I. Cor» a* la
v^uE tous les cœurs s'ouvrent h !a joîe ; que Punîvers triomphe , et rende gloire au Seigneur. J. C. règne , sa promesse est accomplie ; du haut des Cieux il a fait aux hommes un don digne de lui.
Ah qu'ils spntJieureux ces Disciples, sur lesquels l'esprit de Dieu s'est reposé y ces hommes que le Saint-Esprit a remplis de sa présence et de sa grâce, dont il' a fait des hommes nouveaux, et que, sous la forme d'un feu dévorant, il est venu embraser du feu de son amour.
Partout ils portent ce même esprit qui les pénètre, qui les échauffe et les éclaire. Déjà une foule de Chrétiens en sont remplis comme eux, et foi-ment un peuple saint au milieu d'un monde aveugle et corrompu.
Mais ce que Saint Paul disoit au
Sermon pour le jour de la Pentecôte, i g i nom de presque tous les Fidèles dans le premier siècle de l'Eglise , avouons-le ^ M. F. , qu'il y en a bien peu aujourd'hui qui puissent le dire avec lui et comme lui : Nous n'avons pas reçu l'es-
•prit du monde. Nos non spiritum hujus mundi accepimus. Hé ! dans ce siècle pervers , quel autre esprit règne parmi les Chrétiens ? Chrétiens de nom , et mondains par les œuvres, pouvons-nous dire que #'est l'esprit de Dieu que nous avons reçu ? Sed spiritum qiU ex Deo est. Ah !
ne nous séduisons pas nous-mêmes. Jamais l'esprit de Dieu ne fit moins do vrais Disciples ; jamais , au contraire , 1q monde n'en eut davantage. A en juger par nos systèmes et nos erreurs , par nos goûts et nos mœurs , par toutes les passions qui nous agitent ( et qui font tout à>la fois les maux particuliers et les malheurs publics ) , jamais on ne put dire avec moins de raison , nous n'avons pas reçu l'esprit du monde , mais l'esprit de Dieu. No^ non spiritum hujus mundi ûccepimus , sed spiritum qui ex Deo est.
- Pour bien discerner quel esprit en effet nouS' anime, et pour dissiper route illusion à cet égard , puisqu'enGn celuici est le fondement du salut, et celuilà Test de notre perte éternelle, déter-
• minons les principaux caractères de fun et de l'autre , les principaux effets q^uo
iga Sermon
l'un et Pautre produit. Jç me bornerai à deux auxquels tous lés autres semblent se rapporter : l'esprit de Dieu est un esprit de lumière ; l'esprit du mond« est un esprit d'areuglenient et de ténèbres ; e'est ce qui sera le sujet de ma première Partie. L'esprit de Dieu, est un esprit de paix , l'esprit du monde est un esprit d'agitation et de trouble ; ce sera le sujet dç la Seconde.
Serois je assez heureux y ô mon Dieu \.
pour dessiller, aujoiird'hui , les yeux des mondains , pour leur faire connoître l'esprit dont ils sont animés , et leur en inspirer une secrète horreur , pour les détacher du monde qui les perd, et les attacher à vous seul ? Esprit- Saint, Divin Esprit , qui , dans ce même jour , ave^ su répandre, sur les paroles de vos premiers IVlinîstres , tant de force et d'onction , donnez-moi, pour le sujet que je traite et pour l'ouvrage que j'entreprends, un langage digne de vous ? Je vous le demande par l'intercession de Marie.
PrEMI^IIIE PARTIE.
Avant que d'entrer dans le détail des différences essentielles qui caractérisent l'esprît de Dieu et l'esprit du monde, et qui mettent tant d'opposition entre l'un et l'autre , qu'il me soit permis de
vous
Pour le jour de la Pentecôte. ig3 vous faire observer, M. F. , que le mon4e dont je veux parler nVst pas ce monde que le Tout- Puissant a réglé par sa sa^ gesse , ce monde ou cette société formé de différens états , de rangs divers et de.
différentes conditions. Il n'est point d'étaj; qui ne soit saint ^ il n'y a que l'abus, qi>e nous eri' faisons qui soit f>roscrit ; ppînfL de rang que Dieu ne considère , puisque c'est lui-même qui les a distingués ; poir[t de condition que Dieu réprouve , p.ifiis-r que c'est lui qui les a faites. Le mai^go comme l'état religieux ^ les richesses comme la pauvreté , la grandeur comme les abaissemens et la servitude» le Monarque et le sujet, entrent également dans le plan qu'il s'est formé. Mais le monde aont je parle et dont l'esprit est si opposé à celui de Dieu , c'est» ce mopdï^ corrompu qui est de tous les rangs^ dft toutes les conditions -, de tons les èfoits ^ et presque de tous les. âges. Le monde j c'est cette assemblée d/hommes qui ^ comme parle Saint Augustin y veulent jouir des biens de la terre et non pa$ en user , qui vivent selon les mouvepiens déréglés de la concupiscence y qui ont pour principe de leur morale la recherche de tout ce qui irrite la cupidité, de tout ce qui nourrît l'orgueil , de tout ce qui flatte les sens. Le monde, c'est celte société de pécheurs dont les • espé- Mystères. 9
î()4 Sermon
rances et les craintes , les désirs , les projets et les soins , les joies et les chagrins,' ne roulent que sur les biens et les maux de cette vie, comme si 'pour eux il ne restoit plus rien à craindre ou à espérer au delà y cc>mme si les promesses de la foi n'étoient qu^ni songe , eonitue si la mort étoit le plus grand des malheurs. Le monde , c^est pour le dire , en un mot^ ce qui forme le grand pomhre, et qui ne connoit point J. C. , ou qui le contredit par ses œuvres. Voilà le monde , M. F. , tel qi:i'il est au milieu de vous , tel peut-être qu'il est peint d'après vous-mâmes , le monde que Dieu réprouve et contre lequel je prétends m'élever aujourd'hui.
' Ce n'est point d'ailleurs par préjugé que j'en parle » et si je le combats ce n'est pas sans le connoître. «Ten ai entendu les maximes ; j'ai vu tous ses dangers , ses écueils et ses pièges semés de fleurs. L'expérience des premières années m'a instruit , et j'ai pu dire de bonne heure que tout ce que le monde nous enseigne n'est qu'erreur , que tout ce qu'il nous promet n'est que mensonge^ et ce qu'il nous donne ^ que vanité.
Vous serez forcés d'en convenir avec moi lorsque vous aurez fait attention aux effets qu'il produit en nous , et vous xeçonnoîtrez que celui-là seul est véiita*
IPour le jour de la Pentecôte. 1 9 5 blement sage et vraiment heureux, qui, opposé à toutes ses maximes , ne se laisse conduire que par la clarté toujours pure que l'Esprit-Saint fait briller à nos yeux.
Uesprit de Dieu , ai-je dit en premier lien , est un esprit de lumière , Tesprit du monde , au contraire , est un esprit d^aveuglement et de ténèbres ; l'esprit de Dieu nous éclaire sur le néant des choses humaines que le monde grossit aux yeux de ses partisans , sur le prix de l'éternité que Tesprit du monde afFoiblit ou fait disparoitre entièrement , sur les moyens de parvenir a cette éternité do bonheur , moyens à l'égard desquels le , monde nous fait illusion. Reprenons | et soutenez , je vous prie » votre attention.
Si j'en crois le monde, il n'y a de vrais biens que ceux qui nous attachent à la terre , et que lui-même peut nous donner. Ici je Tentends qui , par la voix de la jeunesse, nous appelle aux plaisirs.
Profitez du bel âge^ nous dit-il , en flattant nos désirs ; écartez tous les soins , bannissez tous retours importuns d^und raison sévère , parsemez de fleurs le printemps de vos jours ^ faites-vous un cercle d amusemens qui ne laisse aucun accès à la réflexion et à Tennui ; qu^aux spectacles brillans succèdent les assemblées et les |euz ; que les ris folâtres ^
tg6 Sermon
les festins et les amours , remplissent tous vos instans. Les jours fâcheux de la vieillesse viendront toujours trop tôt , et ce n'est qu'alors qu'il sera temps d'être sage. Dans un âge plus mûr en apparence , mais non moins aveugle , il nous tient un autre langage. Pensez au solide, nous ditâl , saisissez toutes les occasions de vous élever et de vous enrichir ; ménagez^ amassez, faites-vous ime fortune qui puisse combler tous vos vœux ; avec les richesses» les plaisirs ne vous manqueront pas. Sortez d'une médiocrité honteuse ; à force d'art et de souplesse , obtenez la faveur des Grands ; élevezvous au-dessus de votre état , écartez avec adresse tout ce qui s'oppose à vos progrès , laissez loin de vous ceux qui étoîent vos égaux y devancez ceux qui ont été vos maîtres ; que votre autorité accable les uns , que votre crédit fasse trembler les autres. Joignez les dignités aux richesses , la gloire aux honneurs , le faste à l'opulence ; faites frémir l'envie ; et vous n'aurez plus rien à désirer.
Ainsi parle le monde ; et l'on se plaît à l'entendre. Ses promesses irritent les malheureux penchans d'une nature corrompue , l'imagination s'en trouve flattée , les sens en sont enivrés, le cœur est séduit ; plaisirs ^ honneurs , gloire , ri- » , voilà le cri. dés mondains , voilà
Pour h jour ik la Pentecôte. 1 97 l'unique objet de leur empressement , et les seuls biens après lesquels ils soupir jrent..*.. 'O vous f M. F. , vous que l'es* prit du monde a aveuglés, et que ses charnier retiennent captifs, rompez l'enchantement funeste par lequel il vous a surpris , ouvrez les yeux à la lumière , et rendez-vous attentifs à la voix du Seigneur qui prend soin de vous instruire.
Ah que son divin esprit vous tient un tout autre langage ! £nfans des hommes , vous dit-il , jusqu^à quand votre cœur sera-til appesanti par 1 amour des choses de la terre ? Filii hominum usque quo gravi corde 1 Pourquoi vous attachez-vous à des biens mensongers ? considérez do près ces biens qui vous enchantent, et vous vous apercevrez que , sous une écorce de bonheur, ils ne cachent en effet que peine et qu'affliction d'esprit ; vous reconnoîtrez que ce qui vous charme n'est qu'une ombre qui s'efface lorsqu'à peine elle est formée ; qu'une vapeur qui s'élève, qui retombe au même instant , ou que le premier souffle dissipe à son gré.; qu'enfin le monde passe , que tous ses biens passent avec lui , et qu'ainsi tout n*est au fond que vanité. Vanitas vanU tatum , et omnia vanitas.
Telles sont,. M. F.', les vérités que l'Esprit-Saint nous présente, et pour peu
I q6 Sermon
qu'on réfléchisse , pour peu qu'on les rapproche de la triste épreuve qu'on en fait tous les jours, ah que lefe' biens du blonde sont méprisables , et que le inonde est trorapeiir ! O vous , jiBunéésè Imprudente , qui vantiez vos joies et Vos plaisirs, j'ai vu vos jeux et vos ris ; et près d'eux j'ai vu les regrets et les larmes ; l'ai vu vos folles amours*, et à leur sujite j'ai vu le repentir et la honte ; j*ai vu Pintempèrance et l'ivresse , la mollesse «t la volupté , se partager tùtts vos mo^ mens; et bientôt après , j'ai vu vois beaux jours presque éteints, votre santé flétrie, Votre ame coînme anéantie soiis le poids accablant de la maladie , de U disgrâce et du mépris. Hé ! que dis- je ? je vous ai vus, arrêtés lau sein même de vos ^ Jplaisirs , réclamer envain ce temps que vous destiniez à la sagesse, et par des exemples réitérés de morts inattendues , et qui m'ont fait frémir , laisser au monde des leçons dont il n'y a que les mondains qui ne profitent pas. Je lai vu , et j'ai dit avec l'Esprit-Saînt : toutes les joies du monde ne, sont donc que vanité ? Vanitas vanitatum. O vous , partisans d'une aveugle fortune ». ou follement idolâtres d'une jgraiideur et d'une gloire passagères, j'ai vu vos perplexités, vos bassesses , vos soins et vos intrigues pour y parvenir y et le plus souvent j ai
Pour le jour dt h Pentecôte, i qq vu vos espéraneBs- trompée* , et, vos v<£ux mal satisfaits ; )^ai vu la servitude et I9 contrainte à coté' de L'élévation^ racca'* blement et l'ennai ài la suite d^ U proSf périté , le désk tomt près de la jouis^ sance , et la soif de nmvveaitx honneurs irritée par ceux mêmes que vou$ yeniels d acquérir ; mais surtout je vous ai vu# .le jouet continuel des caprices du sort,; j'ai vu vos brillâmes chimères s^ dissipe^ comme un songe, vos richesses fondre tout-à-coup dans vos mains et passer dans celles de créanciers àvidea, \o% grandeurs réduites à de vains noms ^ tous vos projets ensevelis dans la pous« sière du tombeau. J'ai vu Tiîi.pic éleva comme les cèdres du Liban ; j ai passé.
il-,n'étoit plus, et j'ai dit avec le sagç qu'inspirôit le Seigneur : Vanité des vacuités , tous les. biens de ce inonde nç sont donc que vanité. Vanitas yanitar tum y et omnia vanitas.
Ainsi , M. F. , tout est vain , tout esjf faux dans le monde ; fausses idées qui nous éblouissent , faux brillans qui e4 imposent , faux plaisirs, faux hatjiaeurs^ faux biens , qui ne rendent point heu^ reux , et qui se réduisent au néant. Tout passe , tout s'efface , tout se perd danç Pabîme des temps ; les grandeurs leç plus fastueuses s'éclipsent, la jeunesse la plus brillance s'éteint ^ les >oies se
îioo Sermon
<Ussipent, la beauté se flétrit, le inonde
^>ntier s'évanouit O monde , que vous
Wavîez trompé ! ô Esprir-Saint , dont la grâce me touche et m'ér,laire , détournez pour toujours mes yeux de la vanité. Blevezles vers des biens plus solides, .le connois maintenant la bassesse '^X te néant des choses qui m'ont amusé.
La grandeur de celles qui dévoient m'occuper tout entier commence à faire impression sur mon cœur. Augmentez cette impression salutaire, rendez- la plus vive encore. Faites , Seigneur , que je tende eans cesse vers la fin pour laquelle vqus jn'avez créé.
Mais hélas ! c'est encore ici que Pes- |)rit du monde nous trompe et nous égare, en nous faisant perdre de vue, ou eii affoiblissant du moins ta sainte idée ide cette éternité à laquelle Dieu nous Bppelle, et dont l'Esprit-Saint peut seul nous faire sentir tout le prix. Jouissons du présent, s'écrient les mondains em- Jiôrtés par leurs folles passions. Pourquoi s'empresser si fort pour des biens cjui semblent fuir devant vous ? Pourquoi s'inquiéter pour un avenir qui est encore si éloigné ? Le moment où j'existe est toujours le plus sûr ; je ne laisserai point échapper le bien que je posséda pour courir après un bonheur que je
Pour le jour de la Pentecôte, 20 1 ne fais qu'entrevoir , et qu'il m'en coul-^ teroit trop à acquérir,
O monde ! que vos vues sont bornées et que votre balance est trompeuse ! Le présent tous arrête ; et Thomme n'a-t il donc été créé que pour une'vie de quelques jours et pour un bonJieur d*un ins* tant ? Les biens mêmes auxquels vous semblcz vous fixer, les possédez- vous toujours ? et quand ils vous manquent , quelque éloignée , quelque incertaine qu en soit la jouissance , que ne faites* vous pas , que ne sacrifiez-vous pas pour les obtenir ! Ah ! ne serez- vous inconséquent que lorsqu'il sera question de vos véritables intérêts ? Ne ferez-vous paroître de Tindifférence que pour ce qui mérite seul de fixer tous vos vœux , et vous bomerez-vous toujourt à un petit nombre de momens qui , dans leur coursé rapide , emportent ayec eux vos joies et vos plaisirs ?
Suivons, M. F., suivons d'autres vues, d'autres lumières que celles du monde.
L'esprit de Dieu ouvre à ceux qu'il éclaire la carrière la plus va^te ; c'est la vie éternelle, c'est l'éternité toute entière.
Vitam ceternam habebunt. Etrangers sur la terre , nous n'avons point ici-bas de cité permanente ; maïs il en est une vers laquelle nous devons tendre. Ce n^est pas dans ce lieu de passage et d'épreuves ,
20 2 Sermon
au milieu de ce monde fragile et péris* sable , qu'est notre véritable patrie ; les vrais Fidèles en cherchent une qui soit plus digne d'eux. Non, Seigneur, non je n'ai pas été fait pour le cercle étroit d'un petit nombre de jours. Mon ame est trop grande par sa nature pour une si courte destinée. Ses idées , ses penchans la portent vers les années éternelles. L'Esprit Saint l'y rappelle comme à sa fin , et c'est là ce qui occupe , ce qui remplit un esprit docile aux clartés célestes. Annos (xurnos in mente habui^ C'est à la faveur de cette lumière que les Apôtres , que les premiers Disciples de J. G. ont .appris à se détacher des objets sensibles et terrestres. Je les vois tout-à coup , et par cette seule pensée , transfcfrmés en d'autres hommes. Ils renoncent à tout ) ils sacrifient tout, ils souffrent tout pour l'éternité qu'ils envisagent comme le terme de leurs travaux. Us ne trouvent point de proportion entre ce qu'il doit leur coûter pour y arriver, et le prix immense de bonheur et de gloire qui doit leur servir de récompense. Ils méprisent les choses visibles qui n'ont qu'un temps , pour ne plus s'attacher qu aux choses invisibles qui sont éternelles.
O , M. F. ! cette lumière qui a si vîve- Maent frappé l'esprit des premiers Fidèles,
Pour le jour dé ta Pentecôte. ?o3 fie fera-t'-elle aucune impression sur vous,? Le monde vous charmera-t-il au point de vous faire oublier que tout, ce qui passe ne mérite pas que vous y attachiez votre cœur, et qu'il est insensé de. sacrifier une éternité à un moment ? Pesez donc ces deux choses j un monient çt une éternité. Four un moment de sa^tiçfaction légère , de plaisirs frivoles , pour un moment qui s'enfuit , et que vous ne pouvez arrêter, perdre une étçrnitù de joie y de plaisirs ineffables , une éternité de gloirjB , . de grandeur réelle et toujours durable, une érerpité de ié^licité pure, sans mélange, toujours .également propre à remplir votre cœur et à combler tous vos désirs ; si ce n^est pas encore assez , joignez à cette preqxière vue celle de 1 alternative d'une étexnità malheureuse» et comparez ces nouvelles idées. Pour un moment de fausse gloir-ç, de faux honneur , de fausse grandeur ^ une éternité de honte et 4'opprobre ; pour un moment de faussea richesses , recherchées avec trop d'empressement, conservées avec trop d'attache, acquises injustement , ou retenues contre les lois de la charité et de la bjenlaisance , unç éternité d'indigence , d'infortune et de misère ; pour un moment de faussea joies, de faux plaisirs, une éteinité de douleur ^ de feux , de flammes , de so-
22o4 Sermon
ciètè des démons et des réprouvés, de rage et de désespoir ; comparez , et après cela, choisissez entre ce monde qui tous flatte et cet avenir qui le suivra dans
Î)eu pour ne finir jamais Hélas !
'instant dont vous croyiez jouir est déjà loin de vous ; le monde vous en promet d'autres^ mais ils sont incertains.
L^éternité , au contraire , est certaine , 'puisque c'est Dieu même qui vous ^ en garantit la durée. Déjà, M. F., déjà cette éternité est plus près de vous que vous ne pensez. Elle arrivera ^ enfin , et alors le présent auquel vous tenez ne sera plus; le temps et tout ce qui appartient au temps sera passé , votre faux bonheur aura eu son terme. Ce sera Félérnité , l'effrayante éternité qui sera
^présente, et son J3oids vous accablera
Alors , quelles réflexions amères , quelle péi^spective , et quels regrets ! Alors vous aurez tout le loisir de vous dire à vousmêmes : Je souffre maintenant y je suis cnalheureux , et je le suis pom* toujours.
Ah que j'étoîs insensé d'écouter le monde, d'aimer avec tant d'ardeur ce que je devois perdre sitôt , de sacrifier à un éclair , à une fausse lueur qui m*a trompé , mon bonheur éternel ! Vous soupirerez alors après une situation plus heureuse^ et on vous dira , comme il est dit dans i'Evangilc : Souvenez-vous , mon fils , que
Pour le jour de la Pentecôte. 2a5 vous avez reçu dans le monde des biens auxquels vous vous êtes attaché , et pour lesquels vous n'aviez paâ été fait ; il est juste maintenant que vous soyez privé pour toujours du souverain bien qui vous étoit offert , et que vous avez rejeté.
Fili , recordare quia recepisti bona in vitd tua.
Mais si Tesprit du monde nous aveugle sur le prix de l'éternité bienheureuse qui eut du nous servir de récompense, il fie nous aveugle pas moins sur les moyens de parvenir à cette éternité de bonheur à laquelle nous devons tendre.
Le vrai Fidèle , éclairé par l'Esprit* Saint, n'ignore pas que la voie qui conduit au Ciel est étroite , que c'est celle du petit nombre , et qu'il y en a bien peu qui la trouvent , que c'est une voie de renoncement et d'abnégation , que pour y entrer il faut se faire violence , qu'il faut sans cesse s'occuper du salut, l'opérer avec crainte, et y tout rapporter , qu'il n'est pas possible d'aimer Dieu et le monde tout à-la-fois , que leur service est incompatible , et que leurs rnaximes sont absolument contraires. Voilà ce'-^u'ont pensé , à ce sujet , les Disciples d'urf homme 'Dieu crucifié. Voilà ce qui a iait dire à Saint Paul : Je suis crucifié au mon*dè' , comme le monde est crucifié pour moi ; ce qui a fait
*io8 Sermon
dire à Saint Jean , que ramitié du monde est ennemie de Dieu ; ce qui a porté tous les Saints à vivre dans le recueillement^ la retraite^ la vigilance sur euxmêmes ) la fuite du monde et le mépris de tout ce que le monde estime.
Mais 1 esprit du monde ne nous permet pas de raisonner ainsi sur le salut ^ Gt lorsqu'enfin un mondain , frappé à certains égards des grandes vérités de la Religion , ne peut se dissimuler à luimême que Téterpité mérite bien qu'on s'en occupe^ troiiipé alors par l'esprit qui Fanime, il se forme, un plan d^adoucîssement aux maximes de l'Evangile , un système de conciliation entre Dieu et le monde, à la faveur duquel il croit
f)Ouvoir jouir tranquillement de toutes es joies du siècle , et aspirer encore à être heureux pour toujours. 11 donne à ^ la Religion quelques vains dehors , quelques actes extérieurs d'un culte qui au fond la déshonore; mais son cœur, mais ses sens ^ mais si'S em pressera ens et ses soins, il les donne tout entiers au monde et aux choses du monde ; mais tout le reste de sa conduite il le conforme à l'usage, et croit n^avoir.rien à craindre ni à se reprocher , qu^nd il n a fait que ce que fait le erand nombre.
O ! de tous les mondains les plus aveugles , c'est vous aussi qui êtes les plus
Pour le jour de la Pentecôte. 207 dangereux! A Tombre des mènagemens que vous gardez avec Dieu, de cette vie mitoyenne, de ce certain milieu, qui semble tenir également à Dieu et au monde , et qui n'exclut en efFftt que Dieu seul, vous séduisez le simple, qui, charniè par la douceur et l'artifice de vos paroles, trompé par quelques restes de toi qu'il aperçoit en vous, ne, croit pas pouvoir s'égarer sur vos pas. Il cède au torrent que vous grossissez par vos exemples , et apprend de vous à faire comme les autres, c'est-à-dire, qu'il apprend à se faire comme eux un cours réglé d'oisiveté , de mollesse , d'amusement et de plaisir ; à négliger comme eux les devoirs de son état ; à oublier sa famille , ses enfans, ou à n'y penser que pour les consacrer aux vices et à la frivolité du siècle ; à se permettre, comme tant d'autres, mille libertés dans les entretiens, mille indécences dans les manières , mille recherches dans les ajustemens , mille nouveautés dans les modes et le langage ; il apprend , comme eux, à se distinguer pat la vanité et les faux airs de grandeur et d'opulence, à se montrer sur un ton de dépense qu'on n'est pas même en état de soutenir, à emprunter, sans savoir même comment on pourra rendre; il apprend à se faire ; comme eux , des re^sourcesi trop souvent équivoques , presque tou-
20 8 Sermon
jours dangereuses, à se ménager, sans scrupule , parce que c'est Tusage , uA revenu usuraire qui n'engage point le fond , ou qui emporte les intérêts audelà de sa valeur ; il apprend à faire comme les autres, c'est-à-dire, en un mot, qu'il apprend à se damner et à se perdre comme eux.
Hélas ! c'est dans un tel monde qu'on offense Dieu en se jouant , et c'est lui cependant qui prétend nous instruire sur les égards que nous lui devons. Il faut se prêter à la société , nous dit- il ; il faut savoir se plier aux usages et même aux foiblesses des hommes ; il ne faut pas s'effrayer de leurs mœurs , puisqu'on est fait pour vivre avec eux. Ce n'est pas en se montrant trop sévère que l'on parviendra à nous faire aimer la piété, Vous la faire aimer ! ah ! mondains , cessez donc d'être du monde, et commencez par la connoître ; car enfin, qu!est-ce , dans votre bouche , que faire aimer la piété ? c'est la soumettre à voa idées ; c'est J'assajétir. à vos caprices ; c'est la rendre l'esclave du respect humain ; c'est la réduire au silence, ou lui faire tenir le même langage que vous ; c'est contredire toute la loi évangélique; c'est en mépriser tous les conseils ; c'est oublier Panathême que J. C. a prononcé contre le monde. Mais, est-ce donc là
Pour le jour de la Pentecôte. fiog Tendre la piété aimable , ou n'e8t-ce pas pliitôlf Tanéantir et est-elle compatible avec vos mœurs ? En paroissant vous mettre au-dessus des préjugés, ne voyeai- YOi^ pas que c'(3st Perdre, la règle, la vérité même que vous détruisez, et que tout en vous n*est qu'erreur ? Nous traiter de déclamateurs , comme vous le faites quelquefois , prenez-y garde, M. F.
ce n'est pas ôter à nos principes et à nos maximes toute la force que Dieu même leur a donnés. Ah ! on parle tous les joura de force d'esprit pour s'élever au-dessus des opinions vulgaires, ne la ferat-on jamais consister à revenir des fausses opinions du monde, et à les examiner au flambeau de la raison et de la foil:
- O vous qui n'avez pas encore renoncé , au salut ; vous qui voulez vous sauver^ cessez d'écouter ce monde aveugle , et craignez les écueils dont il est rempli. Plût à Dieu que j'eusse l'autorité d'isaïe, et assez de voix pour me faire entendre de tous ceux qui tiennent encore au monde 1 que je leur répéterois volontiers les paroles du Prophète ; que je leur dirois souvent : retirez-vous^ M. F. ; sortez, jsortez de ce monde si corrompu , sauvez votre foible vertu de l'air contagieux qu'on y respire ; sortez^ je ne dis pas du sein de votre famille et d'un cercle d'amis sages et vertueux; je ne dis pas
3IO Si
même Se TOCie état , td que soit le grand nombre des Iîaîsods qui! cntndiie. Ce n^est pss la ce que fappelle le monde, <m s'il s^y renoootre , il toos sera moins dan^^eox dès qae la main de Dieu vous y aura pîace, et qne tous nV resterez qo*aarant que sa gloire le demande. Son spectacle vous deYiendra même utile dès qoe vous employerez les momens de votre loisir à méditer, sur ses égaremens ; mais sortez de ces sociétés où son esprit règne comme dans son centre , où rien ne tods appelle qae le désir de participer à ses joies et a ses plaisirs^ et où vous ne poorriez recei'oir en y restant qne de mortelles atteintes ; sortez de ce monde où tont devient on piège et concourt à nous sédoire; de ce monde, qp^y pour allumer ranibition dans nos arîtès , nous ouvre la carrière de la gloire et des honneurs^ qui donne à Fenflure , h Torgacil , le nom de grandeur ^ et met les titres à la place des vertus ; de ce monde , qui , pour nous inspirer la soif ardente des richesses « attache aux biens sensibles Tidée du bon.
heur, qui honore le méchant qui les possède , qui supplée, par la fortune^ au mérite réelle , et méprise le jnsie qui n^a de mérite que la sagesse ; de ce monde , qui applaudit au vice, tant qu'il se cache sous les ombres du mystère , qui ne lui interdit que les excès qu'ac-;
Pour h jour de la ^Ftnucàte. nxt conlpagne la honte , qui souvent même •couronne les crimes heoreux , et ne flétrit da sa censure que ceux que le succès ne justifi:^ pas ; de ce monde enfin , où tout s^rt d'aliment à la passion la plus dangereuse. Ses romans la peignent et la déguisent sous les traits du sentiment , ses discours Finsinuent , ses spectacles l'embellissent, ses chants la préconisent , ses exemples l'accréditent , ses mœurs l'autorisent, ses assemblées et ses cercles en favorisent la naissance, ses parties de plaisirs et ses fêtes en facilitent ïes progrès, en nouent les intrigues, en préparent, et quelquefois en consomment les honteux dérégiemens. Ah ! sortez ^ sortez de cette Babylone , où l'esprit d'illusion et de vertige devient de jour en jour plus sensible , et où chaque jour l'iniquité augmente.
Ce n'est pas l'esprit chngrîn de la vieillesse qui m'inspire. Je n'ai vu que peu de lustres encore, et cependant, depuis un pe»^it nombre d'années , quel accrois^ sèment dans la corruption générale et la dépravation des mœurs ! La *terre est désolée par l'assemblage de tous les crimes.
Desolatione desolata est terra. Non , on n'a jamais vu tant d'impiété sons le beau nom de philosophie, tant de licence sous un vernis de politesse et d'agrément, tant de fausseté sous un masque d'urbanité et
iai2 Sermon
de candeur , tant de désordres sous un vain ton d'arrangement et de décence.
Hé ! que disje ? dans le siècle où nous sommes 9 saUve-t-on même les apparences?
Non y jamais on n^a va si peu de pudeur dans le sexe , si peu de sagesse dans ses propos, tant de bizarrerie dans ses goûts , tant de caprice et de légèreté dans ses penchans , tant d'effronterie dans ses modes, tant d'affectation et si peu de "Retenue dans les moyens qu'il emploie pour séduire et pour pljjtire. Jamais on n'a vu le lien du mariage si piKi respecté , les bienséances si mal obseryéeis , les devoirs d'état si mal remplis, les conditions et les rangs si confondus par le luxe, tant d'indigence jointe à tant de faste et à tant d orgueil, le Inen commun si peu recherché, si peu connu , et si souvent sacrifié à des intérêts particuliers, les scandales si publics , et le vice accrédité par de si grands exemples.
Desolationc desolata est terra. Jamais on n'a vu la jeunesse si frivole et si débauchée , l'âge mûr si intrigant , si envieux , si avide de nouvelles richesses , si peu délicat sur les moyens d*en acquérir , si rempli de l'esprit de vertige et de parti , si amateur des nouveautés et des systèmes ; jamais on n'a vu la vieillesse même si peu exemplaire , si peu sage , si peu éclairée ou si distraite sur les grands
Pour le jour de la Pentecôte. al S intérêts du salut ^ si attachée à ses an* ciens préjugés ^ à ses anciennes passions et si ratfinée dans ses plaisirs. Voilà le inonde tel qu'il est aujourd'hui. On n'y respecte plus rien ; les mœurs y sont Pécole du vice; les livres, les entreliens y sont celle de l'indépendance j livres pernicieux, entretiens licencieux et frivoles ; livres qui rendent si coupables ceux qui les prêtent , ceux qui les débitent et ceux qui les lisent. On y méprise les autorités les plus légitimes. I^e Magistrat n'y est plus à l'abri de la censure ^ le Pontîie y est déchiré par la calomnie | les lois les plus saintes y sont foulées aux pieds ; on y sape le trône sous prétexte de l'afiferrair ; on y enseveli les noms si chers à nos aïeux , de sujet et de François, sous Ifes vains noms de liberté et de platriotisme ; on y renverse les autels ; on y détruit l^unité de principe et de doctrine par les fausses maxir mes de la tolérance. Ah ! la Religion n'est plus ; l'honneur restoit encore , l'intérêt en prend la place. A sa suite , se produisent , de nos jours , àe& crimes qui désolent la terre , et dont les siècles de nos pères , tout dépravés qu'ils étoient, auraient rougi. Desolatione désola ta est terra. O siècle de fer , siècle marqué par tant d'horreur , vous êtes le triomphe et le règne de l'esprit du monde et de la
21 4 Sermon
puissance des ténèbres. O mon Dieu» à quel temps me réserviez-vous ? A quoi dois-je encore m'attendre, si la progression est toujours la même , et quelle sera donc Tiniquîté , si elle n'est pas encore montée à son comble î Ah ! fuyons . dans la retraite ; sortons d'une terre qui dévore ses habitans.
. Hélas ! les vertus du monde sont aussi dangereuses que ses vices mêmes ; vertus em^untées , vertus fières et superbes ^ vertus fausses qui rapportent tout à l'homme et rien à Dieu ; qui font tout pour la vanité et le mensonge^ et rien pour la vérité , tout pour la terre et rien pour le Ciel. Ainsi dans le monde , séduit par une légère écorce qui n'a de vertus que l'apparence , on croit cueillir une plante salutaire y et on n'y trouve que des herbes stériles , ou dont le suc môme est un poison ; ainsi y les mondains les plus sages, les plus vertueux ressemblent à ces anciens mausolées ^ monumens du faste et de l'orgueil y qui ^ au-dehors , n'offroient rien que de grand et de ma-^gnifique , et au-dedans , ne renfermoîent qu\m vil amas d'ossemens, de pourriture y de cendres et de poussière.
Ah ! c'est cependant au milieu de ce monde qu'on forme la jeunesse. Eh !
quelles leçons , quelles impressions n^y reçoit elle pasf O jeunesse, trop crédule l
Pour le jottr de U Pentecôte. 2 1 5 On vous perd , en disant qu'on veut vous former ; à entendre la plupart des parens et des maîtres, qu^un jeune homme acquière la science du monde , qu^il en possède à fond tous les usages , quHl en connoisse toutes les lois et les maximes, dès^lors y il en saura toujours assez ; qu^il lirait d^ailleurs ni sagesse > ni mœurs ^ ni Religion, ni principe, n'importe : formé à Técole du monde, il aura toujours assez de mérite.
O science du salut! il n^y a donc que toi seule qù^il soit permis de négliger.
O éternité ! qu^un Uieu nous promet j est-ce ainsi qu'on vous obtient , et est-ce à, enfin , la route qui doit nous conduire au bonheur ?
Telle est sur tous ces objets la fausse sécurité ;^ l'aveuglement des mondains ; tel est le monde ; et nous ne le fuirions pas î Ah! tout nous fait un devoir , une nécessité indispensable de n'être jamais à lui. M. F. vous l'avez promis , et j'en appelle à vos premiers sermens. O vous , qui voulez encore faire du monde votre idole, retournez donc aux fonts sacrés où vous reçûtes le beau nom de thré-»
tien ; effacez ce nom du livre de vie,' où le Fils de Dieu même Ta tracé de son sang \ reprenez vos engagemens et vos promesses ; dites à Dieu que vous ne voulez plus être au nombre de ses
î2t6 Sermon
enfanfe ; déchirez la robe d'adoption dont il vous a revêtu; dites-lui que vous lui rendez ses grâces et ses taveurs, que la tyrannie du péché, que l'esclavage du démon vous sont plus chers que son amour et que le joug de J. C. ; diteslui encore que vous cédez tous vos droits À Téternité bienheureuse , que vous voulez vivre et mourir sous Pempire du monde, et ne plus être animé que de son esprit.
Ah ! bien plutôt, M. F, , gémissez sur votre infidélité ; rompez encore une fois avec ce monde qui vous a séduits , qui vous a présenté, comme des biens réels, ce qui n'en a que l'apparence ; qui vous a fait perdre de vue les seuls biens véritables, et vous a trompés si grossièrement sur les moyens de les obtenir ; qui vous a aveuglés enfin sur la grande affaire de votre éternité. Suivez Pesprit de Dieu qui vous appelle encore , et qui lait luire, à vos yeux, les plus purs rayons de la sagesse et dé la vérité ; c'est un esprit de lumière, tandis que l'esprit du monde est un esprit d'aveuglement et de ténèbres ; c'est , de plus , un esprit de paix , au lieu que l'esprit du monde est un esprit de trouble et d'agitation. Cest le sujet de ma seconde partie.
IL^ Partie.
Pour le jour de la Pentecôte. 2 1 7 Seconde partie.
De tous les biens dont on peut jouir sur la terre, le plus réel , le plus désirable , c'est la paix. Tous les hommes aspirent après elle , ils la demandent , ils la cherchent , ils en font tous également le terme de leurs espérances, et il semble qu'ils ne travaillent , à acquérir les autres biens, que pour obtenir plus sûrement cette paix après laquelle ils soupirent.
^ Mais ils la cherchent où elle n'est pas.
Il n'y a que l'Esprit-Saint qui nous la donne ; et l'esprit du monde , au contraire , après nous avoir séduits par Pappas des biens fragiles , après nous avoir détournés de la recherche des biens célestes et permanens, nous fait perdre encore sur le temps cette ^aimable paix, l'unique bien qui mérite ici- bas les vœux et les empressemens du sage.
L*Esprit- Saint nous donne la paix par un triomphe complet sur les passions que l'esprit du monde excite et fomente , par le calme de la conscience et l'onction de la grâce que l'esprit du monde nous fait perdre , par la douce espérance des biens futurs que nous ôte insensiblement l'esprit du monde , pour ne Mystères. 1
21 8 Sermon
nous laisser que la crainte d'un avenir
malheureux.
Oui , M. F. , la paix est un don précieux du Saint-Esprit. J. C. en promettant cet esprit à ses Apôtres leur promettoit en même temps un esprit de consolation , de douceur et de paix ; et ç*est cette paix qui , remplissant leur ame , les attachoit de plus en plus au culte du Très-Haut, et les tenoit, pour ainsi parler, sous la gardé du Seigneur.
Eh ! comment celui qui est guidé par PEsprit-Saint pourroit il ne pas jouir d'une véritable paix ? docile à la voix de son Dieu , fidèle aux impressions de sa grâce , il apprend à modérer ses passions , à régler ses désirs , à se détacher de toutes les créatures , à renoncer à lui-même , à ne vouloir que ce que Dieu veut , et /à ne s'attacher qu'à lui seul.
Ce n'est pas qu'il se livre sur tout ce qui l'environne à une indifférence aveugle et stupîde ; il n'étouffe pas les penchans de la nature , mais il les rend légitimes , il les dirige vers leur véritable fin , il met des bornés à leur violence, et ce sont ces bornes qu'il leur prescrit qui font sa tranquillité.
Content de peu , ne formant point de
désirs inutiles , ou les faisant mourir
dans son cœur à Uiustant où il les a
Pour le jour de la Pentecôte, tiig formés, n'aspirant qu'à plaire à son Dieu, considérant comme un bien tout ce qui peut le Conduire à lui , recevant comme des faveurs les peines mêmes dont il Tafflige , laissant auz hommes leurs richesses pour se faire dans le Ciel un trésor phis solide, se retranchant lors« qu'il le faut des plaisirs même permis pour se soustraire plus aisément à ceux qui sont dangereux , se croyant plus en sûreté au dernier rang qu'au premier ; petit et abject à ses propres yeux , plein de douceur pour les autres , se supportant lui-môme avec patience ; ah ! M. F., que l'empire de la grâce, que le règne du Saint-Esprit, dans nos âmes, est doux, et que l'homme vraiment fidèle est heureux ! Son ame ferme , constante et toujours égale, jouit d'un repos que rien ne peut altérer.
Mais si c'est aihsi que l'EspritSaint devient une sourôe de paix , en nous apprenant à calmer les passions qui nous l'enlèvent^ l'esprit du monde , qui leg fomente , est nécessairement pour nous une source d'inquiétude et de trouble.
Hélas ! que nous offre le monde ? des hommes que leurs désirs mettent sans cesse en mouvement , dont toute la vie 8e passe dans une agitation violente, qui , travaillant pour le repos , s'en éloignent toujours davantage, et qui se feroient
feao Sermon
du repos même un nouveau tourment ; des malheureux qui trouvent partout des croix , dont les plaisirs portent avec eux leurs épines et leur amertume , qui font de leurs jours comme un cercle douloureux de sentimens contraires qui les divisent d'avec eux-mêmes ; des forcenés , qui éprouvent toutes les fureurs des passions les plus ardentes > que la cupidité enflamme , que l'ambition dévore , que ronge l'envie , que la contradiction aigrit , que transporte la colère, que la haine envenime^ que brûle un fol amour , que poignarde la vengeance, que la vanité inquiète et tourmente à l'excès, que la prospérité enfle, que l'infortune accable et désespère ; de vils esclaves qu'enchaîne le respect humain y que la censure épouvante, que tyrannise la coutume , qui ne savent ce que c'est que de vivre , autant qu'il leur est permis , pour eux-mêmes ; qui s'assujétisent pour des espérances frivoles , qui pour s'élever s'abaissent çt se dégradent y qui dépendent de ceux qu'ils méprisent , qui s'immolent aux caprices d'une idole qu'ils sont las d'encenser , qui trouvent partout des fers sous le poids desquels ils succombent , qui s'endorment au bruit de leurs chaînes, et ne se réveillent que pour gémir de ne pouvoir les rompre. Que dirai je , enfin ,
' Pour le jour de la Pentecôte. 22 11 des insensés que leur imagination égare i qui sont la dupe et le jouet des apparences , que le monde amuse par ce qu^il leur promet , ne pouvant les satisfaire par ce qu'il leur donne, qui espèrent toujours et ne jouissent jamais , qui sont heureux seulement dans Tidée d'autrui et ont besoin de cette idée pour sa consoler de leurs peines ; enfin ^ dont tout le bonheur est faux, et dont la nii<« sère n'est que trop réelle. Voilà ce que nous offre le monde. Ne vous nez donc pas, dit Saint Jérôme, à la paix dont quelquefois il semble jouir. Nolitc credere (1). Semblable à la mer, cet élément dangereux , comme elle séduisant et perfide , comme elle souvent il nous attire par un calme trompeur , et toutà coup il s'y élève des montagnes de flots. Magnos hic campus montes habet:
Dabord le danger n'y paroit pas ; l'ennemi est caché au-dedans ; cette tranquillité apparente est une véritable temr pète Tranquillitas ista tempestas est.
Oui , M. F. , le monde n'offre peutêtre à vos yeulL que de la joie ^ des ris et des plaisirs ; mais approfondissez ces dehors qui vous en imposent , et vous le trouverez bien différent de ce qu il vous paroît.
Approchez de ces heureux de la terre dont vous enviez le sort , entrez ^ si vqu%
(0 Hier, epist, i, ad Ueliod*
Î122 Sermon
Je pouvez , dans leur commerce le plus intime, et vous serez surpris de les voir, irongés par les soucis y les chagrins et les peines qui naissent de leurs passions mêmes., dévorer en public les larmes qu'il nous cachent, et déplorer en secret leur triste destinée. Hé ! tous les jours , dans ces momens où le cœur se Jasse , s'irrite des contradictions que le monde oppose à ses désirs , ou bien encore dans ces instans où détrompé de son erreur , il rejette avec dégoût ce qu'il possède, et qu'il aimoit si ardemment avant que d^en jouir, n'entcnd-on pas les mondains avouer que jamais ils u'ont su ce que c'étoit que la paix et le bonheur , nous dire que ce monde approfondi n'est plus rien , décrier ce monde qu'ils servent , murmurer et se plaindre de la pesanteur de son joug , envier le sort du Juste , et gémir de ce qu'ils n'ont pas la force de l'imiter ? Et vousmêmes , M. F. , qui m'écoutez , interrogez votre' cœur, voyez s'il est tran- ^ille ; et si jusqu'ici le service du monde vous a été aussi doux qu'il le paroît, s'il ne vous a pas souvent remplis d'amer* tume, et si , au moment où je parle, les passions qu'il a allumées en voua n'y réveillent aucun sentiment triste , inquiet et douloureux 1
Pour U jour delà Pentecôte, ^23 Ah ! détachez- vous des objets qui vous enchaatent , tournez- vous vers le Seigneur , c'est «lors que vous trouverez le repos que lui seul peut vous donner , et que vous vous plaindrez seulement d*a n'avoir pas connu plutôt combien il est avantageux de servir un tel maître* Monde trompeur ! que les hommes charnels , que les cœurs vils et rampans se laissent séduire par tes vaines promesses ; pour nous, désabusés pour toujours de tes charmes I c'est loin de toi que nous allons chercher la paix. O paix ! aimablq paix ! don du Ciel qui manque nécessaî»* rement à ceux qui s'attachent à la terre ^ tu t'es pour toujours bannie du monde ^ pour n'habiter que dans les coeurs purs et les âmes fidèles.
L'Esprit-Saint qui l'a formé en elle par le triomphe des passions l'y conservai par l'onction de la grâce et le calme de la conscience , tandis que l'esprit du monde nous l'enlève encore par le vide du cœur et le mécontentement de nousmêmes, quelque effort que nous fassions pour en sortir.
Tout assujétissement à la règle, à\% le Saint-Esprit par la bouche de.l'Apôtre j^' paroît d'abord n'avoir rien que de pé* nible , mais ceux qui s'exercent dans la justice en retirent bientôt dans la paii; qu'ils ressentent les fruits les plus doux.
224 Sermon
.L'onction de l'Esprit-Saînt pénètre leur cœur et leur rend facile la pratique des vertus par l'amour dont il les remplit.
U leur fait porter avec joie le joug de Ja piété y il leur rend aimables les sacrifices qu'il exige , il attache à leurs peines des consolations sensibles, il les mène dans la retraite et leur en fait goûter tous les charmes , il leur fait considérer la nature comme étant l'ouvrage de sa sagesse , et la nature en devient plus riante et plus belle à leurs yeux. 41 les élève sur le Thabor , les environne des rayons de sa lumière, et leur fait entendre par les faveurs dont il les comble ces paroles si touchantes:
Vous êtes mon fils bien aime. Il les conduit au pied des Autels, il y forme en eux les plus tendres gémissemens , îl les remplit d'une nouvelle ferveur , il leur fait verser des larjnes , et quelles larmes que celles que Tamôur fait ré-
Sandre ! Si quelquefois il permet que es troubles s'élèvent dans leurs âmes, ce ne sont que comme des nuages passagers et qui n'en occupent que la surface. Il y fait régner la confiance la plus vive , et lors même que tes dehors semblent agités, il maintient au-dedans un calme profond Au milieu des alarmes qu'un amour délicat leur inspire , il leur laisse toujours ce témoignage de la bonne
Pour le jour de la Pentecôte. aaâ conscience qui naît de la simplicité du cœur , et qui est le festin du sage. Dans cet état l'ame jouit d'elle-même , ou plutôt de son Dieu qui la soutient. Elle lô trouve en elle , elle s'y unit , elle le contemple , elle goûte combien il est ' doux, elle est satisfaite, et ne veut rien de plus. Elle acquiesce en tout à sa vo^ lonté sainte^ et cet acquiescement est I9 plus parfait repos.
C'est ainsi que Ja paix^ cette paix qui surpasse tout sentiment , est le don des élus du Seigneur, et que le règne dô Dieu est justice et paix dans le St. Esprit.
Regnum Dei justitia et pax in Spiritu Sancto.
Mais le règne du monde et de l'esprit du monde est bien opposé ; celui qui s'assujétit à ses lois, n éprouve, au sein même de ses plaisirs , qu'un vide affreux.
Il cherche à les varier, et, malgré lui, ses inquiétudes s'augmentent ; il voudroit pouvoir rentrer dans son cœur, mais un trouble secret lui en défend l'entrée, ou lui en interdit la jouissance. S'il s abandonne quelques momens à la solitude,* il devient semblable à cet homme dont parle PEvangîle, qui fuit par des . lieux arides sans pouvoir trouver le repos. Pour dissiper l'ennui qui le dévore, il se répand au-dehors, et, au milieu du tumulte , il est encore à charge à lui-même, il
aag Sermon
redouble ses àttachemens > il resserre ses liens ^ il se plonge dans de nouveaux désordres ; et il n'y trouve qu'une nou- ^velle source de mécontentement et un nouveau germe d'agitation et de remords.
Accusateur secret et continuel de luimême I il se condamne malgré tous les soins qu'il prend pour se justifier. Toujours aux prises avec sa raison , toujours en contradiction avec ses lumières , il
< vondroit les étouffer ; mais leur éclat perce à travers les ténèbres dont il s'e£force de les couvrir ; sa conscience crie
^ plus haut que les raisonnemens captieux ou les vains amusemens par lesquels il cherche à s'étourdir. Elle lui dispute Jes crimes qu'il se permet^ elle lui reproche ses plaisirs injustes dans le temps' qu^il les goûte ; s'il est' malheureux , elle le force d'avouer que c'est lui tout seul qui 'fait scoi malheur. Il ne voit autour de lui que desr objets qui l'aËQigent ; l'enfer est dans son cœur.
Mais ce qui achève de lui ravir la paix, hélas ! c'est cette crainte d'un avenir plus terrible encore qui est comme inséparal^le de l'esprit du monde , parce
* jqu'îl n'est guère possible de vivre comme les mondains vivent , et de ne pas trembler. S'il consulte la Religion , tout lui dit qu'il n'y a point pour lui de partage avec les Justes, que quelqu'illusion qu'il
Pour le jouf (te td Pentecôte. 027 cKerche à se faire il est évident qu'ayant une opposition aussi marquée avec J. G. , il ne sauroit prétendre à son Royaume , et que n'étant pas fait pour le Ciel il ne lui reste d'autre attente que le sort affreux des réprouvés. Voilà ce que lui dit toute la Religion.Si , au contraire , il travaille à en secouer !e ^ joug , pour se soustraire à la crainte des peines dont elle le menace^ ou s'il cherche du moins à vivre dans une sorte d'indifférence à cet égard , quel état non moins affreux !
vivre sans Dieu , sans foi , sans espérance , ou comme s'il n'y en avoit aucune ; abandonner au hasard son bonheur ou son malheur éternel, fermer les yeux sur toutes les conséquences de ses actions, ne se réserver aucune ressource, vivre en désespéré , n'avoir pour toute consolation que l'idée du néant y le désirer , sanç pouvoir se flatter de l'obtenir , et sentir en soi le cri de la nature qui en bannit tout espçîr. O Dieu, quelle triste et pénible situation ! et ne vaudroit-il pas mieux en effet n'avoir jamais vécu?
O Justes , que votre état , bien différent de celui des partisans du monde , est digne d'envie ! l'Esprit-Saint , qui repose en vous , vous fait trouver la paix la plus douce dans IVspérance qu'il vous donne des biens qu^il vous a promis.
2,20 Sermon
Il vous fait considérer le Ciel comme le terme de vos travaux ; il vous fait envisager le moment qui brisera vos liens comme le commencement d'une nouvelle vie où votre ame libre , indépendante , parcourra l'immensité des Cxeux , et revêtue de lumière partagera la gloire et la félicité de son Dieu. Dans cette attente rien ne vous paroît trop pénible , et lo sentiment de vos maux^ s'éteint ou s'affoiblit , lorsque vous le rapprochez du bonheur dont vous devez jouir.
£h , M. F. ! comparez donc la situation du Juste et celle du mondain, et pour le faire plus sûrement ^ jugez-en par VOUS' mêmes* Rappelez vous les beaux jours oii , conduits par l'Esprit de Dieu , vous viviez sous son empire ; et opposezles à ces jours tristes et tâche ux où vous avez commencé à vous remplir de l'esprit du monde. Si vous avez connu les sentiers de la justice , souvenez-vous de cette aimable paix que vous goûtiez en servant le Sçigneur , de cette paix que le Saint-Esprit vous faisoit trouver dans l'assujétissement de vos passions à la raison et à la foi , dans l'onction de sa grâce et le calme d^me conscience pure , dans l'espérance si consolante et si précieuse d'un avenir pleinement heureux, et voyez si le monde , par ses faux plaisirs, a pu vous dédommager jusqu'ici
Pour le jour de la Pentecôte. 229 de ceux qu'il vous fait perdre , le monde dont Tesprit a été pour vous , non-seulement un esprit d'aveuglement et de vertige , mais encore de trouble et d'inquiétude par la révolte de vos penchans les {)lus déréglés , le vide de votre cœur et es remords de votre conscience; par la crainte des châtimens qu'un Dieu juste réserve au pécheur.
Voyez quel est ce monde auquel vous vous immolez. C'est un monde perfide^ qui ne rit, à vos désirs, que pour vous mieux tromper , qui ne vous flatte que
f)Our vous rendre aussi malheureux que ui , qui ne vous séduit que pour vous perdre. C'est un monde ingrat, bizarre et volage : vous le servez ; et dès que vous vous en êtes fait une habitude , il cesse de vous en tenir compte. Il appesantit son joug , ou il ne vous paye que par des rebuts et des caprices ; vous te quittez, et loin de vous regretter, il s'étonne quelquefois de ce que v-ous n'avez pas pris votre parti plutôt ; vous mourez , et il vous oublie , ou s'il se souvient de vous ce n'est le plus souvent que pour relever vos foiblesses et flétrir votre mémoire. Voyez ce que vous lui sacrifiez; c'est votre tranquillité, c'est votre bonheur , ce sont peut être vos biens , votre santé , votre jeunesse , votre vie même et voire honneur. Que ne lui
h3o Sermon
sacrifie pas cette jeune personne , qui ,' livrée aux dangers de ce monde , et séduite par ses attraits et ses promesses , a contracté un engagement illicite , cet ambitieux qui a voulu s'élever à quelque
f)rix que ce fut , cet homme qui travailant chaque jour à entasser richesses sur richesses en est possédé bien plus qu'il ne les possède, et toys ceux qui sont les malheureuses victimes des passions qu'41 inspire. Voyez quel est le fruit que vous retirerez de tous ces sacrifices* Hélas ! quand le monde vous seroit plus favorable, quand il ne feroit pas votre croix et votre tourment , quand bien même il vous rendroit heureux pendant quelques années , la scène changera enfin
f)Our vous ; il viendra un moment où e monde sera forcé de vous abandonner , quand il ne le voudroit pas , où vous le quitterez , quels que soient les biens qui vous y attachent. Alors ses plaisirs , ses honneurs , ses richesses , tout vous sera enlevé : alors voulez-vous savoir ce que vous laissera le monde , ouvrez les tombeaux de ceux qu'il a comblés de plus de faveurs , qu'il a le plus caressés , le plus flattés. Voilà ce qu'il vous laissera : un cercueil , de la pourriture et des vers. Mais il y a plus encore , et reconnoissez-le à ce dernier trait. Percez avec les yeux de la foi ces
Pour h jour de la Pentecôte. 23 1 abîmes profonds , raffreuse et l'éternelle demeure de ceux qui ont vécu de la vie du monde et qui ont été animés de sorv esprit. Voilà ce que vous laissera le monde : le désespoir , la rage, une éternité de douleur , l'enfer. Maintenant levez vos regards vers le Dieu que je vous propose de servir ; quel est l'objet auquel vous allez vous immoler ? C'est un maître souverainement digne de vos hommages , souverainement parfait , bon , juste , fidèle dans ses promesses, magnin fique dans ses récompenses , et qui s'est lui même immolé pour vous. Qu'exige-til que vous lui sacrifiez ? quelques plaisirs qui , à la vérité , flattent d'abord , mais dont les suites vous ont été si amères ; l'attachement à des richesses qui éblouissent , il est vrai , mais dont la soif ardente n'a fait qu'irriter de plus en plus vos désirs; des penchans qui ne lai^ent pas d'avoir quelques attraits , mais qui , après tout , vous ont trompé sur le bonheur que vous cherchiez. Et quel sera le fruit du sacrifice que vous lui ferez?
tine joie pure, une gloire constante, les consolations les plus douces , les sentimens les plus agréables , un Paradis anticipé sur la terre , et dans le Ciel la félicité la plus complette.
Quelle différence entre Dieu et le monde ! quel maître, et iquel maître!
ô3« Sermon
Avouez donc , M. F. , que vous n'avîesi jamais fait des réflexions assez sérieuses sur des objets aussi importans. N'êtesvous pas désabusés maintenant des prestiges du monde ? N'êtes- vous pas convaincus que ce n'est pas là le guide et le maître que vous deviez suivre ? Ah !
ne restez plus partagé entre Dieu et le monde ; ne boîtez plus , comme parle le Prophète , entre l'un et l'autre. Si Tesprit du monde vous a fait trouver jusqu'ici la vraie lumière et la véritable paix, suivez-le ; mais s'il n a fait que vous aveugler , vous troubler ; s'il n'y a que l'esprit de Dieu qui nous éclaire et qui nous tranquillisé, appelez donc en vous cet Esprit-Saint par vos gémissemens et vos désirs. Pour n'être plus qu'à Dieu seul , faites un éternel aivorce avec le monde , renoncez à ses maximes et à ses usages ; élevez-\ous au-dessus de ses railleries et de ses mépris. Si vous l'écoutez , vous serez ses esclaves ; si vous composez avec lui , il vous accablera du poids de sa censure ; mais si vous le bravez , il finira par vous respecter , et vous l'enchaînerez à votre tour. Quoiqu'il en soit, vous serez bien dédommagés de ses suffrages par les fruits d'une piété solide , et par la récompense éternelle que je vous souhaite.
POUR