Première Partie
Marie , prédestinée de toute éternité pour porter dans son sein et pour donner fiu monde J. C. , a dû être considérée par le souverain Etre comme son plus bel ouvrage , comme sa fille bien aimée, puisque c'est d^elle que devoit naître le plus cher objet de ses complaisances.
De ce seul principe , il est aisé de conclure avec quelle abondance il a répandu sur elle tout ce qui pouvoit la rendre vraiment. grande , ce qui pouvoit la rendre agréable à ses yeux , et ce qui devoit être pour elle-inême la source de 6à félicité. Or , quel autre don capable de produire en elle tous ces avantages ^ •aurpit-il pu lui faire , que celui de la grâce qui sanctifie , puisque c'est le seul qui renferme la véritable grandeur, qui 8oit l'ornement de ta créature aux yeux de r£tre infiiliment saint, et qui puisse
Pour ta fêté de ta Conception, i o^ être regardé comme Je principe et le gage du vrai bonheur?
Oui , M. F. , Marie , sans la grâce , bien loin d'être le che^d'œuvre de la Divinité^ bien loin de surpasser toutes les intelligences créées , eut été infiniment au-dessous de la moindre de celles qui avoient quelque part à un don si précieux. Ce n'est que par la justice ou la sainteté^ et conséquemment. ce n'est que par la grâce qui nous la donne, que nous sommes les enl'ans de Dieu. Si Marie devoit être, de la manière la plus • distinguée, la fille du Tout- puissant , elle devoit donc aussi recevoir la grâce la plus abondante , une grâce toute spéciale , et qui fût la mesure de son élévation au-dessus de toutes lès créatures. C'est l'abondance , c'est la plénitude de cette grâce que l'Ange a reconnu dans la Vierge en la saluant au nom du Seigneur , et qui a fait dire à Sainte Elisabeth : Vous êtes bénie entre toutes les femmes. C'est elle qui a dicté aux saints Docteurs des éloges si magnifiques , et qui fait que Saint Bernard n'a pas craint de l'élever au dessus de« Anges , et de la nommer la Reine du Ciel. C'est elle encore qui inspire à toute l'Eglise un si grand respect, une si grande vénération pour son nom saint et auguste. Enfin ^ c'est cette grâce , accordée
I p8 Sermon
à Marie dans un si haut degré , que cette Vierge a célébrée par ces paroles, !e Tout' Puissant a fait en moi de grandes choses. Feeit mihi magna qui potens est.
Et, qu'eùt-elle trouvé de si grand , de si digne de son admiration et de sa reconnoissance dans les merveilles que Dieu avoit opérées en sa faveur, si lorsquVUe portoit dans son sein PAuteur de la grâce, elle n'en eût pas été remplie elle-même ; elle qui , pour me servir de la pensée d'un Père de ^Eglise, eût consenti à n'être pas la Mère de Jésus plutôt que de perdre quelque chose de cette pureté éminente , de cette véritable grandeur à laquelle la grâce Tavoit éle^ vée. Quelle leçon pour nous tous ! pour nous , M. F. , qui plaçons la grandeur où elle n'est pas, et qui ne la voyons jamais où elle est en effet. Nous ne nous croyons grands qu'autant que nous avons une grande naissance , de grands titres , un grand nom , de grands succès parmi les hommes , et nous ne faisons •pas réflexion que toutes ces choses ne * servent qu'à nous avilir ^ qu'à nous dégrader , si nous nous laissons surprendre à leur faux éclat , si nous avons dans Famé assez peu. d'élévation pour en faire l'objet de nos désirs et le fondement de notre gloire , et si , en un mot, nous n'avons pas la grâce ^ui les sanc-
Pour la fête de la Conception. 10.9 tifie ^ qui les ennoblit en nous appre«* nant à bien en user.
Qu'est-ce que l'impie ? qu'est-ce que le pécheur au plus haut point des gran« deurs humaines ? un esclave qui gémit dans les fers , qui est dominé par ses passions , qui n'est guidé que par le* impressions de la chair, qui n'éprouva en lui que des inclinations basses et terrestres , qui vit sous l'empire du mondé et qui a perdu toute ressemblance, tout commerce avec son Dieu , pour n'en plus avoir qu'avec le démon dont il est devenu la proie et l'héritage. Le Juste , au contraire , quelque abaissé , quelque humilié qu'il nous paroisse, le Juste seul porte avec lui les caractères d'une véritable grandeur ; il porte les titres de noblesse , c'est d'être élevé , sinon comme Marie , au-dessus de toutes les vertus du Ciel, du moins au-dessu3 de toutes les choses trompeuses et passagères de ce monde (1) ; c'est d'être au nombre des enfans du Très-Haut > quoiqu'il n'ait parmi eux le rang qui n'appartient qu'à Marie ; c'est non-seulement d'être le Fils de Dieu , mais d'avoir en lui-même la grâce qui les sanctifie, ime participation de la nature (2) de Dieu , quoiqu'il ne l'ait pas sans doute au même degré que la plus sainte de toutes les
(i) Joan,c. I. (a) a* Petr. i«
il& Sermon
Vierges. Prenez garde , M. F. ^ j*aî dlît une participation de la nature divine f et cette expression n^a rien de trop fort pour vous donner quelque idée de la grandeur du Juste, puisqu'elle est prise de TEcriture-Sainte et du premier des Apôtres.
O homme ! puis je donc m'écrier ici avec Saint Léon , ô homme ! qui que vous soyez , homme Chrétien , recorinoissez aujourd'hui en quoi consiste votre véritable dignité. Agnoscc ô homo dignitatem tua m ! Reconnoissez-le , et ne la mettez pas dans des choses étrangères , et qui souvent vous la font perdre au lieu de l'augmenter. Placez la dans la justice , dans la grâce , et souvenez* vous qu'il n'y a de grand que ce qui l'est devant Dieu. Agnosce : Reconnoissez et voyez combien vous vous êtes laissé éblouir par la pompe du siècle, par une écorce de grandeur; combien il est insensé de tirer vanité de ce qui n'a en soi, et indépendamment du bon usage, que la grâce nous en fait faire , aucune valeur réelle. Agnosce : Reconnoissez encore une fois qu'il n'y a de véritablement grands parmi les hommes que ceux qui méritent d'être appelés les enfans de Dieu, et qui, par une grâce habituelle, sont comme associés à sa nature. Ag* nosce 6 homck dignitatem tuam !
Pour la fiie de ta Conception. 1 1 1 Et vous qui vivez dans Tobscurité et dans Toubli , vous qui êtes petits selon le monde et qui vous sembîez eomma accablés de ses hauteurs et de ses mépris^ consolez- vous , et jetez les yeux sur Marie ; quoiqu'elle pût compter des Monarques parmi ses ancêtres , elle vécut ignorée , méprisée , comme si elle eut été la dernière \les filles de Juda ; et aujourd'hui, reconnue par toute la terre pour la fiUe^ chérie du Très-Haut , elle *• trouve sa gloire dans cette grâce précieuse qui a fait toute sa grandeur, comme elle faisoit aussi son plus bel ornement aux yeux du souverain Etre.
Car , vous le savez , M* P. , et les chaires chrétiennes ont retenti mille fois de cette importante vérité. Dieu ne peut aimer dans sa créature que ce qui est ^ pur et sans tache , et comme il ne voit de grand que la justice opérée par sa grâce , il n'y a aussi d'agréable à ses yeux que la sainteté. Marie ne pou voit donc être sa fille bien-aimée , choisie entre toutes les femmes pour le ministère le plus sacré, si, en sortant des mains de son Créateur, elle n'étoit revêtue de sa grâce, si elle se trou voit un seul moment sous la loi du péché.
Dans ce moment où vous la supposeriez comprise dans la masse.de perdition , n'eut* elle pas été indigne d'être
ÎÎ2 ' Sermon
appelée sa Elle, indigne, a tous égafds; de cette fin si noble pour laquelle il l'avoît créée ? Aussi l'Eglise a-t-elle bien assuré que Marie avoit été Sainte dans sa conception , que Dieu en la formant Tavoit affranchie de Tesclavage du démon , et q'ull Pavoit placée comme dans un ordre à part , qui , pour la corruption du péché , n'eût rien de commun avec les malheureux enfans d'Adam. C'est ainsi qu*elle a pu dire avec vérité :
Seigneur , vous m'avez possédée toute entière dès l'instant où j'ai commencé à exister (i). Tu possedisti Domine renés meos. Vous vous êtes emparé de moi • dès le sein de ma Mère. Suscepisti me de utero Matris me'<x. Dès ce premier moment de ma création vous êtes mon Dieu* De ventre Mairis meœ ; Deus meus es tu (2),
Que cette faveur singulière qu^a reça Marie vous apprenne , Chrétiens Auditeui^s, l'estime que Dieu fait de la grâce, et celle que nous devons en faire nousmêmes , puisque c'est elle qui fait tout l'agrénijsnt et tonte la beauté d'une ame aux yeux du Seigneur, et que Marie, avec toutes les qualités naturelles dont elle a pu être douée . n'eiit été devant lui qu'un objet de haine , s'il n'eût conftArré les prémices de son être par cette
Pour la fite de la Conception. 1 13 onction de sainteté dont il la remplie* Potir nous , M. F, , au moment de notre conception^ nous sommes tous desf en«> fans de colère , et nous pouvons tous nous écrier avec le Roi Prophète : Voua voyez, Seigneur^ que j'ai été engendré dans l'iniquité ! Mais , prenez- garde , je vous prie , si nous n'avons pas eu le même privilège que Marie ; si nous avons été sous la malédiction du péché , nous en sommes sortis par te Baptême ; et si nous avons eu le malheur d'y retomber, nous pouvons en sortir tous les jours par la pénitence.
Les Sacremens , en nous appliquant les mérites de J. C, sont pour nous la source de la grâce. Or, je vous le demande , quelle estime faisons-nous de cette grâce qui peut seule nous rendre agréable au souverain Etre , et combien se trouve-t-il aujourd'hui d'ames fidèles qui la considèrent comme leur plus bel ornement ?
On n'épargne rien sans doute pour cultiver son esprit et pour l'enrichir des plus rares connôîssances, par l'étude des sciences humaines ; mais que fait-on pour acquérir la piété , la justice , la tempérance, qui sont les fruits de la grâce et qui forment la science des Saints. On n'épargne rien sans doute pour donner à son corps tous les agrémcns dont il
1 1 4 Sermon
est susceptible; cette partie de nons^ mêmes qui est sans comparaison la plus vile , est celle qu^on se plait à orner davantage, et lorsqu'il s^a^it de former en soi ce que j^appelle une belle ame»
c'est-à-dire , un cœur droit , un cœur pur et exempt de taches , où sont les jnoyens qu'on emploie ? où sont les peines qu'on se donne ?
A voir tant de jeunes gens , disûns-le même ^ à voir tant de femmes d'un âge mûr, perdre les matinées entières pour se préparer à paroStre avec avantage dans le monde pendant le reste du jour; à les voir composer leurs cheveujL avec tant d'apprêts^ étudier leurs gestes et leur maintien, étaler avec complaisance les cliarmes de leur figure ^ qui ne diroit
au'ils font consister tout leur mérite ans un premier extérieur ? qui pourroit croire que c'est pour Dieu qu'ils ont été créés? Qui pourroit , même avec fondement 9 les regarder comme des hommes ?
A voir tant de Vierges chrétiennes , tant de femmes du siècle s'occuper uniquement de leur parure , épuiser , ponr se aire remarquer , tout ce qu'il y a de Aus rafîné , inventer chaque jour ce qu'il ^' ** ^e plus dangereux et de plus • " or suppléer, par un éclat
la beauté qui leur manque , .elle qu'elles ont reçu de la
Pour la ftu de la Conception. 1 1 5 nature par tout ce qu'il y a de plus recherché dans les ajustemens^ par des modes toujours nouvelles, par les choses les plus propres à irriter les passions da ceux qui les environnent , qui pourroit s'imaginer * qu'elles regardent la modes* tie , la pudeur comme le plus bel appa* nage de leur sexe , et qu'elles considèrent la grâce qui sanctiBe les cœurs comme le plus bel ornement de la créature ?
Quir pourroit penser qiie c'est à Dieu qu'elles cherchent à plaire , que c'est pour lui qu'elles se parent ; et qui ne croiroit pas , avec raison , qu'elles ne con»
noissent d'autre dilFormité que celle qui peut lesempècher de plaire aux hommes ?
Elles reviendront un jour ^ mais trop tard ^ peut-être, d'une erreur si funeste^ et elles avoueront alors en gémissant qu'il n'y a de véritables attraits r qu'il n'y a de' vraie beauté que celle qui est selon Dieu I que celle qui est en même temps le principe du vrai bonheur.
Et, tel est encore le don que le Tout- Puissant a tait à Marie , le don de la grâce y qui , en la rendant plus agréable à ses yeux» plus belle, plus orr née que toutes les créatures ensemble^ servoit de fondement )i son immortalité »
et lui assuroit la félicité la plus étendue dont il fut possible de jouir après Dieu.
En elFet > cW une maxime appuyée sur
1 1 6 Sermon
les plus pures lumières de la raison et de la foi, que dans les décrets éternels du juste juge , la sainteté et le bonheur sont deux choses inséparables ; de manière que ce qui est la source de cellelà est nécessairement le principe de celuici ; de même que ce qui est la mesure de Tune , est , par une conséquence nécessaire , la mesure de l'autre. C'est donc parce que Marie a été la plus favorisée du côté de la grâce , et qu'elle en a le mieux conçu tout le prix , qu'elle ,est aussi la plus heureuse dans le Ciel , et la première entre tous les Saints. C'est pour cela même que toutes les générations célèbrent avec tant de joie ce que Dieu a fait pour elle. Beatam me dicent omnes generationes.
Mais , M. F. , pouvons-nôas être bien persuadés de l'accord nécessaire qui est entre le véritable bonheur et la grâce qui nous sanctifie , et montrer si peu d'empressement pour elle , tandis qup nous faisons pâroître tant d'attache pour les biens sensibles , tant d'ardeur pour toutes les choses de la terre ? Et j^ cependant , de quoi nous serviront ces richesses dont l'acquisition vous coûte tant de soins et d'alarmes, que vous n'accumulez; qu'aux dépens de votre repos , et dont vous faites, ou par un vain luxe et une prodigalité mal entendue , ou par une
caus8e économie qui vous rend insensibles aux besoins des pauvres y un si mauvais usage. Ah ! M. F. , que vous serviront ces biens mal acquis que vous retenez depuis si long-temps ^ dont la jouissance est si souvent accompagnée de craintes et de remords , et dont vous avez néanmoins tant de peine à vous dé^ pouiller en faveur de ceux auxquels ils appartiennent ? De quoi vous servirontils à Vheure de votre mort , et que trouve^ rez-vous en eux que la matière de votre jugement et de votre condamnation ?
Ah ! M. F. , vous les possédez aùjour'd^hui , et demain peut-être on vous redemandera votre a me.
Quel est le fruit de ces plaisirs auxquels vous vous livrez sans réserve, de ces fausses joies du siècle si contraire^ h Tesprit du Christianisme, de ces voluptés qui flattent vos sens et dont votre cœur s'enivre ? Que vous reste-t-il après la douceur passagère que vous rencontrez et qui ne sert qu^à irriter vos désirs, au lieu de les satisfaire l Quem fruC'tunn hahuistis in illis ; que vous en reste-til ? que bien du trt>uble , quelquefois même bien de Tamertume dans ce monde, et la mort éternelle dans le siècle à venir.
Qu£m fructum habuistis in illis ? Nam finis illorum mors est(i): mais la grâce, M. F..,
C»Vr-TT»vr»»
ii8
la grâce de notre Dieu qni nous est donnée en J. C. son fruit , c'est la vie étemelle. Gratiam autcm Dei yiiam ceur^ nam (i).
Ah si vous connoissiez le don de Dieu ! Si scires doruim Dei ! si vous saviez quel est celui qui vous oRre sa grâce , et quel est le prix qu'il y a attaché , vous demanderiez de cette eau vive, seule capable d'étancher la soif qui vous dévore , et je ne vous verroîs plus puiser à ces sources empoisonnées qui n'ont d'autre effet que celui de l'augmenter à chaque instant. Si scires do^ num Dei. Si vous saviez quelle douce paix , quel calme heureux cette grâce fait naître dans l'ame , vous voudriez en ressentir les impressions^ et je ne vous verrois plus chercher ^ dans de faux biens, un repos que vous n'y rencontrez jamais. Si scires ; si vous saviez quelle est la vie étgrnelle promise au Juste , quel est le torrent de joies pures et ineffables dont on est comme inondé dans la maison du Seigneur ^ vous soupireriez uniquement après cette grâce dont la source jaillit jusque dans l'éternité , -et je ne vous verrois plus courir après des joies si courtes et si bornées. Si scires. Vous l'avez connu , ô Vierge sainte !
le prix de la grâce que Dieu a si abon-
Joaa» 4.
Pour la fête de la Conception. î i gf idamment répandue sur vous ; elle a été le principe de votre élévation au dessus de toutes les créatures ; elle vous a rendu agréable aux yeux du souverain £tre plus qVaucune d'entr'elles , et pour tout dire , enfin , elle a été le fondement du souverain bonheur, de la gloire immortelle dont vous jouissez.
Et , combien donc ne doit- elle pas nous inspirer de . respect envers vous y qui êtes le plus parfait ouvrage du Créateur , et qui , dès le moment de votre conception , avez été digne d'être appelée par excellence la fille du Très- Haut ? Mais j'ajoute, M. F. , combien la correspondance de Marie à la grâce dont elle a été comblée ne doit elle pas nous porter à Pimiter, puisque ce nVst que par sa fidélité quVUe a mérité d'être l'Epouse auguste de l'Esprit-Saint.
C'est le sujet de ma seconde Partie.
Sbcondb partie.
Si Dieu devoît naître , dit Saint Bernèird (i), il ne devoit naître que d'une \ierge, et si une Vierge enfantoit , elle ne devoit enfanter qu'un Dieu. Mais
Ï>our que ce double prodige pût avoir ieu , pour que le Verbe incréé prit une nature semblable à la nôtre, et qu'eu
(i) Motnel, a* de lau* Virç,
I atf Sermon
se faisant Homme il nacquît d^une Mère qui y par un accord tout nouveau , ynit ' en elle la fécondité et la virginité , il falloit que FEsprit-Saint , par sa vertu toute-puissante, opérât dans Marie ce Mystère ineffable , que par un acte surnaturel et divin, il forma du plus pur de son sang le corps' de i'homme Dieu, quHl s'unit entièrement à elle pour un si grand ouvrage , et que par cette union il la rendît son Epouse comme elle devenoit la Mère de J. G Spiritus Sanctus superveniet in te ^ et virtus altiS' simi obimtbrabit tihi{i).
Mais ne vous y trompez pas , M. F. , la qualité d'Epouse du Saint-'Esprit ne
fiouvoit être dans Marie que le fruit' de a correspondance la plus parfaite à la grâce dont elle avoit été remplie ; quoique conçue sans péché elle n'eût pu prétendre à un semblable titre, elle n'eût pu contracter une alliance si glorieuse pour elle , si elle n'eût répondu avec em-
f»ressement aux dons que le Seigneur ui avoit faits* Cette grâce qu'elle reçut au moment de sa conception^ et qui ne lui laissa pas même l'ignorance et la convoitise , ces suites funestes que nous laisse le Babtème , quoique formés dans un état de justice, n'auroit pas suffi pour rendre sa sainteté inaltérable ,
{i) Luc, i« )5*
puisque
Pour la fête de la Conception. 1 2 1 puisque nos prerûiers pères qui ont eh cette même grâce , quoique dans un degré bien inférieur, ont cependant cessé d'être Saints.
llecoanoissons donc et pour sa gloire et pour notre propre instruction , que fii Dieu a tout fait pour Marie y si dès« l'instant de sa création il Ta douée, comme sa fille , de tout ce qui pou voit la dis-»
poser aux grands desseins qu^il avoit sur elle f et s'il n'a cessé pendant tout le cours de sa vie de la prévenir par son secours et par ses lumières, Marie, de son côté , a tout fait pour son Dieu ^ qu'elle a travaillé sans relâche à se rendre digne de ses bienfaits , et du rang aur quel elle devoit être élevée comme sorv Epouse, et qu'enfin, l'accomplissement des desseins du Très-Haut exigeoit un esprit aussi docile , un cœur aussi fidèle que l'étoit le sien.
Pour vous en mieux convaincre, M. F.
laites attention que Marie n'a cessé de rendre gloire à son Dieu de tout ce qu'il faisoit à son égard ; bien loin de S^enorgueillir de l'abondance de sa grâce, qu'elle n'a rien épargné pour la conserver., qu'elle a fait paroître le plus erand zèle pour l'accroître ; ce qui suffira sans doute pour nous faire connoître toute l'étendue de sa fidélité ' et de ses dispositions que nous devons \rcv\\.^x ^w Mystères. 6
laa Sermon
elle, si nous voulons l'honorer comme
elle veut qu'on l'honore..
Marie ne s'est point attribuée les dons (du Tout Puissant , elle en a rendu hom-^ mage à celui doiit elle les tenoit , et c'est ce premier acte de correspondance et de fidélité qui l'a fait jouir du pré* cieux avantage qui lui étoit destiné. Sur qui , dit le Seigneur , par la bouche de son Prophète (i), sur qui reposera mon esprit si ce n'est sur ceux qui sont . humbles ; il dit , sur les humbles ^ re-
})rend Saint Bernard , et non pas sur es Vierges. Si donc, conclut le même Père , Marie n'avoit pas eu l'humilité en partage, l'Esprit-Saint ne se seroit pas . reposé sur elle. Mais qui pourra comprendre combien cette vertu étoit profondément gravée dans son cœur, lorsqu'on la voit au plus haut point de son élévation', rejeter les louanges qu'on lui adresse pour ne s'occuper qu'à célébrer et à bénir par ce beau cantique qui peint toute la beauté de son ame ; Magnificat anima mea domtnum ; lorsqu'on la voit triompher non en elle même , mais dans son Dieu qu'elle nomme son Sauveur ; Et exultavit Spiritus meus in De^ salutari meo ; lorsqu'on la voit confesser son néant et sa bassesse , se regarder comme un vil instrument entre les mains
(ij Isai %C*
Pour la fêu de la Conception, i ^3 3u Créateur , se considérer comme sa servante , elle à qui l'Ange avoît annoncé qu'elle en deviendroit la Mère , et que 1 enfant qui naîtroît d'elle seroit conçu par le Saint-Esprit. Ecce ancilla Domini...
respexu Dominas humilitatem ancilla suas.
Est' il , M. F. , un plus bel exemple de la conduite que nous devons tenir en»
vers Dieu , et de la disposition où nous devons être à son égard pour répondre dignement à sa grâce 1 Mais hélas ! nous nous livrons presque toujours à un fonds d'orgueil qui l'outrage et qui fait que non-seulement nous nous attribuons les vertus que nous n'avons pas, mais celles dont il a mis en nous l'heureux germe ; nous les corrompons en négligeant de témoigner notre reconnoissance, en croyant de ne les devoir qu'à nos propres efforts , en n'en rapportant la gloire qu'à nousmêmes ; nous cherchons dans nous les raisons de ce que Dieu a fait en notre faveur , comme si la première cause de tous ses bienfaits ne se rencontroit pas uniquement dans sa miséricorde , et que chaque homme ne dût pas s'écrier avec l'Apôtre : C'est par la grâce de Dieu que je suis ce. que )e suis (i). Nous voulons qu'on nous estime , qu'on nous loue ,
Su'on ne fasse honneur qu'à nous seuls es qualités éminentes , des avantages
(i) 1. Cor, 15. 10.
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qui nous distinguent ; nous nous formons une haute idée de notre mérite, et nous oublions , en un mot , (jue sans la grâce nous ne sommes rien , nous ne pouvons rien, que sans elle nous ne trouvons dans nous qu'aveuglement , que foiblesse ^ que misère , qu^un véritable néant de tout bien ; je dis de tout bien méritoire, d'une récompense éternelle. J'ai beaucoup fait , disons nous , je ne suis pas comme tant d'hommes qu'on aperçoit dans le monde. Je mène une vie réglée; j^accomplis tous les préceptes ; je suis tempérant ; je suis chaste ; et nous ne faisons point attention qu'on n'est rien devant Uîeu dès qu'on est orgueilleux , que sa grâce n'est point faite pour les superbes, mais pour les humbles, que déjà son esprit a cessé d'habiter en nous, et que la vaine confiance que nous avons en nous mêmes nous prépare les chutes lés plus honteuses et les plus funestes.
L'humilité de Marie l'engageoit , au contraire, à s'édifier de sa propre vertu, et c^est delà que naissoit, dans cette Vierge si pure , une seconde disposition nécessaire pour correspondre à la grâce, je veux dire la vigilance , l'attention la plus exacte à la conserver.
Elle n'ignoroit pas que, comme nous l'enseignent , d'un commun accord , la raison, l'Ecriture-Sainte et l'Eglise qui en
Pour la fête de la Conception. J-aS eât l'uhîque interprète nous devons agir, que nous devons coopérer avec la grâce, qu^elle ne produit pas son effet en nous (i) si nous ne travaillons avec elle y quo nous devons rendre notre vocation , notre élection certaine par nos œuvres (2), et que l'Esprit Saint ne s'arrête pas longtemps sur ceux qui ne s'attachent pas à le, retenir par le recueillement et la prière. Aussi la voit-on dès sa plus tendre en* fance chercher dans la retraite de Nazareth comme tin asile où elle put mettre à couvert de la contagion du monde le précieux trésor de la grâce.
Pour consacrer les prémices de sa vie , elle fait un divorce éternel avec les joies du siècle , ses maximes, ses pompes et ses plaisirs. FidèlfJ à ce premier engagement ^ elle mène y dans un âge plus avancé ^ une vie également retirée , une vie pauvre , obscure , mortifiée , pénitente , si j'ose me servir de ce terme, à l'égard de celle qui n eût pas la faute la plus légère à expier.
Malgré toutes ces précautions, malgré cette obscurité qui la dérobe aux regards àes hommes et qui la met à l'abri des dangers du monde , ne se croyant pas en sûreté dès qu'elle sera seule et abandonnée à elle-même , elle s'unit à Saint loseph pour mieux cacher une vertu
.(i) i. Cor. 1$. ior (3>2. Pe^r« i. lOr
1 26 Sermon
jusqu^alors inconnue , et pour faire de cet homme juste comme le gardien et le protecteur de sa virginité bien plus qu€ son Epoux. L'oraison est son occupation la plus ordinaire et la plus douce ; ne comptant point sur ses sacrifices , elle y demande à Dieu les secours qu'elle n'attend que de lui seul ; c'est par elle qu'elle se délasse des fatigues d'un état laborieux et pénible; et si l'Ange. vient lui annoncer qu'elle enfantera, sans doute il la surprend dans un de ces momens où elle suni( le plus étroitement à son Dieu par la prière ; car c'est ainsi que , toujours attentive à user des moyens nécessaires pour conserver la grâce , elle se préparoit , sans le savoir , à devenir TEpou^e du Saint-Esprit , et c'est ainsi * que nous devrions nous rendre dignes d'en être le temple , en ménageant avec soin les dons qu'il nous fait.
Mais , ô prodige d'aveuglement ! nous n'avons pas les mêmes secours, les mêmes ressources , les mêmes avantages que Marie, et il s'en faut bien que nous prenions les mêmes précautions qu'elle.
Nous n'avons pas été délivrés , comme elle , du fonds de concupiscence qui nous fait trouver des dangers jusque dans les choses les plus innocentes en ellesmêmes , et nous nous exposons sans crainte aux tentations les plus fortes et les plus
Pour lafÈU de là. Conception. 127 difficiles à sui^tnonter. Nous n'avons pas reçu , comnae elle , iine grâce abondante et qui puisse nous faire espérer un triomphe certain sxxv les eîinemis de nofre salut; nous portons, comme le dit Saint Paul^ le trésor de la grâce dans un vase de terre , et nous nous jetons téméraire^ ment à travers tous les écueils préparés pour nous perdre. Nous n'avons pas été doués , comme Marie ^ d'une grâce stable et solide , et nous ne faisons rien de ce qui seroit nécessaire pour mériter que Dieu nous la confirme. Que dis-je ! nous faisons tout ce qu'il faut pour mériter qu'il nous la retire : flattés et comme attirés par tous les objets sensibles^ nous nous répandons au- dehors ^ nous nous faisons des occupations qui nous dissir pent , et nous négligeons de rentrer dans notre cœur pour y consulter Dieu^ et pour y gémir de notre foibles^e et de nos misères. Nous ne cherchons qu'à nous montrer, nous nous reproduisons dans mill^ endroits différens , quelque* fois sous prétexte de zèle et de chanté-^ le plus souvent sous prétexte d'amusé*ment ou de bienséance, presque toujours par une secrète vanité qui nous trahit en dépit de nous-mêmes , par une envie de plaire qui se découvre , malgré lea efforts que nous faisons pour la cacher , par une attache léelle à toutes les choses
1 28 Sermon
auxquelles nous . croyons peut-être avoir renoncé de la manière la plus entière et la plus parfaite.
Et, que s'ensuit- il , M. C. A. ? c'est que, toujours répandus dans le monde, nous ne tardons pas à penser comme lui f nous goûtons ses juiaximes , nous partageons ses toiles joies ^ nous prenons son esprit. Au lieu de châtier notre corps , de le réduire en servitude , die le vaincre par la morti£ccition des sens j nous nous faisons une habitude de mollesse et de sensualité qui irrite la forpe de nos penchans pour le vice, «t qui , danst le moment où il s^agiroit de combattre , au lieu de fermer nos yeux ^ nos oreilles et tous nos sens y qui «ont les portes de notre ame, à tout ce qui peut FaiFoiblir et l'ébranler , nous les ouvrons sans réserve h tout ce qui peut la souiller et la corrompre.
II. n'y a point d'objets si séduisans sur lesquels nous ne voulions fixer nos regards , il n'y a point de sons si doux , si propres à nous amollir que nous ne voulions entendre , il n'y a rien de si pernicieux et de si contraire à la pureté des mœurs que nous ne voulions connoître par expérience , et que nous ne nous permettions sans scrupule; nous nous livrons sans résistance à l'ennemi qui nous poursuit) au lieu de fuir les spectacles
Pour la jtte de là Conception, l àg dangereux et profanes qui insinuent dans le cœur un poison lent^ mais dont reffeC est presque inévitable. Ces lectures pernicieuses qui attirent et qui nous forment au crime, ces conversations libres et enjouées, ces entretiens semés d'équivoques et qui y sous une gaze légère , sous un vernis délicat et subtil y cachent le fond }e plus hideux , ces assemblées tumultueuses» ces cercles où est étalée toute la pompe mondaine, ces parties déplaisir qui préparent mille pièges à ^innocence et à la pudeur , ces amitiés tendres et vives , ces liaisons suspectes qu'on a en- Suite tant de peines à rompre y ces com^ merces suivis que Ton s'obstine à regarder comme innocens et que le monde luimême ne croit pas exempts de censure \ au lieu de renoncer à toutes ces choses , au lieu de les prévenir et de s'armer contre elles par la retraite, par la vigî* lance y par la prière , on les désire , on les recherche , on se familiarise avec elles. Le dirai je , ô mon Dieu , et me don-; nerez-vous assez de larmes pour déplorer notre égarement et notre vile sécurité } au lieu d'opérer notre salut avec crainte et tremblement , comme le veut l'Apôtre, nous jouons sur les bords du précipice, nous le voyons sans horreur , nous y tombons , et notre chute n'a plus rien qui nous effraye , parce que Tesçrit
1 3o Sermon
se retire et s^éloigne de nous ^ parce que
votre grâce nous abandonne et qu^elle
n'habite point dans cqux qui se font un
jeu de la perdre y et qui ne ^prennent
pas tous les soins nécessaires pour la
consei^ver.
Ce n'est pas assez ^ M. F. ; il faut encore travailler à raugmenler. Si Marie eût pu se borner un seul instant à ne rien perdre de la grâce qui lui avoit été donnée , j!ose le dire , elle eût cessé de s'en rendre digne ; et plus cette grâce^ eut été répandue sur elle avec abondance dès sa conception , moins elle eut mérité de s'unir aussi étroitement qu'elle l'a fait à l'£sprit> Saint qui est un esprit de feu et d amour , qui ne nous communique ses dons que pour nous faire désirer d'en obtenir de plus considérables encore. Marie avoit beaucoup reçu , mais nous voyons aussi qu'elle a marqué le plus grand empressement à recevoir toujours davantage , en croissant toute sa vie de mérite en mérite ^ et en se portant , comme par degrés , à tout ce que la vertu pouvoît avoir de plus héroïque. Après avoir fait éclater son goût pour la retraite , dans un âge où tout invite à la dissipation , son amour pour la virginité , dans un temps où elle étoit regardée comme un opprobre , parce qu elle paroîssoit , aux yeux des Juifs
Pour ta fitt de ta Cùnception. \ Ji charnels > ne pouvoir subsister avec la glorieuse espérance d'enfanter le Messie , cette Reine des Vierges fait connoître la grandeur de sa foi en donnant son consentement et en se préparant au Mystère incroyable qui lui est annoncé ^ elle donne ensuite des fifiarques de la charité et de l'humilité la plus parfaite , en prévenant la mère de Jean 'Baptiste , tandis qu'elle-même est devenue la mère de J. G. ; elle prouve toute l'étendue de sa soumission aux volontés du souverain Etre en exécutant sans balancer Tordre qu'il lui donne de quitter sa patrie et de fuir dans une terre étrangère , considérée par tout son peuple comme un lieu d'exil et comme une terre de malédiction ; elle rend sensible toute la force de son attachement au Verbe incarné en le suivant jusque sur le Calvaire, et en buvant avec lui le calice de douleur et d^amertume , au moment où presque tous ses^ Disciples l'ont abandonné. Que dirai- je ^ enfin , et pourrions-nous lé croire si nous ne le voyions confirmé par les livre»
saints ? Elle ne demande pas , comme le»
enfans de Zébédée , à prendre place auprès du Messie , auprès de son Fils dès qu'il sera entré dans sa gloire, mais elle porte le détachement et le renoncement à sa volonté propre jusqu'à attendre^ avec résignation, sous la conduite d«
i3;2 Sttmorî
Saint Jean , le temps où il plaira à la
Divinité de lui faire partager, par son
Assomption glorieuse^ le triomphe de
Jèsus-Christ.
O Vierge si digne de nos louanges , modèle le plus parfait que nous puissions nous proposer après rHomme Dieu !
voilà ce que l'Esprit- Saint découvroit en vous lorsqu'il vous a fait son £pouse ; îl y observoit , sur toutes choses, cette correspondance à la grâce qui vous élevoit déjà à un si haut degré^ de mérite , et qui devoit , après une faveur si signalée , marquer tous vos instans par de nouveaux progrès.
Voilà , M. F. , ce que nous devrions encore nous empresser d'imiter dans Marie, et ce que la plupart d'en tire nous sont si éloignés d'imiter en effet. Nous avons reçu des grâces , grâces de lumières et de conversion , grâces d'attendrissement et de componction , grâces de force et de mortification , et tant d^autres qui sont accordées à la prière ,, et qui disposent aux Sacremens , ou qui en sont le fruit ;^mais il n'est plus question de savoir si vous les avez conservées , je vous demande , et Dieu vous le demandera un jour : en avez- vous usé comme un fidèle économe qui fait valoir le fonds que son maître lui a confié , et qui en augmente chaque jour le
Pour la fête de la Conception, i 53
Î produit. Avez-vous pensés que , comme e dît PAnge de l'Apoc. (i), celui qui est Saint doit faire en sorte de se sanctifier eneore^ que selon ^expression du livre des Proverbes (2) , le sentier des .Justes est comme une lumière brillante qui s'avance et qui croît jusqu'au jour parfait ^ et que selon le précepte de TEcclésiastique (3), nous ne devons cesser de faire des progrès dans la justice jus- *qu'à la mort , et qu'enfin , comme l'Apôtre (4) nous l'enseigne, nous devons aspirer toujours à un nouveau degré de perfection. jEmulamini autem charismata meliora.
Cpnséquemment , à ces maximes , êtesvons plus humble, plus mortifié , plus patient , plus détaché de votre volonté propre, plus zélé pour la gloire de Dieu , plus ferven^t dans son amour , plus attentif à éviter les moindres fautes que vous ne l'avez été dans de certains temps de votre vie, que vous pouvez aisément vous rappeler. Je vous interroge ici comme je m'interroge moi-même , et qu'il est bien à craindre , M. F. , que notre conscience ne nous accuse , et que nous n'ayons à nous reprocher d'avoir manqué à la grâce (5) , bien loin de pouvoir nous plaindre que la grâce nous ait manqué.
(0 23. II. (2)4. 18. (3) i8i aa. (4) I. Cor. la* }i. {^)Hebr, la. 15.
x34 Sermon
J^ai assez travaillé , nous disons- noM à nous-mêmes , il est temps de prendre un peu de repos ; faut-il donc tant de choses pour être sauvé ? Tel est surtout le langage qu^on tient dans le monde.
Quel langage , Chrétiens ! quel langage , et qu'il est contraire à la foi ! Vous voulez-vousreposer , et , dites-moi donc> Tennemi de yotre salut se repose-t il ? Il est allé chercher sept autres démons
f>lus forts que lui , afin de rentrer dans e cœur dont vous Tavez contraint de sortir. Il tourne sans cesse autour de vous^ comme un lion rugissant^ pour vous dévorer , et vous voulez-vous repo-^ ser ? Votre propre chair, vos passions se reposent- elles ? Ah ! elles ne sont qu'endormies ; elles se ranimeront dans peu ;elles se feront sentir avec plus de violence ; elles vous accableront , et vous voulez prendre du repos 1 La grâce est* elle stable en vous 1 elle vous a été donnée pour fructifier , et vous ne craignez pas d'en arrêter les progrès par votre indolence ? L'esprit souffle où il veut , il ne souffle que sur ceux qui le suivent avec empressement partout où il veut les conduire , et cependant vous voulez vous reposer ! Vous croyez faire assez pour votre salut que de demeurer dans Pétat où vous êtes , et moi je vous réponds ^ avec les Saints Docteurs et |ivec TEcri:
Pour la fête de la Conception. i35 ture elle-même , que vous n'y demeurerez pas 9 que vous allez tomber insensiblement en quelque péché qui vous fera perdre bientôt le peu que vous avez reçu du Ciel , si déjà vous ne Tavez perdu.
Ah ! Mon Frère » demandez à Dieu qu^il fasse revivre y sHl est nécessaire , la grâce quMl a mise en nous , et croyons désor* mais ne pouvoir la conserver qu'en faisant tous nos efforts pour l'accroître ; entrons dans toutes les dispositions de Marie : et vous , Vierges chrétiennes , vous Mesdames , dont elle a honoré le sexe, appliquez- vous personnellement son exemple , il est fait pour tous ; mais il est fait particulièrement pour vous. C'est dans la force et la fidélité de Marie que vous trouverez de quoi vaincre la K)iblesse et l'infidélîté de la première Eve ( i ). Réglez , selon l'avis de Saint Ambroise y toute votre conduite sur le modèle admirable qui nous fournit des instructions si belles , et qui nous montre ce qu'il faut corriger, ce qu'il faut fuir et ce qu'il faut suivre. Soyez recon poissantes comme elle du don de la grâce ^ qui est en vous , ou que Dieu vous offre , aujourd'hui encore, dans ces temj)S de salut. Ayez le même soin , la même attention qu'elle pour la conserver ; faites
l36 Sermon
paroître le même zèle , la même ferveur pour ^augmenter. C'est là le culte qui lui «st agréable , celui qu'elle exige de vous , et saiis lequel tout autre culte ne peut lui plaire. C'est par là que votre dévotion à la Vierge sera solide , et que vous lui rendrez un hommage digne d'elle.
Mais pour bien faire toutes ces choses , il vous faut un secours puissant ; et où pouvons-nous mieux le rencontrer que dans l'intercession , de Marie , puisqu'elle est la Mère de J. C. ? Encore un mpment d'attention pour cette dernière partie.
Troisièmce partie.
Le Verbe devoit s'unir avec l'humanité pour rendre à son Père , par cette humiliation profonde , la gloire que l'orgueil de l'homme lui avoit ôlée , et pour offrir au monde un Rédempteur qui fut digne par lui-même de satisfaire pour nous. Mais une union si étroite entre la niature divine et la nature humaine^ en ne faisant qu'une seule personne de J. C. ^ a fait aussi de Marie , par une conséquence nécessaire , la Mère de son Dieu.
Dans ce seul titre est donc renfermé tout le Mystère de l'Incarnation du Verbe, ot on n'a pu refuser à Marie sa qualité
de Mère de Dieu sans coiamencer ^ avec
Pour la fête de la Conception. 1 87 Himpîe Ne&torius , ce fameux hérésiarque du cinquième siècle^ par super tous les fondemens de notre Foi , en rejetant ce qu'elle nous enseigne sur l'union hypostatique 9 comm^ parle l'hglise , et non pas seulement accidentelle du Fils de Dieu au fils de l'homm^.
G'e&t ce qui a porté lEglise , toujours^ <K>nduite et éclairée par l'Esprit-Saint, à frapper d'anathêaie, dans le Concile d'E* phèse , tous ceux qui oser'oient penser et parler comme Nestorius , et qui s'écartant comme lui de l'ancienne croyance ^ de celle qui , selon Saint Cyrille r est autorisée par toute la tradition . ne don»
neroient pas à Marie la qualité éminente que cet hérésiarque lui dispntoit.
C'est aussi ce qui rend si légitimes les plus grandes marques de vénération que les Fidèles de tous les siècles ont données à cette Reine des Vierges ; c'est ce qui fait dire à Saint Augustin : Je ne sais, ô Vierge Sainte, comment je pourrai célébrer dignement vos grandeurs ! Qui^ bus te laudibus effcram nescia. Mon esprit en est comme accablé^ il succombe à la vue de tant de merveilles qui se sont opérées en vous , et il a peine à bien rendre les sentimens dont il est pénétré, et qui vous sont dus, Quibus te lau^ dibus efferam nescio. Il ne sait comment il pourra suffire à contempler tout \h\
Ï38 Sermon
clat de votre gloire ; comment il pourra la taire comprendre à tous les hommes ^ afin de leur inspirer un zèle ardent pour votre culte; et la raison do son msuffisance^ c^est ce dernier titre qui suppose et qui renferme tous les autres ; c'est , en un mot , que vous êtes la Mèro de son Dieu. Qi//j qium cceli capere non poivrant y tu pratmio contulisti. Mais redoublez, redoublez voire attention , M. F. ^ si cette qualité suffit pour ne donner d'antres bornes à notre vénération que celles qui sont absolument nécessaires pour distinguer le Créateur de son ouvrage , ne suffira- t-elle pas surtout pour nous inspirer la plus grande confiance envers Marie . considérée non pas comme la première source de notre salut i mais comme celle d'entre les créatures sur laquelle nous devons faire le plus de fond pour obtenir, pour conserver, pour accroître la grâce qui nous Tassure ?
Marie est la Mère de Dieu , quel amour n'a- 1' elle donc pas pour les hommes , et quel pouvoir n'a-t-elle pas auprès de son Fils ? Pour concevoir combien Marie nous aime et vent contribuer, autant qu'il est eh elle , au salut du genre humain , il ne faut sans doute que considérer le rapport qu'elle a à J. C. C'est d'elle que l'homme Dieu a voulu naître pour opérer le grand ouvrage de notre
Pour-la jtte de la Conception. 1 3^ rédemption. Cest elle qui lui a donna ce sang adorable qui devoit en être le prix ; il a daigné s^abaisser jusqu'à elle et prendre dans son seirt une nature semblable à la notre , ce n'étoit que pour nous racheter ; il ne s'est servi d'elle que pour venir chercher sur la terre ce qui avoit péri.
Marie pourroit elle donc ne pas entrer dans les desseins de J. G. , tandis que.
parfaitement instruite de la loi et des Prophètes , elle n'a pu consentir à l'In-' carnation du Verbe sans souscrire en même temps à ses humiliations ^ à ses souffrances et à la mort , qu'il yenoit recevoir pour les pécheurs .? A telle pu oublier qu'elle n'est devenue Mère que pour nous , que c'est en notre faveur qu'il l'a faite tout ce qu'elle est, et qu'en ce sens , comme elle nous est en quelque manière redevable de son élévation , elle nous doit aussi tous les fruits que nous pouvons nous promettre du rang auquel il l*a élevée ? Peut- elle , d'ailleurs, Paimer comme son Fils, sans nous aimer comme fies propres enfans , puisque nous sommes les frères de J. C. , les membres de cet homme Dieu qu'elle a porté dans ses chastes entrailles ^ ses cohéritiers au Royaume céleste ?
Lorsqu'elle l'a accompagné jusqu'au pied de la Croix y et qu il lui a dit ^ <^w
i4o - Sermon
lui montrant son Disciple : Mère vàilà votre Fils ( i ) ,' n'a-t-ell^ pas dû penser que , comme le dit Saint Ambr Otôe , il nous recommandoit à elle en la personne de Saint Jean , et ne devons* nous pas nous appliquer également ces paroles si tendres i Fils y voilà votre Mère (2).
Ah ! Chrétiens , elle l'est, n'en doutons pas ; sans cesse elte nous enfante à Dieu par son amour , comme elle nous y a engendrés dès l'instant où J. C. a été conçu en elle par la pureté de sa foi.
Croirons -nous que maintenant ^ toute occupée de son bonheur , elle soit insensible à nos intérêts ? N'est-ce pas dans le Ciel que la charité devient plus parfaite, et nous penserons que celle de Marie s'est refroidie à notre égard ?
N'est-ce pas dans le sein de la Divinité que l'on connoît le mieux combien le salut des hommes lui est cher ? N'est-ce pas là que, rempli <iu zèle le plus ardent pour sa gloire , on désire davantage tout ce qui sert à la procurer , et que selon TEvangile , la pie que cause la conversion du pécheur surpasse même celle qu'inspire la persévérance des Justes?
N'est ce pas surtout lorsqu'on est le plus près du soleil de justice , que l'on déteste avec le plus de force tout péché
{il Joan^r \^^ 2^* (2) Ibid, %J^
^ Pour lafttt dt la Conception: 1 4^^ dans les hommes , et que Ton sent le plus vivement tout le prix de la grâce ?
Et, qui i^d mieux connu que vous, ô Vierge sans péché , puisqu'il n^est personne qui Tait reçu avec plus d'abondance et qui y ait été aussi Fidèle ? Qui a mieux appris , à ré;cole de J. C. ^ à déplorer nos foiblesses et nos misères ? Marie sait toute la profondeur de nos maux, elle voit les dangers qui nous environnent de toutes parts, et qu'elle a craint si fort pour elle-même , puis* qu'elle a pris tant de soia pour s'y dérober. Si son propre Fils a bien voulu être tenté dans tous les points , n'a-t-elle pas éprouvé comme lui toutes les ten« tations qui nous affligent ? nos gémissemens ne lui sont point cachés, et ils ne feroieht aucune impression sur elle ?
Non , M. F. , non ; il ne peut se faire qu'elle n'en soit pas touchée ; vous êtes persuadés comme moi , qu'elle nous aime ^ je diroîs presque comme son Fils nous a aiméâ ; vous croyez qu'elle veut s'employer toute entière pour nous sauver ^ pourquoi donc est-il si peu de serviteurs de Mariée Pourquoi l'oublionsnous si souvent ? Pourquoi même dans une infinité de circonstances où il nous faudroit une grâce toute spéciale , une grâce forte , et capable de l'emporter sur des, tentations subites et im]^i:é\\x^%^
Ï42 Sermon
sur nos peachans vicieux et sur nos habitudes déréglées , pourquoi ne pensons-nous pas à l'invoquer ? Le dirai-je , M. G. A. et niVn croirez- vous 1 C'est
3ue nous ne faisons pas assez d'estime e la grâce ; nous ne sentons pas tout le besoin que nous en avons , et nous ne la considérons pas avec les yeux de la foi ; nous n'en comprenons pas toute là nécessité; car, je vous le demande^ négligerions- nous de recourir à celle qui, plus empressée pour notr^ salut que nous-mêmes , ne désire rien tant que de le procurer ? Mais peut-être ne croyez-vous pas Marie assez puissante pour vous obtenir les grâces qui vous manquent? Hé quoi ! n'est-elle donc plus la Mère de Uieu, et atelle perdu» dans le Ciel , tout le pouvoir que cette qualité lui donnoit sur la terre ? £lle a Sanctifié Jean Baptiste dans le sein d'Elizabeth , par sa seule présence , et son intercession ne nous obtiendra pas la justice et la sainteté. J. G. a voulu lui être soumis ici-b^s , et il n^exaucera pas ses prières après lui avoir fait partager sa gloire. On pouvoit Tinvoquer tandis qu'elle étoît avec son Fils parmi les hommes ; on pouvoit employer sa médiation auprès de lui avec bien plus de confiance, sans doute, qu'on n'employoit celle de ses Disciples pour être guéri
Pour la fhe de la Conception. î43 3e ses infirmités y et maintenant assise à sa droite, devenue la Heine des Anges et des Saints , elle aura été dépouillée de ses plus beaux droits , elle ne pourra rien pour les pécheurs.
Le Grand- Prêtre Onias ( i ) pouvoit bien, après sa mort ^ appaiser le Ciel irrité contre la nation des Jui& ; Dieu fi^est laissé fléchir en leur faveur par la prière de Moïse , par l'encens d'Aaron ^ et la médiation de Marie sera sans força et sans vertu.
Le Dieu des miséricordes (2) se plai?
gnoit autrefois de n'avoir pu trouver ^ parmi son peuple y un Juste qui , par ses gémissemens et ses larmes , arrêtât 8on bras , suspendît sa colère , et fît tomber de ses mains la toudre quHl n^ lançoit qu'à regret , et lorsque Marie sa présentera pour être comme un mur cTairain ei;itre lui et nous y il n'aura aucun égard à la prééminence de sa dignité ; il ne sera plus même ce Dieu bon qui ne veut pas que le pécheur périsse | mais qu'il se convertisse et qu'il vive.
Pour tout dire , enfin , prodigue de ses trésors envers tous ceux qui l'invoquent avec confiance , J. C. n'en sera avare qu'envers sa Mère. Le concevezvous , M. F. , et ceux qui , par leurs murmures et leurs plaintes ^ se montrent
^ (i) i.iP/acc.9. (2) Ezéchi» 2Z»
144 ' Sermon
les ennemis de la gloire de Marie , pen^ vent ils le concevoir ? . Les . Fidèles de tous les siècles ^ tous les Pères de l'Eglise, r£^ise entière, se sont donc bien trompés , puisqu'ils l'ont toujours consir dérée comme le plus digne objet de leur confiance après l'Auteur de notr« salut; comme l'asile le plus sur , comme la protectrice la plus puissante ? Et, en efFet^ n'est-ce pas assez qu'elle soit la Mère de J. C. pour que nous ayons droit de penser qu'il n'a donné aucunes bornes à son pouvoir , qu'il l'invite , qu'il la presse d'en faire usage , qu'il lui dit comme Salomon le disoit à Bethsabèe:
demandez , ô ma Mère ! car il n'^st rien que je puisse vous refuser. Nequc 'enim jas est ut avertam faciem tuam (i)* Dirons-nous que l'invoquer c'est déroger à l'honneur qui n'est dû qu'à Dieu , et anéantir le Souverain? Si nous le disons , nous avons'donc oublié quelle est la foi dé l'Eglise ; nous ne nous adressons pas à Marie comme à celle qui possède la grâce propre , qui en est l'arbitre ^ et à qui il appartient de nous la donner , mais comme à celle qui ,
{)armi toutes'^les intelligences créées, est a plus puissante pour la demander et pour nous l'obtenir, comme elle est la plus relevée en gloire et en dignité.
(0 3. Reg, du 2*
Noua
Pour h fête de la Conception. ii\S Nous n'attendons pas même de Maxie <]u'elle nous obtienne cette grâce par ses propres roérites., mais nous Tinvoquons comme la Mère du Rédempteur, comme celle qui a tout pouvoir pour dispenser les dons du Très- Haut, du Tout-Puissant 9 par les mérites de son Fils. Et c'est ainsi que nous honorons Dieu ; nous l'honorons dans Marie comme dans ses Saints , et plus que dans tous les 3aints , , parce qu'il a plus fait en sa faveur. C'est ainsi , encore , que nous honorons la grâce 9 ne croyant pas pouvoir nous ménager trop de ressources , trop de moyens pour nous rendre le Ciel propice ; nous sommes bien éloignés de négliger un de ceux qui sont les plus propres à remplir lout notre espoir.
Faisons en sorte daller à J. C. par Marie , puisque c'est par elle qu'il est venu à nous ; elle nous conduit à son Fils ; elle nous dirige vers lui par les lumières et les secours que sa médiation nous procure ; elle nous aide à connoitre et à vaincre tous les périls qui se rencontrent sur la route que nous avons à tenir ; c'est donc avec raison ^ comme le remarque Saint Bernard , que Marie est appelée étoile de la mer.
O vous ! dit le même Saint Docteur , vous tous qui êtes dans l'agitation du siècle , et qui vous sentez plutôt (lou.^x Mystères. ^
'1 4^ Sermon
au iiiilîen des tempêtes , que marcher sur la terre , ayez toujours les yeux sur Marie comme sur votre étoile , afin de ne pas être englouti par les flotf^. Si les vents des tentations s^élèvent, si vous êtes eavironné d^écueiU, regardez votre étoile y invoquez Marié. Si vous êtes agité par les ▼agues de Porgueil , de l'ambition , de la jalousie , par la colère , l'avarice , les attraits de la chair , considérez votre étoile , in** voquez Marie. Dans les daogers , dans les afflictions , dans les affaires importantes^ songez à Marie , invoquez Marie , qu'ellq soit toujours dans votre bouche et dans votre cœur. Mais souvenez-vous surtout
aue pour obtenir le secours de ses prières^ iaut vouloir imiter Texemple de sa vie« On ne s'écarte point quand ù\\ le suit ; on ne se laisse point aller au désespoir quand on la prie ; on ne s^égare poini r quand on pense à elle. Celui qu'elle soutient ne tombe pas ; celui qu'elle protège ne craint rien; celui qu'elle conduit ne se lasse point ; celui auquel elle se montre propice arrive au terme. Si quelqu'un, bienheureuse Vierge , se souvient de vous avoir inutilement invoqué dans ses besoins , ah ! ce nest qu'à lui qu'il est permis de ne pas cêlébreF vos misé-»
ricordes.
Ainsi parloit Saint Bernard , et pou<.
vois-je mieux terminer ce discours , con-
[Pour la fête de la Conception. ,' 14^ sacré à la gloire de Marie , que par les expressions vives et animées d'an de ses serviteurs le plus fidèle f Que les sen-< timens qu'elles renferment soient ttommcf imprimés dans notre atne, ô \ ierge Sainte ! que les titres glôri'eùx- doht " vous êtes- décorée les y ténôtttléUéht cliaqiief Jour. Fille du TrésrH'aur dans Tordre lé plus éminent de la grâce, Epousé d^ rEsprit Saint ^ et qui aVez mérité de Têtré par votre correspondance à ses dons, Mère de mon Dieu , pour tout dirô , en' un mot, quels droits n'avez- vous pas à notre culte , et que ne devons-nous pas attendre de votre puissance et de votre amour ? C'est donc vous que j'implore, c'est votre assistance que je réclame ; je vous la demande pour ce Royaume qui vous est spécialement consacré, qu'il vous doive toujours son bonheur et sa gloire, que son Boi soit marque"*3u sceau des Hois qui vous sont chers , qu'il règne long -temps sur un peuple heureux , qu'u ^ lui assure une paix constante comme son cœur le désire , que cette Eglise 9 cimentée par le sang de ses premiers Apôtres , si constamment unie à son chet et si recommandable par sa foi, se conserve dans toute sa pureté, que par vous la vérité triomphe des nouveautés , et puisse briller à nos yeux pour jamais. Jetpz aussi , du haut d&%
1 48 Sermon pour la fête de la Conception* Cieux , un regard i'avorable sur ce trou-^ peau fidèle ; quHl soit toujours comme une portion choisie de la maison dlsraël; que son Pasteur, toujours également res-
f>ectè , également chéri , en soit toujours 6 modèle; que nous tous , enfin, réunis dans ce Temple pour y célébrer yos louanges^ nous éprouvions les effets de TOtre intercession puissante, et que par elle nous obtenions la grâce qui doit nous conduire à l'éternité bienheureuse que je vous souhaite. Ainsi soit-il»