Première Partie
En nous et hors de nous , aux Cieux et sur la terre , tout nous annonce Texistence d^un Dieu ; refuser d'admettre un premier être , ,c*est contredire et les idées de mon entendement qui s'élève , comme malgré lui» au-dessus des temps et des êtres bornés , pour remonter jusqu'à l'être suprême éternel et sans bornes , qtii a assigné à chacuh d'eux leurs li* mites, et les sentimens de mofi cœur, dont rien de créé, rien d'imparfait ne peut remplir les désirs si vastes , et la voix de toute la nature qui me rappelle à son eùteur ; c'est attribuer à la matière tin uîouvement qu'elle n'a pas par elle-même^ ou qui^ s'il lui est nécessaire, ne peut augmenter, s'affoiblir et varier, en sens contraire, au. gré des différens corps.
C'est admettre un nombre infini d'effets Bans causes , de forces sans aucun prin* cipe d'action , de mouvemens réguliers sans aucune intelligence qui les ait déterminés, de lois sans un législateur; c'est faire honneur au hasard, non pas d'un ^ seul ouvrage fait avec art, mais d'ouvrages innombrables, dont les combinaisons sont immenses, et qui, séparer
Pour le Dima nche de Quasimodo. 1 53 itxient comme dans leur assemblage i offrent à des yeux éclairés ^ les traits les plus frappans d'intelligence et de sa* gesse ; cest élever le système le plus téméraire sur des suppositions bizarres^ qui , par une suite mévitable » naissent en foule }*une de l'autre, se heurtent , se choquent , si je puis ainsi parler , et 8e détruisent réciproquement ; c'est enfin À^élever seul contre le consentement unanime de toutes les générations et de tous les peuples , qui , sans aucun accord et avant toute loi , ont reconnu et adoré mi Etre suprême.
Mais si , comme je ne puis en douter^ il existe un Dieu, de quelle importance n^est-il pas pour moi de me former une idée juste de sa nature et de ses principaux attributs , d'être instruit de ce qu'il exige de moi , et de savoir , avec certitude , ce que je dois en craindre ou en attendre*
Ici , M. F. , la raison va nous conduire à la foi , à cette Religion révélée qui se prouve à l'esprit par ses principaux caractères, la nécessité, l'ancienneté , Tunité et la perpétuité.
Pour bien comprendre ta nécessité d'une révélation telle qu'est celle de la Religion que nous professons , il ne s'agit pas , après avoir reconnu en général l'existence d'un Dieu, de nous placer
} 54 Sermon
au, centre du Christianisme , c^est là ce qui trompe, de nos jours ^ l'incrédule.
Né de parens Chrétiens , éclairé dès sa
f)lus tendre enfance du flambeau de la bi, les lumières préviennent en lui l'étude et les réflexions. Il connoît Dieu , ses devoirs, et ce que la loi naturelle renferme de plus important, de plus &age et de plus parfait , avant que d'avoir eu la peine de chercher et d'approfondir ; et cependant lorsqu'il, cesse de vouloir fître le disciple de J. C. et qu'il blasphème da loi^ il ose encore mettre , sur le compte -de sa raison , des clartés qu'il ne doit qu'à la foi.
Pour se convaincre de son erreur , qu'il se place avec moi parmi ce peuple si vanté de nos jours , à qui un sage donna des lois, dans cette contrée de l'Asie où fleurissent en partie les sciences et les arts f où la pnilosophie répand sa lu* miére , mais que couvrent encore les ténèbres de l'idolâtrie > et qu'il me suive dans les réflexions que va me dicter cette raison même, dont l'incrédule fait son unique appui.
Pour' ne pas contredire les premières notions qu'elle offre naturellement à tous les hommes , et ne pas me trouver, à chaque instant , en contradiction avec moi n^ême , je me suis vu forcé d'admettre nn^ souveraine intelligence , un premier
Pour U Dimanche de Quasimodo. 1 55 Être, un Dieu ^eoinme c'eât de loi sur»
tout que peut dépendre mon sort , et que rien ne m'intéresse davantage que les rapports que je puis avoir avec lui, je désire ardemment de parvenir à le bien connoître.
Je jette les yeux autour de moi, et je vois de toute part des hommes qui appliquent cette fdée d'un Etre suprême à de9 objets auxquels elle ne peut convenir»
et qui sont indignes de leurs hommages.
Une illusion si grossière ne peut me con« duire qu'à des erreurs nouvelles. Je m'élève au dessus des opinions du peuple , j'examine avec les sages, j'étudie les langues dans lesquelles ils ont écrit, je compare leurs sentimens, ye médite avec eux, et je sens que malgré moi je m'égare comme eux de système en système ; comme eux , je deviens tour-à-tour la dupe de mon esprit et de mon cœur. Si j'ai cependant la force et Tétendue de génie des Socrate et des Platon, je conçois que l'Etre suprême doit être souverainement parfait , que par l'amour qu'il porte à ses perfections , il doit exiger de moi un hommage et un culte très pur; que- m'ayant créé intelligent et libre , comme me l'annonce un sentiment intime contre lequel il est impossible de prescrire, il n'est pas indigne de lui de me gouverner, de me conduire par deslois morales, comme il a imposé de^
1 66 Sermon
lois physiques au monde matériel et sensible; que si je suis rebelle à ses lois.^ je dois craindre qu^il ne punisse mon infidélité , et qu au contraire , si je lui suis fidèle , je dois attendre de lui ma récompense ; que cet ordre y si convenable à sa sagesse et à sa justice, ne se trouvant pas exactement rempli dans cette vie , il y en aura sans douté une autre où les proportions seront observées d'une manière inviolable. Mais , parmi c^s précieuses clartés , je ne suis pas plus assuré que ne Tont été tous les sages ; ils hésitoient , ces sages tant vantés ^ les Platon ^ les Socrate , les Cicéron y les Senèque.
Autant et plus encore j^hésite, je chancelle, je cherche un point fixe^ et je le perds de vue au moment où je .crois le aaisir. Les désordres que j'aperçois dans Tunivers^ les contrariétés que je découvre en moi 9 ce mélange de grandeur et de bassesse , de lumière et de ténèbres , m^effrayent , m^épouvantent ; les doutes renaissent en foule. Est ce donc un Dieu qui gouverne le monde ? s'in ter esse- 1- il à i>ioif d'où viens je? où suis-je?où vaisje ? O Etre des êtres ! qu'êtes- vous , et que ne vous rendez-vous plus sensible?
Je vous implore pour moi , pour le commun des hommes 9 qui , accablé de plus de soins qui le dissipent , a encore plus
Pour le Dimanche de Quasimodo. 1 67 d^obstacles à surmonter pour vous connoître.
Mais peut-être Dieu a parlé , je le désire du moins , comme les plus sages d'entre les Païens Pont désiré , et trop convaincu comme eux de rinsutfisance de ma raison y je vais chercher partout cette révélation qui fait Tunique objet de mes vœux , prêt à m^y soumettre , si elle subsiste^ et si elle a des caractères sutfisans pour en établir à mes yeux la vérité.
Hélas ! je consulte en vain les peuples idolâtres de tous les lieux et de tous les siècles. Ils se disent , il est vrai , éclairés par la divinité , mais rien ne me prouve qu'elle ait parlé en effet. Si Ton me cite des prodiges, ils se sont opérés dans le secret, ou celui qui les rapporte ne les ^ écrits que sur le témoignage obscur et incertain de ceux qui l'ont précédé.
Si Ton me cite des oracles , ils sont équivoques et susceptibles de tous les sens qu'on veut leur donner ; si l'on me fait valoir l'antiquité des Dieux des Gentils et celle des peuples qui les adorent , je n'aperçois que des générations confuses, et qui se perdent dans la nuit des temps.
Pour tout dire , enfin , je ne trouve point , dans une religion païenne , des notions sur Dieu et sur son culte que puisse avouer ma raison.
iS8 Sermon
Mais toi dont le Musulman , TArabe et le Persan révèrent et suivent la loi , fier Mahomet , cette loi , dis-tu , est émanée du Ciel , et pourquoi donc n'astu pour garant: de son autorité , que ta seule parole 1 Pourquoi, le fer en main, législateur barbare , ue soumets-tu les peuples que par la violence ? Est-ce ainsi que Dieu se révèle , et ne veut-il que tyranniser nos esprits sans les convaincre?
Que m'offre , d'ailleurs , cette loi si connue ? des faits sur lesquels je puis prononcer sans peine, et qui n'ont rien que de ridicule et d'absurde , des plai- ^irs,etune félicité indigne de moi.
Ainsi, je cherche envaîn cette révélation après laquelle je soupire. Toutes les Religions des différens peuples en supposent et en démontrent , il est vrai , la nécessité ; mais aucune d'elles ne porte le caractère d'une Religion révélée.
C'en est assez ; bornons ici nos re-»
cherches. Ah ? sans doute ce Dieu qui se dérobe à mes vœux fait peu de cas de mes hommages, et à ses yeux tous les cultes sont égaux.
Mais que dis-je ! s'il est un Dieu duquel je dépends essentiellement , qui m'ait créé , qui me conserve ; s'il est un Dieu qui ait quelque amour pour ta vertu , qui en ait gravé en moi le sentiment par de premiers principes com-
I Poiir le Dimanche de Quasimodo. 1 69
/ man^ à tous les hommes^ et par les f reproches de ma conscience , qui m'ait donné mes idées et mes penchans y peut-!
fine pas exiger Taveude ma dépendance?
Peut-il, après avoir fait de moi un être intelligent et libre , après m^avoir doué des £Eicultés les plus nobles , ne pas vouloir que je lui en rende le tribut légitime, que je reconnoisse son souverain domaine , que je lui consacre tout mon être , et que pour sa gloire , pour mon propre avantage » pour celui des autres iiommes , j^honore des perfections en les imitant f
Peut-il , encore , agréer un culte qui est indigne, de lui , approuver également des Religions qui se contredisent entr elles, et trouver sa gloire et notre bonheur dans celles qui sont opposées à ses attributs ?
Mais s'il existe un Dieu , mon hommage ne lui est pas inditférent ; tous les cultes ne sont pomt égaux , et je cherche celui par lequel je puis être assuré de lui plaire et de l'honorer comme il veut qu'on rhonore.
O Chrétien ! il ne me reste plus de ressource qu'en lui sçul ; viens , et dismoi qui t'a donné ta loi , où sont les titres, quels sont les. livres qui les renferment, d'où te viennent-ils, et quels sont, ^ufln, les sources et les fondemens de
iSo Sermon
ta foi ? A peine ai je parlé , et déjà le Chrétien , après m'avoir exposé les principaux articles de sa croyance , me fait observer un peuple qui, dispersé en tous lietrx , conserve avec soin des livres qu'il regarde divins. Ge peuple excite mon attention par les traits les plus frappans.
L'histoire de tous les^ âges dépose en sa faveur , et d'après ce qu'elle nous offre de plus certain , il peut passer avec fondement pour le plus ancien de tous les^ peuples connus qui existent maintenant sur la terre.. Les nations Tes plus célèbres se sont mêlées , confondues ; il ne nous reste aucunes traces effectives de leur gouvernement et de leurs mœurs y elles ont même oublié leurs Dieux et leur culte.
Mais le Juif, quoique le rebut et l'opprobre du genre humain , chargé deTexé^ cration publique , étranger et proscrit dans tout Tunivers , subsiste toujours y et a retenu de sa Religion tout ce que sa situation présente-Juï permet d'en retenir et d'en observer. Il se renouvelle sans aucun mélange , il se multiplie sans pouvoir se réunir en corps de nation , et porte , en tous lieux , des livres où nous lisons les reproches honteux et flétrissaris que lui ont fait ceux qui les ont écrits.
Ces livrer renferment les intérêts pu-
Pour h Dimanche de Quasimodo. idt blics , les lois , le culte et Thistoire da tout un peuple y qui , occupé à les méditer sans cesse f a compté jusqu^au nom* bre des mots et des lettres qui les composent. Ce ne sont point de ces volume»
mystélrieux qu^un petit nombre de Porliles conservent dans le secret et qu^ils interprètent à leur gré. De tout temps ils ont été exposés aux yeux de tous le» hommes : je les vois traduits en grec par les soins de Ptolomée Philadelphe, Koî d'Egypte. Je trouve les livres dd Moïse écrits en samaritain , c^està-dire, dans la langue de ce peuple qui s'est séparé des Juifs sous le règne du fils de Salomon.
J'ouvre y j'examine tous les livres sacrés , et je vois qu'ils se soutiennent mti« tacitement , qu'ils se refident témoignage Fnn à l'autre , que les faits qu'ils contiennent ont entr eux une liaison nécessaire , qui me fait remonter des livres des Prophètes à celui des Rois , de celuici au livre des Juges , du livre des Juges à celui de Josué, et de ce dernier au Pentateuque , et à Moïse auquel la Bible entière me rappelle. Je vois que ces faits sont liés avec l'histoire des autres nations , et en reçoivent un nouveau té-r hioignage qui les confirme.
Ce sont, d'ailleurs, de tous les faits les plus intéressans > les moins susceptibles
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d'Hlusion et lea plus propres k exciter ; par eux Hièmes » Inattention de ceux auxquels on les expose. On ne crainft pas d'en prendre à témoin une muUituder innombrable sous les yeux de laquelle ils se sont passés. Ils ont eu un effet universel et durable. Telles sont les plaies d'Egypte^ qui se terminent par la mort des premiers nés , le passage de la mer Rouge, que Tincrédule s'est efforcé en vain d'expliquer par des causea natu« relies, les prodiges du désert , cette manne qui tombe pendant quarante ans, et qui tert de nourriture aux Israélites , leurs vétemens qui se conservent pendant ce même espace d'années , cette nuée qui ne cesse de lés couvrir , et cette colonne de feu qui règle leur marche*
Ce n'est , enfin , que par l'existence de ces faits éclatans , soutenus pour la plu-
{mrt de monumens qui en rappeloient a mémoire , que les Juifs ont pu se voir contrains d'adopter une loi aussi onéreuse^ que rétoit celle de Moïse.
Ma raison me permet-elle encore de douter de leur authenticité et de celle des livres qui nous les ont transmis ?
Aara*t'On fait croire à tout un peuple qu'il a vu des prodiges si sarprenans , 61 universels et si permanens , tandis qu'il ne les aura point vus ? Aura-t-on pu meure entre ses mains , comme l'ouvrage
Pour le Dimanche de Quasimodo. 1 63 éde Moïse , des^ livres qu'il n'aura pas reçus de lui , et qui , jusqu'au moment idb leur supposition lui auront été in* connus f Si 9 au contraire , il les a reçus de ia anain de Moï^e , son législateur et reconnu pour tel par les historiens profanes de ranliquitè la plus reculée , auraitil periuis qu'on en retranche , qu'on y ajoute et qu'on les altère , lui qui les a toujours considérés comme des livres sacrés , qui en a toujours fait son unique étude y et qui en retrouvoit comme le
{>rêcis dans tous les autres livres de 'Ecriture ?
Mais si ces livres sont authentiques^ ainsi que les faits qu'ils contiennent , ils son,t divins i Moïse qui les a écrits et qui a opéré tant de merveilles étoit , l'envoyé de Dieu ; il étoit le Ministre et l'interprète de la Divinité. Dieu se devoit à lui-même de ne pas laisser à sa créature un pouvoir aussi étendu ^ aussi manifeste et aussi constant pour qu'elle ne l'employa qu'à tromper les Hommes , au nom même du Dieu saint, du Dieu de vérité. Et ce que j'ai dit en dernier lieu des livres de Moïse, je puis le dire par une induction semblable de tous les livres sacrés.
O Ciel ! il est donc vrai , Dieu s'est
révélé aux hommes : le Seigneur a parlé.
Livres saints , que m'apprenez- vous f
î6i Sermon
O lumières précieuses ! TEcriture mé rappelle à un Dieu qui a tout fait, et 'elle me donne , de sa puissance « de sa sainteté , de sa sagesse, les idées les plus nobles et les plus dignes de lui. Le Dieii des Hébreux n'a rien de commun avec les Divinités que te reste du monde adoroit ; c^est TEtre existant par lui-même, c'est un Dieu unique dans sa substance, infini , parfait dans tous ses attributs ; il existoit et rien n^existoit encore ; à sa VOIX le monde sort du néant. Il dit : Que la lumière se fasse p et elle est faite ; il appelle les astres , et ils commencent leur course ; il orne les Cieux , il embellit la terre , il la rend féconde , il la peuple d^animaux divers , et donne à Funivers un Maître, un interprète à la nature, un ministre à sa gloire, en créant Fhomme à son image, il met plusieurs jours à achever le grand ouvrage de la création , c'est pooV nous apprendre qu'il fait tout, non par ira^e impétuosité aveugle et nécessaire , mais librement , sans contrainte, comme il le veut, et au moment où il le veut.
Ce ne sont donc pas des systèmes hardis, mais sans fondement, des hypothèses brillantes, mais que Timagination seule a enfantées ; ce sont les faits les plus conformes à la raison. Ils sont exprimés dans un style simple, mais
Pour le Dimanche de Quasimodo. i65 ^and dans sa simplicité, et ce que je remarque dans toute TEcriture, c'est cette élévation jointe k une onction douce et tendre qui ne se trouve qu'en elle.
L^univers est créé. Le monde a pris sa forme , et en sortant des mains du Créateur tout est parfaite L'homme reçoit Phommage de tous les êtres pour le rapporter à son Dieu. Un précepte léger lui est imposé pour lui faire sefitir que ti tous les êtres lui sont soumis y il est lui-même assujéti à l'empire de TEtre- Suprême , et lui doit ^ comme sa créature, le tribut de sa soumission et de ea dépendance.
Ce précepte , il Ta violé. Tout change de face ; la nature n'a plus pour lui les mêmjes charmes , il y retrouve partout , les funestes suites de son péché. Il les trouve dans lui-même. Son entendement se remplit de ténèbres ; son cœur s'incline vers la terre ; ses sens se réveillent ; mais quel arrêt lui est prononcé !
il sera puni dans sa postérité G Dieu !
comment ces malheureux enfans ontils participé au crime de leur Père ? Quel nouveau doute m'afflige ! mais les voies de Dieu sont au-dessus de nos voies.
Après tout 9 il ne devoit point à l'homme un état si parfait ; et depuis sa chute ^ de quel droit oserois-je me plaindre de ^celm dans lequel il m'a fait naître ? Raison
iRS Sermon
impuissante , raison si ^présomptueuse ^ et cependant si foible , éclaire-moi donc sur les mystères que la nature m'offre de toutes parts, ou laisse-moi du moins écouter un Dieu qui prend soin de m'ins« truire ! ^
Sans doute, ô mon Dieu 1 ce n'est point ici le temps d'une clarté pure j pour rendre ma toi plus humble et plus méritoire , vous mêlez des ombres à vos lumières , et )^ respecte , Seigneur , le nuage que vous mettez entre vous et moi.
Ah ! du moins , je ne suis plus un mystère à moi-même ; la nature n'est plus une énigme dont l'obscurité me fasse perdre de vue le Dieu qui m'a créé. Je connois maintenant la source des contradictions qui me désolent. Mon propre oœur m'est dévoilé et l'univers entier s'explique à mes yeux.
Mais Dieu tourne mes regards vers tin objet plus consolant : Adam a péché et il lui fait entrevoir , dans une semence bénite , qui naîtra de la femme , celui qui, en écrasant la tête de l'ancien serpent, deviendra notre libérateur.
Par lui l'homme pécheur rentrera en grâce avec son Dieu , et pourra prétendre de nouveau à la possession du souverain bien que le péché lui avoit fait perdre.
Par lui il honorera la Divinité comme
Pour U Dimanche de Quasimodo. i ffy «lie doit Fêtre, et lui offrira un culte digne de lui plaire.
Ainsi TEcriture^ c'est-à-dire, le pre-' xnier livre qui soit au monde , me présente la Religion la plus ancienne ; elle n^est point Touvrage des hommes ; on montroit les lieux , où tant de faux cultea avoient pris naissance ; mais dans la suite jdes temps on ne peu t fixer l^époque oa a commencé la Religion des Hébreux.
Moïse ne parle que le langage des Pa« Iriarches qui Tout précédé , et un petit nombre de générations le fait remonter À l'établissement de ce culte tout divin qui nacquit avec le premier des jours.
L'ancienneté de cette Religion n'est pas encore ce que j^admire le plus, c'est son unité y son rapport à un unique terme i. à un Sauveur promis , attendu y figuré , et le dirai-je , en un mot , tel que le Chrétien le reconnoît et Tadore.
La promesse faite à Adam est renouvelée d'âge en âge » et son effet doit 6'étendre sur toutes les nations. Pour que le souvenir s'en conserve parmi jes hom.
mes, Dieu se sépare une famille à laquelle il la rappelle sans cesse. De cette famille^ îl fait naître un peuple qu'il en rend le dépositaire. Ce peuple est Tobjet d'une providence spéciale ; il Le conduit , il lui impose des lois , il lui prescrit des cerémoaies sans nombre. Ce ne sont pas
i^ Sermon "
des cérémonies vaines ; leur ttit est ct'eitipècher qu'il ne se confonde avec les autres peuples , et n'oublie , par ce mélange^ le Messie qui doit faire Tunique objet de son attente. Il fait éclater en lui la force de son bras, il le récompense lorsqu'il lui est fidèle ; il le châtie sans le perdre àe vue , lorsqu'il porte son hommage aux Dietix des Gentils. Sa sagesse semble ne disposer les évéfiemens et ne régler la destinée des autres nations que pour ce peuple chéri « et ce peuple lui-même n'est fait que pour le Messie. Tout en lui m'y ramène. L'Agneau pascal , le Serpent d'airain , les victimes qu'offroit le souverain Pontife , mille autr^ objets divers me donnent déjà quelque idée de l'objet qu'ils re-
rrésentoient. Les Justes m'en retracent image dans eux-mêmes par des rapports .
sensibles.
.Cependant Dieu s'explique de jour en jour avec plus de clarté. Les Prophètes m'annoncent un Dieu ; il est dans le sein de son Père avant tous les siècles ; le Seigneur va l'engendrer dans le temps pour en faire un homme Dieu , le' Rédempteur des homînes.. Le Juste descendra du Ciel comme une rosée ; la terre produira son germe , dit Isaïe, et ce sera le Sauveur, avec lequel on yerra naître la justice. Mon serviteur ^ a
dit
Pour le Dimanche de Quasimodo. 1 6g dit encore le Très- Haut , sera rempli d'intelligence , il sera grand , élevé , il montera au plus haut comble de gloire.
Mais qu'entends- je , et quel mélange surprenant de gloire et d'opprobre ! Le Pro- Ehète continue , et tout-à-coup il me le lit envisager sous une forme méprisable aux yeux des hommes.
Il s'élèvera devant le Seigneur comme .un arbrisseau et comme un rejeton qui aort d'une terre sèche : il est sans beauté ^ sans èdat ; il nous a paru le dernier des hommes , cet homme de douleur , et qui sait ce que cest que de souffrir. Son visage étoit comme caché y et nous ne l'avons point reconnu. Nous l'avons considéré comme un homme frappé de Dieu et humilié. Cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités , et nous avon^ été guéris par ses meurtrissures. Arrêtonsnous.... en parcourant Isaïe et les autres Prophètes , je crois lire toute l'histoire de la vie , des souffrances , des opprobres et de la gloire du Messie. Ils en expriment jusque aux moindres traits.
Ils. déterminent le temps de son sacrifice, et m'annoncent, enfin ^ que le peuple, qui aura refusé de le reconnoître, cessera d'être son peuple, tandis que les Gentils lui rendront leurs hommages et formeront son Eglise.
Ces Prophètes si respectables par leurs Mystères. ^
1 70 Sermon
mœurs, mais persécutés comme lé Messie quMls annonçoient , contraignoient les ^uifs de révérer leurs écrits en joignant à ces prédictions, sur des- faits éloignés»
des prophéties sous dçs événemens plus prochains ; c'est-à-dire, sur le sort des plus grands Rois et sur celui des Em* pires qui fleurissoient alors.
Ainsi , dans Thistoire de la Religion , les Juifs , tous les peuples y tous les âges prouvent le Messie. C'est le centre au* quel tout retentit , et par le péché du premier homme , je suis conduis* à ua point fixe , le Libérateur attendu par les Juifs et reçu par les Chrétiens comme Tunique fondement de leur espérance , comme le médiateur qui a pu seul rendre à Dieu sa gloire, et aux hommes le salut.
O Religion parfaitement une ! où tout se lie , tout se suit et s'accorde , que vous êtes belle dans votre ensemble, et que cette unité manifeste avec éclat fouvrage- de la Divinité ! Non , la nature entière, par l'harmonie qui y règne, ne publie pas plus hautement l'existence d*un Dieu, que la Religion Chrétienne n'atteste , par son accord parfait , la divinité de J. C. ;' et si , comparant les merveilles de l'univers et le grand spectacle que m'offre la Religion , j'aperçois quelques ombres à ce dernier tableau ,
Pour le Dimanche de Quasîmodo . 1 7 x dois-je en être surpris , puisque Dieu y
Îiour nous laisser toujours également ibres en nous éclairant sans nous contraindre , en a répandu jusque sur le premier.
O Juif ! quel a donc été ton aveugle* ment ^ et qu il est aisé de découvrir la source de ta méprise ! Peuple rebelle ^ peuple grossier et charnel ^ malgré la loi sainte de ton Dieu , tu ne soupirois qu^après des biens sensibles, qu'après une gloire temporelle , et ce n'est point là ce qu'un homme Dieu venoit apporter aux hommes. Ses triomphes avoient un objet plus digne de lui ; ils dévoient s^élever sur la ruine de nos passions, et non pas les flatter.
Chrétien, je reviens à toi, achève* de m'instruire, et admire encore une Religion si belle dans sa suite et sa perpétuité !
Déjà les quatre grands Empires prédits par Daniel se sont succédés Tun à lautre^ ' et le dernier a comme réduit en poudre tous ceux qui Pa voient précédé. Le sceptre s^échappe des mains de Juda pour passer dans celles d'un étranger ; le second Tem« pie ne subsiste que pour recevoir celui qui doit en faire tout l'ornement. Les Juifs sont dans l'attente universelle du Messie , et le bruit de leurs eispèrances s'est répanda parmi les Gentils. L'avènement
I y 2 Sermon
de ce Messie tant désiré a été différé assez long-temps pour nous rendre sen* sibles les misères de Thomme abandonné à lui «-même. Enfin , J. G. va paroître ; Jean-Baptiste , qui doit lui servir de précurseur , naît au milieu des prodiges. Le Verbe s^est incarné dans le sein d*une Vierge pure ; elle enfante le Sauveur des hommes dans la ville de Bethléem , marquée par les Prophètes. Un mélange de grandeur et d^ignominie éclate en lui dès son entrée dans le monde, comme dans toutes les circonstances de sa vie et de sa passion, 11 naît dans une étable , au sein de l^obscurité et de l'indigence ; mais les Anges font entendre , autour de son berceau, ce beau Cantique : Gloire à Dieu au plus haut des deux , et paix aux hommes de bonne volonté sur la terre : une étoile brillante Tannonce aux Mages. Les Bergers et les Rois viennent à Tenvi lui offrir , avec la myrrhe et l'encens, le tribut de leurs adorations. Hérode s'en émeut ^ et sa jalouse fureur, en immolant d'innocentes victimes, atteste, malgré lui , aux Îreux de Punivers , la venue du Messie:
es jours de lumière sont arrivés. Le Samveur enseigne aux hommes la doc« trîne la plus pure , et leur propose d'une manière simple les vérités les plus sublimes. Est-ce donc là , s'écrie-t-on , 1©
Pour le Dimanche de Quasimodo. 173 Fils de Joseph , et d^où lui viennent tant de science et de sagesse ? II fait plus 9 il confirme sa doctrine par les merveilles les plus éclatantes. Maître de la nature , il prescrit des lois aux élè* mens ; il multiplie cinq pains, et en .nourrit cinq mille hommes ; il ouvre les
Jreux aux aveugles de naissance ; il déie la langue des muets ; il rend Pouïe aux sourds ; il guérit les malades par sa seule parole. La nature , la mort et Tenfer obéissent à sa voix , il resçuscite le Gis de ' la veuve- de Naïm , dont le peuple accompagnoit la pompe funèbre^ fa fille du chef de la Synagogue y dont une troupe de Juifs pleuroit la perte , Lazare enseveli depuis plusieurs jours ; il se resr
Î suscite lui-même. Ses Disciples^ autreojs si timides , publient hautement son triomphe et sa gloire ; ils scelleront de leur sang le témoignage qu'ils rendent k sa résurrection. Devenus des hommes nouveaux , ils s'élèvent au-dessus dca
{promesses , bravent les menaces et afroutent tous les périls. Déjà ils se sont partagés entr'eux l'univers ; ils volent à sa' conquête. O généreux Disciples , qu'allez-vous entreprendre ? tous les secours humains vous manquent , et vous avez tous les obstacles à surmonter. Qu'importe, ils s'appuyent sur la Croix, elle triomphe ; ime foule de martyrs , vieil-
i7i\ Sermon
lards , femmes y enfans , Philosophes ^ Sénateurs « Guerriers , donnent leur vie »
et attestent y non pas des opinions , mais des faits qui se sont passés sous leurs yeux , et qui ont achevé de les convaincre. L'univers est Chrétien , les oracles se taisent ^ les idoles sont brisées , tandis que les Juifs , éprouvant les effets de la juste colère d'un Dieu , comme le Christ le leur avoit prédit, ont vu tomber les murs de Jérusalem, et ont été dispersés parmi les nations. Home devient dans la suite des temps une Home nouvelle , et acquiert , pour la gloire de la Religion , un nouvel empire ; l'Eglise aubsiste. Dix huit siècles, et d'orages et de tempêtes n'ont pu la renverser. Chaqiie jour elle étend ou renouvelle ses conquêtes. Les Juifs sont toujours au mêm^ état où les vengeances du Seigneur et les conseils de sa providence les ont réduits ; toujours sans chef, sans patrie y sans Autels, sans Prêtres ^ sanssacrificesj erraris de peuple en peuple ^ ils portent dans toutes les parties du monde la preuve manifeste de leur crime , et démontrent la divinité de ce Jésus qu'ils osent blasphémer.
Semblables h ces écueils fameux par les tristes naufrages , ils avertissent tout esprit indocile, orgueilleux et rebelle^ du «ort qui le menace. Celui qui le regarde
Pour le Dimanche de QuasimoJo. 1 75 et ne s^nslruit pas , se brise et périt mi-, sërablement.
O incrédules ! qui que vous soyez j; que la lumière brille enfin pour voqs , que le voile qui vous en dérqboit Téclat 6e déchire ; adorez avec moi J. C.
O mon Di'i^u ! je cède, je vous rends les armes. Après tant de merveilles que vous seul avez pu opérer , si ce que je crois maintenant pouvoit être une erreur, ce seroit vous qui m'auriez trompé.
Mais il ne s'agit plus ici , M. F. , d'un homme qui , dans des régions éloignées^ cherche avec un cœur droit la vérité ^ et qui la trouve dans les témoignages que le Chrétien lui apporte de sa tbi* 11 s'agit de nous^ qui sommés nés au^ sein du Christianisme. Et pourquoi donc, éclairés dès le berceau, pourquoi, avec tant de lumières, sommesnoui^si souvent infidèles ? Âh ! ce qui Fait parmi nous l'incrédule , c'est le cœur plus encore que l'esprit. Les passions font naître nos doutes ; en se fortifiant elles les augmentent , et consomment enfin notre infidélité. On ne devient incrédule par sys« tâme qu'après l'avoir été par goût et
Î)ar penchant. Pour vous prémunir contre es surprises de ce cœur , vous , Chrétiens , qui n'avez point eu le malheur de perdre une foi si précieuse, mais qui peut-être la laissez s'a£foiblir de jour
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en jour , il me reste à. vous- offrir non plus des démonstrations rigoureuses , mais des preuves de sentiment qui vous touchent ^ qui vous pénètrent , puisqu enfin la Religion se prouve, non seulement à Tespiit , mais au cœur. C'est le sujet de ma seconde l^artie.
Secokdx partie^
Ce n'est donc plus Pinorédule qu'il s'agit de convaincre. Je ne parle nmintenant qu'à des âmes encore fidèle^s , mais qui , combattues au- dehors par tout jCe que les enfans du siècle emploient pour les séduire, et au-dedaris par une volonté foible et toujours prête à céder À l'attrait des plaisirs , ont besoin d'être soutenues par des preuves simples , par ces preuves qui se font sentir à un cœur droit , et qui suffisent pour l'attacher constamment à une Religion aussi belle ^ aussi touchante que l'est la nôtre, soit que nous la considérions dans ses mystères ou dans sa nrorale.
Il faut l'avouer , M. F. , dans ces temps qu'on peut appeler , par rapport à l'ame , des temps de trouble et d'orage , les mystères de la foi s'offrent souvent à l'esprit , sous le point de vue . le plus capable d'étonner et d effrayer la raison.
Mais accoutumés à nous défier de cette
Pour le Dimanche de QuasimoJo» i jj raison si impuissante, dès qu^eile veut s'élever aux objets qui sont au-dessus d'eHe ; forcés d'ailleurs de reconnoître^ dans les choses mêmes que la lumière naturelle nous découvre , des mystères aussi grands et plus grands y peut-être , à certains égards , que ceux- que la révÀ»
lation nous présente. Bornons nous alors à adorer ce que nous ne pouvons cornprendre , ces dogmes impénétrables pour nous, mais dont la croyance est si bien fondée^ qui sont liés si étroitement à toute l'économie de la Religion Chrétienne» et qui rentrent tous dans cette unité parfaite que je vous ai fait admirer en elle.
Après ce premier acte de soumission ^ n'envisageons plus les mystères que sous l'idée qu'ils nous donnent de la sagesse et de la bonté de notre Dieu, et soûs ce rapport , que la Religion va nous paroître aimable !
L'homme a péché ; et comment réparer l'injure faite à Dieu par une satisfaction
Ï)roportionnée à l'offense , sans perdre 'homme pécheur ? car , enfin , l'offense est infinie , et par la petitesse , l'indignité même de celui qui Ta faite , et par la majesté de celui qui Ta reçue. La créature pourra*t-elle donc satisfaire pour elle-même et rendre toute sa gloire à ce pieu si grand, et qu^elle a si indi-
lyS Sermon
gnement outragé ? Ah ! les Anges m^mes ne le pourroient pas ; tout est borné dans leur nature à leurs mérites ; il n'y a qu'un Dieu qui puisse satisfaire le péché, parce qu'il n'y a que lui dont le* actions puissent être d^un mérite infini r mais souverainement indépendant ^ il ne peut s'abaisser dans sa propre nature.
Que fera-t-il donc ? ô sagesse du Très- Haut , que vos pensées sont profondes, et que vous êtes admirable dans vos oeuvres? 11 s'unit dans la personne de son Verbe consubstantiel avec lui , égal en toutes choses à lui-même ^ cette nature par laquelle il a été outragé; et en se Punissant il se rend notre victime , notre médiateur et notre Pontife ; la miséricorde et la justice se sont rencontrées en J. C. ; il concilie , de la manière la plus parfaite, lès intérêts de la gloire de son Père et de son amour.
Dieu est satisfait et l'homme est sauvé.
Mais quel amour, M. F. , un Dieu sans rien perdre de la grandeur qui lui est essentielle et qu'il trouve en luimême , s'abaisser jusqu'à la forme d'esclave , se charger de nos iniquités , se rendre anathême pour nous ! un homme Dieu , le Roi des Rois , le souverain Monarque du Ciel et de la terre , ex-
!3ier, par ses humiliations et ses soufrances , les offenses de sa créature ! O
Pour te Ùimâfiché ât QuasimodQ. 1 7$ Ghrétidn ! vois ton Dieu unir , et^ ta faveur ^ à sa divinité y la nature humaine , se rendre semblable à toi pour Tattacher fortement à lui , te consacrer toutes les pensées , tous les désirs , toutes les actions de sa vie mortelle ^ converser avec les pécheurs ^ et pour achever de le»
rendre justes , les laver dans son sâng et mourir dans les plus cruels tourmens; vois comme il a fait servir tous les desseins de^sa sagesse, et comme il fait consister toute sa gloire k procurer ton bonheur; considère- le dans une étable, sur la crèche ^ sur le Calvaire , sur la Croix y et bien loin de t'en faire un sujet de scandale , dis moi , quelle nation eût jamais son Dieu si proche d'elle , et quel Dieu mérite mieux ton culte et ton amour ? O charité immense de mon Dieu ! avant qu'il nous eut révélé ces mystères , non , nous ne vous connois* sions pas. Quelle suite , quel enchaîne*^ ment de grâces et de bienfaits s'y trouve renfermé!
En se faisant homme , Dieu nous offre en lui un modèle proportionné à notre état et à nos besoins ; il voile sa majesté suprême sous l'infirmité de notre nature ; et sans éblouir nos foibles yeux , il élève jusqu'à lui nos esprits ; il excite et fortifie notre courage ; il nous comble des plus précieuses faveurs , et nous prépare
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les plus puissans secours, en instituant des Sacremens qui nous appliquent les mérites de sa naissance et de sa mort.
11 en est un , surtout, c^i jamais n'eut pu tomber dans Tesprit de l'homme y et dont l'idée n'a pu être enfantée que par un Dieu y c'est le Sacrement et le mystère de Tadorable Eucharistie dans la»
quelle Jésus offre en notre faVeur un sacrifice permanent y et forme avec nous l'union la plus intime.
Ah, M. F» ! il est donc vrai , les mystères que la foi nous révèle sont les prodiges d'un "amour tout divin. Prodiges d'amour , où j'ose dire que Dieu , dans ses tibaissemens , est , en un sens plus proprement encore , mon Dieu que dans toute sa grandeur. Oui, c'est dans la Religion Chrétienne que Dieu devient, de la manière la plus précise , notre Dieu, le Dieu de l'homme. Il semble, pour ainsi parler , s'y employer tout entier à notre usage ; totus impensus in utihus nostris ; et si la Religion devoit nous donner quelque idée de Ta Divinité, n'est-ce donc pas sous ces aimables traits qu'elle devoit nous la faire connoître ?
Elle devoit nous offrir un Dieu dont les attributs dé bienveillance et d'amour eussent des effets dignes de leur cause, et c'est là ce que m'offre le Dieu des Chrétiens. Ah ! \% Christianisme n'eùt*il
Pour le Dimanche de Quasimodo. 1 8x
■ point d'autres preuves , ce qu'il a de
touchant forceroit mon cœur à s'y rendre.
A tant d'amour j'y reconnois mon Dieu.
Ne confondons point ici , M. F. , avec les lumières de la foi , ces malheureux systèmes où l'on nous présente un Dieu qui , tyran barbare des êtres qu'il a formés par des décrets étemels, réprouve presque tous les hommes indépendamment de l'exercice réel de leur liberté.
Non, ce n'est point la l'idée que la Religion m^en a donnée. Il a ses Elus, il est vrai, a\ixquels il réserve d«s faveurs toutes spéciales ; mais il nous appelle tous au salut , et Saint Paul , qui a le plus insisté sur les profondeurs du mystère de la prédestination , est celui qui répète en plus d'endroits que Dieu , qui est le Dieu de tous, veut aussi le salut de tous les hommes, et que J. C. es»
mort pour nous sauver tous.
Que le sort malheureux de ces peuples qui sont encore plongés dans les ténèbres n'alarme donc pas notre foi ; savonsnous toutes les ressources de la miséricorde et de la Providence de notre Dieu?
Ah ! s'il est parmi eux des coeurs droits^ des âmes pures qui , fidèles à de premiers dons, soupirent ^près la vérité, le Dieu des Chrétiens toujours bon , toujours juste leur tiendra compte de leurs désirs, etillçur enverra, comme
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il le fait encore tous les jours, de nou^^
veaux Apôtres ; il leur enverra des Anges ^
s^il le faut , plutôt que de les laisser
périr.
Connoissons mieux ce que la Religion nous enseigne > ne faisons point tenir à la foi le langage des hommes , et~ nous ferons toujours notre consolation la plus douce d'être éclairés par son flambeau , et de jouir de tous les biens qu'elle nous procure- Car , prenez-garde , M. C. A*, si elle est touchante dans ses mystères ^ elle n'est pas moins ^ure. et moins touchante dans sa morale.
Elle consacre tout' l'homme à DieUf elle lui apprend qu'il n'a été créé que pour sa gloire, et qu'il ne doit vivre que pour l'honorer. Elle exige , pour un.Dieu si bon , tout son amour , et en fait lame du vrai culte et le caractère distinctif de ceux qui adorent en esprit et en vérité. Elle nous enseigne à renoncer à nous-mêmes pour n'écouter et ne suivre que la volonté de Dieu seul. Elle nous fait considérer , cQmme un des premiers devoirs de la créature envers son Créateur, l'anéantissement le plus parfait, elle veut que nous lavions nos offenses par nos larmes , et nous engage -à le venger sur nous-mêmes de nos ingratitudes en-*, y ers lui.
Pour le Dimanche de Quasimodô. i83 Et , faites attention , M. F. ^ qu'en nous instruisant à honorer Dieu par Id désir et la recherche continuelle de sa gloire , par l'amour , par le détachement de nous-mêmes^ Phumilité» la pénitence y elle nous élève à des vertus dont les sages d'entre les Païens ont eu à peine la plus légère idée«
Ûé ! si les Philosophes de nos jours paroissent mieuiL instruits, ils^ne le doi« vent , encore une fois , qu'aux lumières qu'ils empruntent du Christianisme. Que dis-je , mieux instruits ? hélas ! comment parlent-ils , pour la plupart , de la divinité, de son culte et de son amour ?
Ah ! qu'il est glorieux pour la révélation de n'avoir que de pareils ennemis à combattre.
Le Christianisme ne se boune pas à former l'homme vraiment religieux ^ c'est lui encore qui fait l'homme vraiment Sociable. Il unit tous les hommes entr'eux par les liens de la charité qui les unit à Dieu ; il éteint les inimitiés et les haines , et ne nous permet d'antre vengeance que celle des bienfaits. Il inspire l'amour de l'ordre et du bien commun; non pas un amour du bien considéré d'un œil purement spéculatif, de cet œil dont l'envisage les prétendus Sages de nos jours , mais un amour réduit en pratique , déterminé par les règles les
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plus sures , et SQutenu des ptds puissant motifs ; il^ nous soumet aux puissances de la terre , et en nous apprenant à respecter en elles l'autorité de Dieu même, jl fait seul les bons citoyens et les sages fidèles. 11 maintient la concorde entre tous ceux qui sont animés de son esprit, et si quelquefois on abuse de la Religion en donnant dans des excès qu'elle condamne , c'est le vice de l'homme et non pas du Chrétien.
Que dirai-je encore .? cette Religion sainte que nous professons, fait le bonheur de chaque homme en particulier, elle fera le votre, M. F. , ^î vous lui êtes fidèles. Eti nous attachant à Dieu^ elle nous fait goiiter , dans ôette union avec lui , les délices les plus pures , par la vive confiance qu'elle nous donne dans sa providence; toujours sensible à nos besoins , elle calme nos inquiétudes . et dissipe nos alarmes.
£n nous inspirant l'a charité là plus tendre envers les hommes , par un juste retour , elle nous en fait aimer la douceur ; les ménagemensy la patience dont elle veut que nous usions à leur égard, les touchent, les captivent et nous les concilient tôt ou tard.
Elle nous élève enfin au-dessus des passions qui font le trouble dé la vie., en nous instruisant à les vaincre dan$
Pour le Dimanche de Ouasimodo. ï 85 leur principe , et en étouffant dans nous jusqu'aux pensées et aux moindres désirs ■qu'elles y font naître. Ainsi, ô Jésus !
-par le charme de vos préceptes , vous Tendez celui <jui les observe l'ami de Son Dieu qui lui fait éprouver tout ce que sa grâce a de force et d'attraits ; vous lui offrez des plaisirs plus nobles, plus purs et pins touchans ; vous répandez Ponction la plus douce sur ses peines ; vous le rende4& cher aux hommes dooj: il obtient l'estime » ^ confiance et l'amour ; et vous lui assurez la paix du cœur plus précieuse que tous les trésors.
 une doctrine si belle , si sainte et si avantageuse à l'homme , la Religion Chrétienne joint les exemples les plus propres à persuader les promesses les plus consolantes ; J. C. nous a tracé luimême la route* que nous devons suivre.
Une foule de Disciples de toute condition , de tout sexe,, de tout âge , ont surmonté tous les obstacles pour la suivre après lui. Environnés de cette nuée de témoins, comme parle St. Pavil , conibien ne sommes-nous pas encouragés à entrer dans la même carrière , si pénible qu^elIe puisse paroître à la nature dépravée , lorsque nous pensons à celui qui nous y a précédé , à tant de Saints qui l'y ont suivi ^ et à la récompense qui en est le terme?
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Et quelle récompense ! M. F. ^ ce ne sont pas des plaisirs des sens , une Félicité indigne de l'homme ^ que le Christianisme nous fait envisager ^ mais la possession dun Dieu seul capable de combler tous nos désirs ; jouir dans son sein de toutes les richesses * de sa divinité , participer à sa gloire , trouver dans lui notre bonheur , être heureux pour toujours , voilà ce que la Religion nous promet , et ce qu'elle nous ordonne d'espérer.
O promesses dignes du Dieu que J'adore ! o Religion sainte , qui , sous quelque rapport que Ton vous considère, portez les caractères les plus sensibles d'une Religion toute divine , vous serez toujours celle des âmes droites et des cœurs vertueux. Tout en- vous ramène Fhomme à son principe et à sa fin ; tout l'attache à son Créateur , et le conduit à la vertu ; comment ne seriez vous pas Touvrage d'un Dieu?
Hé ! qui pourroit balancer encore la soumission que nous lui devons ? Elle se prouve a l'esprit par sa nécessité; sans elle, que sont nos lumières, et dans quel état le genre humain se trouve t-il réduit? Par son ancienneté , elle nous fait remonj:er par les livres dont l'autorité est la mieux établie par les faits les plus éclatans et imens les plus authentiques aux
Pour le Dimanche de Qtiasîmodo. 1 87 premiers jours du monde : par son unite\ tout en eile se rapporte à un unique terme , J. C. médiateur des hommes ; par sa perpétuité ^ enfin, le nouveau Testament confirme l'ancien. Los témoignages frappans qu'elle nous offre sans nombre se continuent à bien des égards jusque sous nos yeux, subsistent de nos jours, et acquièrent , d^âge en âge , une nouvelle force par leur durée. Elle se prouve au cœur dans ces mystères qui , quoique impénétrables en eux-mêmes y suffisent cependant pour nous donner Ttdée la plus belle et la plus touchante de la sagesse et de la bonté du souverain Etre :
dans sa morale , qui a le rapport le >lus exact avec la gloire de cet Eireluprème , les vertus sociales , la perfec^ tion et le bonheur de chaque homme , et qui est d'ailleurs soutenu des motifs les plus pY-essans , des exemples les plus
Sropres à nous encourager et des plus ignés récompenses.
AJais si la Religion a ses promesses , elle a aussi ses menaces ; si elle a ses récompenses infiniment grandes ; elle a aussi ses châtimens qui sont terribles. Cette Religion est vraie; il y a donc un jugement, un enfer, une éternité de peines?
O Ciel ! et nous faisons si peu de choses pour nous mettre à l'abri du sort déplorable qui est réservé aux Chrétiens
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Peu fervens , et nous observons si mal les lois qui nous sont imposées , et un amour propre aveljgle et 'injuste est le seul principe de nos vues; de nos désirs, et la mesure de toutes nos actions.
Nous n'offrons au monde qu'un mélange monstrueux de croyancç sur ces dogmes, et d^nfidélité dans les mœurs. Nous sommes tous les jours en contradiction avec nous mêmes , et nous ne tremblons pas.
Mais pourquoi parler de notre croyance sur les dogmes. Ah ! la foi des Chrétiens de nos jours n'est qu'une foi partielle ; nous ne croyons que ce que nous voulons croire. L'Eglise n'est point notre premier guide , ou nous nous en formons une au gré de notre orgueil et de nos penchans. Au sein même du Christianisme nous ne conservons point cette unité si essentielle à la vraie Religion , si nécessaire au bonheur des peuples, et qui ne peut se rencontrer que dans la soumission parfaite au corps des Pasteurs unis à leur Chef, kh ! M» F.
que je porte dans mon cœur, et qui
J>ouvez me rendre ce témoignage que e zèle qui m'anime n'est point un zèle amer, mais le zèle d'un Ministre qui s'intéresse vivement à votre sanctification et à votre bonheur; vous que, dans le cours de ces instructions ^ j'ai
Pour le Dimanche de Quasimodo. 1 8^ taché d^enfanter de nouveau , disons mieux , d'attacher constamment à J. Cy à sa Religion sainte et à son • Eglise ^ M. F. y à la vue de tant d'infidélités en tout genre , frémissons ! la mort s'avance, Penfer se creuse sous nos pas, les barrières de l'éternité s'ouv^riront tôt ou tard pour nous ; profitons du moment qui nous est donné y tombons aux piedâ de nôtre Dieu, et obtenons, par nos gémissemens et nos larmes , qu'il nous ramène dans la voie qui conduit à Té* ternité bienheureuse que je vous sou- .aaite^
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