‹ SermonsChapitre 10 sur 12 · PROFESSION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

PROFESSION RELIGIEUSE

Elijge s choisissez^

Deut» 3o«

v^'est , ma chère sœur , le choix le plus important que je viens vous proposer, le choix d'un état d'où dépend votre bonheur pour cette vie, d'où dépend votre sort pour l'éternité.

Je pourrois vous dire avec plus de zèle;; peut-être, que de véritables lumières t choisissez entre Dieu et le monde; mais le choix seroit tout fait ; et vous resteroit-il à balancer ? Non ; je viens vous dire avec plus de vérité : Dieu se trouve dans toutes les situations, dans tous les états , dès*que c'est Dieu seul que l'on recherche. Il se trouve dans le tumulre et les embarras du siècle comme dans la retraite et le silence du cloître; dans la société qui unit deux:

époux par des liens sacrés comme dans l'état saint qui consacre les \ierges et donne des épouses à J. G. ; dans le monde comme dans la Religion ; mais de ces états opposés que Dieu a faits pour sa ^qv&%

ia<)4 Sermon

et pour le salut des hommes; qui ramènent également à lui , quoique par des routes diiférentes, voyez quel est celui auquel Dieu vous appelle, et choisissez^

Ce n'est point à moi à prévenir ce choix et à fixer vos résolutions. Je ne dois que vous éclairer et vous mettre en état de vous déterminer avec sagesse. Pour y réussir j'écarterai avec soin tous les préjugés que vous auriez pu vous former , et je m'attacherai à vous donner une juste idée de la vie du monde et de la vie religieuse , par rapport au salut. A l'égard de Tune, je dis : ma chère sœur, que non-^ seulement on peut se sanctifier dans le monde , mais même qu'avec une piété solide il s'en faut bien que le salut y soft aussi difficile que les mondains se plaisent à le penser ; et ce sera le sujet de ma prer xnière Partie. A l'égard de l'autre, j'ajoute qu'avec une vocation bien décidée et l'heureux choix d'une^maison vraiment sainte , on se sauve plus aisément dans la Reli« gion ; c'est le sujet de la seconde. Avec les précautions que je prends, ne craignez

S oint que mon zèle vous égare. Ministre u Dieu vivant , je ne consulte ici d'autre intérêt que celui de la vérité. Et vous qui vivez au milieu des dangers du siècle , puissiez vous trouver dans ce discours de quoi vous consoler , vous instruire et vous édiûer ?

pour une Prisé d habit.

Preîhiere Partis.

C'est, ma chère sœur , un préjuge dangereux et malheureusement trop répandu i 3u'il est comme impossible de se sauver ans le monde. Dangereux , pourquoi t Parce que les personnes du siècle s'autorisent de ce prétexte pour donner un libi^ cours à leurs passions , n'ayant pas , disentelles , assez de forces pour les surmonter ; parce que la vertu, foible encore et timide , se décourage à la vue d'obstacles qu'elles se grossit à elle-même et qu elle néglige de vaincre , après s'être accoutumée à tes regarder comme invincibles ; parce que la piété tendre et délicate s'alarme trop aisément d'un état où Dieu l'avait placé , sort des voies que la Providence lui avoit marquées et prend pour vocation à l'état religieux , un esprit inquiet et changeant qui devrôit bien plutôt l'en éloigner ; parce qu'enfin l'impiété elle-même s'aitne de cette prétendue impossibilité du salut dans un certain monde , pour répandre des nuages jusques sur la religion ^ en donnant un caractère odieux à la sévérité de sa morale, tant les extrémités se touchent , tant il est vrai qu'en matière de Religion une opinion fausse entraine souvent les conséquences les plus funestes et conduit de proche en proche» aux excès les plus opposés.

à66 Sermon

Non , ma chère sœur , le salut dans le monde n'est certainement pas impossible, je^ dis plus , avec une piété solide , il n y est pas , à beaucoup près > aussi difficile qu'on le pense.

Et d'abord , c'est une vérité que la raison nous annonce et que la foi nous con-»

firme » que Dieu a fait le salut pour tous les hommes. Dieu bon , souverainement bon 9 n'a créé des êtres intelligens que pour les rendre heureux 9 en les faisant naître pour la société civile 9 en les unissant par des nœuds que forme la nature , qu'avoue et que consacre la Religion ; en leur apprenant à respecter et à chérir les doux noms de fils 9 d'époux et de père 9 il n'a pas voulu les dépouiller du droit imprescriptible 9 si î'ose ainsi parler 9 de prétendre au bonheur ; que dis-]e , il a voulu leur en assurer les moyens et les leur faire trouver dans la fidélité à remplir les devoirs que ces noms sacrés leur imposent.

Et J. C. le sauveur des hommes 9 en leur apportant une loi de grâce et d'amour, seroit-il venu anéantir parmi eux tous les droits de l'humanité et y effacer les saintes lois de la nature ; seroit-il venu leur rendre le salut plus difficile en le renfermant dans le cercle étroit d'un petit nombre d âmes appelées à des voies peu communes î Non sans doute ; il est venu au contraire perfectionner ce que la nature n'avoit^

pour une Prise dhahit. 267 pour ainsi dire , qu ébauché ; il est venu ennoblir , épurer , sanctifier ce qu elle n'a* voit pu élever par ses propres forces à un certain degré de mérite ; il est venu donner à l'état primitif , à celui qui est le principe de tous les autres , une consistance que la raison toute seule ne lui avoit pas jusques-ià suffisamment assurée» et éle* ver , ce qui n'étoit encore qu'un contrat social , jusqu'à la dignité du sacrement ; mais sur-tout il est venu adoucir les de* voirs et les rendre plus faciles en les faisant accomplir par la charité. Le verbe de Dieu » son fils et sa sagesse t après avoir présidé du haut des cieux à l'arrangement et à la distribution des étaU -qui concourent au bien général et & Tharmonie de U société > li'a pas prétendu détruire son propre ouvrage en disant anathème à toutes ses conditions différentes que fa Providence a'voit instituées.' Ah i bien loin de là , il a attaché à chacune d'elle les grâces qui lui sont propres 9 ces grâces d^tat d'butant plus abondantes que les ' devoir^ ' eii sont plus difficiles à remplir. Le précur^ seur du Messie n'a pas dit au citoyeli généreux armé pour ta défense de sa patrie : Quittez la:'li€ence des camps t cessez d'être soldat , "tnaîs il hii à dit : Ne faites point d'injûMicë et tcontentez^^i^lis du salaire qui vous est ài^sïgné ; l'apèlre des gentils n'a pas dit : Parce que vous êteé

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dans le monde » sortez de votre état ; mais bien plutôt 9 restez ferme dans Tétat auquel Dieu vous a appelé. C'est enfin pour les hommes de tout éèat i de toute condition , que le disciple de 1 homme-Dieu a dit sans exception , que Dieu 9 qui est également le Dieu de tous t a voulu que tous les hommes pussent parvenir ausàlutf omnes homines vnit ^alinys fierL

Que les prétextes que Ion tire des dangers du monde s'évanouissent donc aujourd'hui à la lumière de l'évangile et au naml^^u de vérité. Mondains , ne dites plus Qu'il: vous est trop difficile de vous sauver, Oites plutôt que vous ne le voulez pas y

Sue la imHtid^ contrainte vous paroh trop ure ; que dans voire état» le moindrê sacrifice (ait à la Religion vous paroît trop pé(iijD)e., et quç^^ trop attaché à la terre 9 vousipc^fére^ f n toute^ occasion le temps JiJ'éternité.i

Pour vous, ma chère sœur , avec des iâlispoisitioiis bien différentes , tous les états vous jsont ouverts pour le salut ; choisissez 9 elige^

Et en. effet , ,n'a-t-on pas vu , ne iroîton .pas , tous, les jours des âmes fidèles se sanctifier dans, tous leS; états. ; parcourez les fastes ^ l'E^lide » puvrez les annales du christianisme ; quel état y avoué par la providence 9 étabU pour le bonheur des hommes et l'avantage de la société > pourriez-

pour une Prise d'habit. ^69 vous citer qui n ait montré des justes -à la terre , et qui n'ait formé des Saints pour le Ciel ? Dans une vie agitée par les révo* luttons du siècle et lembarras des affaires \ comme dans Theureux cours d'une '\i^

Saisible et tranquille ; dans un haut rangs ans les fonctions publiques que les peinel^ et les soins accompagnent , comme |>arifni lés douceurs d'une condition obscure et le repos d'un état privé ; sous les lois dfc l'hymen > comme dfans le célibat des prêtres et des vierges ; dans le plus gran inonde 9 comme dans la plus profonde retraite ; par-tout vous trouvèrent des hommes qui se sont sanctifiés par ce qu!ils lont bien voulu , des âmes généreuses qut se sont applani toutes les difficultés) qiâ ont surmonté tous les obstacle's et qui ont tourné les obstacles mêmes, en moyens pour le salut ; comme dans les éts^s les plus saints » vous trouverez au contraire des âmes lâches ou abusées qui , faute de bonne volonté , de courage où de pèrsé^ vérance , qui , plus souvent encore , pour ne pas avoir assez veillées sur elles-mêmes} ont fait les chutes les plus déplorables et ont trouvé leur perte jusques aans le port qui sembloit devoir les mettre pour toujours à l'abri du naufrage.

Preuve bien sensible et pour vous, ma chère sœur , et pour vous tous , que ce ne sont pas précisément le lieu , l'état et

ayo ' Sermon

l'habit qui font les Saints ; mais que Dieu s^est réservé des élus dans toutes les conditions 9 comme dans toutes les classes ; son œil 9 toujours droit et pur , aperçoit »

malgré lui 9 et en beaucoup plus grand nombre 9 des âmes infidèles et réprouvées.

Ainsi- 1 avez- vous permis 9 ^ mon Dieu } pour que nul d'entre nous ne désespère, pour que tous les états soient également remplis sans découragement e( sans fcâ* bksse,et pour qu'aucun. de nous ne présume 9 comme si son salut étoit sufïisamr jnent assuré par la sainteté de ssds engagemens 9 lorsque d'ailleurs, il est détruit par le i;ciâchement de sa conduite et l'irrégularité de ^^ mœurs.

Apprenez de-là, ma chère sœur, à envisager rétat que vous voulez embrasser , non pas seulement en lui-même ^ mais re« lativement à vos dispositions; mesurez-le 5^r vos forces 9 et non pas seulement sur vos goûts et sur l'attrait qu'il a pour vous : laissez parler en vous celte voix intérieure qui ne trompe jamais lorsqu'on l'interroge avec sincérité : vous sentez- vous le germe de ces grandes vertus qui caractérise essentiellement celle que Dieu appelle k la vie religieuse 9 cette soumis^on à toute épreuve , cette pureté du cœur , cette mortification des sens 9 qui est la sauve-garde de l'innocence et de la sagesse 9 cet esprit d'oraison qui est l'aliment et la vie de

pour une Prise d*habii, ^n Tame religieuse ei ferveple ; celte humiliié profonde qui , bien loin de s'aigrir ,^de 6'irriter des moindres contradictionsiWN^ s'offenser des lumières qu'on nous présente , nous fait souffrir avec joie , noDPK setilement les re|(>roches que nous méritons» ihàis la confusion même que nous ne méritons pas ; ce détachement de toutes chor seS) et 9 ce qui est bien plusdifficile encore 9 ce détachement total de vous-même qui tous immole à chaque instant par un rétioncement absolu à votre volonté propre.

Vous sentez-vous assez de courage pour réduire en pratique , non plus seulement les préceptes de l'Evangile > mais ses conseils ; pour regarder comme essentiel , ce qui 9 dans tout autre état , pourroit être considéré commç de petites choses ; pour ne mettre jamais le prétexte à la place de la règle 5 1 esprit et les conversations du monde à la place du recueillement et du silence du cloître ; les commodités de la vie j les adoucissemens de la nature ^ à la place des éaintes austérités de la Reli* gion ; et les illusions à la place des de* voirs. Sîl en est ainsi , ma chère sœur , ah ! vous êtes trop heureuse , hâtez-vous > commencez le sacrifice auguste que vous méditez , je me reproche tous les momens qui seinblent le différer; mais êtes -vous trop foible pour de si généreux efforts ?

Arrêtez , la vie religieuse ne veut pas des

37^ SeriJfr>t\.

âmes communes > et ne se borné pas à des Tertus opdinaires. Assez d'autres états s'offrent à vous , Dieu vous appelle encore 4)lu salut 9 mais c'est aU milieu du monde ^u'il vous y appelle , c'est là qu'une piété solide vous en rendra la route p)us facile.

Oui , ma chère sceur\ la vraie piété vous rend pesque aisé % si je puis m ex»

primer ainsi , le s^lut au milieu du monde même ; et comment cela ? O eAfans à\\ siècle ! écoute2>moi , ranimez vos espérai* ces et apprenez aujourd'hui la science du salut : la piété nous sanctifie y avec moins ^ difficulté qu'on ne pense , jusques dans le monde , parce qu elle écarte avec soin les dangers qui s'y rencontrent , ou les rend beaucoup moins fréquens ) parce qu*eHe se ménage des ressources contre ceux-mèmes qu elle est forcée d y éprouver , parce qu eUe s'y soutient par la pratique des vertus.

Ah ! sans doute le monde a se^s dangers; et sur la terre quel est l'état qui n ail pas les siens ! Mais potu: qui les^ dangers du inonde sont-ils si forts à craindre, c'est pour l'ame présomptueuse qui les recherche ou qui s'y livre , et non pas pour lame pieuse et fidèle qui les redoute et qui les éloigne. Le monde est dangereux par s^s sociétés et ses exemples , par ies délassemens , et sts plaisirs , par son esprit et ses maximes. Or , une piété éclairée ) une piété solide

j^ur une Prise d habit. 273 telle } ma chère sœur , qu'on a pris sioln de vous l'inspirer , bien loin de nous per* mettre de nous répandre indiscrètement et sans choix , nous fait user de la plus grande réserve dans lés liaisons que nous sommes obligés de contracter ; nous fait entrer dans un esprit de retraite 9 toutes les fois

Îu'il nous est permis de jouir en paix de >ieu et de nous-mêmes ; nous fait porter un esprit de retenue et de sagesse jusques dans les entretiens auxquels la charité nous convie 9 que nous accordons à la bienséance ou que nous arrache la nécessité ; elle oppose à ses maximes les principes de la foi et les lumières de l'Evangile ; elle op^ pose à ses règles et à sa conduite « les exemples des saints et la vie de J, G.

A l'égard des amusemens et des plaisirs du- monde , elle en connoit le vuide et la frivolité ; elle sait qu'un moment d'épreuve y est souvent acheté par des années de repentir ; elle craindroit d'y perdre le calme et la tranquillité dont elle jouit ; elle remplace avec avantage les plaisirs dont elle i$e prive par des plaisirs plus ptirs et iti joies plus solides.

Mais parce qu'il reste toujours dans le monde (les dangers qu'on n*est pas entièrement libre d'écarter, elle se ménage contre ^x les resources les plus sArçsr ; lejs sont , ma chère soeur , le choiit des sociétés > lés con^ils d'amis sages et vè^tueùxf»

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le: plus beau présent de la divinité > et quelle n accordé qu'aux cœurs droits et sincères ; tels sont les bons livres » les lcc« tures saintes , aliment de Tame > si propre à la soutenir , à la purifier , comme les mauvaises lectures l'empoisonnent et la corrompent ; tels sont encore les SacremenS) ces sources de vie, de lumière et de grâce que le mondain ne connoit pas 9 qu'il ne connoit du moins que pour les profaner ; mais où Tame fidèle trouve toujours de nouveaux secours et va puiser sans cesse une nouvelle ferveur ; tels sont la fréquentation de nos temples , les spectacles ëdifians de nos solennités y les prières assidues , les examens de chaque jour > les méditations profondes et les réflexions continuelles sur le monde et sur elle-même.

De quelle ressource pour elle que la vue «lême de ce monde qui lenvironne , lorsqu elle voit ses agitations et s^s alarmes 9 ses révolutions et ses changemens > son asservissement et ses caprices , ses tromperies et sts promesses 9 ses passions et leur esclavage , ses plaisirs et ses peines » ses crimes et ses malheurs ; ah I qu'il lui est aisé d armer , en faveur de la Religion 1 le monde contre lui-même.

Elle fait plus encore que de s y ménager des ressources 9 elle s'y nourrit et se soutient par la pratique des vertus. Si le monde est > de la manière la plus appa-

pour une Prise d habit. 276 rente , le théâtre des passions et des vices % il lest , en secret , des actions les plus vertueuses ; c'est là que la piété solide se ranime à chaque instant par lexercice de la plus ardente charité ; c'est là qu elle trouve y à chaque pas , des indigens à soulager , des aveugles à éclairer, des foibles à supporter 9 des âmes malades à guérir : c'est là qu'elle a tant d'exemples a édification à donner >»

tant de bonnes œuvres à entreprendre , tant de croix à porter , tant d'actes de renoncement , tant de sacrifices à faire. Et que ne puis- je , ma chère sœur , vous montrer le fond du cœur , vous détailler la conduite »

vous rendre sensible les mérites secrets de tant d'ames qui , au milieu du monde , qui t dans le sein de votre famille, qui ^parmi ceux qui se rendent aujourd'hui les témoins de vos résolutions , cachent sous Tappa* rence d'une vie simple et commune , la pratique des plus hautes vertus. Ah ! que le monde serÂt à plaindre, ou que dans son aveuglement même , il seroit en queK que sorte excusable , s'il ne restoit pas au milieu dé lui des âmes justes et fidèles pour l'édifier ou pour le confondre. Vous pouvez donc choisir encore entre les différens états qui vous sont offerts ; et , quelque état que vous embrassiez , vous avez tout droit d'y prétendre au bonheur ; vous pouvez choisir , puisqu'avec une piété solide il n'est pas si 4itfîcile qu'on le pense de se

n^jù '■ Sermon

sanctifier dans le inonde. J'^urois pu ajouter qu'on s'y sanctifie plus aisément qu ou ne le fait dans le cloître, sans vocation. Victimes infortiméesde l'ambition et désintérêts des familles , sll pouvoit s'en trouver dans une maison aussi sainte que l'est celle-ci; tristes victimes ^ auxquelles le salut est si méritoire et si pénible , si je vous interrogeois ; hélas ! que répondriez-vous pour moi ? Mais non , sous vos auspices i mesdames 1 c'est ici l'heureux asile de la liberté, jusques dans le sacrifice même qu'on en fait entre vos mains ; et c'est dans votre propre cœur que j'ai puisé toute la force que ).e jfi'ai pas craint de donner à mes paroles.

C'est aussi avec une nouvelle confiance ^ ma chère sœur, qu'après vous avoir montré que le salut, avec de la piété, n'est pas si difficile dans le monde qu'on le suppose 31 pour se dispenser d'y travailler, je vais vous prouver maintenant qu'avec une vocation bien décidée , il est plus fa^le encore dans la Religion.

SxcoxfDX Partie.

Ma chère sœur , si la vocation est nécessaire pour tous les états , parce que ce n'est pas nous qui nous donnons les dispositions et les talens pour les bien remplir ; parce que nous dépendons .d'un premier être dont la Providence veille sur tou»

pour une Prise dhahtu 277 les hommes 9 et entretient dans la société l'ordre qu elle y a établi , en dbtribuant à chacun de nous la fonction qui lui convient; parce qu'en disposant de nous-mêmes ) sans son aveu , nous déconcertons , pour parler ainsi, la sagesse de ses vues, nous nous privons des secours les plus prochains de sa grâce et de son amour , nous demeurons réduits à nos propres forces 9 nous nous rendons comme inévitable l'infraction de nos engagemens et de nos devoirs 9 et nous renversons toute l'économie du salut.

A combien plus forte raison est-elle nécessaire cette vocation pour letat que vous voulez embrasser 9 et par la sainteté même de cet état qui vous lie 9 qui vous consacre spécialement à Dieu 9 comme une portion choisie entre tout son peuple 9 et par l'excellence des vertus qu'il vous prescrit 9 des. devoirs qu'il vous impose ; et par l'engagement irrévocable qu'il vous fait contracter 9 engagemept qui ne laisse plus à une ame abusée que le repentir de 1 avoir formé et le désespoir de ne pouvoir le rompre. ^

Mais cette vocation si indispensable 9 si nécessaire esKelle suffisamment assurée ? a- Velle en sa faveurou toutes les marques > ou du moins le^ principaux caractères qui l'annoncent? au penchant 9 à l'attrait qui pour l'ordinaire en Corme la première branche 9 joint-elle l'esprit de cet état vers lequel votre cœur se sent porté ^ les vert us^ de sou*

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mission) de détachement, d'humilité dans les degrés qui lui sont propres > le goût et le zèle pour ses devoirs , la facilité à les bien remplir, un éloignement marqué à toutes les pompes et les vanités du siècle , l'intention droite etpure qui n'envisage que la gloire de Dieu et le salut> le témoignage de Dieumême , c'est-à-dire , les suffrages de ceux qu'il a établis pour être les confidens et les arbitres de ses desseins sur vous ? Ah ! c'est alors qu'avec une Vocation aussi décidée vous vous sauverez , ma chère sœur , bien plus aisément dans la Religion que vous n'eussiez pu le faire au milieu du mondei

Et prenez garde , je vous prie , que je ne viens point ici détruire d'une main ce que, j'ai prétendu élever de l'autre. Je vous ai fait voir comment la piété solide se sancti* fie jusques dans le siècle ; elle y écarte les périls 5 elle s'y ménage des ressources , elle s'y soutient par la pratique des vertus ; mais voici ce que j'ajoute en faveur du cloître , et ce qui eh démontre les avantages pour une ame qui y est véritablement appelée de Dieu ; les dangers y sont moins grands , les ressources y sont toujours présentes 5 les vertus y naissent , pour ainsi dire d'elles-mêmes , dans un haut degré dé perfection.

Qu'il n'y ait point de dangers dans l'état religieux , c'est , ma chère sœur , ce que )e ne pourrois vous dire sans vous faire illu-

pour une Prise d'habit. 27g sion , et je n ai prétendu vous parler jus* qu'ici que le langage de la vérité. On ne trouve nulle part T assurance du salut, quoique par-tout on en trouve les moyens et les grâces. Celte vie est pour tous les hommes une vie de combats j de tentatiqns et d épreuves; elle est donc pour tous une vie de crainte , de vigilance , de périls , et le cloître même n en est pas exempt. C'est là qu'on doit craindre encore ce monde caché que Ion porte par-tout avec soi , et qui est souvent plus dangereux que celui que Ton quitte. C'est là que les petites choses font naître quelquefois les grandes passions > que les attaches deviennent d'autant plus vives qu'elles sont plus contraipies et resserrées dans un plus petit nombre d'objets »

que les empressemens 9 les impatiences de Tamour propre prennent la teinte apparente du zèle et de la ferveur , que les illusions sont d'autant plus difficiles à détruire qu'elles se couvrent du voile de la piété même pour autoriser les égaremens de l'esprit et les penchans de la nature : c'est là que des amitiés particulières et des dissentions privées , naissent l'afFoiblissement de la charité à l'égard de presque tous les autres membres ; l'ahéçatiôn de l'esprik religieux i dont l'oubli se communique» de lun à 1 autre ; l'infraction des règles » les petites jalousies occasionnées par des préférences »

et les haines que les jalousies enfanteni;

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cest là que des curiosités vaines » des pensées oiseuses et frivoles > des écarts d'une imagination ardente , des retours de cœur vers le monde , une secrète estime de soimême i 4jn amour déréglé des louanges 9 un désir de primer , une répugnance na* turelle à obéir , et peut-être lambition de gouverner , sous les apparences du calme qui seinble régner au dehors » excitent au dedans le trouble et les orages. C est là

au on trouve des contradictions à essuyer, es caprices à souffrir , des ennemis et des dégoûts à vaincre , des ténèbres et des sécheresses à supporter , des antipathies a surmonter ; c est là que l'ennemi du salut redouble ses ruses et ses efforts pour triom-

})her d une ame fervente , pour lui inspirer e dégoût de son état , pour lui faire regarder comme trop pénibles les plus légères observances , pour la porter au relâchement, pour la conduire du relâchement â la tiédeur , et de la tiédeur à la vaine confîanee ou au découragement et au désespoir.

Hélas ! que d ecueils jusques dans Tétat le plus assuré pour le salut , et je n ai pas tout dit: mais , avec tous ces dangers, ma chère sœur , il en a encore pour une ame bien appelée , beaucoup moins que le monde.

La vocation décidée qu'elle y apporte , en lui donnant . l'esprit de lelat quelle embrasse ) ne lui eh laisse presque plus sentir que les avantages et le^ dfouceurs ; dàs

pour une Prise d habit. 281 qu elle a fait le choix le plus essentiel dé tous > celui d'une maison sainte 9 où la piété , où la charité règne , où la règle est en vigueur , elle ne risque plus d*êlrè sé^ duite par la coutume > a être ébranlée par les scandales, d être subjuguée par lexempie du grand nombre » d être entraîné^ comme dans celui du monde par la contagion des mauvaises mœurs ; elle n entend plus ces discours impies dont la fois étonne, ces propos licencieux dont lapiélé s'alarme, sans qu'au milieu du siècle il lui soit.iou; jours libre de les. éviter 7. ou quelle puisse se promettre de les entendre toujours avec horreur. Elle n est plus exposée à se voir retenue par la honte de faire le bien , dominée par la crainte et comme enchaînée par ie respect humain , qui fait si souvent apos^ tasier la piété même. Elle ne court point le danger trop ordinaire d'ouvrir ses oreilles et son cœur aux accens d une voix enthan-' teresse et aux transports d une passion douce et perfide ; elle n\ est point séduile par l'amorce trompeuse des plaisirs et de ta volupté, qui dans le monde amollit par degré lame la plus forte et la plus généreuse. Elle n'est point tentée , comme les enfans du siècle , par ses projets de fortune , et \ç désir des richesses auxquels les hommes sacrifient presque toujours les voies de la Religion et Tunique soin nécessaire , le soin du salutc

oSa ' Sermon

Aussi > ma t^hère sœur > les mondaine sont tellement convaincus des avantages de letat religieux que , dans les retours qu'ils font sur eux-mêmes , ils ne le considèrent qu'avec un œil d^envie, et voudroient toujours pouvoir le faire entrer dans leur plan de retraite.

Mais > non-seulement > dans le cloître» les dangers sont moins grands , il offre encore des ressources bien plus sûres.

Resources dans k règle , qui indique juséuës'd^ns le moindre détail , les moyens de sanctification qu'on pôUrroit oublier ou méconnokre; qui attache à chaque heure s ^ chaque moment les occupations et les devoirs qui fuiront propres; qui rappelle sans cesse à Tordre , dont on seroit tenté de sëcarter , et qui offre par elle - même un guide fidèle , qui > sans autre sdtn que celui d'en bien observer les préceptes et d'en bien prendre l'esprit , conduit par la roule la plus assurée à l'heureux terme auquel oii aspire. Ressource dans l'exemple , qui instruit , qui soutient , qui ranime , qui multijplie les forces et augmente le courage. Et sur qui , ma chère sœur , sur qui dans celte sainte maison pourriez-^ous jeter les yeux , qui ne fût pour vous le modèle de quelque vertu et un encouragement à la pratiquer î Ressources dans la retraite, qui sépare du monde toute ame qui a l'esprit de sa vocation > qui éloigne pour ell« la

pour une Prise dhabit. ^85 frivolité de sts entretiens et la contagion de sCiS maximes , qui lui fait oublier ses funes* tes images » et qui la rappelle tout entière à elle-même. Ressources dans les exercices de piété , qui se succèdent les uns aux autres. Ici , se renouvelle les instructions tau* chantes et persuasives , les méditations profondes sur les grandes vérités de la Aeligion, les retraites annuelles , les prières pi|bliques et le travail sanctifié par 1 oraison. Ici ) avec le goût de son état 9 sans gène > sans contrainte et sans obstacle on puise dans la fréquentation deis Sacremens , des lumières toujours plus pures et une ferveur toujours nouvelle. Ici > dans le silence et 4ans la paix , Dieu se communique ^ lame fidèle de la manière la plus intime > lui fait sentir Fonction la plus tendre et lui acrx)rde des faveurs toutes spéciales. Ressources encore dans le souvenir des engagemensquona contractés > des dangers auxquels on a échappé , des grâces particulières qu'on a reçues, de l'habit que î'-on porte, de Tétat qu'on a embrassé^; ressources en^ fin dans l'obéissance qui délivre de tout soin , de toute inquiétude lame humble et soumise 1 et ne laisse de sollicitude et de crainte qu'à celle qui commande.

J'en appelle à vous, mesdames , n'est-ce pas à ces ressources précieuses que vous devez la paix dont vous jouissez, et comme r^issurance du salut que vous trouvez au

.:i84 . Se f mon

fond de votre cœur ? que me reste-il donc encore à vous dire , ma chère sœur , pour vous faire sentir combien on se sanctifie plus ais<^menr dans la Religion , lorsque c'est Dieu qui nous y appelle ! Les dangers y sont moins grands ) les ressources y sont plus abondantes et plus sûres, et ) ajoute en derjiier lieii que les vertus y naissent, pour ainsi dire, d elles-mêmes dans un haut degré de perfection.

Dès qu on s'engage dans l'état religieux par les vœux mêmes que l'on forme } on y offre à pieu le&plusgFands sacrifices et on y exerce les plus grandes vertus auxquelles puisse s^

Î>oçter la nature humaine , sacrifice de la iberté : cette hberté qui nous est si chère , que nous considérons comme le premier die tous les biens et dont cependant nous usons si mal;oi|i y renonce sans exception et sans réserve , on se dépouille de tous ses droits, on s'oie tout espoir de la recouvrer jamais; et par l'effet d une charité héroïque on se rend, à proprement parler, 1 esclave de J. C. Sacrifice de SQS biens: on quitte tous les avantages de la fortune , on renonce à toutes ses espérances, on laisse à d'autres l'héritage de si^s pères , pour faire du Seigneur son unique héritage , an s'interdit toute possession réelle ou du moins tout droit de propriété , on n'a plus rien à soi que l'esprit de renoncement et l'amour de la pauvreté. Sacrifice des plaisirs et des joies du monde :

pour une Prise dhabiu a85 Bon-seulement on s'éloigne de tout ce que ses-^plaisirs ont d'impur et de profane > de ce que s&s amusemens ont de puéril et de frivole , de ce que ^s passions ont de daagereux et d'illicite ; mais même di^ se soustrait à ce que ses biens ont de plus sacré, à ce que s^s engagemens ont de plus permis, et Ton s'oblige à n'avoir plus que Dieu pour époux. Sacrifice de son entendement et de sa volonté : on les captive sous le joug de l'autorité) on n'ai plus de jugement propre , plus de volonté à soi , on ne pense plus 9 on ne veut plus que ce que pense et ce que veulent des supérieurs i des guides xiomméspar Dieu-mèmé > et qui ne se mon^ trent occupés que du bien de ceux qui leur sont soumis.

Ainsi on s'oblige 9 on se dévoue à la pratique des plus grandes vertus ; dépendance la plus étroite > dépouillement le plus parfait 9 pureté la plus entière , renoncement à soi-même le plus stricte et le plus précis»

piété la plus tendra et la plus fervente ; toutes ces vertus ne trouvent que dans le cloître leur entière perfection.

Avec elle s'augmente chaque jour le zèle pour ceux-mêmes dont on est séparé. Car il ne faut pas croire, ma chère sœur» que vous soyez quitte envers eux de tout engagement* Dieu ne vous met pas dans la Religion pour vous seule 9 il vous y met pour toute l'Eglise, pour le bien de tous vos frères ; il ne rompt

^86 Sermon

pas entre etix et vous les liens delà charîtë; î>ien loin de là il les resserre en épurant vos affections. Il veut que vous soyez utile au monde bien plus que vous n'eussiez pu 1 être au milieu du monde- même ; il vous dispense pour lui , il est vrai > des inquiétudes et des soins temporels ; mais il ne vous intéresse par là que plus ardemment au salut du prochain ; il veut que , tandis que nous combattons dans la plaine 9 vous priez sur la montagne , que vous éleviez sans cesse des mains pures vers le Ciel , et que les âmes fidèles 1 plus éclairées que le reste de$ mondains 9 ne puissent pas avoir à se plaindre elles-mêmes que vous êtes de- Venue inutile à tant d'hommes qui vous ont mise à portée de jouir du repos que votre état vous procure , et qui tous les jours en* core fatiguent et travaillent pour vous. C'est aussi pour cela que l'Eglise , cette mère commune 9 vous fait de la prière une obligation si étroite et si constante ; c'est sur vos prières qu elle fonde ses plus grandes espérances. C'est la prière adressée continuellement au Seigneur pour s^s ministres, pour nos rois » pour la nation , pour tous les hommes , qui vous fait membre de l'Eglise , de l'Etat et de la société tout entière ; sans elle l'état religieux , le plus parfait de tous les états , en deviendroit le plus étranger aux vues de la Religion et aux devoirs les plus saints de la nature; et comment le jus-

pour une Prise d habit. 387 Ufierions-nous des imputations odieuses des gens du monde ?

Maintenant donc que vous connoissez et vos avantages et l étendue de vos obligations , choisissez. Si vous navez pas tout ce qu'il faut pour bien remplir Tétat auquel vous vous croyez appelée; s'il vous paroit difficile de plier vos idées I vos goûts > vospenchans 9 vos volontés 9 de vous plier tout entière aux usages et à la règle que vous voulez embrasser, si vous ne vous sentez pas assez de ferveur pour tendre aux plus hautes vertus »

assez de courage pour y parvenir ; si retendue de vos devoirs vous effraye 9 ah !

rentrez plutôt au milieu iu monde même»

où une piété commune 9 mais solide 9 vous offre bien des moyens de sanctification qui suffiront à vos besoins et à vos efforts. Votre famille vous tend les bras 9 un père qui ne vous cède qu'à regret 9 qui a immolé tou^ ses intérêts aux vôtres 9 qui vit encore en vous et pour vous, un autre lui-même qui a pour vous les mêmes yeux 9 le même cœur et la même tendresse 9 et qui dans sa douleur ^extrême ne voit que Dieu à qui elle puisse faire un si grand sacrifice 9 vous rappellent vous conjurent de ne pas exiger d'eux un renoncement dont la nature frémit et que le Ciel , tout seul 9 a droit de leur prescrire. Vos amis » dont vous faisiez les plus chastes délices 9 vous redemandent par leurs gémissemens et leurs larmes 9 ei vous promeu

288 Serment pour une Prise d habit.

tent d*avoir encore plus de courage pour vous dire des vérhés utiles et pour profiter de celles que votre amitié sincère vous dictera pour leur salut et leur bonheur ; le monue dont vous étiez lornement vous réclame pour être au milieu de lui la preuve la plus sûre qu'on peut allier encore la piété solide } les trésors de la" grâce avec les dons de la nature et tous les devoirs de la société : Dieu lui-même vous défend de mettre à la place de ses ordres suprêmes un simple penchant trop sujet à erreur , lorsqu'on ne prend que lui pour guide : mais si } d'après les caractères de vocation que je vous ai tracés , c'est Dieu qui vous appelle, ah ! ma chère sœur, le monde a perdu sur vous tous ses droits ; votre famille i vos ahfiis^ toujours plus sensibles è vos intérêts qu'aux leurs , vous cèdent en gémissant , et joignent à votre sacrifice celui qu'ils font en vous perdant. L'illustre fondateur de l'ordre respectable dont votre cQSur à fait choix, vous invite du haut des deux et vous encourage à la pratique la plus sublime de sts grandes vertus , qui font tout l'esprit de sa règle et l éloge de sa vie. La simplicité , l'humilité , la douceur et la charité ; ces épouses fidèles s'empressent i vous consacrer à l'époux qu'elles adorent et attendent de vous les plus grands exemples. Nous , ma chère sœur , nous en espérons des prières, afin qu'elles nous conduisent comme vous au bonheur éternel que je vous souhaite»

POUR

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