‹ Sermons [microform]Chapitre 8 sur 13 · LA PENSEE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA PENSEE DE DIEU

Sermon prononcé à la Chaux de-Fonds [Suisse).

Mes Frères,

Aucune invitation ne pouvait m'être plus agréable que celle que vous m'avez adressée.

Je suis heureux de pouvoir porter la parole devant une Communauté qui se distingue par son intelligence, son activité, son amour de l'ordre, ces vertus qui contribuent à la prospérité des individus et des sociétés !

Je suis heureux qu'il me soit permis d'offrir publiquement mes reconnaissants hommages au généreux pays qui a été si hospitalier à mes compatriotes ; à la magnanime nation qui a donné tant de témoignages d'affectueuse sympathie à mon peuple vaincu et malheureux.

noble terre de Suisse, nous n'oublierons jamais ce que tu as fait pour l'héroïque population de Strasbourg ; nous n'oublierons jamais les tendres soins que tu as prodigués aux enfants de la

France qui se sont réfugiés sur ton sol. Nous nous rappellerons avec attendrissement la touchante sollicitude dont tu as fait preuve envers ceux de nos frères qui gémissaient au loin dans la captivité , et les pieux honneurs que tu as rendus à ceux de nos guerriers qui ont succombé chez toi à leurs fatigues et à leurs blessures !

Et vous, mes Frères et mes Sœurs bien-aimés, vous avez pris une part éclatante à ce magnifique mouvement de charité qui , au milieu même des horreurs de la guerre; au milieu des discordes qui ensanglantaient deux pays , a affirmé si haut le principe qui doit régir les sociétés et auquel appartient l'avenir; le grand principe de la solidarité des peuples, de la fraternité humaine !

Vous n'avez pas seulement apporté un concours large et empressé aux œuvres fondées par vos concitoyens , mais vous avez fondé une œuvre particulière. Vous vous êtes souvenus de vos frères et de vos sœurs de l'Alsace et de la Lorraine, et vous avez voulu panser leurs plaies et guérir leurs meurtrissures.

Ce n'est pas sans une vive émotion que je me rappelle en cet instant que j'étais un de ceux qui furent choisis par vous pour être les dispensateurs de vos bienfaits.

C'est du fond du cœur que je vous remercie de l'honneur que vous me fîtes» C'est aussi du fond du cœur que je vous remercie de m'avoir fourni l'occasion de vous exprimer publiquement ma re-

connaissance pour la sainte mission que vous voulûtes bien me confier.

Puisse le Seigneur récompenser l'ardente charité dont vous avez fait preuve et qu'ont montrée avec vous tous les habitants de ce pays ! Puisse-t-il répandre sur vous et sur la Suisse toute entière ses célestes faveurs 1 Amen !

J'appellerai votre attention, mes Frères, sur les paroles suivantes qui se trouvent au livre du Deutéronom :

nx jn3n ovn nwo >33n iidu vosï^m vnpm

•nïrt DVD I«n"j3«^ 5?nï?3 nï?K inna

Sois bien sur tes gardes de peur que tu n'oublies l'Eternel ton Dieu , et que tu n'observes pas ses préceptes , ses lois , ses statuts , que je t'impose aujourd'hui

Souviens toi de l'Eternel ton Dieu, car c'est lui qui t'a donné la force d'acquérir des biens afin d'accomplir l'alliance qu'il a jurée à tes pères , comme il le fera à cette époque.

Deutéron. Ch. 8, V. H et 48.

Ce n'est pas sans raison, mes Frères, que l'Ecriture Sainte nous ordonne de penser à Dieu, non pas seulement de temps en temps, et à de certaines époques de l'année, mais constamment, mais sans cesse. Penser à Dieu , est , en effet , la condition indispensable d'une vie véritablement religieuse et véritablement heureuse.

C'est la pensée de Dieu qui nous éloigne du mal; c'est la pensée de Dieu qui nous encourage au bien; c'est la pensée de Dieu qui nous soutient dans l'adversité. Et quand d'irréparables afflictions nous ont atteints , quand notre cœur est brisé , anéanti par la douleur, c'est elle encore qui nous console et qui vient, sinon guérir, du moins cicatriser nos plaies l

Il n'est pas besoin de longs raisonnements pour vous montrer que je n'ai pas exagéré en décrivant tout à l'heure l'influence heureuse, l'influence bénie que la pensée de Dieu exerce sur nous : Il me suffira d'en appeler à l'Ecriture Sainte et à votre propre expérience.

Quand le livre des Juges dépeint la dépravation qui commença à régner en Israël après la mort de Josué, il semble indiquer l'oubli de Dieu , comme cause principale du triste changement qui s'était opéré dans les mœurs du peuple israélite.

Les enfants d'Israël, dit-il, firent le mal aux yeux de l'Eternel, parce qu'ils avaient oublié l'Eternel leur Dieu, et ils servirent les idoles de Baal et d'Aschera. (Juges, Ch. 3, v. 7).

Il y a dans le livre des Psaumes un chapitre qui rappelle les nombreux bienfaits dont Dieu combla nos pères et la honteuse ingratitude dont Israël paya ces bienfaits et c'est encore l'oubli de Dieu qui est signalé com'me cause de cette ingratitude.

Après avoir mèatiaané ert quelques îm:o>ts les événements qui se passèrent sur les bords de la mer Rouge, lé poète sacré dit :

En ce moment les Israélites crurent aux paroles de rEternel et ils chantèrent ses louanges (Psaume 106, V. 42). Mais bientôt, ajouté-t-il, bientôt ils oublièrent ses œuvres. (Ibid). Vtt;j;D inai» nuo Etun peu plus loin après avoir raconté les nombreuses insubordinations d'Israël, ses violents murmures contré l'Eternel et contre Moïse, rapostasie dont il se rendit^ coupable en allant se prosterner aux pieds du veau d'or, le poète sacré s'écrie :

Ils avaient oublié l'Eternel qui était venu à leur secours et qui avait fait de si grandes choses pour eux en Egypte. (Ibid. v. 21).

Enfin, mes Frères, quand l'Eternel, par l'organe du prophète Isaïe, reproche à Israël ses égarements, il lui reproche surtout de l'avoir oublié.

Tu ne t'es pas souvenu de moi et tu ne m'as pas porté dans ton cœur. (Isaïe Gh.. 57, y. 11).

Ainsi, mes Frères, d'après l'Ecriture Sainte, c'est à l'oubli de Dieu qu'il faut attribtter le triomphe du mal, et ce queditrEcriture,; nous pouvons le confirmer par le témoignage dç notre propre expérience. ; ;

pieu, en effet, est-il présent à notre pensée et à

notre cœur, quand nous cédons lâchement à nos passions, quand, pour satisfaire notre sensualité, nous enfreignons les prescriptions de la religion et de la morale? Dieu est-il présent à notre pensée et à notre cœur, quand n'écoutant que la voix de l'intérêt, nous violons perfidement les règles de la loyauté et de l'honneur? Dieu est-il présent à notre pensée et à notre cœur, quand obéissant à de misérables rancunes ou mus tout simplement par le désir de nous donner un agréable passetemps, nous dévoilons les fautes cachées de nos frères, ou quand, non contents de médire de leurs actes , nous calomnions leurs intentions , travestissons leurs paroles et détruisons ainsi les réputations les plus solidement établies?

Dieu est-il présent à notre pensée et à notre cœur, quand l'orgueil nous enivre, quand nous traitons avec hauteur, avec dédain tous ceux qui nous sont inférieurs par la fortune ou la position, mais qui sont autant que nous par leur titre de membres de l'humanité et d'enfants de Dieu, et peut-être plus que nous par leurs vertus?

Ah , mes Frères , nous serions moins enclins à l'amour du plaisir et moins portés à lui sacrifier notre devoir, si nous songions à Celui qui nous a doués de raison et de liberté, non pour que nous nous dégradions, pour que nous nous abaissions au rang de ces êtres inférieurs qui, eux, ne peuvent qu'obéir à leurs instincts et à leurs appétits grossiers, mais pour que nous aspirions à ressem-

bler au divin modèle que nous devrions toujours avoir devant les yeux, pour que nous nous rapprochions de l'idéal vers lequel nous devrions tendre constamment.

Nous serions moins âpres au gain, moins disposés à vendre pour un peu d'or le salut de notre âme, si nous pensions à Celui que l'Ecriture appelle le juge de toute la terre. (Genèse 18, 25), pNH Sd t)QW^ à Celui dont toutes les voies sont justes. (Deuter. 32, v. 4), jûqvd V3"n ba o et qui aime par dessus tout la justice et la droiture. (Psaumes 33, v. 5).

Nos haines aveugles nous égareraient moins souvent, nos basses rancunes nous domineraient moins facilement, nous nous laisserions aller moins volontiers à la médisance et à la calomnie, si nous pensions à Celui qui a dit "aaSa "mn nèi ii2vn nS tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur. (Levit. 19, V. 17), à Celui qui a dit encore -]a;;n Van ^bn bih tu n'iras pas médisant au milieu de ton peuple. (Ibid., V. 16).

Enfin, mes Frères, notre orgueil tomberait, notre fierté s'évanouirait si nous pensions au Créateur qui nous a pétris tous du même limon, qui nous a communiqué à tous une partie de sa divine nature et qui tient entre ses mains nos destinées à tous que nous soyons riches ou pauvres, humbles ou puissants, en haut ou en bas de l'échelle sociale ! Oui, mes Frères, l'oubli de Dieu voilà la cause de toutes nos déviations du chemin droit ;

et pour rentrer dans la voie du bien que nous n'aurions jamais dû quitter, il n'y a qu'un seul moyen : c'est celui qui est indiqué par ces paroles de notre texte : yrhii »> m msTV Souvenez -vous de l'Eternel votre Dieu.

Souvenez-vous de l'Eternel votre Dieu et alors vous n'éviterez pas seulement le mal, mais vous ferez aussi le bien.

Pour que nous fassions le bien, non pas seulement une fois et par hasard, mais souvent, mais chaque fois que l'occasion s'en présente, il faut que quelque chose nous y pousse.

Ce mobile dont nous avons besoin pour être portés au bien , c'est la pensée de Dieu qui nous le fournit. Pouvons-nous , en effet, penser à Dieu sans nous rappeler la bonté qu'il a témoignée à nos pères et les faveurs dont il nous comble nousmêmes journellement? Et pouvons-nous nous rappeler les bienfaits sans nombre dont nous sommes redevables au Seigneur, sans nous sentir pénétrés pour lui de la reconnaissance la plus vive, la plus ardente? Or cette reconnaissance, vous le savez mes Frères, se témoigne par la charité, car c'est la charité que je désire, n3T kSt >nyan non »n a dit l'Eternel , par la bouclie du prophète Osée, et non les victimes qu'on offre sur l'autel. (Osée 6, v. 6).

Et nos docteurs nous disent quelque chose de semblable maanpn bia mv r^pi"^ nmvn bna L'aumône vaut mieux que tous les sacrifices.

(Talmud, Souka, f. 49, b.)

Le Midrasch nous raconte encore ce qui suit ;

Rabbi Yochanan et Rabbi Josué entrèrent un jour à Jérusalem après que cette ville était tombée au pouvoir des Romains. Ils arrivèrent jusque devant les ruines du Temple. A l'aspect de ces lieux si animés naguère et maintenant si désolés, devant ces tristes débris du magnifique sanctuaire où retentissaient autrefois les louanges de l'Eternel et où régnait maintenant un morne silence entrecoupé seulement par les cris rauques des oiseaux de proie, R. Josué ne put retenir ses larmes ; malheur à nous, s'écria-t-il, le voilà devenu un monceau de ruines le Temple où nous venions prier le Dieu unique ! le voilà brisé et gisant dans la poussière l'autel sur lequel nous offrions nos sacrifices au Seigneur et aux pieds duquel nous implorions de lui le pardon de nos fautes ! Que ferons-nous désormais pour obtenir la rémission de nos péchés? Ne te désole pas mon fils, répondit R. Yochanan, il nous reste encore un moyen de nous faire pardonner nos fautes, aussi efficace que la graisse des

victimes et la fumée des holocaustes, ce moyen

c'est la charité! {]iNi imoD !Amv mm m£)3 ^J^ vw

Le désir de plaire à Dieu en accomplissant des œuvres de miséricorde ; tzj»nDn mVaa une charité vive qui s'émeut à la vue de toutes les infortunes, une charité ardente qui ne recule devant aucun sacrifice, un amour de l'humanité assez vaste pour embrasser tous les enfants de l'Eternel à quelque

religion qu'ils appartiennent ; voilà encore un fruit de la pensée de Dieu.

Mais la reconnaissance que nous devons à Dieu ne se manifeste pas seulement par d'abondantes aumônes aux pauvres. Si elle est aussi vive, aussi sincère qu'elle doit l'être, elle cherche à s'affirmer par la parole ; elle éclate en hymnes et en chants d'actions de grâce ; elle se traduit par la prière.

Cette prière, cependant, qui doit faire paraître au dehors les sentiments de gratitude que renferme notre âme n'est pas la prière que les lèvres récitent machinalement sans que le cœur y ait aucune part ; c'est une prière fervente qui sort du plus profond de notre âme. Ce n'est pas cette prière sans recueillement dont nos docteurs disent « quelle ressemble à un cadavre : nnm vh2 t)UD naiD tîSa rtSân c'est celle qu'anime le souffle vivant d'une inspiration de piété. Mais d'où nous viendra cette ferveur qui doit présider à nos entretiens avec Dieu? Comment, au milieu de nos nombreuses occupations se produira ce recueillement qui est une condition indispensable de la vraie prière?

Ce qui le produit, mes Frères? C'est le Temple. Là point d'excitations à penser à la terre l Là rien qui sollicite notre attention et la détourne de Dieu !

Celui-là, donc, qui veut prier véritablement et non pas seulement réciter du bout des lèvres quelques oraisons qui ne disent rien à son intelligence et n'échauffent pas son cœur, celui-là viendra au Temple. Celui qui ne craint pas d'avouer qu'il doit

— ISO —

tout à Dieu, qui ne rougit pas d'offrir publiquement au Seigneur, ses reconnaissants hommages, celui-là viendra au Temple. Il joindra sa voix à celle de ses frères qui chantent les louanges du Seigneur et ses cantiques d'actions de grâce monteront avec les leurs vers le trône de notre divin Créateur et père.

Ainsi , après nous avoir portés à donner à nos semblables des preuves de notre amour, la pensée de Dieu nous pousse à nous montrer charitables envers nous-mêmes, car la ferveur dans la prière, comme le remarquent nos docteurs ; est un acte de charité que nous accomplissons à l'égard de notre propre personne i>Dn •^y>K WQ2 SiDia iDiiJï? onon mS»a: SSd3 rtVan p>i; .-)&?

Ce que nos docteurs disent de la prière à savoir qu'elle est un bienfait pour nous, nous pouvons le dire de la pensée de Dieu elle-même. Nous avons à passer ici-bas par de nombreuses et douloureuses épreuves. Il y en a parmi elles qui sont temporaires et ne font que traverser notre existence. Mais quelque peu durables qu'elles soient, nous y succomberions peut-être et le courage nous manquerait pour les supporter si la pensée de Dieu ne venait au secours de notre àme défaillante.

Quand nous pensons à ce Dieu tout puissant à qui rien n'est impossible. (Genèse 18, 4 4.) 131»d a'iQm et dont la puissance peut nous sauver nous aussi, à ce Dieu qui estbon pour tous et miséricordieux pour toutes ses œuvres, vvv^ ^3 hv vomi hJi >» 3>i3 (Psaume 145, v. 9) et dont la bonté peut s'étendre

sur nous aussi, notre énergie, un instant disparue renaît; avec la confiance en Dieu, nous reprenons de nouvelles forces ; la souffrance glisse sur nous sans entamer et l'orage passe sans que nous soyons brisés.

Mais il plait quelquefois à la divine Providence de nous affliger de maux pour lesquels il n'y a plus de remède ici-bas, de nous frapper de plaies qui ne peuvent pas être guéries sur cette terre. C'est alors, mes Frères, c'est alors surtout que nous avons besoin d'être soutenus et consolés. Quand nos affections ont été brisées, quand ceux que nous aimions ont été arrachés à notre tendresse, quand le vide s'est fait autour de nous, quand chaque jour, chaque heure, chaque instant nous rappelle le souvenir de ceux qui nous ont quittés; c'est alors que notre coeur saignant demande un baume qui puisse calmer ses souffrances. Mais qui nous fournira ce baume bienfaisant? Les hommes? Hé que peuvent leurs paroles souvent banales contre des maux dont personne, excepté nous, n'est capable de mesurer toute l'étendue et toute la profondeur ! C'est à Dieu seul que nous pouvons demander des consolations et c'est seulement en pensant à lui que nous parvenons à retrouver un peu de sérénité.

Quand nous pensons à ce Dieu qui n'est qu'amour, nous sommes naturellement portés à nous demander comment cet amour infini peut se concilier avec les afflictions qui nous ont atteints. Et

notre raison interrogée nous répond : Que les malheurs mêmes dont nous souffrons sont une preuve delà tendresse que Dieu ressent pour nous, de sa sollicitude paternelle pour les intérêts de notre âme ; qu'ils sont destinés à nous arracher à l'empire du mal, à nous attacher plus étroitement à la vertu ; qu'ils sont comme la correction du père qui châtie ses enfants, non parce qu'il prend plaisir aux cris que leur arrache le châtiment, mais parce qu'il veut les rendre meilleurs ino^o ynhii >» i:3 riN ï?'k no» ivi^D >d ; car l'Eternel ton Dieu, te corrige, dit Moïse à Israël, comme un père corrige son fils. (Deuter, 8. v. 5). Quand nous pensons aux sentiments auxquels Dieu a droit de notre part, à l'amour que nous lui devons et que la Torah réclame de nous en ces termes :

^^NQ b32^ "|u?33 bn ^an^ Sd3 ynhii » nx n2m^ Tu aimeras l'Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir (Deuter 6, V. 5), nous sommes amenés à nous dire que cet amour se manifeste surtout par une pieuse résignation à la volonté de Dieu, par une soumission absolue à ses ordres quelque rigoureux qu'ils nous paraissent.

Dès lors nos murmures cessent ; les plaintes s'arrêtent sur nos lèvres; nous souffrons encore, mais nos souffrances ne nous paraissent plus si dures à supporter; nous les acceptons comme un moyen de nous purifier, de nous sanctifier, de nous

élever vers Celui qui nous les envoie et qui ne les envoie pas sans raison.

J'ai essayé, mes chers Auditeurs, de vous faire sentir l'heureuse influence que la pensée de liieu exerce sur nous. Je me suis eff'orcé de vous montrer qu'elle est un préservatif contre le mal, une exhortation à la vertu, un soutien et une consolation dans l'infortune.

Si je pouvais me flatter d'avoir porté la conviction dans votre âme, s'il m'était permis d'espérer que les paroles que je viens de vous adresser ont trouvé de l'écho dans votre cœur, et que vous voudrez bien vous en souvenir quelquefois, je descendrais d'ici avec la ferme persuasion d'avoir, par mon premier entretien avec vous, contribué à votre bonheur en ce monde et dans l'autre. Ah , mes chers Frères et Sœurs, laissez-moi emporter cette douce espérance ; laissez-moi croire que la pensée de Dieu sera toujours présente à votre esprit , qu'elle sera pour vous comme ces phares lumineux que le navigateur aperçoit de loin et qui, au milieu des ténèbres de la nuit lui montrent la route qu'il a à suivre pour arriver heureusement au port. Laissez-moi croire que c'est auprès de Dieu que vous chercherez des secours dans le danger, des consolations dans l'adversité; que vous le prierez de cœur et d'âme , que vous méditerez sur ses perfections et qup ces prières et ces méditations vous inspireront le désir d'imiter votre divin Créateur et père et de pratiquer comme lui la j ustice et la charité.

C'est ainsi que vous glorifierez la religion à laquelle vous appartenez, cette grande religion trop longtemps méconnue, trop longtemps calomniée et dont la charte proclamée sur le Sinaï alors que toute la terre était encore plongée dans les ténèbres de l'idolâtrie, renferme ces belles paroles que le monde n'avait jamais entendues, qui depuis, ont transformé l'humanité de fond en comble, et qui sont le résumé de tous nos devoirs.

I^ND bJ2^ ^lya: h22^ laaS hjn ^mSk »' nx nan^i

Tu aimeras l'Eternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. (Deuter 6, V. 5).

Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

(Levit. 19, V. 18).

C'est ainsi que vous mériterez le bonheur en ce monde et la béatitude éternelle. Puisse cette double félicité devenir votre partage à tous, et puisse l'Eternel réaliser pour vous les promesses contenues dans la bénédiction que je vous donne en son nom

Que le Seigneur vous bénisse, chers Frères et Sœurs, et vous préserve de tout malheur et de tout accident ; que le Seigneur fasse luire sa face sur vous et vous éclaire de sa divine lumière, afin que vous connaissiez et pratiquiez toujours vos devoirs d'hommes et d'israélites ; que le Seigneur tourne sa face vers vous et vous accorde la paix et le bonheur !

Gui, Seigneur, répands tes célestes grâces sur tous les membres de cette Communauté, sur les hommes et les femmes, les vieillards et les enfants, et sur les administrateurs dévoués qui la dirigent. Bénis aussi les hommes de bien et les femmes charitables qui sont placés à la tête des institutions de bienfaisance. Bénis ceux qui se sont occupés avec un zèle si louable de la pieuse œuvre que nous allons consacrer dans quelques jours. Bénis celui qui instruit la jeunesse dans les vérités religieuses et qui, comme officiant, contribue à donner à la célébration du culte de la dignité et de l'éclat.

Fais fructifier tous ces efforts réunis et permets qu'ils concourent à la paix, à la grandeur, à la prospérité de la Communauté, à son avancement dans la voie du perfectionnement moral.

Bénis les habitants de cette laborieuse cité.

Bénis la Suisse; qu'elle continue à être l'asile de la liberté, et que son exemple enseigne aux autres peuples à se gouverner eux-mêmes et à n'avoir d'autre maître que la loi.

Bénis tous nos frères en Israël répandus sur la surface du globe et particulièrement ceux qui gémissent encore sous l'oppression et qui sont plongés encore dans les ténèbres de l'ignorance. Dissipe les préjugés qui s'opposent à leur émancipation et seconde les efforts de ceux qui cherchent à leur assurer les bienfaits de l'instruction et de la civilisation.

Bénis aussi tous nos frères en humanité ; donne

du pain à tous ceux qui ont faim, des vêtements à tous ceux qui en manquent, rends la santé à tous ceux qui en sont privés afin que tous chantent tes louanges et célèbrent ta bonté.

Mais surtout. Eternel, éclaire tous les hommes afin qu'ils aillent vers cette sainte alliance des cœurs prédite par nos prophètes, afin qu'ils reconnaissent que tu n'es pas seulement le père d'une infime partie de l'humanité, mais le père de tous les êtres pensants qui peuplent l'univers. — Amen!

Page 1