‹ Sermons [microform]Chapitre 3 sur 13 · LA MISSION DU RABBIN · texte numérisé non relu

LA MISSION DU RABBIN

Mes Frères,

Qu'il me soit permis tout d'abord de remercier l'honorable Président de votre Consistoire des paroles flatteuses, trop flatteuses pour moi, que vous venez d'entendre. Je n'ai pas assez fait encore pour mériter les éloges qu'il a bien voulu m'adresser; mais je chercherai à m'en rendre digne en consacrant à l'accomplissement de la belle et sainte mission qui m'est confiée aujourd'hui toutes les ressources de mon intelligence et de mon cœur, en mettant tout mon zèle à remplir les nombreux et graves devoirs que m'impose la haute fonction à laquelle m'ont appelé les bienveillants suffrages de votre administration et la confiance de l'autorité supérieure de notre culte, en m'efforçant de réaliser les espérances qu'on daigne fonder sur moi.

Qu'il me soit permis aussi de payer un juste tribut de regrets à la mémoire de mon vénéré prédécesseur et maître dont la perte prématurée a été un deuil non-seulement pour vous , mes

(1) Sermon d'installation à Colmar.

Frères, qui étiez placés à ses côtés et à qui il a été donné d'admirer journellement sa piété ardente, son vaste savoir, son noble désintéressement, mais pour tout le Judaïsme français qu'il honorait par ses talents et ses vertus.

Je ne me flatte pas de pouvoir jamais conquérir dans votre estime une place aussi élevée que celle qu'occupait mon illustre devancier. Mais s'il a laissé à celui qui vous parle en cet instant une succession dont le souvenir de ses rares qualités fait un fardeau redoutable, il lui a légué aussi de nobles exemples et d'utiles leçons qui l'aideront à remplir dignement la charge élevée qu'il a osé accepter malgré les difficultés qu'elle ofi're.

C'est, en effet, une tâche difficile, mes Frères, que celle du rabbin et elle exige de celui qui l'entreprend des efforts soutenus et persévérants afin qu'il ne reste pas trop au-dessous de sa mission.

Mais cette mission, il importe qu'elle soit bien connue et de celui qui en est chargé et qui doit avoir à cœur de la remplir le mieux possible, et de la communauté qui a besoin de savoir ce qu'elle a le droit d'exiger de celui auquel elle a confié ses intérêts spirituels.

Laissez-moi donc examiner avec vous, aujourd'hui, quels sont les devoirs du rabbin. Ils sont tout tracés dans les paroles suivantes par lesquelles le prophète Malachie fait le portrait d'un de ces anciens prêtres avec lesquels Dieu avait institué son alliance.

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Une doctrine de vérité était dans sa bouche ; la fausseté ne s'est pas trouvée sur ses lèvres. Il marchait devant moi dans la paix et la droiture et détournait plusieurs du mal. Car les lèvres du prêtre gardent la science ; c'est à sa bouche qu'on demande des enseignements , car il est le messager de l'Eternel Zebaoth (4).

Le prêtre des anciens temps, si nous en croyons les paroles que je viens de citer, proclamait la vérité sans crainte, comme sans ménagement. in»an nnm naa min

Il ne se contentait pas de prêcher le bien ; il le pratiquait.

Et c'est parce que ses actions étaient d'accord avec ses principes qu'il détournait beaucoup de monde du mal.

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Et c'est ainsi qu'aujourd'hui encore le rabbin doit instruire par sa parole et par ses exemples. Mais là ne s'arrête pas sa tâche. Il est un messager de L'Eternel Zebaoth,

Comme envoyé de Dieu, il doit pratiquer le divin devoir de la charité. C'est à lui à porter des secours

(1) Malachie II, v. 5—8.

aux malheureux , à offrir des consolations aux affligés, à retirer de la fange du vice ceux qui s'y sont laissé tomber.

Ainsi, mes Frères, guider les hommes vers la vérité, leur enseigner le chemin du salut par ses conseils et l'exemple de sa vie, les soulager dans l'infortune, les consoler dans leurs épreuves, les ramener au bien s'ils sont égarés : telle est la mission du rabbin. Mission noble et élevée, s'il sait la comprendre ; mission pleine de difficultés, mais qui assure à celui qui la remplit la récompense la plus digne d'une âme bien née : le contentement d'avoir obéi au devoir, la satisfaction d'avoir servi l'humanité.

Le premier devoir du rabbin, celui dont le prophète parle tout d'abord, c'est la propagation de la vérité ou l'instruction. Or, comment le rabbin instruit-il 1 c'est en prêchant. La nécessité de la prédication se trouve donc établie par l'Ecriture même. Cette nécessité n'est pourtant pas toujours bien sentie et il n'est pas rare de rencontrer des gens qui la contestent. Les hommes, dit-on, connaissent leurs devoirs, il n'est pas nécessaire de les leur enseigner. Mais est-il bien vrai, mes Frères, que le chemin qui conduit à la vie éternelle, soit connu de tous et que les enseignements du pasteur soient complètement inutiles?

Il y a, sans doute, dans toutes los communautés des hommes habitués à méditer sur leur nature, leur destinée, sur les obligations qu'ils ont à rem-

plir. Mais il y en a d'autres, et ceux-ci forment la majorité, que le soin de leurs affaires, le goût des distractions mondaines, souvent aussi le manque d'instruction empêchent de se livrer à ces méditations salutaires qui nous éclairent sur notre destination et sur la route que nous avons à suivre pour arriver au but que Dieu a assigné à nos efforts. Aussi ne connaissent-ils leurs devoirs que d'une manière vague et imparfaite.

Ils savent qu'il faut aimer Dieu, mais ils ignorent que cet amour se manifeste surtout par une foi vive et ardente dans la bonté, la puissance, la justice de Dieu, dans une pieuse soumission à ses ordres. Il n'est donc pas rare de les voir céder au découragement dès que le moindre danger les menace. Et quand leurs espérances sont déçues, quand leurs rêves de bonheur s'évanouissent , quand l'adversité les atteint, ils s'en prennent à la providence et l'accusent d'injustice, ou bien ils la nient hautement et déclarent que le juste ici bas , souffre comme l'impie et que tout est livré au hasard.

On leur a dit dans leur jeunesse qu'ils doivent être justes, mais ils croient l'être quand ils ne se mettent pas en révolte ouverte contre la loi de leur pays; ils offensent pourtant bien des fois, et sans s'en douter, la loi divine plus parfaite et plus exigeante que ne saurait l'être celle des hommes.

Ils pensent être charitables quand ils jettent une aumône à celui qui vient la leur réclamer. Mais

ils ne connaissent pas toute l'étendue, ils ne sentent pas toute la force de ce beau précepte que la religion israélite a la gloire d'avoir énoncé la première, de ce précepte qui dit :

Tu aimeras ton prochain comme toi-même , et qui commande le dévouement et le sacrifice.

Et sur qui , je vous le demande , mes Frères , retomberait la responsabilité des erreurs que nous venons de signaler, si la prédication n'était pas introduite dans nos temples? Serait-ce sur ceux-là seuls chez qui nous les remarquons? Mais ils s'excuseraient facilement en disant qu'ils ne pèchent que par ignorance. On les a, en effet, lancés dans le monde, munis seulement de quelques principes généraux qui ne suffisent pas pour guider un homme à travers la vie et on les a laissés ensuite à eux-mêmes, sans direction aucune. Non, mes 'Frères, ils ne seraient pas les seuls coupables, il y aurait d'autres coupables encore, ce sont les ministres de notre religion. Vous aviez pour mission, pourrait-on leur dire, d'éclairer ces ignorants, de leur indiquer les devoirs qu'ils auraient à remplir dans les différentes circonstances où ils se trouveraient placés , de leur signaler les écueils qu'ils auraient à éviter, et vous n'avez rien fait pour eux. Vous n'avez rien fait pour dissiper les ténèbres qui voilaient leur esprit et vous avez laissé leur enfaiice se prolonger jusque dans leur vieillesse.

Ah, mes Frères, si celui, qui doit être le docteur de la loi, qui doit enseigner à Israël les préceptes de Dieu, si celuirlà désertait sa tâche, il lui serait demandé un compte sévère de sa négligence et il entendrait un jour retentir à ses oreilles cette terrible apostrophe adressée déjà par l'Eternel aux chefs du peuple Israélite :

Dn^an ah «iSnn nxi anpTn xb m^nan nnnx nwxi Qnivn ah nm2n nî<i anï;3n ih nl2mh^ nymn^ n];i >b3D n3>yiam 'nr\vp2 ià maNn h})r annn ^33 >:N:tf mw nivn nm h^h nh^ih yw >jNy 1^33 yian >33 Sd ^yi nm n;?3: hn laN nj » 121 riK i];oï? □»;;t pS vp2D p^i tt?nn

« Vous n'avez pas fortifié les brebis faibles, vous n'avez pas guéri les malades, vous n'avez pas pansé celles qui étaient blessées, vous n'avez pas ramené les égarées, et celles qui étaient perdues, vous ne les avez pas recherchées. Et mon troupeau s'est dispersé faute de pasteur et est devenu la proie des animaux féroces. Il a erré sur toutes les montagnes et sur toutes les collines élevées et il s'est dispersé sur toute la terre et personne ne l'a cherché et ne s'est informé de lui. C'est pourquoi pasteurs, écoutez la parole de l'Eternel. Me voici contre vous, dit l'Éternel, et je vous demanderai compte du troupeau confié à vos soins » (1).

Je crois vous avoir démontré, mes Frères, que

(1) Ezéchiel 34, v. 3, 4, 5 8 et 9.

la préclication est nécessaire pour ceux qw ignorent leurs devoirs, elle ne l'est pas moins 'pour ceux qui les connaissent. Connaître ses devoirs, ce n'est pas encore les remplir. Les hommes se laissent souvent entraîner par leurs passions. Ils savent qu'ils font mal, mais ils sont trop faibles pour bien faire. Ils sont humiliés eux-mêmes du joug honteux sous lequel ils plient, et pourtant ils n'ont pas la force de secouer ce joug. Leers mauvais désirs • sont devenus tout-puissants; la voix de la conscience s'est affaiblie peu à peu / la force du remords a été émoussée par l'habitude; la pensée du remords ne vient plus que rarement troubler ces pêcheurs et ils seraient perdus complètement si la voix de leur pasteur ne venart les arracher à leur insouciance et les avertir qu'ils courent à un précipice.

Ge que je viens de dire prouve que la prédication est nécessaire dans tous les cultes ; miais c'est dans le nôtre surtout qu'elle est d'une nécessité impérieuse et absolue. Nos croyances sont mal connues ; on a sur elles les idées les plus fausses. On nous attribue en fait de dogmes et de morale des erreurs grossières qUi n'existent que dans rimagination de ceux qui nous les reprochent. Il importe que ces préventions tombent, que ces préjugés disparaissent. Et ils tendent à disparaître depuis que nos concitoyens peuvent se convaincre, en entendant des prédicateurs Israélites , que les doctrines^ sur lesquelles reposé le

judaïsme sont conformes à la plus saine raison, que la morale qu'il enseigne est pure et élevée, qu'il prescrit la justice et la charité envers tous les hommes, et que ces principes de tolérance, de charité universelle, de fraternité, qui semblent être une des conquêtes les plus brillantes de l'esprit moderne, sont inscrits depuis plus de trente siècles dans le Gode immortel qui fut promulgué sur le Sinaï.

Vous le voyez, chers Frères ^ la prédication n'est pas une cérémonie de plus ajoutée à d'autres et qui n'a par elle-même aucune signification; elle a son but , sa raison d'être et c'est pourquoi elle doit faire partie intégrante de notre culte.

Mais quand nous aurons fait passer cette conviction dans votre esprit, nous n'aurons pas encore gagné complètement la cause que nous défendons. On nous accordera peut-être qu'il est nécessaire d'apprendre aux hommes comment ils doivent se conduire ; qu'on fait bien quand on cherche à dissiper les erreurs que des siècles d'ignorance ont accumulées contre nos doctrines , mais on prétendra que ces efforts resteront stériles, qu'ils n'aboutiront à aucun résultat.

Mais nous adressant à notre tour à ceux qui se font l'écho de cette opinion, nous leur demanderons : Qui vous a donné le droit de professer pour la parole un dédain si absolu? N'a-t-on jamais vu toute une assemblée changer d'idée et adopter un avis éloquemment exprimé? N'a-t-on

jamais vu Finnocence gravement compromise par une injuste accusation sortir pure et radieuse de cette épreuve après le discours d'un éloquent et chaleureux défenseur? L'histoire des anciens temps prouve par d'éclatants exemples la puissance de la parole. Le premier rang, chez les peuples policés de l'antiquité, appartenait aux grands orateurs et toutes les affaires de l'Etat se réglaient par eux. La parole qui descend de la chaire aurait-elle donc moins de force et serait-elle la seule qui ne pût produire aucun résultat? Mais n'a-t-on jamais vu des pêcheurs revenir au bien et qui nous dit que ce retour n'était pas l'effet d'une bonne parole entendue dans un temple?

Nous ne prétendons certainement pas , qu'en général, les prédicateurs puissent être comparés, même de loin, à ces orateurs puissants dont l'antiquité nous a légué les harangues immortelles. Nous convenons volontiers, que si dans des siècles qui sont assez rapprochés de nous, l'éloquence de la chaire s'est élevée quelquefois aussi haut que l'éloquence profane des anciens temps, nous convenons volontiers , disons-nous , que les prédicateurs illustres dont la gloire passe à la postérité sont rares et ne paraissent qu'à de longs intervalles. Mais ce que nous ne cesserons d'affirmer, c'est que dans toute prédication la nature même du sujet amène des pensées nobles et élevées, et souvent une seule pensée recueillie avec soin et mûrie par la réflexion peut changer complètement

la vie d'un hommes Pour être en droit de nier tout-à-fait l'efficacité de la prédication, il faudrait prouver qu'aucun sermon ne trouve des auditeurs attentifs et c'est cela même que nous contestons.

Pourquoi , en effet , un sermon ne s'aurait-il éveiller l'attention de ceux auxquels il s'adresse? La prédication, avons-nous dit, a d'abord pour but de faire connaître leurs devoirs à ceux qui les ignorent. Éh bien, mes Frères, ceux qui ne pèchent que par ignorance se laissent aisément persuader. Ils croiront celui qui viendra leur enseigner leurs devoirs dans un langage simple et clair, en se servant de raisonnements faciles à saisir, et en s'appuyant sur les textes révérés des livres qu'on leur a appris à vénérer comme le dépôt précieux de leurs croyances et de celles de leurs pères. Ils seront émus et touchés quand le prédicateur leur fera entendre des paroles sorties du cœur et qui vont au cœur. Ils l'écouteront sans défiance , sans arrière pensée ; ils accompliront religieusement les nouveaux devoirs qu'ils n'ont pas connus jusqu'à ce jour, et cesseront de se livrer à des actes qu'ils croyaient permis jusqu'alors, mais qu'ils reconnaissent eux-mêmes maintenant comme contraires à la justice. Mais ce n'est pas à ceux-là seuls que la prédication profite. Elle est utile aussi à ceux qui connaissant leurs devoirs les oublient.

Ceux-ci, il est vrai, cèdent moins facilement aux enseignements de la religion : Leurs passions» leur

ont imposé un joug trop lourd pour qu'ils puissent le briser sous de grands efforts. Mais enfin quand on leur fera comprendre que nous sommes libres, que cet empire absolu que nous attribuons d'ordinaire à nos passions n'est qu'un sophisme inventé pour déguiser notre faiblesse ; que nous ne sommes vraiment hommes qu'en faisant usage de notre liberté et qu'en agissant autrement nous nous dégradons et nous nous ravalons au rang de ces êtres inférieurs qui, eux, ne peuvent qu'obéir à leurs instincts et à leurs appétits grossiers ; quand à ces instructions austères de la raison, le pasteur joindra de chaleureuses exhortations qui secouent ces âmes engourdies par une longue servitude, alors une nouvelle énergie renaîtra dans ces pécheurs. Ils ressaisiront le pouvoir qu'ils ont abandonné trop longtemps ; ils redeviendront hommes ; ils redeviendront maîtres d'eux-mêmes.

Ceux mêmes qui se montrent d'abord rebelles à la voix du pasteur et qui paraissent endurcis dans le malne sont pas complètement perdus. Les hommes ne sont jamais entièrement corrompus.

11 y a toujours en eux quelque bon sentiment et en faisant appel à ce sentiment on peut espérer de les sauver. Le jeune homme renoncera à ses désordres quand on lui peindra la désolation dans laquelle son inconduite plonge ses vieux parents. Le père de famille rentrera dans le devoir quand on lui dira que son déshonneur rejaillira sur ses enfants. Celui-ci rougira de ses fautes quand on

lai montrera combien elles le rendent indigne de la bonté de Dieu; un autre, enfin, moins accessible

aux sentiments doux tremblera devant la justice divine, et s'il n'aime pas Dieu, du moins il craindra la sévérité de ses jugements.

Ce serait certainement une grande témérité de compter toujours sur le succès et de croire que . tous nos sermons auront un résultat pour tous ceux qui les écoutent. Mais si nous ne parvenions à faire tomber qu'une seule des erreurs qui ont cours contre nos doctrines, si nous pouvions sauver un seul homme du désespoir en lui montrant le chemin du pardon , si nous retenions au bord de l'abîme un seul imprudent, si un seul pécheur était ramené par nous au bien, nous croirions avoir accompli notre tâche et nous pourrions être satisfait de notre œuvre. D'ailleurs du moment que la prédication nous parait nécessaire, nous n'avons pas à nous préoccuper de ses résultats. Remplissons notre devoir, Dieu fera le reste.

Cette confiance en Dieu pour les effets que nous attendons de la parole ne doit pourtant pas aller jusqu'à nous faire dédaigner les moyens que nous avons nous-mêmes de la rendre profitable. La fréquence de la prédication est un de ces moyens. Si l'on ne prêche qu'à de rares intervalles, il ne peut rien en résulter. L'impression d'un sermon s'affaiblit vite au milieu des occupations et des distractions mondaines. Pour que les conseils de la

religion soient suivis, il faut qu'ils soient souvent renouvelés. La parole de Dieu est la nourriture de l'âme comme le pain est la nourriture du corps.

Car l'homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi de tout ce qui sort de la ijouche de l'Eternel (1).

Eh bien, mes Frères, de même que le corps ne peut se soutenir, s'il ne prend pas à des intervalles réguliers et rapprochés les aliments qui lui sont indispensables , de même la vie morale , la vie de l'âme s'éteint faute d'une nourriture suffisante. Elle est alors comme la lampe qui cesse de brûler quand il n'y a plus d'huile pour l'entretenir.

Il est donc du devoir du rabbin de parler souvent. C'est à lui à allumer et à entretenir dans les âmes le feu sacré qui , semblable à la flamme qu'on voyait autrefois dans le sanctuaire de Jérusalem doit brûler constamment et ne jamais s'éteindre.

Mais pour atteindre ce résultat il ne suffit pas de prêcher: La prédication, en effet, ne s'adresse qu'aux intelligences déjà formées. L'enfance n'en profite pas. C'est cependant dans le cœur des enfants qu'il faut déposer les germes de piété et de vertu qui lèveront plus tard et porteront

(1) Deuteron 8, v. 3.

d'excellents fruits; c'est dans leurs âmes qu'il faut graver les principes qui, plus tard, font les hommes. C'est donc une obligation sérieuse pour le rabbin de venir en aide aux maîtres qui sont chargés de diriger la jeunesse vers le bien, de la façonner à la vertu. Il doit veiller à ce que l'instruction religieuse ne consiste pas uniquement dans la récitation machinale de quelques leçons apprises par cœur, mais qu'il soit fait aux enfants un cours complet de religion et de morale, et un cours approprié à leur intelligence. Il n'exigera sans doute pas de démonstrations scientifiques ; les enfants ne les comprendraient pas. Ils ont d'ailleurs le temps d'examiner leurs croyances ii la lumière de leur raison, quand celle-ci sera plus développée. Il s'agit moins de leur apprendre à bien raisonner que de leur apprendre à bien vivre. Mais il conseillera à ceux qui sont chargés de l'éducation de nos jeunes coreligionnaires de parler à leurs élèves des devoirs qu'ils ont à remplir envers Dieu, envers leurs prochains, envers euxmêmes , envers la patrie , en s'appuyant sur hi Bible et en leur montrant les préceptes moraux enveloppés dans les cérémonies auxquelles euxmêmes se soumettent déjà et qu'ils voient accomplir dans la maison paternelle.

Ce n'est pas tout. Le rabbin doit désirer que ceux à l'instruction desquels il s'intéresse puissent remonter plus tard aux sources de leurs croyances, qu'ils comprennent les prières qu'ils

récitent. Il les poussera donc avec arideur vers l'étude de la langue dans laquelle sont écrits les livres sur lesquels se fonde notre religion et dans laquelle nous prions encore aujourd'hui. Il visitera souvent les écoles pour voir si ses désirs se réalisent et il profitera de ces visites pour, parler luimême aux enfants. Il rappellera à ses jeunes auditeurs cette parole de Dieu à Josué (1) :

Que ce livre de la doctrine ne s'écarte pas de ta bouche, tu t'en occuperas jour et nuit, et il les engagera à se conformer eux aussi à cette parole, à contracter de bonne heure l'habitude de chercher dans la Bible des consolations pour les moments d'infortune,, des forces contre la tentation et ainsi renaîtra peut-être dans les familles israélites le goût de ces pieuses lectures qui réconfortent rame et sont un puissant auxiliaire pour l'enseignement du paste.ur.

Quand le rabbin donne tous ses soins à la prédication et à rinstruction de la jeunesse, il accomplit une grande et importante partie de sa tâche. Mais s'il veut remplir son devoir jusqu'au bout, il ne se contentera pas d'enseigner par la parole, sa vie sera une prédication constante.

A qui est-ce, en effet, à pratiquer la vertu, si ce n'est à celui qui a pour mission de la prêcher et de la faire aimer? A qui appartient-il de montrer

(1) Josué, ch. 1, V. 7.

de la confiance en Dieu , de la résignation aux impénétrables déci*ets de la Providence, si ce n'est à celui qui nous dit que nous devons aimer Dieu d'un amour pur et véritable? Qui doit exercer la charité envers tous les hommes sans distinction de culte et de nationalité, qui doit se dévouer à tous ses semblables, si ce n'est celui qui proclame que nous avons tous une commune origine et que nous sommes tous les enfants d'un même père? (1).

Tout homme avant d'agir devrait savoir que ses bonnes et ses mauvaises actions influeront sur ceux qui l'entourent. Personne n'ignore en effet que l'exemple est plus puissant que la parole. La parole persuade , mais l'exemple entraîne. Nous reculons souvent devant l'accomplissement d'un devoir difficile. Nous sommes effrayés de la grandeur de la tâche qui s'impose à nos efforts. Mais quand nous voyons d'autres pratiquer journellement ce devoir , nous reprenons courage et nous essayons, nous aussi, nos forces. Il y a d'ailleurs dans les hommes l'instinct de l'imitation. On adopte volontiers les coutumes de ceux qu'on fréquente. Voilà pourquoi le vice peut séduire ; voilà aussi pourquoi la pratique de la vertu devient la plus éloquente exhortation à la vertu. C'est donc une nécessité pour nous tous de n'offrir que de

(1) MalacMe II, V. 10.

bons exemples à ^ ceux qui vivent à nos côtés Mais cette nécessité devient plus impérieuse pour le ministre de la religion. 11 ne vit pas pour lui seul. Sa vie est, pour ainsi dire, publique ; elle devient un modèle sur lequel d'autres règlent la leur. Ainsi, le bien qu'il fait produira un plus grand bien, mais aussi sa perte peut entraîner celle d'une grande partie de sa communauté.

C'est en vain que le rabbin nourrira l'espérance de conjurer par sa parole les suites funestes de ses actions ; si lui-même ne pratique pas la vertu, il épuisera toutes les ressources de son art pour Ja faire aimer; ses efforts seront frappés de stérilité. On admirera peut-être son éloquence s'il parle bien, mais jamais il ne convaincra personne. On verra eu lui un fonctionnaire remplissant une charge pour laquelle il est payé; rien de plus, et ainsi il perdra la dignité de son caractère et l'influence qui lui serait nécessaire pour bien remplir ses fonction. Celui-là donc qui ne veut pas donner aux autres l'exemple de la vertu ne pourra pas labourer avec fruit dans le champ du Seigneur. Ce qu'il faut au ministre de la religion pour détourner du mal ceux qu'il s'est chargé de diriger par ses conseils, c'est de vivre lui-même conformément, à la volonté de Dieu, c'est de marcher dans la paix et la droiture comme ce prêtre dont Dieu dit par l'organe du prophète Malachie :

.]^V0 2wn D>3"ii >nN ^brt '^^WD2^ oiSï?3 Il marchait devant moi dans la paix et la droi-

ture et c'est pourquoi il détournait beaucoup de inonde de l'iniquité.

Ce n'est pas à dire qu'on ait le droit d'exiger du rabbin cette perfection absolue qui est un des attributs de Dieu et à laquelle notre faiblesse humaine ne saurait prétendre. Mais, ce qu'on a le droit de lui demander, c'est qu'il fasse des efforts sérieux pour s'approcher le plus possible de cette perfection qu'il montre aux autres hommes comme l'idéal qu'ils doivent toujours avoir devant les yeux et vers lequel ils doivent tendre constamment. Ce qu'on a le droit de lui demander, c'est qu'il se souvienne qu'en entrant dans le sacerdoce,' il s'est offert comme guide à ses frères , et qu'un guide sûr ne se contente pas de montrer de loin le chemin à ceux qui l'emploient, mais qu'il y marche devant eux. Ce qu'on a le droit de lui demander enfin, c'est qu'il ait toujours présent à l'esprit cet axiome de nos docteurs :

la parole n'est pas l'essentiel mais l'action.

Nous avons considéré jusqu'à présent le rabbin comme guide et modèle de sa communauté. Mais il n'est pas que cela. Notre texte l'appelle un messager de l'Eternel Zébaoth

et comme tel il a à remplir une mission de charité et de dévouement. Comme messager de Dieu , il doit secourir les pauvres , consoler les affligés ,

assister les mourants et ramener au bien ceux que le vice a dégradés et que la Justice humaine a frappés.

Le soulagement de l'infortune rentre tout naturellement dans les attributions du rabbin. Il prêche la charité, il doit être le premier à l'exercer. Mais il faut que sa bienfaisance soit plus active que celle des autres. Il n'a pas le droit d'attendre qu'on vienne frapper à sa porte; c'est pour lui une sainte obligation de courir au-devant de la misère. Ceux qui sont occupés de leurs affaires ne donnent le plus souvent et ne peuvent donner qu'aux pauvres qui leur tendent la main. Cependant les malheureux qu'ils secourent ainsi ne sont pas toujours les plus dignes d'intérêt. Il y en a qui méritent plus de pitié : ce sont ceux qui cachent leur misère, qui la supportent courageusement sans jamais se plaindre. Ils n'ont pas toujours gémi sous le poids de la pauvreté, eux aussi vivaient une fois sinon dans l'opulence, du moins à l'abri de la gêne et des privations. Mais des accidents imprévus les ont mis dans la triste position où ils se trouvent aujourd'hui, et ils n'osent pas aller implorer la générosité de ceux qui les ont connus dans des temps meilleurs. Ils ne craignent pourtant pas de se confier au rabbin. Ils savent que leur pasteur respectera la noble fierté qu'ils ont conservée jusque dans le malheur; ils savent qu'il cherchera à leur porter secours sans blesser leur délicatesse. Et s'ils n'ont pas le

courage de parler de leur situation, même à celui qui chercherait à les en tirer, les traces des pleurs qu'ils répandent en secret, la pâleur de leurs traits, triste fruit de leurs privations et de leurs veilles laborieuses, parleront pour eux. Le rabbin comprendra ces plaintes muettes et il agira. Il se rendra auprès des riches et des heureux du jour, il leur peindra chaleureusement ce qu'il a vu; il essaiera de les intéresser à ceux qu'il prend sous sa protection, et sans livrer le secret de ces pauvres honteux , il s'eftorcera de mettre un terme à leurs maux.

Mais s'il est beau de soulager la misère, il est plus beau encore de la prévenir et d'empêcher qu'elle ne puisse se produire. Il y a de petits commerçants, d'honnêtes travailleurs que des malheurs de famille mettent dans la gêne. Ils combattent énergiquement contre la ruine qui les menace. Personne n'est mis dans la confidence de leur situation. Ils craindraient, en la dévoilant, de perdre encore le peu de crédit qui leur reste et qui est leur dernière chance de salut. Au-dehors rien ne paraît changé dans leurs habitudes. Mais dans leurs demeures, que de privations, que de douleurs, que d'angoisses ! On peut voir là une lutte héroïque, désespérée contre la mauvaise fortune, mais une lutte inégale où les combattants succombent si on ne leur tend pas la main.

Ce qu'il faut ici, ce n'est pas une légère aumône : elle serait refusée. Et d'ailleurs, ce n'est pas une

aumône qui sauverait ces malheureux. Ce qu'il faut ici c'est un don considérable ou Un prêt qui permette au commerçant de faire face à ses engagements et de Continuer ses afîaires, qui permette au travailleur d'attendre de l'ouvrage tout en subvenant aux besoins de sa femme et de ses enfants.

Mais qui provoquera ce prêt? Qui procurera ce don? C'est encore le ministre du culte. A lui seul on dévoile le secret de ces tristes situations , qui sont plus nombreuses qu'on ne le croit. On ne craint pas de s'ouvrir à celui qui doit être le consolateur ou l'ami de tous les infortunés. Ou si une fausse honte retient encore l'aveu près dé s'échapper, le rabbin, habitué à la vue de l'infortune, saura découvrir ce qu'on lui cache. 11 ira donc demander assistance à ceux qui peuvent la donner. Il leur fera comprendre qu'il est plus méritoire de sauver de la misère ceux qui sont menacés d'y tomber que de leur donner de faibles secours quand la pauvreté est venue s'asseoir à leur foyer. Car l'aumône humilie celui qui l'accepte ou bien elle le dégrade et lui donne des habitudes d'insouciance et d'oisiveté. Mais quand on fournit à *^^ quelqu'un les moyens de se relever par son propre travail, son courage, un instant disparu, renaît plus fort; une nouvelle énergie s'éveille dans son âme, et bientôt peut-être il sera à même de s'acquitter envers ses bienfaiteurs.

Et pour donner plus de poids à ses paroles et pour assurer le succès de ses démarches, le rabbin

pourra s'appuyer sur Topinion d'un des docteurs les plus célèbres du judaïsme, d'un homme qui a été appelé avec raison une des lumières de la synagogue, de Maimonide qui, dans son traité de l'aumône, nous dit :

-^Drt ^iiivh T2 p^Tnon mais nfjjraS \^bw nbM^n

II y a huit degrés dans la charité. Au plus haut degré se place l'homme qui, en voyant un de ses frères malheureux, lui fait un don considérable, ou un prêt, ou l'associe à ses affaires, ou bien lui procure de l'ouvrage, et le met ainsi à même de se passer plus tard du secours d'autrui.

Mais les demandes pourraient devenir fréquentes et le rabbin s'apercevrait peut-être un jour que ses démarches sont importunes. Il fera donc bien de provoquer la fondation de sociétés charitables qui se proposent de venir particulièrement en aide aux pauvres honteux et de les tirer de la triste situation qu'un amour-propre exagéré sans doute, mais certainement respectable, tend à perpétuer.

Quand le rabbin combat vigoureusement la misère sous toutes ses formes , quand par d'énergiques efforts il parvient à soulager la pauvreté et à la prévenir quelquefois, il fait certes beaucoup, mais sa mission de charité et d'amour n'est pas terminée.

Il y a d'autres souffrances à calmer que celles

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de l'iiidigent , d'aiitfes lâriiiés à âéôhèr qtiè celles qu'arrache le dénuement. Notre ejcistence si courte est aussi bien tourmentée; elle est traversée par de nombreuses et douloureuses épreuves qui atteignent le riche comme le pauvre. Souvent ici-bas, nous semons les bienfaits et ne récoltons que l'ingratitude; souveiit on méconnaît nos intentions les JdIus pures, et quand nous sommes en droit d'attendre l'estime du monde, celui-ci nous poursuit de son blâme et de son mépris. Ce n'est pas tout hélas ! La maladie vient nous arrêter dans nos travaux et nous étendre sur un lit de souffrances, ou bien elle frappe à côté de flous et menacé des existences qui nous sont plus chères que la nôtre. La mort suit la maladie; elle fait des vides affreux dails nos familles et déchire cruellement nos cœurs.

Qui consolera ceux qu'atteignent ces épreuves, qui leur inspirera le courage dont ils ont besoin pouf supporter leur triste sort ? C'est encore le ministre de la religion. Il comprend et partage les souffrances auxquelles sa parole doit porter remède, car il est homme et il a souffert comme ceux qu'il va visiter. Lui aussi, peut-être, a vu ses intentions méconnues; lui aussi, peut-être, il s'est trouvé en butte à l'injustice des hommes ; lui aussi, peut-être, s'est assis un jour au chevet d'un malade bien aimé, étudiant sur sa pâle figure les progrès du mal, comptant tristement les chances d'espoir , et puis il a vu l'objet de son affection

s'éteindre dans ses bras et il est venu au bord du tombeau lui dire un éternel adieu 1. Et son cœur aussi était brisé, et son âme aussi était anéantie ! Pourtant une pensée l'a soutenu au milieu de son infortune, c'est la pensée de Dieu, et c'est cette pensée qui lui viendra en aide lorsqu'il aura à consoler ses malheureux frères.

Quand il aura écouté leurs plaintes et mêlé ses larmes aux leurs, il leur parlera de ce Dieu grand et puissant dont nous devons respecter la volonté, même lorsqu'elle nous frappe, de ce Dieu bon et miséricordieux qui ne veut que le bien de ses enfants et qui fait succéder la joie à la tristesse, la récompense à l'épreuve. Il leur parlera aussi de cette vie future destinée à réparer toutes lès injustices et tous les maux d'ici-bas, de ce monde meilleur dans lequel ils retrouveront ceux qu'ils ont aimés.

Ainsi il fera pénétrer le calme dans ces cœurs désespérés; un rayon d'espoir se glissera, grâce à lui, dans ces âmes brisées par la douleur, et à ces déshérités des joies de la terre , il ouvrira encore de riantes perspectives en leur laissant entrevoir dans l'avenir, un moment où ils seront réunis pour jamais , à ceux qui ont été arrachés à leur tendresse.

C'est aussi la pensée de l'immortalité qui aidera le rabbin à soutenir les mourants. La mort ne devrait, à la vérité, avoir rien d'effrayant pour nous puisqu'elle n'est qu'un passage à une vie

nouvelle, plus durable et plus heureuse que l'existence terrestre. Mais l'instinct de la conservation, la puissance de l'imagination, la crainte de comparaître devant Dieu, souvent aussi le manque de convictions religieuses forment un sentiment de profonde terreur que le mourant ne parvient pas toujours à surmonter s'il n'entend des paroles faites pour ranimer son courage. Le rabbin est à même de chasser les sombres fantômes qui nous hantent à nos derniers instants ; lui aussi il peut réveiller en nous la croyance à l'immortalité longtemps endormie et nous laisser entrevoir la paix après l'expiation.

Sans doute la présence du rabbin au lit de mort n'est pas indispensable. Les prières prescrites pour cette solennelle circonstance peuvent être récitées par tout autre israélite. Le rabbin ne s'imposera donc à personne ; mais chaque fois qu'on fera appel à sa bonne volonté, il accourra, persuadé que sa présence produira un effet salutaire, qu'elle fortifiera celui qui va quitter la vie contre les terreurs qui l'assiègent, qu'elle contribuera peut-être à calmer les regrets qu'il éprouve au moment où il se sépare de tous ceux qui lui sont chersl

Ce n'est pas seulement au lit de l'agonisant que la charité doit conduire le rabbin, elle doit le mener aussi dans ces lieux sombres où la société relègue les coupables. Le monde est dur pour ceux que la loi a frappés, il ne leur pardonne pas volontiers même une première faute ; et souvent quand on

implore pour eux son assistance, il la refuse en disant qu'elle devient inutile à des gens qui sont perdus pour toujours. Perdus pour toujours ! Oh ! sans doute, ils le sont tous, si on ne leur tend pas la main pour les tirer de l'abîme , mais il y en a aussi qui peuvent être sauvés si on les engage à revenir au bien et si on; les seconde dans la' poursuite de ce but. Il existe, nous le reconnaissons, des criminels complètement pervertis qu'aucune exhortation ne touche, et qui dès qu'ils sont remis en liberté commettent de nouveaux méfaits. Mais il en est aussi qui n'ont fait que céder à la passion du moment et qui, rendus au calme et à la raison, regrettent leurs fautes et acceptent leur châtiment, comme une légitime expiation. Il y a surtout des jeunes gens que l'attrait des plaisirs et les conseils de perfides amis ont fait dévier de la route de l'honneur, et qui, se réveillant sous la verge de la loi qui les frappe, pleurent amèrement le passé et prêtent une oreille attentive à ceux qui leur parlent encore d'un avenir pur et honnête.

Ce sont ces malheureux qui doivent éveiller la sollicitude du rabbin. Que d'autres désespèrent d'eux, que d'autres croient à cette prétendue fatalité qui plonge toujours plus avant dans le mal celui qui a mal fait une fois; le rabbin fortement convaincu de la liberté humaine ne partagera pas cette erreur. Que d'autres refusent de pardonner même à ceux qui ne demandent qu'à se convertir : le

rabbin n'aura pas cette dureté, lui, le ministre de Dieu qui a dit par la bouche du prophète Ezechiel :

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Je ne désire pas la mort du pécheur, qu'il revienne de ses mauvaises voies et qu'il vive. 11 ira donc encourager les bonnes dispositions de ces pécheurs repentants ; il s'efforcera d'éVeiller le remords chez ceux qui sont encore insensibles aux reproches de leur conscience. Et quand le temps de l'expiation sera passé il les assistera encore de ses conseils , il les entourera encore de sa protection ; et ainsi le vice perdra quelques-unes de ses victimes et la vertu , par lui , regagnera des fidèles.

Je crois avoir passé en revue les principaux devoirs du rabbin. M'appuyant maintenant sur ces paroles de mon texte :

les lèvres du prêtre doivent garder la science, j'ajouterai que le rabbin doit continuer toute sa vie à se livrer à l'étude. Les nouvelles connaissances qu'il acquerra donneront à sa parole plus d'autorité et augmenteront son influence. S'il aime le travail, il rendra par sa plume de signalés services au judaïsme. Il pourra faire connaître nos dogmes si simples et si sublimes à la fois, notre morale si pure et si élevée, notre histoire si féconde en actes d'héroïsme, et il ne lui sera pas difficile de

montrer que le judaïsme a à revendiquer une large part dans les progrès de la civilisation et dans les. idées qui gouvernent aujourd'hui le monde.

Les devoirs dont je viens de tracer devant vous le tableau, je me suis efforcé jusqu'à présent de les remplir dans deux communautés , où leur accomplissement d'ailleurs m'était rendu facile par'^^ la bienveillance et l'affection qu'on me témoignait et dont je conserverai toujours un souvenir reconnaissant. J'essaierai aussi de les remplir dans votre belle et nombreuse communauté qui sera désormais la mienne et qui aura droit à toute ma sollicitude pastorale , à mon dévouement le plus profond. ,

Mais de nouvelles obligations viennent se joindre à celles que j'ai indiquées. Placé à la tête d'une des circonscriptions consistoriales les plus importantes de notre pays, tous mes soins doivent tendre à réaliser dans la célébration du culte et dans l'instruction de la jeunesse les progrès que réclame notre époque, et que je crois compatibles, d'ailleurs, avec le véritable sentiment religieux et avec les doctrines du judaïsme qui n'a jamais prétendu rester immobile quand tout marchait autour de lui. Je dois m'efiforcer aussi d'accroître la prospérité des magnifiques institutions de charité que nous possédons.

Devant ce surcroit d'obligations je reculerais effrayé > si je ne comptais sur votre coopération active et dévouée, chers confrères du rabbinat. Je

suis heureux de retrouver parmi vous des amis d'enfance ; je suis fier d'avoir pour collaborateurs des hommes qui ont blanchi dans le sacerdoce et qui ont donné des preuves nombreuses de leur dévouement à la religion et à l'humanité. Je fais appel aujourd'hui à votre ancienne amitié, ô mes condisciples bien aimés ; je fais appel à votre expérience, ô vous qui m'avez devancé dans le saint ministère et qui déjà serviez la cause israélite quand moi je ne pouvais encore qu'aspirer à devenir un jour votre émule ; je réclame votre concours à tous : vous ne me le refuserez pas, j'en ai la ferme persuasion. Déjà vous m'avez donné une preuve d'affection en venant rehausser par votre présence l'éclat de cette cérémonie et cette première marque de sympathie me fait bien augurer de l'avenir de nos relations , et éveille dans mon âme les plus douces, les plus riantes espérances. Je compte aussi sur votre appui à vous, chers collègues du Consistoire, qui gérez depuis plusieurs années, et avec un zèle si intelligent, les intérêts religieux et moraux de cette vaste circonscription.

Mais par-dessus tout, mes Frères, je compte sur le secours du Très-Haut et c'est son assistance que j'implore en cet instant.

Oui, Eternel, c'est vers toi que se dirigent maintenant mes regards, c'est vers toi que s'élève mon cœur. Sans toi je ne puis rien, avec toi je peux tout. C'est en vain, a dit le roi Salomon, que l'ar-

ehitecte travaille, si Dieu ne veut point édifier la luaisoi) ; c'est en vain que la sentinelle veille si pieu lie garde pas la cité.

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Oh! éclaire moi de ton esprit, afin que je connaisse toute l'étendue de mes devoirs , que je comprenne toute la grandeur de ma mission ! Bénis mes efforts, afin qu'ils portent des fruits, afin qu'ils tournent au bien de mes frères , et à la gloire de ton nom, béni soit-il aujourd'hui et à toute éternité. Amen!

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