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LES JOIES DE LA RELIGION

Méditation pour la fête de Soukoth,

u Td ccléBreras la fête des Tabernacles pen> » dant sept jours quand ta rentreras (le Il bléj de ton aire et (le vin) de la cuve.

» Tu te réjouiras dans ta fête, toi, ton H fils, ta fille, ton serviteur, et ta servante, » et le lévit'e, et l'étranger, et Forphclin, n et la veuve qui sont dans tes villes, n Deuteron. XVI, 2, d3, 14 ; voir aussi Léçii. 23, 40.

Ces mots : « Tu te réjouiras dans ta fête »

nous révèlent un caractère particulier de la religion israélite, ils nous montrent qu'elle ne proscrit pas les joies de ce monde comme étant contraires à notre salut éternel.

Dans une autre religion on prêche le renoncement complet aux biens de ce monde, on y considère comme une vertu l'acte de s'arracher même aux plus saintes affections pour se donner tout entier à Dieu. On y enseigne que cette terre ne doit

être autre chose pour nous qu'une vallée de larmes, que le ciel ne s'ouvre devant les hommes que s'ils ont souffert ici-bas et que le bonheur dans une autre vie ne peut s'acheter qu'au prix des douleurs qu'on s'est imposées pendant la vie terrestre.

Le Judaïsme ne connaît pas ces exagérations, et cela tient à 'ce qu'il met la raison au-dessus du sentiment.

Sans doute, il ne proscrit pas le sentiment, car il fait souvent appel à notre amour pour le Seigneur, mais il le soumet à une règle capable de le contenir. Et pour montrer que le Judaïsme a suivi la voie la plus raisonnable, il n'est pas nécessaire de rappeler les nombreuses erreurs dans lesquelles on est tombé dans une autre confession par l'abus du sentiment. Ces erreurs ont été désavouées, et quoiqu'elles n'aient été que le résultat des enseignements donnés par la religion dans laquelle elles ont pris naissance, nous n'avons plus le droit d'en rendre cette religion responsable du moment qu'elles les a condamnées. Mais il nous suffira de constater que cette religion prêche un abandon complet des joies de ce monde, pour conclure de là qu'en exaltant outre mesure l'amour que nous devons à Dieu, elle méconnaît la sagesse du Créateur, jette un défi à la nature humaine, et par cela même, perd une partie du pouvoir qu'elle devrait exercer sur les âmes.

C'est Dieu, en effet, qui dispense les douleurs et les joies, c'est lui qui les fait succéder les unes

aux autres, comme il fait succéder le jour à la nuit. Accepter les premiers comme pouvant nous rapprocher de Dieu, rejeter les autres comme devantuous en éloigner, c'est vouloir être plus sage que-lui, c'est prétendre corriger son oeuvre.

Ce n'est pas tout, ce Dieu qui nous a créés pour le bonheur a mis aussi en nous le désir d'y arriver, et l'on ne parviendra jamais à étouffer ces légitimes aspirations. Les efforts tentés dans ce but peuvent avoir quelque succès auprès d'un petit nombre d'esprits exaltés, mais généralement les hommes n'arrivent qu'avec peine à renier leurs instincts et leurs tendances. Quand la nature est en lutte avec les doctrines, c'est la nature qui triomphe, et ce triomphe peut devenir fatal aux idées rehgieuses, car dès qu'une croyance est obligée de tolérer dans la pratique ce qu'elle défend en théorie, elle perd une partie de son prestige, et celui qui aura désobéi à la loi sur un point, ne craindra pas de lui désobéir bientôt sur un autre où pourtant tous les droits sont pour elle.

C'est ce que le Judaïsme a compris, et loin de proscrire les joies innocentes que ce monde peut nous offrir, il semble, au contraire, nous y convier.

« Vous vous réjouirez, » dit l'Ecriture plusieurs fois en parlant des solennités de Schebouoth et de SoukoLh. Cette dernière surtout, qui était particulièrement consacrée aux réjouissances, fut souvent désignée par les Israélites sous le nom de 3inT]

la fête, la fête par excellence. C'est ainsi qu'elle est appelée aussi dans notre rituel l'époque de notre joie, ijnnow \Dt

Ainsi le Judaïsme reconnait que nous sommes nés pour le bonheur, et il ne condamne pas en nous le désir d'y arriver. Mais ce bonheur nous ne devons pas le chercher uniquement dans les satisfactions matérielles. Il est d'autres joies, plus pures, plus saintes et qui contribuent plus que les premières à notre véritable félicité, ce sont les joies de l'esprit, et la source de ces joies, c'est la religion.

On croit généralement que la félicité promise par la religion ne pourra devenir notre partage que dans une autre vie. Cette opinion est erronée. C'est en ce monde déjà que la religion nous rend bienheureux. Nous n'avons, pour nous en convaincre, qu'à ouvrir les yeux et nous verrons qu'en tout temps les gens les plus religieux étaient aussi les plus heureux.

Nos pères ont traversé dix-huit siècles de souffrances et de persécutions. Errant par tout l'univers, ils ont marqué partout leur passage par le sang de leurs martyrs. L'Orient et l'Occident, le Nord et le Midi ont été témoins de leurs supplices. Les sectateurs des diverses religions divisés sur tant d'autres points s'unissaient contre eux dans une haine commune, et quand l'Inquisition allumait pour eux ses bûchers, parce qu'ils ne voulaient pas se rallier à la foi chrétienne, les disciples de Mahomet les égorgeaient, parce qu'ils refusaient

d'embrasser l'islamisme. Cependant au milieu de ces persécutions, la religion pour laquelle ils souffraient les soutenait, les consolait, les rendait heureux, et ils s'y attachaient davantage. Les tortures les plus atroces, les supplices les plus raffinés ne leur arrachaient pas cette abjuration qu'on attendait, et au moment où s'exhalait leur dernier souffle, ils donnaient encore un dernier témoignage de leur croyance dans le Dieu unique et ils rendaient l'àme avec ces mots : tnfc? >» larr^N » ^fc<nï?> ^dv Ecoute , Israël , l'Eternel notre Dieu, l'Eternel est un.

Plus tard quand les mœurs s'adoucirent, les persécutions sanglantes cessèrent. Mais nos pères restèrent encore longtemps privés de leurs droits. On voulut bien les considérer comme hommes, mais non comme citoyens. Ils étaient exclus de toutes les charges publiques, soumis à des impôts vexatoires et humiliants. On ne leur permettait que l'exercice de certaines professions, et on avait soin de choisir celles qui, tout en devenant pour l'Etat une source de revenus, exposaient en même temps nos pères à la colère des peuples (4).

Et pourtant ces hommes auxquels on enlevait le bien le plus précieux, la liberté de consacrer à leur pays, leur intelligence et leurs talents, ces hommes qu'on fuyait comme des parias,' qu'on

(1) Oa leur permettait le commerce, même l'usure^ car plus les Juifs acquéraient de richesses, mieux les rois et les seigneurs pouvaient les rançonner!

reléguait dans des quartiers séparés et auxquels manquait tout ce qui pour nous constitue le bonheur , ces hommes trouvaient encore de la joie dans la pratique de leurs devoirs religieux. Au dehors, ils le savaient. eux-mêmes, ils n'étaient que des objets de mépris et de dérision. Mais dans leurs temples, quand ils chantaient les louanges du Seigneur , ils redevenaient les enfants de ce Dieu unique que leur religion a fait connaître au monde , ils redevenaient ce peuple de prêtres , chargé de porter à toutes les nations les idées de civilisation et de progrès.

Enfin le jour de la justice arriva. Toutes les barrières qui séparaient Israël des autres peuples tombèrent sous le souffle puissant de la raison, et Israël fut convié au banquet de la liberté. Il y en eut alors parmi- nos pères qui, dans tous les biens que la patrie leur offrait, n'en apprécièrent qu'un seul, ils n'étaient heureux que d'une chose : de pouvoir librement et ouvertement adorer leur Dieu. Quant aux joies de ce monde, ils continuèrent à se les interdire comme par le passé. Us ne renoncèrent pas à la vie ascétique qu'ils avaient menée jusqu'alors, et ils ne cessèrent pas de s'imposer par piété des jeûnes et des privations. On pouvait voir encore dans les premières années de ce siècle des hommes jeûner deux ou trois jours par semaine. Dans ces abstinences fréquentes, dans cette mortification assidue de la chair, ils trouvaient d'austères délices , car s'ils s'y livraient , c'était

pour plaire à Dieu, c'était par amour pour lui. Ils se faisaient sans aucun doute une fausse idée de la religion Israélite, car non-seulement elle ne nous demande pas ces marques d'une dévotion exagérée, mais elle y est même opposée. Nous le voyons par ces paroles d'un de nos plus célèbres docteurs Rabbi Lévi ben Gerson (1) :

0313 ww no p3n> avh mnj; i3ï?n> aw^m nup ihv) Nxon mbi inan» avn \mci ^an pti >»3y pn nonnn vqJi najr i3 nm'^ na-t m^nn ni^Dvn Dv^Q2r\ mnjn >d ^d ni »Tm n^ï^a nna avi ïoya nS DK-m anh pv n^i bDurrr miay^ ^23^n nvnonn

aion ^3113 Sn^i» iîin n^n ninsn iSt? iSn» imhnn

« Il y a des gens qui croient rendre un culte à Dieu en mortifiant leur corps par le jeûne, mais ils agissent précisément contre sa volonté. La Thora ne nous a recommandé nulle part de mortifier notre chair hormis une seule fois, (le jour du Kipour). Et elle a eu raison de ne pas nous faire ces recommandations, car le corps est l'instrument de l'âme. Or, il faut que cet instrument soit dans un parfait état de conservation pour qu'il puisse servir. Si donc on l'affaiblit, on en rend l'usage impossible, et on agit ainsi contre les intentions du Très-Haut; on détruit son plan » (2). Ils se trompaient donc ceux qui croyaient se rendre agréables au Seigneur par les macérations qu'ils

(1) Vulgairement appelé Ralbag.

(2) Commentaire sur le livre des Proverbes, ch. 11, v. 17.

faisaient sabir à leurs corps, mais leur erreur était pour eux une source de joies. Il en est de même de certaines gens qui vivent de nos jours, et qui, n'étant pas assez instruits de nos croyances, s'en font une fausse idée. Ils se soumettent souvent à des pratiques que la religion ne recommande pas; ils admettent comme articles de foi des superstitions que non-seulement la religion ne nous ordonne pas de croire, mais qu'elle repousse. Ils sont dans l'erreur ; cependant cette erreur est douce pour eux! Ces minuties auxquelles ils s'astreignent ils les croient nécessaires à leur salut, et c'est pour eux une véritable joie de pouvoir les observer. Ces superstitions ont autant d'importance pour eux que les dogmes fondamentaux de la religion. Ils se trompent, mais ils sont heureux!

Mais si la religion, même mal comprise, peut déjà contribuer au bonheur des hommes, si elle peut leur procurer de si douces joies , combien plus pures, combien plus suaves sont celles qu'elle nous offre quand nous la connaissons, quand nous nous pénétrons de son esprit.

C'est ici le cas de protester contre d'injustes reproches adressés souvent à notre croyance par ses propres fidèles. Combien de fois n'a-t-on pas répété que la religion israélite ne donne pas satisfaction aux besoins du cœur, qu'elle ne contribue pas à la joie de ceux qui la suivent! Oui, il y a du vrai dans cette assertion.

Il y a des Israélites auxquels leur religion ne

peut offrir aucune joie, car ils ne la pratiquent pas, et ils ne la connaissent pas. Nous venons de voir que ceux-mêmes qui se font une fausse idée de leur croyance y trouvent déjà du bonheur quand ils observent les prescriptions qu'elle recommande. Mais ce n'est là qu'un bonheur imparfait et dont ne voudrait pas l'homme qui fait usage de sa raison , et qui ne croit pas que Dieu ait mis cette faculté en lui pour qu'il l'étouffé et la fasse taire. C'est d'ailleurs un bonheur fragile que le moindre souffle peut renverser , car il ne repose sur rien de solide. Le plus petit doute proposé à celui qui n'a pas appuyé ses croyances sur la raison fait chanceler et écrouler tout l'édifice ! (1 ) Pour que la religion puisse véritablement contribuer à notre félicité, il faut qu'on la connaisse, il faut qu'on se familiarise avec les idées élevées qu'elle renferme, il faut qu'on soit convaincu que ces idées sont conformes à la raison. Et quelle autre religion remplit mieux ces conditions que la nôtre? Où la raison se trouve-t-elle plus à l'aise qu'avec nos dogmes qui ne semblent être autre chose qu'une émanation de la raison

(1) Bachya compare ceux qui croient aux vérités religieuses, parce qu'ils les ont reçues par tradition et non par conviction raisoonée, à une troupe d'aveugles conduits par un seul clairvoyant. Si le guide infidèle à sa mission trahit ceux dont il doit diriger les pas, ou si l'aveu<^le qui marche immédiatement derrière lui trébuche et lomhc, toute la troupe en fait autant. Ainsi de ceux qui ne croient que sur ]a foi d'autrui; un seul les fait trébucher tous. (Bachya : Les devoirs

du cœur, maahnmotn lîv. i«, ch. 2.

même? Où la pensée peut-elle prendre un essor plus hardi, où Tesprit déploie-t-il plus librement ses ailes auxquelles on n'a pas, comme ailleurs, attaché du plomb pour les retenir et les empêcher de prendre leur vol vers le ciel? Ah ! on porterait des jugements plus équitables sur notre croyance, si on la connaissait, si on l'étudiait dans ses principes au lieu de ne considérer que les pratiques qu'elle recommande. Mais il fut un temps où l'on ne parlait chez nous que d'observances et jamais de ce qui constitue l'essence du Judaïsme, jamais de son esprit. On n'a pas appris à la génération présente à distinguer le fond de la forme, ce qu'il y a de vraiment divin dans notre croyance, avec ce que les hommes y ont ajouté sous l'empire de circonstances qui rendaient ces additions nécessaires. Cette distinction est pourtant capitale , et ceux-là seulement qui s'élèveront au-dessus de la lettre de notre loi , qui en pénétreront l'esprit , ceux-là seulement pourront l'apprécier à sa véritable valeur.

Celui qui veut admirer la nature ne choisit pas pour son point de vue le voisinage d'un endroit habité où se présente à chaque pas la main de l'homme qui est venue modifier l'œuvre du Créateur : il eravit une haute montagne. Là son œil n'aperçoit plus de traces de l'activité humaine, les habitations des mortels sont loin, bien loin audessous de ses pieds, et la nature se montre à lui dans toute sa splendeur. C'est ainsi qu'il faut faire

pour le Judaïsme. Élevons-nous un instant audessus de tout ce que les temps ont ajouté à notre religion. Montons vers ces hauteurs d'où l'œil n'aperçoit plus de détails, où nos regards ne verront plus la main des hommes qui est venue placer ses œuvres à côté de l'œuvre du Seigneur. Là nous nous trouverons face à face avec Dieu, et les vérités éternelles qu'il a gravées dans la raison et le cœur de tous les hommes nous apparaîtront dans toute leur pureté , dans toute leur clarté. Alors aussi une joie ineifable inondera notre âme, et saisis d'un saint enthousiasme, nous nous écrierons avec le Psalmiste :

« Les enseignements du Seigneur sont plus précieux que l'or, que l'or le plus fin, ils sont plus doux que le miel, même que le miel qui coule des rayons. »

Mais ce n'est pas seulement un bonheur momentané que la religion Israélite nous procure quand nous la comprenons bien, elle nous assure des joies durables.

Convaincus qu'il n'existe qu'un seul Dieu qui ne partage son pouvoir avec personne, nous ne craignons pas ces divinités malfaisantes auxquelles croyaient les anciens peuples, auxquelles on croit encore aujourd'hui dans certaines religions, mais dont le Judaïsme, appuyé sur une saine interprétation de l'Écriture, ne reconnaît pas l'existence. Nous ne redoutons pas les embûches de ces êtres imaginaires qu'on appelle diables, démons, esprit

malin. Nous croyons en un Dieu un, en un Dieu plein de bonté et d'amour, qui veut le bien et non le malheur de ses enfants, et notre foi nous procure une douce quiétude et une paix profonde.

Les souffrances mêmes que Dieu nous envoie ne parviennent pas à détruire notre bonheur. Nous savons qu'elles sont des épreuves destinées à faire mieux ressortir notre vertu , des occasions qui nous sont offertes de montrer au Seigneur que nous l'aimons véritablement. Nous les acceptons donc comme épreuves, et ce bonheur que donne la religion et qui consiste à faire en tout la volonté de Dieu, nous reste même au milieu de nos douleurs , car souffrir courageusement , c'est encore accomplir la valonté de Dieu.

Aimer les hommes et les embrasser tous dans un même amour est encore un bonheur pour les âmes tendres, et ce bonheur, la religion Israélite nous l'assure plus que toute autre. Elle ne vient pas s'interposer entre notre prochain et nous, elle ne vient pas étouffer en nous cette affection naturelle qui ne demande qu'à se reporter sur tous nos frères, elle ne vient pas nous dire : Tu aimeras celui-ci, car il a la même croyance que toi, mais tu n'aimeras pas tel autre, car il est infidèle, il est hérétique, il est damné, et tu ne peux pas aimer ceux que ton Dieu réprouve. Notre religion nous enseigne que Dieu est le père de tous les hommes, que tous il les recevra un jour dans son sein s'ils se sont rendus dignes de lui , elle nous recom-

-romande donc de les aimer tous d'un égal amour.

Ainsi la religion israélite, cette religion à laquelle on jette si souvent des accusations irréfléchies à la face, qui, dit-on, ne procure pas de joies à ceux qui la suivent, est celle qui nous en offre le plus : Elle nous permet de faire usage de noire raison, de chercher nous-mêmes la vérité au lieu de l'accepter sur la foi des autres. Et, certes, la joie la plus grande qu'une religion puisse procurer à l'homme, c'est de donner satisfaction à cet impérieuK désir de connaître qui le tourmente, désir que toutes les persécutions, toutes les tortures n'ont pas pu étouffer dans l'humanité et qu'on n'étouffera jamais quoi qu'on fasse. Elle nous familiarise avec les idées les J3lus élevées, et ces idées, si nous nous laissons guider par elles, nous assurent une existence calme et tranquille, rendent notre âme forte contre la douleur , notre cœur sympathique pour nos semblables. Elle nous permet enfin les plaisirs innocents de ce monde et concourt ainsi à l'épanouissement complet de toutes nos facultés, ce qui constitue véritablement le bonheur.

Cette autorisation que le Judaïsme nous accorde de nous livrer aux joies de ce monde, on l'a acceptée, on en a même abusé ; mais les joies pures que procure la religion on les dédaigne. Où sont ceux qui cherchent à s'éclairer sur nos croyances? Où sont ceux qui désirent connaître nos dogmes? Où sont ceux qui se complaisent dans l'étude de

la religion? Ne croit-on pas généralemennt aujourd'hui qu'il suffit d'avoir acquis la science de faire fortune, et ne considère-t-on pas volontiers tout le reste comme indigne d'attirer notre attention?

Et les enfants ne sont-ils pas élevés dans les mêmes idées? On cherche à leur assurer une belle position dans le monde, on travaille à leur bien-être matériel, mais songe-t-on un instant au salut de leur âme? Est-ce qu'on leur inculque les principes de notre religion ! Les parents ont-ils soin de les familiariser avec les enseignements élevés du Judaïsme, favorisent-ils seulement les efforts que les instituteurs et les rabbins font pour diriger leurs enfants dans la voie que l'israélite doit suivre s'il veut être heureux en ce monde et dans l'autre?

Cette indifférence que nous signalons et que nous ne sommes pas seul à déplorer ne montre-t-elle pas clairement qu'on ne cherche guère les joies de la religion et qu'on leur préfère les satisfactions du monde.

Ah ! puissions-nous comprendre enfin qu'à côté de ces joies mondaines que la religion israélite ne condamne pas si elles sont innocentes, il en est pourtant d'autres plus pures, plus saintes, plus durables surtout ; ce sont celles que procure la religion israélite bien comprise et bien pratiquée. — Amen !

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