SIGNIFICATION DES CIMETIERES
Sermon prononcé à l'inauguratian du cimetière de la ChauX'de-Fonds [Suisse).
Mes Frères,
L'œuvre pour la consécration de laquelle nous sommes réunis en ce moment est une de celles qui répondent à un besoin réel.
Pendant longtemps vous avez dû transporter au loin les êtres bien-aimés que la mort vous enlevait. Combien étaient pénibles ces voyages funèbres : vous le savez, vous tous qui avez accompagné les restes mortels ,de ceux qui vous furent chers. Mais ce qu'il y avait de plus pénible encore dans cet exil auquel vous étiez forcés de condamner les dépouilles de vos proches, c'était l'impossibité dans laquelle vous vous mettiez d'aller prier et pleurer sur leurs tombes chaque fois que votre cœur vous y portait.
Quelque nombreuses que soient nos occupations,
quelque variées que soient nos distractions, nous sentons souvent le besoin de nous remettre en présence de ceux qui ont été ravis à notre tendresse, d'évoquer leurs souvenirs, de nous rappeler aussi leurs vertus, de nous inspirer de leurs exemples et de nous fortifier ainsi dans l'amour et la pratique du devoir.
C'est ce besoin du cœur que vous avez voulu satisfaire par l'acquisition de l'emplacement destiné à servir de sépulture à ceux d'entre vous que Dieu appellera à passer de ce monde dans un monde meilleur.
Les autorités de votre ville voulaient, à la vérité, vous aider dans l'accomplissement de votre pieux désir; mais vous ne pouviez accepter leur offre, quelque généreuse quelle fût.
Il y avait certainement quelque chose de beau, de séduisant dans cette idée de placer dans un même cimetière les adhérents de tous les cultes, de les réunir après leur mort, de même qu'ils étaient mêlés ensemble pendant leur vie. On affirmait ainsi le grand principe de la fraternité humaine.
Si vous avez rejeté ce projet ce n'est pas que vous professiez des idées exclusives et étroites.
Les idées exclusives, on ne les rencontre pas chez nous, on ne les trouve pas chez les sectateurs de la loi qui, à une époque ou d'un pays à l'autre, d'une ville à l'autre, .d'une tribu à l'autre, on se considérait comme étranger, comme ennemi, a proclamé que tous les hommes sont enfants du
même père , œuvres du même créateur et qu'ils doivent s'aimer d'un fraternel amour?
Non, mes Frères, nous n'oublions pas le magnifique précepte que notre religion a la gloire d'avoir énoncé la première : IQD '\V'h nD^^5^ Tu aimeras ton prochain comme toi même. (Levit. ch. 19, V. 18). Nous n'oublions pas les belles paroles de Malachi -ijNna nnx ^k iàn iJiJi nntî 3K «bn
N'avons-nous pas tousun même père, un même Dieu ; ne nous a-t-il pas tous créés? (Malachi ch. 2., V. 10).
Et nous conformons notre conduite aux paroles que vous venez d'entendre. Nous jugeons nos semblables non d'après ce qu'ils croient, mais d'après leurs actes. Jamais un pauvre à quelque culte qu'il appartient, ne frappe en vain à notre porte, ne fait un appel stérile à notre générosité ! Nous n'imaginons pas un monde futur à notre fantaisie dont nous excluons ceux qui partagent nos croyances, mais nous disons avec nos docteurs : i^nn aSj;S çhn onb «;> abij;n mQiN >i>Dn
Les justes de toutes nations ont part au salut éternel. (Talmud Synhédrin).
C'est uniquement pour reister fidèles à une de nos prescriptions religieuses que vous avez rejeté la proposition que vous ont faite vos autorités municipales. Le judaïsme professe un grand respect pour les morts; il ne veut pas qu'on les dérange dans leur repos , qu'on trouble leur dernier sommeil. 11 veut qu'après bien des années
les enfants puissent venir prier non pas sur la place où gisaient autrefois les ossements de leurs parents et où gisent maintenant d'autres ossements, mais aux lieux mêmes où ces restes aimés furent déposés et où ils se trouvent encore !
En concevant la pensée de doter votre Communauté d'un cimetière lui appartenant vous avez donc obéi à deux sentiments nobles et généreux : à l'amour de la famille et à l'amour de la religion, et au nom de ces deux grandes choses si dignes de respect et qui s'appellent la religion et la famille, je vous remercie des efforts que vous avez faits pour l'exécution de votre louable projet.
Je joins aussi mes plus sincères et plus chaleureux remerciements à ceux que le dévoué secrétaire du Comité chargé de l'œuvre du cimetière a adressés tout à l'heure aux Conseillers municipaux et aux Conseillers généraux de la commune des Eplatures qui vous ont dit comme autrefois les enfants de Heth au patriarche Abraham :
Choisissez chez nous le terrain qui vous convient le mieux pour la sépulture de vos morts. (Genèse ch. 23, V. 6).
J'offre encore l'assurance de ma sincère reconnaissance à l'honorable Pasteur de cette commune qui s'est associé avec tant d'empressement à l'acte libéral de ses paroissiens et qui nous a offert dans son Temple une si bienveillante hospitalité, ainsi qu'aux Pasteurs de votre ville qui, en honorant
de leur présence la cérémonie que nous célébrons vous' donnent en cet instant une si touchante preuve d'affection. Tous, ils montrent ainsi que sur la libre terre de Suisse il n'existe plus de traces de ces anciens préjugés qui élevaient autrefois d'insurmontables barrières entre les habitants d'un même pays, qui semaient la haine et la discorde entre les membres de la famille humaine. Qu'ils reçoivent l'expression de notre vive gratitude. Je me permets de la leur offrir en votre nom. Je suis certain de n'être désavoué par personne d'entre vous. Je suis certain qu'en parlant comme je viens de le faire, j'ai exprimé, mais trop faiblement, ce que vous éprouvez tous ; je n'ai été que l'organe imparfait des sentiments de reconnaissance que renferme votre âme.
Vous voilà donc en possession, mes Frères, grâce au zèle déployé par ceux que vous avez chargés de la pieuse entreprise qui s'achève aujourd'hui, vous voilà en possession d'une enceinte à laquelle nos saints livres donnent trois noms également caractéristiques savoir ceux de :
jrnapn n>3 Maison des Tombes.
a>m n»3 Maison des Vivants.
oh-w no Maison de l'Eternité.
Ce sont les idées exprimées par les trois dénominations sous lesquelles nos livres désignent les cimetières que je me propose de développer devant vous.
Maison des Tombeaux î quelle pensée peut éveil-
1er en nous un pareil nom ? Vous Tavez deviné, mes Frères, c'est celle de la fragilité et du néant des choses terrestres ! Et n'est-ce pas là aussi la première idée qui se présente à notre esprit quand nous pénétrons dans ces funèbres enceintes où dorment ceux qui furent avant nous, et où souvent, hélas ! nous déposons ceux qui vivaient avec nous et à côté desquels nous voudrions vivre encore ? Dans ces tristes demeures des morts, où les tombes s'alignent à côté des tombes , où les générations viennent se placer à côté des générations; devant ces froids sépulcres qui ne renferment pas seulement des vieillards dont les forces étaient usées et qui se sont éteints comme une lampe que l'huile n'entretient plus, mais qui renferment aussi des hommes et des femmes vigoureux qui étaient à peine arrivés au milieu de la carrière, des jeunes gens et des jeunes filles devant lesquels semblait s'ouvrir une longue suite de riantes années , des enfants, tendres fleurs à peine écloses et déjà brisées par l'orage quand elles commençaient seulement à s'ouvrir à la vie; devant ces pierres tiimulaires qui nous apprennent que la mort ne moissonne pas seulement de son impitoyable faux ceux dont le départ ne fait souffrir personne, mais ceux dont la conservation eût été désirable et nécessaire; qu'elle arrache aux bras d'une épouse désolée le mari qui travaillait pour elle, qui la protégeait; qu'elle sépare de l'époux la compagne qu'il avait choisie et qui le récompensait par son aiïection
des labeurs auxquels il se livrait ; qu'elle enlève . aux tendres embrassements de jeunes enfants les parents qui devaient les entourer de leur affection et de leur sollicitude ; devant ces témoignages irrécusables de la brièveté de notre, existence , notre frivolité habituelle disparaît et , que nous le voulions ou non , ndus nous rappelons les nombreux textes par lesquels l'Ecriture dépeint notre fragilité et notre néant. Et ces paroles de l'Ecriture qui glissaient sur notre âme quand nous les lisions ou quand on les lisait devant nous, elles y pénètrent profondément et nous en reconnaissons la justesse.
Avec Moïse nous constatons douloureusement que notre vie est comme l'herbe qui fleurit le matin et se dessèche aussitôt, et qui le soir est complètement flétrie et foulée aux pieds. (Psaume 90, V. 6).
Avec Job et le Psalmisle nous disons que notre existence ressemble à une ombre fugitive. (Job, ch. 8, V. 9, psaume 144, v. 4).
Nous nous associons aux sombres paroles de nos docteurs qui nous disent :
f\'\v ^^ iV^3 iha îVn hv iK ^niD^w iSïa "«Mbn
Plût ou Ciel que notre vie ressemblât à l'ombre d'un mur ou d'un arbre qui s'arrête un instant; mais elle est comme l'ombre d'un oiseau qui s'envole et emporte son ombre avec lui, et nous faisons entendre, nous aussi, le cri désespéré de Kohelet :
*73n hjtt Q*San San
, Vanité des vanités, tout est vanité 1 (Ecclésiaste ch. 4,v. 2).
J'aurais souhaité, mes Frères, que pendant de bien longues années le cimetière que vous venez de fonder ne vous donnât pas ces austères enseignements. Mais déjà il s'est ouvert pour des parents en pleurs ; déjà il vous jette ce sinistre avertissement : Hommes vous êtes soumis à l'empire de la mort; c'est ici que tous, vous arriverez un jour, que vous soyez riches ou pauvres, humbles ou puissants ; c'est ici que s'arrêteront vos travaux et vos luttes : c'est ici qu'expireront vos désirs et vos ambitions, car c'est ici la maison des tombeaux.
Vanité des choses terrestres : voilà donc le premier enseignement que nous donne la vue d'un cimetière, voilà la première idée qu'éveille déjà en nous le nom dont nous l'appelons.
Mais prenons garde d'exagérer cette idée, et de ne pas lui donner plus de portée qu'elle n'a, qu'elle ne doit avoir. Ah sans doute, tout ce qui est terrestre est vanité. Vanité que la richesse, vanité que la puissance, vanité que les plaisirs; car de tout cela nous n'emportons rien dans la tombe. (Psaume 49, v. 47). hjn np> inian ah >3
Mais il y a quelque chose qui ne périt pas avec nous, qui continue à exister après nous, même sur cette terre, c'est le souvenir de nos vertus.
Certes, mes Frères, il y a des hommes pour lesquels l'enceinte consacrée à la sépulture est
véritablement la maison des morts ; il y en a qui meurent tout entiers, qui descendent tout entiers dans la tombe, qui ne laissent derrière eux aucune trace : ce sont ceux qui n'ont vécu que pour euxmêmes, qui n'ont connu d'autres jouissance» que les jouissances égoïstes, ceux dont l'oreille restait sourde aîux cris de l'humanité souffrante, dont le cœur demeurait insensible devant la misère matérielle , dont l'esprit ne s'est jamais préoccupé de la misère morale des déshérités de la fortune.
Ceux-là sont rapidement oubliés et quand leurs noms seraient gravés sur de fastueux monuments, ils ne réveilleraient dans l'âme de ceux dont ils frappent les regards aucun regret, aucune sympathie !
Mais il en est d'autres dont la mémoire persiste longtemps après qu'ils sont séparés de nous. Ce sont ceux qui ont donné au monde l'exemple d'une vie pieuse, d'une vie consacrée au soulagement de l'infortune ; ce sont ceux qui ont voulu briller plus par leurs bienfaits que par l'éclat de leurs vêtements ou le luxe de leurs demeures. Ce sont ceux qui, ne pouvant faire des sacrifices d'argent, ont sacrifié à leurs coreligionnaires, à leurs concitoyens, à leurs compatriotes , leur temps et leurs forces, ont travaillé à l'instruction et à la moralisation de leurs frères, ont aidé à l'avancement de la science, au progrès des idées, à la diffusion des lumières, à l'établissement de la liberté l
Ceux là ne meurent jamais ; ils vivent dans le
cœur de tous ceux qui les ont connus ; la postérité ne prononce leurs noms qu'avec vénération, avec reconnaissance et ils justifient cette parole de nos sages : o^n omp onn»D3 o»p»nï
« Les hommes de bien, même quand ils sont décédés depuis longtemps, sont encore réputés vivants. »
C'est au nombre de ceux-là que nous devons ambitionner d'être placés un jour. C'est à la gloire pure dont ils jouissaient que nous devons aspirer, à cette gloire qui ne s'achète pas comme une certaine autre que nous connaissons, par les larmes et le deuil des familles, mais qui s'acquiert par le travail de l'esprit, par l'effort de la volonté, par la bonté du cœur.
Il dépend de nous, mes Frères, de satisfaire celte noble ambition. Il dépend de vous que cette enceinte destinée à la sépulture de vos corps , devienne pour votre renommée, non l'asile de la mort, mais la demeure de la vie l £ia»»n n»3
Mais, mes Frères, cette immortalité sur la terre dont je viens de parler ne satisfait pas complètement nos aspirations, ne calme pas cette horreur du néant que nous éprouvons tous. Nous ne voulons pas vivre seulement dans la mémoire de ceux qui nous ont connus; nous voulons être réunis, pour ne plus jamais les quitter, à ceux que nous aimions ; nous voulons renouer dans un autre monde les liens que la mort a brisés ici bas.
Dieu a mis en nous le désir de l'immortalité et
c'est surtout quand nous foulons le sol sacré auquel nous avons confié de chères dépouilles que ce désir se réveille et s'affirme avec une nouvelle force. Que de vertus, que de science, que d'amour sont enfouis sous ces vertes éminences qui frappent nos regards l
Eh bien ces hommes qui ont préféré le devoir à l'intérêt, qui ont lutté avec une énergie et une constance admirables contre leurs passions, qui souvent ont sacrifié leur vie même à l'idée du bien, auront-ils le néant pour récompense de leur soumission à la volonté de Dieu? Ces infatigables pionniers de la science qui ont cherché la vérité avec un zèle et une ardeur indomptables sans pouvoir la saisir entièrement ne verront-ils jamais se déchirer devant eux le voile qui ici-bas leur cachait ce qu'ils voulaient savoir? Ces pères et ces mères, ces frères, ces sœurs, ces enfants qui nous ont tant aimés et qui auraient voulu ne jamais nous quitter, ne pourront-ils plus nous témoigner leur tendresse? Les trésors d'affection que renfermaient leurs cœurs sont-ils fermés pour toujours? Et nous qui ne pouvons les oublier , nous auxquels ils manquent dans nos joies et dans nos douleurs , nous qui aurions voulu les conserver toujours, ne pourrons -nous plus leur donner des preuves de notre amour, ne pourrons-nous plus manifester les sentiments que nous éprouvons pour eux, que par nos regrets et nos larmes? Ah s'il .devait en être ainsi, que nous parle-t-on sans cesse d'un
Dieu juste, sage et bon? Non, mes Frères, la sagesse, la justice, la bonté de Dieu n'existent pas si l'âme n'est pas immortelle. Tout cela n'est qu'illusion et mensonge si à la mort tout est terminé pour nous!
Mais ne nous laissons pas égarer par le cloute ; croyons en nos aspirations, elles ne nous trompent pas, et la religion israélite les confirme, car sur les tombes même qui montrent le néant de la vie terrestre, elle nous fait graver ces mots qui affirment notre foi à l'immortalité : 'n o 'D o >n « Que l'âme de nos bien-aimés soit enveloppée dans le faisceau de la vie éternelle », et ici même en face de la mort, ici où tout nous rappelle notre fragilité, elle nous dit que nous sommes dans la maison de l'Eternité l
C'est donc non-seulement comme champ de repos pour vos corps, mais comme maison de vie pour votre bonne renommée, comme maison de l'éternité pour votre âme , que nous allons consacrer l'enceinte que vous avez acquise. Nous l'appellerons aussi bv n»3 maison de Dieu comme cet endroit dont nous a parlé la Sidrah d'hier, où Jacob éleva un monument, et comme le pieux patriarche, nous dirons :
nirtt? HTi Qmha n>3 on >3 rit px nm mpan nt)3 no
Que ce lieu est redoutable, ceci est la maison du Seigneur et ici est la porte des Gieux. (Genèse, ch. 28, V. 17).
Oui cet, endroit est redoutable pour ceux qui n'ont eu d'autre idéal ici bas que la terre, qui n'ont vécu que pour la poursuite des richesses ou du plaisir et qui n'ont jamais hésité à sacrifier le devoir à leurs intérêts, à leurs passions! Cet endroit est redoutable pour eux, car ici est le tribunal D>nf?N rt^3 où commence non-seulement le jugement des hommes, mais aussi le jugement de Dieu, ce juge incorruptible devant qui il n'y a pas d'iniquité et qui n'oublie aucun de nos méfaits , mDV. nSi t^b^v th viùh \^m (Aboth. Ibid.) qu'on ne peut pas éblouir comme les mortels par les titres et les grandeurs ; aoû avD iihi mais qui rend à chacun selon ses œuvres, mw npn «bi
Mais cet endroit est doux pour ceux qui ont bien vécu, pour ceux qui ont conformé leur volonté à celle de Dieu, pour ceux qui ont été les serviteurs fidèles et dévoués de la loi, car c'est ici pour eux la porte des Gieux o>Oï?rt '^vv•, c'est d'ici que leur âme s'élance radieuse vers le séjour éternel où une heure de béatitude vaut mieux que toute la vie présente :
.nTn dSij?
Oui cette enceinte est une maison de Dieu o^îiSn n»3 car comme les temples elle nous rapproche de notre divin créateur; comme les temples elle nous donne des enseignements élevés et austères et elle nous les donne d'une façon bien plus saisissante et elle les fait pénétrer bien plus profondément dans notre âme.
Venez donc quelquefois dans le champ de repos que nous allons consacrer. Venez-y non-seulement quand des circonstances douloureuses vous appelleront; venez-y non-seulement pour pleurer, mais aussi pour vous instruire, vous édifier et vous consoler.
Quand la soif des richesses, l'amour des plaisirs, l'orgueil voudront s'emparer de votre âme et vous détourner de la voie droite, accourez-y et vous reconnaîtrez que ces biens pour lesquels on travaille, et pour lesquels souvent, hélas ! on pèche tant, sont peu de chose, qu'ils ne valent pas la peine qu'on s'y attache outre mesure et qu'on leur sacrifie les nobles délices que procure l'accomplissement du devoir.
Quand le doute entrera dans votre âme et fera chanceler votre croyance à la Justine divine, parce que vous voyez prospérer les impies, tandis que les justes se consument dans le malheur, parce que vous voyez souvent le droit méconnu, outragé, foulé aux pieds et la force brutale célébrer d'insolents triomphes, venez-y et vous direz avec l'Ecclésiaste : .
« Dieu jugera le juste et l'impie , car il y a un temps pour toute chose, et sur toute œuvre Dieu prononcera là , c'est-à-dire dans la vie future. » {Ecclésiast., ch. 3, v. 17),
Venez aussi quand le souvenir des êtres bien
aimés que vous avez perdus remplira votre cœur d'une poignante douleur 5 et quand vous lirez sur les pierres qui recouvrent leurs restes que leur esprit est enveloppé dans le faisceau de la vie éternelle o»»nrt nnï3, un baume calmant se répandra sur la plaie ouverte dans votre âme, car vous vous direz que ceux dont vous déplorez la perte ne sont pas séparés de vous pour toujours, qu'ils vous ont seulement devancés dans la céleste patrie, où vous arriverez à votre tour et où vous serez réunis à eux pour ne plus jamais les quitter l
Que le champ que vous avez acquis soit donc désormais pour vous ce qu'il doit être : un champ de repos pour les corps rmaprr Ji»3> une maison où votre renommée vivra et se conservera jusque dans les générations futures D»n n>n> une maison d'où votre âme montera au séjour éternel pour y jouir de l'ineffable béatitude réservée aux justes. cdVj; n>3 Qu'il soit pour vous un temple ^fc? n*2 qui vous apprenne qu'ici -bas il n'y a rien de solide, rien de stable , que ce monde ne nous offre que des illusions qui s'envolent , des rêves qui s'évanouissent; qu'il n'est pour nous, comme le disent nos docteurs, « qu'une auberge placée sur la route, et que le ciel seul est « notre véritable demeure. » Qu'il vous enseigne aussi les voies par lesquelles vous devez vous diriger vers la montagne de l'Eternel ; qu'il fasse pénétrer en vous la conviction que vous n'y arriverez que par la pratique de la justice et de la charité; que c'est seulement
en remplissant tous vos devoirs envers Dieu, envers les hommes vos frères et envers vous-mêmes que vous serez dignes d'être admis au banquet de la vie future et de vous y asseoir à côté des êtres chéris qui sont partis avant vous pour ces régions meilleures.
Et puisse-t-il allumer ainsi en vous la sainte flamme de la piété et de la vertu 1 — Amen !
Et toi, Éternel, comble de tes faveurs ceux qui ont pris l'initiative de l'œuvre que nous allons consacrer et ceux qui ont été chargés de l'exécuter et qui ont accompli leur mission avec zèle, intelligence et dévouement ! Bénis l'entrepreneur qui a dirigé les travaux et qui s'est acquitté de ses obligations non-seulement avec équité et loyauté, mais aussi avec un goût parfait !
Répands tes célestes grâces sur la commune qui accorde l'hospitalité à nos morts, sur ses magistrats et son pasteur qui nous ont donné des preuves si éclatantes de leur libéralisme. Bénis les pasteurs de la ville et tous ceux qui, en venant ici, nous ont offert aujourd'hui un témoignage de leur sympathie affectueuse. Bénis les autorités cantonales et fédérales qui se montrent si bienveillantes pour nos coreligionnaires. Accorde tes bénédictions à la Suisse à laquelle j'ai voué comme français une reconnaissance qui ne s'éteindra qu'avec ma vie.
Bénis Israël et l'humanité toute entière! — Amen !