‹ Sermons [microform]Chapitre 4 sur 13 · NECESSITE DES SOUFFRANCES · texte numérisé non relu

NECESSITE DES SOUFFRANCES

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« Ah ! comme elle est solitaire la ville autrefois si peuplée! Elle est semblable à une veuve, celle qui était naguère la maîtresse parmi les nations^ Elle était princesse parmi les provinces et maintenant la voilà tributaire. Elle pleure la nuit et les larmes coulent le long de ses joues. Aucun de ceux qui l'aimaient ne vient la consoler. Tous ses amis l'ont trahie et sont devenus ses ennemis. » (Lamentations de Jérémie, 1 et 2).

Ces paroles par lesquelles Jérémie déplora la ruine de Jérusalem et la perte de là nationalité juive et que nous répétons tous les ans pour associer nos regrets à ceux du prophète, renferment pour nous un fécond enseignement. Le triste contraste qui règne entre celte Jérusalem arrivée au plus haut degré de sa splendeur, Jérusalem, la reine des cités où abondaient les envoyés des nations étrangères qui recherchaient son alliance, et cette même Jérusalem réduite en cendres, veuve

de ses enfants, abandonnée de ses amis et dont la joie s'est changée en un long deuil, ce constraste nous montre la fragilité et le néant des choses humaines et nous avertit de ne pas nous attacher trop fortement à ce que nous possédons sur cette terre. En effet, tout passe ici-bas, tout s'écoule, et si nous nous attachons avec trop de force à ce qui ' est périssable par nature , si dans notre affection pour un des êtres ou des objets qui nous entourent, nous oublions qu'il peut nous être enlevé à chaque instant 5 si nous nous endormons dans une trompeuse sécurité, le réveil sera terrible au jour de la séparation ; notre cœur sera cruellement déchiré et notre douleur sera sans égale.

N'oublions donc jamais que tout ce qui est terrestre passe, et les monuments élevés par les mains des hommes , et leur puissance dont ils sont si vains, et leurs richesses qu'ils amassent si péniblement, et les objets de leurs affections, et enfin eux-mêmes.

L'Écriture, en nous retraçant l'histoire du peuple juif et celle des nations avec lesquelles il était en rapport, nous montre par d'éclatants exemples que les choses humaines ne sont pas destinées à durer.

Elle était bien belle Jérusalem aux jours de sa grandeur. Le pourpre de Tyr et l'or d'Ophir y abondaient ; elle avait de superbes palais et un temple dont la magnificence dépassait tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. Elle était belle ainsi sous le règne de Salomon quand la reine de Saba

y vint, et que son admiration fut si grande, dit l'Écriture, qu'elle en fut toute hors d'elle-même (1 ). Jérusalem était alors à l'apogée de sa gloire. Pourtant un jour devait venir où toute cette splendeur s'évanouirait; où de tous ces édifices S4 laborieusement élevés et décorés avec tant de soin, il ne resterait pas pierre sur pierre ; un jour devait venir où le temple consacré au Dieu unique serait souillé par les idoles et puis livré aux flammes, où les habitants de Jérusalem, si fiers, si insensibles aux menaces et aux exhortations des prophètes, quitteraient, en gémissant, les lieux qui les avaient vu naître et où reposaient leurs pères pour aller traîner en captivité une existence malheureuse; un jour devait venir où les lévites, tristement assis près du fleuve de Babylone, pleureraient la patrie absente et suspendraient aux saules de l'Euphrate ces harpes sur lesquelles résonnaient jadis les louanges de l'Éternel, mais qui, désormais muettes malgré les prières des maîtres, ne chanteraient pas sur la terre étrangère.

(1) La reine de Saba vit toute la sagesse de Salonnon et la maison qu'il avait bâtie et les mets de sa table et les logements de ses serviteurs cl l'ordre de service de ses officiers et leurs vêlements, ses échansons et les holocaustes qu'il offrait dans la maison de l'Eternel, cl elle en fut toute hors d'elle-même et elle dit au roi : Ce que j'ai appris dans mon pa}s de ton Etat et de la sagesse est vrai. Je n'ai point voulu le croire jusqu'à ce que je sois venue cl que mes yeux l'aient vu et voici on ne m'en avait rapporté que la moitié. Ta sagesse elle bien que je vois surpassent ce que la renommée m'avait appris. (Roisjl, ch. X, 4-8.)

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« Nous étions assis près du fleuve de Babylone et nous pleurions au souvenir de Sion. Nous avions suspendu nos harpes aux saules du rivage , et quand ceux qui nous retenaient captifs nous demandèrent des chants , quand nos oppresseurs nous prièrent de les réjouir, quand ils nous dirent : Chantez-nous des chants de Sion , nous répondîmes : Gomment pourrions-nous faire entendre les chants de l'Éternel sur la terre étrangère. » (Psaume 4 37, 1-5).

Ainsi s'exprimait un poète' de la captivité, ainsi un de ces lévites exilés nous raconte ses regrets, et au lieu de ces cantiques d'actions de grâce dont retentissaient autrefois les voûtes du Temple, sa lyre laisse échapper un hymne à la douleur. Mais bientôt un éclair de vengeance jaillissant dans son âme, et voyant par le malheur de son peuple l'inconstance des grandeurs humaines , il se tourne vers Babylone et lui prédit sa ruine : « Babylone qui dois être détruite, heureux qui te rendra la pareille de ce que tu nous as fait. » (1) Et Babylone, en effet, vint confirmer à son tour celte vérité que rien ne dure de ce qui est terrestre.

Il tomba le puissant empire babylonien. Son roi, qu'Isaïe appelle "inur p hhm , astre brillant, fds

(1) Dans le mctne psaume cité plas haut, v. 8.

de l'aurore (1), et dont l'orgueil, nous assure ce prophète, était si grand qu'il disait : Je monterai au ciel, j'élèverai mon trône au-dessus des étoiles du Dieu fort, je m'assolerai sur la montagne de réunion au côté septentrional, je monterai sur les hauteurs des nuages et je serai semblable au Dieu suprême (2), ce roi ne sut pas même défendre ses pays, et tandis qu'il buvait à longs traits l'ivresse dans les vases sacrés enlevés au Temple de Jérusalem, sa capitale fut prise et saccagée ; aujourd'hui le voyageur cherche la place où fut Babylone.

Il ne reste pas plus de l'orgueilleuse Ninive, la grande ville, comme elle est appelée dans Jonas (3), et dont il est dit dans le même livre : qu'elle était une grande ville de trois jours de chemin (4). Quelques débris de monuments arrachés aux entrailles de la terre et dont l'authenticité est même contestée, c'est tout ce qui reste de cet empire qui fit si longtemps trembler les peuples ses voisins.

Et comme si l'exemple de Jérusalem deux fois brûlée, comme si la ruine de ces anciens peuples dont parle l'Écriture ne suffisaient pas pour nous montrer le néant des puissances humaines, même les plus solidement établies, l'histoire profane vient à son tour nous donner ses graves enseignements.

Il existait dans les anciens temps une ville, on

(1) Isaïè, XVI, V. 12.

(2) Isaïe, 15-15.

(3) Jonas, ch. XLI, v. 2.

(4) Jonas, cb. III, v. 3.

l'appelait la ville par excellence, et dans cette ville vivait un peuple qui dominait presque l'univers entier. Dans tout le monde alors connu, les nations étaient devenues ses tributaires, les peuples les plus éloignés étaient ses vassaux, les rois se déclaraient ses serviteurs.- Pourtant ce vaste empire se disloqua, cette puissance dont on n'avait pas encore vu d'exemple chancela et tomba, et Rome aujourd'hui ne compte plus qu'un petit nombre de sujets (1).

Il y avait encore dans l'antiquité un pays petit par son étendue, mais grand par ses institutions, grand surtout par le nombre d'hommes distingués qu'il a produits. La Grèce avait acquis une prépondérance sans égale sur toutes les nations du temps par ses progrès dans les lettres, les sciences et les arts. Ses philosophes, ses orateurs, ses artistes étaient les premiers du monde , et pourtant cette prépondérance a disparu aussi. La Grèce ne marche plus aujourd'hui à la tête des nations, son sceptre a passé en d'autres mains, et nous voyons que la puissance de l'esprit même, si elle ne périt pas entièrement comme d'autres puissances humaines, est du moins comme elle soumise au changement.

Mais qu'avons nous besoin de remonter vers un passé déjà éloigné pour nous convaincre que tout ici-bas est périssable, quand autour de nous cette vérité éclate tous les jours, quand autour de nous tout change, tout s'écoule. Nous admirions ce

(4) Ces paroles ont élé prononcées avant que Rome fût redevenue la capitale de l'Italie.

matin une fleur, ce soir elle sera séchée et flétrie. Nous saluons avec bonheur le retour de la belle saison, nous goûtons avec délices les jouissances qu'elle nous offre, nous ne pouvons rassasier nos yeux du beau spectacle de la nature. Mais bientôt cette riante verdure qui charmait notre .vue disparaîtra, les arbres qui nous couvraient de leur ombrage seront nus et dépouillés , toute la terre sera triste et morne, et la neige viendra envelopper le sol dans un blanc linceul.

Et nous aussi, dit l'Écriture, nous ressemblons à la verdure des champs qui ne dure qu'un temps fort limité.

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Une voix a dit : Crie, et on a demandé que crierai-je ; crie toute chair est comme l'herbe, et toute sa grâce est comme la fleur des champs, l'herbe sèche, la fleur se fane, parce que le vent de l'Éternel souffle dessus, ce peuple est véritablement comme l'herbe (1).

Ces derniers mots s'appliquent à Israël dont la prospérité devait fuir si rapidement. Mais ce qui précède est général. Toute chair est comme l'herbe, c'est-à-dire toute.notre vie ne dure qu'un instant. C'est ce que dit Moïse dans l'admirable prière qui nous est parvenue sous son nom : « Mille ans sont à tes yeux, ô Éternel! comme le jour d'hier qui

(d) Isaïe,XL^ V. 6-8.

s'est écoulé, comme uiie veille de là tiuit. Tu fais passer l'homme rapide comme un torrent, il fuit comme le sommeil , il est au matin comme l'herbe changeante. Gomme elle, il fleurit le matin, puis se fane, et enfin le soir il est comme elle, coupé et il sèche entièrement (lj. Job peint plus fortement encore la brièveté de la vie. Nos jours sur la terre, dit-il, sont comme l'ombre.

Un poète profane de l'antiquité a également dépeint le peu de durée de notre existence terrestre. Les hommes, dit-il, sont comme les feuilles des arbres qui verdissent au printemps, puis jaunissent et tombent pour être remplacées par d'autres (2). Mais écrivains sacrés et poètes profanes nous parlent en vain, nous n'écoutons pas leur voix. Nous refusons de croire que notre existence soit si fugitive; nous restons insouciants, adonnés aux jouissances de la terre, et l'expérience même ne nous corrige pas. On dirait, à nous voir agir, que nous devions vivre éternellement, et pourtant à côté de nous la mort sévit sans cesse et nous avertit que nous sommes dans les mains de Dieu, que c'est lui qui dispose de nous.

Nous avons des parents que nous aimons, un père et une mère dont la tendre sollicitude a veillé sur nous; nous les chérissons d'autant plus que nous savons par nOus-mêmes combien est grand le dévoûment des parents pour leurs enfants ,

(1) Psaume 90, 4-7.

(2) Homère.

combien est immense leur tendresse. Nous voudrions les conserver toujours, et jamais, en effet, quel que soit leur âge,, nous ne songeons à la séparation qui, un jour, doit avoir lieu, et tout à coup, sans que nous y pensions, sans que nous nous y attendions, la mort vient nous les enlever.

Nous avons des enfants. Ils sont notre joie dans le présent, notre espérance dans l'avenir. Nous nous plaisons à former pour eux de beaux projets. Hélas ! ces projets ne doivent pas se réaliser. La maladie vient les étendre sur un lit de douleur. En vain nous invoquons le secours de l'art , en vain nous pleurons , en vain nous gémissons, la mort ne lâche pas sa proie, et nous restons ici-bas, délaissés et désolés, nourrissant dans notre cœur une plaie qui ne se refermera jamais, et ressemblant à cette femme sous la figure de laquelle Isaïe présente Jérusalem, et dont il dit : Qu'elle est affligée, battue de la tempête et privée de consolations, nona vh ni]JD n»3j; (1).

Ah I c'est devant le cercueil de nos hien-aimés, devant ce cercueil qui renferme ce que nous avions de plus cher au monde, devant cette tombe où va descendre une portion de notre existence qui s'est détachée de nous , c'est là que nous devrions pourtant reconnaître la vérité ; sentir que tout sur cette terre n'est qu'illusion, et que nos joies, même les plus légitimes et les plus saintes , sont passa-

(1) If aïe 35, V. 14.

gères. C'est là que nous devrions nous écrier avec Kohelet :

Vanité des vanités, tout est vanité. Vanité que la richesse, vanité que la puissance, vanité que la gloire; vanité même que l'amitié, vanité que l'amour des parents pour les enfants, des enfants pour les parents, du frère pour la sœur, car tout cela est terrestre, tout cela ne dure pas.

Mais , direz-vous , ne pouvons-nous donc rien aimer au monde? Devons-nous renoncer à toutes les joies qu'il peut nous offrir? Devons-nous aussi briser ces liens que la nature s'est plu à former, arracher de nos cœurs ces aifections que Dieu même y a mises? Non, mes Frères, loin de nous de soutenir une pareille doctrine qu'il serait dangereux de mettre en pratique et qui d'ailleurs serait sacrilège, puisqu'elle s'attaquerait à ce que Dieu lui-même a établi. Mais nous vous dirons : Souvenez-que ce monde n'est pas votre véritable patrie et que dès lors il ne saurait vous offrir un bonheur solide et réel. Sachez que vous êtes nés pour une autre vie et que c'est là seulement que vous serez heureux. Ne rejetez pas les biens de la terre, mais ne vous y attachez pas au point de voir tout votre bonheur dans leur possession.

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Ne soyez pas vains quand les richesses augmentent, n'y attachez pas votre cœur. Ne renoncez

— sapas à vos affections, mais réglez-les ; n'aimez pas dans vos proches leur corps qui est périssable, mais leur âme qui est immortelle; n'oubliez pas que les objets de votre tendresse sont soumis à la mort; mais en les perdant, songez aussi que ce que vous avez aimé en eux, ce n'était pas cette enveloppe terrestre qui n'était pas plus eux, que les vêtements qui couvrent l'homme ne sont l'homme ; ce que vous chérissiez en eux, c'était ce qui constituait leur essence, leur personnalité ; vous aimiez, en un mot, leur âme, et celle-là n'est pas morte, elle est auprès de Dieu, et c'est là que vous la reverrez.

Nous avons dit que dans la vie future seule est le bonheur. Ce n'est pas à dire que nous ne puissions y arriver dans cette vie. Seulement il faut savoir où le chercher. L'homme qui par de longs et persévérants efforts est parvenu à n'aimer que le bien, à sacrifier ses désirs et ses intérêts à la vertu , et à trouver même une sorte de joie dans ces sacrifices, à se donner tout entier à Dieu et à se soumettre en tout à sa volonté , celui-là est heureux. C'est là, sans doute, un bonheur grave et austère, pour lequel les esprits frivoles et légers ne sont pas faits, mais c'est le seul auquel nous puissions aspirer ici-bas. Tout autre est factice et menteur.

Cependant il y a bien peu d'hommes que leur raison seule porte à rechercher un pareil bonheur, et à la plupart d'entre nous, il faut pour le faire

comprendre et aimer les rudes leçons de l'expérience.

C'est ce qui a fait dire que les souffrances sont le plus souvent un bien pour nous. Voici comment , nos docteurs s'expriment sur ce sujet :

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« L'homme doit s'habituer à dire ce que Dieu fait est bien fait, et se soumettre avec docilité et amour aux décrets de la Providence. C'est ce qu'a dit Job : « Nous acceptons le bien de la part de Dieu, ne devons-nous pas aussi accepter le mal ! » Qui sait, en effet, quels sont les événements qui contribuent au bonheur ou au malheur de l'homme? Bien souvent nous croyons que ce qui nous arrive est réellement un bien pour nous, et il se trouve que c'est un mal. De même, nous éprouvons quelquefois de très-grandes peines, et il se peut que ces peines tournent à notre avantage. »

Voici l'explication de ces paroles :

La prospérité éveille souvent dans les hommes de coupables désirs. Ils délaissent la vertu et se livrent entièrement à leurs passions. La pensée de l'Eternité ne vient pas les arrêter sur la pente où

ils glissent ; ils ne songent jamais à leur àme et à l'immortalité, ou plutôt ils rêvent l'immortalité de leurs corps et de leurs biens. Ils s'étourdissent eux-mêmes et ils s'efforcent d'oublier que ces biens qu'ils possèdent aujourd'hui peuvent leur être enlevés demain ; qu'eux-mêmes aujourd'hui pleins de santé et de vigueur peuvent demain être couchés dans la tombe. Pauvres et malheureux, ils auraient supporté leurs souffrances sans se plaindre , ils auraient montré de la grandeur d'âme au milieu de leur misère, mais ils n'ont pas su résister aux dangers de la prospérité, ils ont succombé aux tentations qu'elle offre , et ils sont une preuve frappante de la vérité de ces paroles :

^h aiv mon iJiaiioS t^inï; dikh 2wn> o>oj;â*7

Quelquefois l'homme croit que ce qui lui arrive est réellement un bien pour lui et il se peut que ce soit un mal.

L'autre partie de la sentence citée plus haut est également vraie. Nous avons souvent de très-rudes épreuves à traverser, et ces mêmes épreuves peuvent tourner à notre avantage.

En effet, lorsque nous sommes frappés dans nos intérêts ou dans notre réputation, lorsqu'on méconnait notre mérite, lorsqu'on trahit notre amitié, notre douleur est grande dans les premiers moments. C'est surtout quand nous perdons des êtres qui nous sont chers que cette douleur éclate dans

toute sa force. Amitiés, richesses, honneurs, nous les eussions volontiers perdus, mais nous voir arracher la chair de notre chair, les os de nos os, comme dit l'Écriture, nous voir séparés tout-àcoup, sans espérance de le revoir sur cette terre, de ce que nous y avions de plus précieux : voilà,, disons-nous , voilà ce qui est au-dessus de nos forces. Seigneur , crions-nous à Dieu dans notre désolation, pourquoi nous as-tu frappés si rudement? Que t'avons-nous fait pour être châtiés avec tant de rigueur? Pourquoi nous as-tu enlevé toutes nos joies, toute espérance de honheur en ce monde? On dit pourtant que tu es bon , on dit que tu ne veux que le bien de tes enfants. Ah ! si tu voulais que nous fussions heureux, tu n'avais qu'à nous laisser ceux que nous aimions.

C'est ainsi que nous parlons dans notre désespoir, c'est ainsi que nous blasphémons. Mais quand notre agitation se calme un peu, quand notre raison ne se tait plus étouffée sous la violence du sentiment, alors nous reconnaissons que de ces plaies même qui font saigner si douloureusement notre âme doit sortir notre guérison.

Aussi longtemps que nous avons vécu tranquilles et heureux, nous avons apprécié le monde audessus de sa valeur, et nous n'estimions pas à un assez haut prix la vie future. Mais le- malheur a dissipé nos illusions, et la lumière se fait maintenant dans notre esprit.

Nous considérions naguère la richesse comme le

bien le plus estimable, nous reconnaissons maintenant que rien n'est au-dessus de la vertu, et nous disons avec David :

Les commandements de Dieu sont plus précieux que l'or, que l'or fin. (1)

Nous comptions plus au temps de notre prospérité sur l'amitié des hommes que sur celle de Dieu. L'infortune nous a appris qu'ici-bas les amitiés solides et disposées aux sacrifices sont rares. Aussi ne mettons-nous plus notre confiance qu'en Dieu seul , et nous répétons encore avec le psalmiste :

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Il vaut mieux se fier en l'Eternel que dans les hommes, il vaut mieux s'abriter en Dieu que de mettre sa foi dans les princes. (2)

Nous recherchions autrefois les honneurs, c'est dans ce but que nous faisions le bien, c'est dans ce but que nous avons travaillé. Nous avons pu nous convaincre depuis que le mérite n'est pas toujours récompensé. Si nous faisons donc le bien maintenant, ce n'est plus en vue des honneurs que nous voulons récolter , nous ne travaillons plus dans l'unique but d'obtenir des dignités. Mais nous faisons le bien pour être agréables au Seigneur,

(d) Psaume 17, v. 11.

(2) Psaume* 118, v. 8 et 9.

nous travaillons pour servir nos frères, pour être utiles à Thumanité.

Naguère nous n'aimions dans nos proches que ce qu'il y avait en eux de terrestre et de périssable. Aujourd'hui nous aimons ce qu'il y a en eux d'éternel. Aussi la pensée de l'immortalité est-elle toujours présente à notre esprit. Dans nos douleurs, elle nous console ; quand nous sommes sur le point de faillir, elle nous retient.

Autrefois nous n'avions pour la vertu qu'un culte tiède, sans ardeur, sans enthousiasme; nous l'aimions, mais seulement quand elle s'accordait avec nos goûts , quand elle ne nous imposait aucune gêne, quand elle ne nous demandait pas de sacrifices. Aujourd'hui nous sommes arrivés à l'aimer plus que toute chose , nous savons qu'en elle seule est le bonheur ici-bas, qu'elle seule aussi peut nous conduire au bonheur éternel.

Oui, Seigneur! c'est toi seul qui sera désormais l'objet de tous nos désirs et de toutes nos aspirations. Qu'est-ce donc que ce monde pour que nous y attachions tant de prix ? des illusions qui s'envolent, des rêves qui s'évanouissent, rien de solide, rien de stable ! C'est en toi seul qu'est le bonheur, et c'est par la vertu seule que nous arriverons à toi. Nous ne fuirons pas pour cela le monde dans lequel tu veux que nous vivions en travaillant et en luttant. Mais nous ne nous y attacherons pas, et nous renoncerons sans murmurer à nos joies les plus saintes dès que tu l'ordonneras. Nous

n'appelons pas les souffrances comme certains hommes qui croient ne pouvoir arriver au bonheur dans une autre vie qu'à travers les douleurs et les larmes. Ce que tu nous demandes, ô Éternel l pour nous admettre auprès de toi , ce n'est pas que nous ayons été malheureux ici-bas, c'est que nous y ayons été vertueux. Mais quand il te plaira de nous envoyer des épreuves, nous les accepterons comme un moyen de nous purifier, de nous sanctifier, de nous élever vers toi; car toi, ô Éternel, tu n'es pas trompeur comme les biens de ce monde, toi tu ne nous manqueras jamais. C'est près de toi que nous irons un jour goûter les célestes félicités que tu réserves à tes élus. Tu nous l'as promis, car tu as mis en nous la pensée et le désir de l'immortalité, et quoiqu'autour de nous tout change et tout passe , nous avons pourtant foi en toi , et nous répétons toujours cette parole d'un de tes prophètes :

L'herbe sèche, la fleur se fane, mais la parole de l'Éternel subsistera toujours et à jamais. (1) Amen !

(i) Isaïe, ch. 40, V. 7,

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