëliézer au patriarche Abraham ,et dans celui de Joseph au patriarche Jacob , plusieurs commentateurs ont imaginé qu'il y fallait chercher une allusion à la promesse du Messie, qui devait naître du patriarche, ou (pour parler comme l'Écriture) « qui devait. sortir de 3» la hanche de Jacob. »
EN GANAAIC. 377
Alors on vit ce vénérable vieillard , ému jusqu'au fond de l*ame^ s'eiciter lui-même ^ et recueillir les faibles restes de sa vie , pour prendre, aussi bien qu'il le put , l'attitude d'un suppliant, et pour adoreV-humblement le Dieu de son espérance; il voulait lui dire sa reconnaissance; il voiilait saluer encore de loin les promesses ; il voulait mourir en prières , mourir à genoux !
Mais trop, faible pour se soutenir et pour quitter le lit d'infirmité oh il était assis , le vieillard, appuyant sur le hautdeson bâton ses deux mains et sa tête à cheveux blancs^ s'inclina, et resta quelque temps ainsi comme prosterné devant le Dieu de son salut (1).
« Ce fut par la foi » dit Saint Paul aux Hébreux , « ce » fut par la foi que Jacob mourant , adora appuyé sur le » haut de son bâton (2). »
Ainsi priait le Patriarche mourant; il priait, « il adorait » par la foi , » nous dit Saint Paul. Il était « comme voyant « celui qui est invisible. »
Et tandis que son corps défaillant avait déjà, pour ainsi dire, un pied dans le tombeau, son ame bienheureuse, dans les élans d'une vive foi, s'élevait jusqu'au ciel et se préparait à la rencontre de son Dieu. Il s'avançait avec une sainte
(1) Nos Terslons modernes portent, il est vrai , c qu'Israël se prosterna , ou adora , sur Je chevet de son lit , » et non pas , comme nous le disons ici, « sar le haut de son bâton. » — Cette différence provient de ce que le mot de Poriginal (quand on l'écrit san? points voyelles , à la manière des anciens manuscrits ) admet également l'un et l'autre de ces deux sens. Seulement , nous avons cru devoir suivre celte der« nière interprétation , parce qu'elle est celle des versions les plus anciennes, et surtout parce qu'elle est celle de l'Esprit Saint Jui-méme dans les paroles de St. Paul. ' (2) Hébr. XI,21.
378 JACOB DEMANDANT UN SÉPULGllB
et solennelle joie vers la cité céleste ; nne Toix intérieure lui disait : ce Ne crains point, yermisseau de Jacob^ car je » t^i racheté ; ne sois point effrayé ', car je sais ton Dieu ^ n je t'ai appelé par ton nom , tu es à moi. » — Le soQge de Bethel allait se réaliser pour lui : a C'est ici la maison » de Dieu, c'est ici la portedes cieux!» Il allait entrer «dans » la joie de son maître, o — • dans le séjour où l'on ne
pleure plus et où l'on ne meurt plus , parce qu'on ne pédie
plus.
Eh bien, prosterne*toi donc, heureux Jacob , bienheureux mourant! oui, adore, appuyé sur le haut de ton bâton; adore par la foi > heureux enfant de Dieu ! — Voici ton heure de délivrance; voici le jour du repos, le jour où le Dieu d'Abraham veut tenir tout ce qu'il t'a promis, le jour du rafraîchissement et de l'éternelle paix !
Mes Frères, vous venez de voir un fidèle sur son lit demort ; il vous a'.été donné de vous trouver aujourd'hui comme au chevet d'un Patriarche mourant. Vous avez vu ce père de famille profiter des derniers momens qui lui restaient pour rendre^raison de l'espérance qui était en lui, pout mon-^ trer à ses enfans le seul chemin qui mène à la vie , et leur laisser en héritage le précieux souvenir d'une mort édifiante! — S'il y a plus de trente siècles que s'est passée cette scène de famille , elle n'en doit pas cependant parler moins haut à nos consciences. Ou meurt aujourd'hui comme on mourait alors ; on a besoin d'un pardon et d'un Sauveur, comme alors aussi on en* avait besoin ; on passe en mourant devant