‹ Sermons [microform]Chapitre 6 sur 13 · PENSEZ A LA MORT · texte numérisé non relu

PENSEZ A LA MORT

non

Et il mourut.

Genèse, ch. v.

Ce Sermon a été précédé de la lecture du cinquième chapitre de la Genèse, depuis le verset 1 jusqu'au verset 32.

Mes Auditeurs bien-aimés,

Cette longue énumératiôn de personnages qui ont vécu dans les premiers siècles qui suivirent la création, et dont l'Écriture nous transmet seulement les noms, sans nous dire par quoi ils se recommandent à l'attention de la postérité, paraîtra peut-être à plus d'un d'entre vous une matière d'un médiocre intérêt et peu digne de fixer les réflexions du penseur.

Pourtant quand on considère ce passage de près, on y découvre autre chose qu'une froide et sèche nomenclature. Il y a là un mot, un seul mot, qui

(1) Prononce le soir du Kipour.

n'a besoin que d'être mis en relief pour frapper vivement notre imagination ; c'est ce mot : non et il mourut.

Cette expression par laquelle se termine chaque période du chapitre sur lequel j'ai appelé votre attention et qui retentit comme un glas funèbre à notre oreille, ne vous semble-t-elle pas là pour nous jeter à tous ce sinistre avertissement : Hommes, vous êtes soumis à l'empire de la mort.

Il mourut cet Adam qui avait vécu neuf cent trente années ; il mourut ceMathusalem dont l'Écriture dit : ses jours furent de neuf cent soixanteneuf ans; ils moururent tous ces patriarches Seth, Enosch, Quénan, Mahalalel, dont l'existence avait atteint une durée de laquelle nous n'avons plus d'idée aujourd'hui.

Ils durent s'en aller par «le chemin que prend tout le monde, » comme disait David (1) : pNH V3*]n"t3, et après une longévité depuis sans exemple , ils furent forcés enfin de rendre à la terre ce qui appartenait à la terre.

Et nous, mes frères, nous qui sommes moins vigoureusement constitués que ces races primitives qui peuplèrent l'univers à son origine, nous passerons aussi plus rapidement qu'elles. Pour nous, notre existence n'est qu'un rêve, qu'une ombre fugitive, et pourtant nous ne songeons pas à la mort. Chaque jour, chaque heure, chaque instant

(1) Rois, livre i, ch. 2, v. 2,

nous apportent une nouvelle preuve de notre néant, et pourtant nous ne songeons pas à la mort. Chaque fois que la mort sévit à côté de nous, nous nous sentons menacés ; le coup qui frappe nos voisins, nous savons qu'il peut nous atteindre nous-mêmes, nous tremblons, nous frissonnons; mais cela ne dure qu'un moment et ce moment passé, nous ne pensons plus à la mort. Ah! qu'aujourd'hui, du moins, cette pensée se fixe dans notre esprit et nous rende plus sages pour l'avenir.

« ! enseigne-nous , Seigneur , à compter nos jours, afin que la sagesse entre en nos cœurs (1), » afin que cette fête de Kipour laisse des traces en notre âme, afin que nous nous souvenions toujours comme aujourd'hui que tu es notre juge , que tu nous demanderas compte de nos actes et que nous nous préparions à comparaître devant ton tribunal, quand il te plaira de nous y appeler.

J'ai essayé, dernièrement, de vous dépeindre la brièveté de notre existence, et, à l'appui de ce que je vous ai dit , je pourrais, citer ces textes nombreux par lesquels l'Écriture nous engage à rabattre notre fierté, en nous rappelant que nous ne sommes qu'un peu de poussière qui s'éparpille au vent sous le souffle du Seigneur. Je pourrais soumettre à vos méditations la belle prière de Moïse que nous récitons tous les samedis et qui renferme

(1) Psaume 90, v. H.

ces paroles bien significatives : « Car mille ans sont à tes yeux comme le jour d'hier qui est passé, comme une veille de la nuit. Tu emportes les hommes comme un torrent; ils fuient comme un songe; ils sont au matin comme l'herbe changeante, comme l'herbe qui fleurit le matin, se fane et qui, le soir, est coupée et entièrement desséchée (4). »

Je pourrais vous rappeler encore ces paroles d'Isaïe, qui ne sont pas moins que les précédentes de nature à nous faire réfléchir : « Toute chair est comme l'herbe et toute sa grâce est comme la fleur des champs; l'herbe sèche, la fleur se fane, parce que le soufîle de l'Éternel passe dessus (2). »

Le livre de Job nous fournirait aussi une ample moisson de textes. Nous y trouverions des paroles qui s'appliquent non-seulement à l'existence tourmentée du héros de ce poème, mais à nos destinées à tous :

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« Mes jours, y est-il dit une fois, sont plus fugi- » tifs que les pas du coureur; ils s'échappent sans » avoir vu la prospérité (3). »

Plus loin, nous lisons ces sombres réflexions :

« Pour l'homme, sa vie est courte et pourtant pleine de chagrins. Il s'épanouit comme la fleur et est coupé; il fuit comme une ombre sans s'arrêter (4). »

(1) Psaume 90, v. 4, 5 et 6.

(2) Isaïe, ch. AO, v. 6 et 7.

(3) Job, cb. IX, V. 25.

(4) Ibid., ch. XIV, v. 1 et 2.

— f08 — Et un peu plus haut il est dit :

« Nos jours sur la terre sont comme l'ombre (4 ). »

A ces mots si peu rassurants par eux-mêmes, nos docteurs ajoutent encore ce terrible commentaire : « Plût au ciel que notre vie ressemblât à l'ombre d'un arbre ou d'un mur; celle-ci s'arrête encore un instant; mais elle est comme l'ombre de l'oiseau qui s'envole et emporte son ombre avec lui (2). »

En poursuivant notre course à travers la Bible et les écrits de nos docteurs , nous pourrions recueillir encore bien des témoignages de notre néant, s'il n'était pas inutile de tant insister sur une vérité sentie par tous, reconnue par tous, et dont tous nous sommes appelés à faire la douloureuse expérience.

Mais il ne sufiSt pas de savoir qu'un jour nous paierons notre tribut à la nature ; il faut songer quelquefois à ce moment. C'est pourquoi je viens vous dire aujourd'hui : Pensez à la mort.

Penser à la mort ! Mais, direz-vous, cette pensée empoisonnera notre existence. Avec elle plus d'activité, plus de joie ; mais une morne apathie, une noire tristesse dont rien ne parviendra à nous distraire. Et nous mourrons ainsi deux fois; car

(1) Ibid., ch. VIII, V. 9.

(2) Midrasch Yalkut.

craindre la mort, c'est déjà , en quelque sorte, mourir.

Je le reconnais, mes frères, il n'y a pas de pire état que celui d'un homme tourmenté par les sombres images qu'il se fait de la mort et qui passerait son temps dans des transes continuelles. Mais ces terreurs proviennent non pas de ce qu'on médite trop sur là transformation que nous devons tous subir un jour, mais de ce qu'on n'en fait pas assez souvent l'objet de ses réflexions et qu'on est exposé ainsi à prendre pour des réalités les illusions de cette faculté qui nous trompe si souvent et qu'un philosophe a appelée, à cause de cela même, la folle du logis.

Examinons, en efiet, les différentes causes qui peuvent nous faire craindre la mort et nous verrons qu'elles disparaissent toutes, si nous appliquons notre pensée à ce fait qui nous [effraie si fort et si nous l'envisageons avec les yeux de la raison.

On craint généralement la mort, parce qu'on se la représente accompagnée d'un triste cortège de souffrances.

Souvent nous redoutons la mort, parce que nous n'avons pas pourvu à l'avenir de ceux que nous aimons et que nous laissons ici-bas sans ressources et sans protection.

Quelquefois encore la mort nous effraie, parce que nous sommes tentés de la regarder comme l'anéantissement complet de notre être, parce que nous n'avons pas la douce et consolante conviction

qu*une autre existence commence pour nous audelà de la tombe.

C'est pour ruiie ou l'autre de ces causés que nous craignons tant de voir s'approcher nôtre dernier jour. Mais cette crainte n'aurait plus de raison d'être si nous faisions quelquefois delà mort l'objet de méditations sérieuses.

Les sombres fantômes qu'évoque notre imagination disparaîtraient, en effet, si nous interrogions la réalité et si nous envisagions les choses sous leur aspect véritable. Nous reconnaîtrions avec la science que la mort étant une suite naturelle du dépérissement de notre corps, est loin d'être aussi douloureuse qu'on veut bien le croire. Nous saurions que ce changement d'état s'opère quelquefois bien doucement et, qu'alors même qu'il est précédé de ces souffrances qui nous paraissent si terribles , le mourant sent ces souffrances moins vivement que nous, ou, pour parler plus exactement, ne les sent pas du tout. « Car, quand la douleur est excessive, dit un naturaliste célèbre (1 ), elle cesse, parce qu'elle est plus forte que le corps qui, ne pouvant la supporter, peut encore moins la transmettre à l'âme avec laquelle il ne peut correspondre que quand les organes agissent. Or, ici l'action des organes cesse, le sentiment intérieur qu'ils communiquent à l'âme doit donc cesser aussi. »

(1) BuffoB : Histoire naturelle de Thomine, de la vieillesse et de la mort.

Nous voilà rassurés, mes frèrôs, Contre la crainte d'une douloureuse agonie, crainte que la réalité ne justifie pas toujours. Mais il ne suffit pas de savoir qu'on peut passer de ce monde dans l'autre sans éprouver de trop vives souffrances corporelles ; il faut que notre esprit puisse rester également calme en présence de la mort; il faut que nous soyons libres de toutes ces préoccupations et de toutes ces inquiétudes qui troubleraient nos derniers moments et rendraient plus déchirante encore notre séparation d'avec ceux que nous aimons. Or, à qui d'entre nous sera-t-il donné à l'heure suprême où il fera ses adieux à sa famille réunie autour de lui, à qui d'entre nous sera-t-il donné de jouir de cette douce et sereine tranquillité qui calmera en partie les regrets que nous éprouvons de nous voir arrachés à ceux sur les destinées desquels nous voudrions encore veiller? Cette tranquillité ne sera certes pas le partage de l'homme qui n'aura cherché qu'à jouir du présent sans jamais songer à l'avenir, de l'homme insouciant et léger, ennemi de l'ordre et de la règle, ou du paresseux, ennemi de l'activité et du travail. Pour ceux-là, rien ne peut les sauver des angoisses du trépas. Quand ils sentiront que leur dernière heure est venue; quand ils ne pourront plus se faire illusion sur leur état ; quand toute espérance de salut sera éteinte en leur âme et qu'ils se verront forcés de quitter les êtres bien-aimés qui se pressent en pleurant autour de leur lit, leur désespoir éclatera ; et au lieu d'inspirer un peu de courage par

leur attitude résignée à ceux que leur mort va priver de tout appui, eux-mêmes faibliront et leurs larmes viendront se mêler à celles qu'ils voient répandre. Hélas ! ce ne seront pas des larmes d'attendrissement, de ces douces larmes qui soulagent le cœur et le délivrent du poids qui l'oppresse; ce seront les larmes amères du repentir, les larmes qu'arrachent l'impuissance de réparer les fautes qu'on a commises et la perspective effrayante des maux dont ces fautes vont être la source.

Si vous voulez, mes frères et mes sœurs bienaimés, être exempts un jour de ce trouble et de cette angoisse dont je vous ai parlé, pensez à la mort. Cette pensée stimulera votre activité, elle vous donnera des habitudes d'ordre et d'économie. Qui d'entre vous, en effet, ne redoublera de zèle et de prévoyance en songeant que Dieu, le maître de ses destinées, peut l'appeler à lui à chaque instant et, qu'alors s'il n'avait rien mis en réserve, il laisserait sans ressources la compagne qu'il avait promis de rendre heureuse, les enfants que la providence avait confiés à ses soins.

Et si, malgré vos efforts, malgré vos sages précautions, vous n'êtes pa& parvenus à assurer l'avenir de ceux pour lesquels la religion vous ordonne de travailler, une consolation du moins vous restera au dernier moment. Vous aurez conscience d'avoir rempli votre devoir, et vous pourrez vous abandonner pour le reste à Dieu, qui ne délaisse jamais les malheureux et qui sera pour ceux que vous

quitterez un protecteur aussi bon, aussi dévoué que vous le fûtes vous-mêmes; à Dieu que l'Ecriture appelle « le père des orphelins et le juge des veuves » (4)

à Dieu dont la puissance et la bonté sont infinies et qui exauce les prières des infortunés qui ont besoin de son secours et qui l'invoquent dans leur détresse. Pensez à la mort, mes Frères, et vous apprendrez à la regarder en face. Vous n'éprouverez plus d'inquiétudes, vous que cette pensée portera au travail et que le succès récompensera de vos efforts ; vous n'en éprouverez pas non plus, vous doat le rude labeur sera resté sans fruit; car dans vos méditations sur l'avenir, vous aurez appris à placer votre confiance dans le Seigneur, et vous saurez à qui vous léguerez le soin de veiller sur ceux auxquels vous allez manquer. Pensez à la mort, et toutes les terreurs qu'elle vous inspire se dissiperont, elles s'envoleront l'une après l'autre. Vous n'en redouterez plus les suites pour ceux qui resteront ici-bas à vous pleurer ; vous ne les craindrez pas non plus pour vous-mêmes.

Ce qui effraie généralement les hommes, c'est l'ignorance du sort que leur réserve la tombe. Nous ne craindrions pas de quitter ce monde, entend-on dire souvent, si nous savions ce qui nous attend, si la mort nous révélait à l'avance ses secrets, si

(1) Psaume 68, V. 6.

les voiles qui couvrent nos destinées futures tom baient à nos yeux.

Ah! sans doute vous ne connaissez pas, vous ne pouvez pas connaître dans tous ses détails la vie nouvelle à laquelle vous serez appelez ; mais ce dont vous pourriez être assurés si vous le vouliez, c'est qu'une autre existence commencera pour vous quand finira votre existence terrestre.

Ce que vous pourriez savoir si vous vous en donniez la peine, c'est que vous avez en vous une âme qui est distincte du corps et qui ne saurait, par conséquent, être soumise aux lois de dissolution qui régissent le corps.

Ce que vous pourriez savoir , si vous y teniez , c'est que rien , pas même un atome , ne se perd dans la nature, et qu'il est impossible que l'âme seule, ce qu'il y a de plus élevé en vous, fasse exception à la règle.

Ce que vous pourriez savoir enfin, c'est que si tout était terminé pour nous quand nous nous séparons de notre enveloppe matérielle, la bonté, la sagesse, la justice de Dieu ne seraient plus que des mots, des illusions, des mensonges.

Oh ! oui , vous sauriez que vos aspirations à l'immortalité ne vous trompent pas, qu'elles seront satisfaites un jour ; oui, vous seriez forts et courageux devant la mort, si vous vouliez quelquefois méditer sur les destinées humaines ; si vous ne repoussiez pas comme importune cette question qui se pose devant tout homme :

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« D'où viens-tu? Où vas- tu (1)? »

Craint-on, en effet, de mourir quand on sait qu'on doit renaître immédiatement à une vie nouvelle, ou, pour mieux dire, quand on est assuré qu'on ne cesse pas de vivre un seul instant? Crainton de mourir quand on sait « que le corps seul, selon l'expression de l'Ecclésiaste , retourne à la terre dont il a été pris et que l'âme retourne vers Dieu dont elle émane (2). > Serait-ce peut-être la séparation d'avec ceux que vous aimez qui vous fait peur? Mais, vous n'hésiteriez pas à partir à l'avance pour aller habiter une terre lointaine si vous étiez sûrs que vos familles vous y suivraient. Eh bien ! cette assurance, vous l'avez quand vous devez aller habiter le séjour des âmes. Vous n'ignorez pas que ceux dont vous vous séparez pour un moment, vous rejoindront dans la céleste patrie. Pourquoi donc tremblez-vous à la seule idée de les précéder dans leur voyage ?

Ne savez-vous pas, d'ailleurs, que là où vous devez vous rendre, d'autres êtres vous attendent que vous avez aimés aussi , et dont vous avez maintes fois désiré la présence? Avez-vous oublié ce que vous disiez si souvent : Je voudrais revoir le père qui a veillé sur ma jeunesse, la mère qui m'a prodigué tant et de si tendres soins,

(1) Pirké Abolh, ch. \\i, Mischna 1«.

(2) Ecclésiaste, ch. 12, v. 7.

i'enfant qui faisait ma joie et mon bonheur et qui m'a coûté tant de regrets et de larmes. Eh bien ! pourquoi refuseriez-vous, si vous en étiez les maîtres, le moyen que Dieu vous offre de réaliser ces désirs? Pourquoi voudriez -vous vous détourner maintenant du chemin qui conduit vers ceux que vous aimiez, quand Dieu vous permet de prendre ce chemin où, dans les premiers moments de votre douleur, vous avez peut-être été tentés de vous engagerjmalgré ses ordres?

L'homme est-il donc ainsi fait, qu'il désire toujours ce qu'il ne peut obtenir , et que l'objet de ses poursuites perd tout charme pour lui, quand il est en son pouvoir de l'atteindre !

Ah l soyons conséquents avec nous-mêmes.

Avouons que nous craignons la mort plus que toute chose, que nous préférons la vie présente avec toutes ses amères déceptions, avec toutes ses poignantes douleurs à la vie future avec toutes ses riantes promesses. Mais , avouons aussi que nous n'avons que des convictions vacillantes, sans fondements solides ; ou bien que notre amour, pour ceux que nous avons perdus, ne résiste pas au temps , et que les regrets que nous avons témoignés, les larmes que nous avons versées étaient les manifestations de sentiments qui, depuis, ont perdu beaucoup de leur force. Si, au contraire, cet amour dure toujours, si nous avons conscience de notre immortalité, osons donc envisager la mort en face, et jetons lui ce hautain défi : « mort,

où sont tes épidémies, tombe où est ta peste (1)? »

Une chose pourtant est nécessaire, mes frères, pour nous donner le courage de regarder la mort sans trembler. Il faut que nous pensions à elle, que nous nous préparions à la recevoir; il faut que nous nous disposions à comparaître devant Dieu.

Toute notre vie, selon nos docteurs, ne doit être qu'une longue préparation à l'éternité. « Ce monde, disent-ils, est comme un vestibule placé à l'entrée du monde futur; préparez-vous vous-mêmes dans le vestibule, afin d'être admis dans le palais (2). » Faites provision de bonnes œuvres, nous disent-ils encore, « car, quand l'homme quitte cette terre, il n'est accompagné ni par son argent, ni par son or, ni par ses pierres précieuses et ses perles; mais son assiduité à étudier la religion, et ses bonnes actions pèseront seules de quelque poids dans la balance de la justice éternelle (3). »

Cette nécessité de nous préparer à la vie future, ils nous l'enseignent encore par cette belle comparaison :

« Si nous n'avons pas recueilli de provisions » sur la terre ferme, que ferons-nous quand nous

(1) Osée, ch. d3, v. U.

(2) Pirké Abolh, ch. 4-, Mischna 16.

(3) Ibid,, ch. VI, Beraitha, 9.

» aurons quitté le rivage, et que nous naviguerons » sur la haute mer (1)? »

Il n'est pas inutile de rappeler quelquefois ces recommandations de nos docteurs; car, généralement, Ton vit comme si Ton ne devait jamais mourir. Nous travaillons à notre bien-être matériel. Pour atteindre ce but, nous ne craignons aucune fatigue, aucune peine. Ni la chaleur brûlante de Tété, ni le froid rigoureux de l'hiver ne nous arrêtent. Mais que faisons-nous pour notre salut? Que faisons-nous pour mériter ces joies célestes, ces félicités éternelles qui nous sont promises, et auxquelles nous aspirons tous?

A nous voir agir, on croirait que Dieu nous doit le bonheur dans une autre vie, sans que nous, de notre côté, nous ne fassions le moindre effort pour le gagner. Nous poursuivons nos intérêts et nos plaisirs, mais le bien nous ne le faisons que par occasion. La vertu, nous la pratiquons quand elle ne nous gêne pas, quand elle est facile. Nos fautes, nous oublions de les réparer, et notre réconciliation avec Dieu , nous la remettons d'un jour à l'autre, jusqu'à ce qu'enfin arrive le moment où il ne nous est plus possible de reculer, et où nous sommes forcés de régler nos comptes avec notre conscience. Alors, notre passé nous effraie et l'avenir nous apparaît sombre et menaçant. Alors tombent ce superbe dédain que nous marquions autrefois , pour le soin de notre salut,

(1^ Talmud, traité Aboda Sarah, F. 5.

et ce fier courage dont nous aimions à nous parer, et cet orgueil hautain qui nous faisait repousser les conseils salutaires qu'on nous donnait. Tout cela disparaît, tout cela s'évanouit pour faire place à la douleur et à l'abattement. Alors, aussi, la prière, dont nous méconnaissions autrefois la douceur, nous apparaît comme un refuge. Nous crions vers le Seigneur, nous le supplions avec larmes de nous laisser vivre encore pour réparer notre négligence, pour mieux comprendre et mieux remplir notre destination. Puis, quand nous voyons que toute espérance est perdue, et que notre dernière heure a sonné, nous essavons de fléchir la justice divine par notre soumission , par notre humilité, par notre repentir. Le vice qui nous apparaissait autrefois revêtu de tant de charmes, se montre maintenant à nous dans toute sa laideur, et ne nous inspire plus que du dégoût. Les préceptes de charité que nous négligions naguère, nous les trouvons bien beaux maintenant, et nous nous hâtons de leur obéir en faisant de pieux legs. Les injustices qui ne pesaient pas plus qu'une plume sur notre conscience, pendant toute notre vie, nous paraissent trop lourdes maintenant, et nous nous empressons de nous en décharger. Par ces réparations tardives, par ces aumônes distraites de biens qui ne nous appartiennent plus, nous croyons détourner de nous le châtiment que nous méritons. Mais, il sera trop tard; l'heure de la réparation sera passée sans retour.

Sans doute, l'homme, dont la conduite est généralement pure et qui, quand il cède à un entraînement passager, se hâte de retourner à Dieu, peut revenir encore de récents égarements , et obtenir son pardon au moment où il va exhaler son dernier souffle; sans doute, encore, celui qui est surpris par un accident ou une maladie qui le conduit prématurément au tombeau, peut, s'il regrette sincèrement ses fautes, et si son repentir n'est pas inspiré seulement par la crainte du châtiment, rentrer en grâce auprès de Dieu avant de mourir. Mais ce serait par trop commode si, après avoir obéi toute notre vie à nos fantaisies et à nos caprices, sans égard pour le devoir; si, après avoir subi toute notre vie le joug des passions, au lieu de nous plier volontairement et docilement sous celui de la loi; si, après avoir remis d'un jour à l'autre, d'une année à l'autre, le soin de nous réconcilier avec Dieu; ce serait par trop commode s'il nous suffisait, au moment de paraître devant le Seigneur, de balbutier quelques paroles de regret, arrachées plutôt par la peur que par le repentir, et d'employer, à des œuvres de bienfaisance, quelques sommes d'argent dont nous ne savons plus que faire.

Ah! si nos docteurs ont pu poser ce principe : « celui qui dit : je puis pécher toute l'année, le jour du Kipour m'amènera le pardon ; pour celuilà le Kipour n'amène point de pardon (1). » Il

(1) Talmud. Traité de Joma, fol. 8S, b.

nous sera bien permis de conclure de là que celui qui, toute sa vie, a enfreint le devoir, sans manifester le moindre regret, ne se trouvera pas subitement digne de la clémence de Dieu par la seule raison, que le châtiment dont il est menacé l'effraie.

Le criminel qui pâlit et tremble devant la perspertive du supplice qui l'attend, est-il donc absous parla justice humaine, parce qu'il a peur d'elle? Or, Dieu est la justice absolue, et, s'il est vrai, que sa miséricorde, tempère sa sévérité, elle ne va pourtant pas jusqu'à permettre qu'on se joue impunément de lui, ce ne serait plus là de la miséricorde, ce serait de la faiblesse, et toute faiblesse est inconnue à Dieu.

C'est pourquoi, mes frères, ne différez pas votre pénitence. Songez à la mort et repentez-vous tous les jours, car, tous les jours, Dieu peut vous appeler à lui. N'imitez pas ces serviteurs insensés dont parle le Talmud (I) qui, ayant été invités par le roi, à un festin dont l'époque était indéterminée, se disaient : le moment du festin est encore éloigné; nous avons bien le temps de faire nos apprêts. iMais, suivez l'exemple de ses serviteurs plus sages qui, dans la prévision, qu'ils pourraient être conviés d'un jour à l'autre au banquet de leur royal maître, se tenaient constamment prêts, et qui, en récompense de leur sagesse et de leur zèle, furent comblés de présents et d'honneurs.

Un jour aussi , Dieu nous invitera à paraître

(1) Talmud. Traite' de Schabbat, fol. 153, a.

devant lui... Puissions-nous être prêts alors; puissions-nous avoir suivi cette maxime que nous a laissée le sage des sages :

iDw bx ']Vin hv ï)dï;t a>3nS -{naa vn> nj? Sji « Qu'en tout temps tes vêtements soient blancs , » et que l'huile ne manque pas sur ta tête (1). »

Je me résume, mes frères. H faut penser à la" mort, car, si on veut ne pas la craindre, on a besoin de savoir ce qu'elle est, et quelles en sont les suites. Il faut penser à la mort, car pour bien mourir, il est essentiel d'avoir bien vécu. Pensez donc à la mort et vivez religieusement; vivez comme doivent vivre des Israélites sincères. Sachez mettre des entraves à vos désirs, et soumettez vos passions et vos intérêts au devoir. Et si, parfois, vous vous écartez de la règle, si vous oubliez quelquefois ce que vous devez à Dieu, ce que vous devez à votre titre d'hommes et d'Israélites, qu'un prompt repentir vous ramène dans la voie qu'il n'aurait pas fallu quitter.

Pour réparer vos transgressions de la loi qui s'oublient si facilement, au milieu dés distractions mondaines, consacrez tous les jours quelques moments à un entretien avec vous-mêmes; examinez votre conscience tous les soirs avant de vous livrer à ce sommeil qui pourrait bien être votre dernier sommeil. Revenez aux traditions que nos pères nous ont léguées. Tous les soirs, ils récitaient

(2) EcclésiastCj ch. ix, v. 8.

la confessÎQn des péchés; tous les soirs, ils demandaient pardon au Seigneur, des fautes qu'ils avaient commises, et ils pardonnaient aussi mentalement à ceux qui les avaient offensés.

Ainsi, réconciliés avec Dieu et les hommes, ils s'endormaient tranquillement, car ils étaient prêts à paraître devant le Seigneur.

Ce témoignage que nos pères se rendaient, pouvons-nous nous le rendre aussi ? Ah ! si ce Dieu qui , d'après la tradition israélite, nous juge le B.osch- Haschana, et confirme son jugement le jour de Kipour, si ce Dieu avait prononcé sur nous son arrêt de mort, si cet arrêt devenait définitif aujourd'hui et qu'il reçut immédiatement son exécution, dans quel état paraîtrions-nous devant lui !

Vous, époux, traitez-vous avec douceur celles qui ont lié leurs destinées aux vôtres; et vous, épouses, entourez-vous de votre affection ceux auxquels vous vous êtes unies devant Dieu ! Vous, pères et mères de familles, travaillez-vous à l'avenir de vos enfants; cherchez-vous à leur assurer une position honorable dans le monde; leur inculquezvous aussi ces principes sévères sans lesquels ils s'égareraient; leur donnez -vous l'instruction religieuse et morale qui doit former la base de toute éducation vraiment digne de ce nom ; les façonnezvous à la vertu par vos paroles et vos exemples ; en un mot, les élevez-vous, non-seulement pour la vie terrestre, mais aussi pour la vie éternelle? Et vous, enfants, aimez-vous et vénérez-vous vos parents,

les récompensez -vous par cette vénération et cet amour, des soins qu'ils vous ont prodigués?

Vous, maîtres, êtes-vous bienveillants envers ceux que Dieu a placés sous vos ordres; et vous, qui êtes dans une position dépendante, témoignezvous à vos chefs et maîtres le respect et. les égards auxquels ils ont droit de votre part?

Riches, vous que le Seigneur a comblés de ses faveurs, vous qu'il a placés, ici-bas, pour être les dispensateurs de ses dons auprès de vos frères pauvres, remplissez-vous les intentions de Dieu; et vous, pauvres, savez-vous toujours mériter, par votre conduite, les sympathies de ceux qui doivent vous protéger?

TouS) enfin, vivons-nous toujours comme nous devons vivre? Ne nous arrive-t-il jamais de faillir à notre mission? ne nous rendons-nous pas indignes de notre divine origine, indignes du brillant avenir que Dieu nous réserve?

Que répondrions-nous, mes frères, à ces questions, si Dieu lui-même nous les adressait? Dieu qui lit dans nos cœurs et devant qui toute réticence serait vaine, tout mensonge inutile!

Ah! sans doute, nous baisserions la tête, nous n'oserions lever nos regards confus vers Celui qui nous parle, et nous attendrions, en silence, notre condamnation. Eh bien ! s'il n'est pas probable que Dieu nous appellera tous à lui dans le même moment, pour répondre de nos actes, son choix peut tomber sur quelques-uns d'entre nous. Quels sont

ceux qui se trouvent inscrits maintenant dans le livre de la vie, et quels sont ceux dont les noms ont été effacés? Quels sont ceux que la maladie épargnera cette année, et quels sont ceux qu'elle viendra visiter et conduire au tombeau? Nous ne le savons pas; mais, tous, nous pouvons être désignés ; tous nous devons donc penser à cette recommandation de Salomon , dont j'ai parlé tout à l'heure : « Qu'en tout temps tes vêtements soient blancs, et que Thuile ne manque pas sur ta tête (1). »

-ion» ^K "{ï;èîi ^y \niai a»:!*? y 1^2 vr> ny S33 Tous nous devons être à même, quand apparaîtra cette messagère de Dieu qu'on nomme la mort, de dire ce que répondaient nos ancêtres les patriarches, quand Dieu les appelait >33n« « Me voilà. » Me voilà, Seigneur, je suis prêt à te rendre l'âme que tu m'as donnée 5 pure, elle sortit d'auprès de toi, et pure elle revient vers toi , mon Créateur et mon Père ! Amen !

(d) Ecclésiaste, ch. 9, v. 8.

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