‹ Sermons prêchés à StrasbourgChapitre 10 sur 24 · SB CE QD ON TROUVE DANS L* SIBLE · texte numérisé non relu

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sûr, il n'est personne qui consentît à répéter la malédiction contre Babylone que je citais tout à l'heure. Cependant, ma^é la pénétrante lumière de la révélation de Dieu en Christ, la Bible peut rester pour nous aussi un livre où nous puisons l'erreur plutôt que la vérité. Dès que vous ne la lisez pas exclusivement avec l'intention d'y trouver la vie éternelle , vous y cherchez autre chose que ce qu'elle vous offre ; vous enti'ez dans une voie fausse et pernicieuse.

La vie éternelle, dont il est question ici, ce n'est pas seulement la vie à venir , c'est la vie complète , parfaite , divine ; c'est à la fois la vertu et la féhcité absolues. Les Livres sacrés vous présentent cette vie éternelle , — rien de plus , rien de moins ; ils vous la présentent en vous montrant rimag;e de Christ , en qui elle s'est pleinement manifestée. Noos ne possédons une connaissance réelle , ou plutôt personnelle , de Dieu que par Christ , et nous ne connaissons Christ que par la Bible. La Bible a pour but unique de rendre témoignage du Sauveur et de nous ouvrir ainsi la source intarissable de la vie divine. Vous tous qui êtes travaillés et chai'gés , accourez. Vous qui avez soif d'affection et qui n'avez trouvé jusqu'ici que l'indifférence ou les mécomptes les plus cruels, venez , contemplez cet homme abandonné de tous , trahi par un

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des siens , et qui s'écrie qu'heureux sont ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Vous qui, luttant courageusement pour la vérité, n'obtenez en échange de vos travaux qu'opprobre et calomnie, regardez cette tête couronnée d'épines, écoutez l'homme de douleur quand il vous déclare bienheureux ; réjouissez-vous et ti'essaillez de joie. Vous que le sentiment de vos péchés écrase et qui, sous ce pesant fardeau, êtes incapables de faire un seul pas vers le bien , voyez comment il relève la pécheresse parce qu'elle a beaucoup aimé. Quelle que soit votre peine (et y aurait-il parmi nous quelqu'un qui n'eût point en son cœur une plaie secrète 1) , vous trouverez dans la Bible force et consolation , car vous y trouverez Christ. Mais, encore une fois, mes Frères, n'y cherchez point aulre chose. Ce serait aussi insensé que d'employer votre pain à la conslruction d'un édifice, en guise de pierre, sous le prétexte que le pain , ayant pius de valeur que la pierre , doit pouvoir la remplacei- !

Une erreur fondamentale de beaucoup de chrétiens touchant les saintes Écritures consiste à y chercher bien moins la vie que la science. De tout temps il en a été malheureusement ainsi. Vous vous rappelez , par exemple , que les théologiens , se fondant sur quelques passages de l'Ancien Testament, prétendaient savoir d'avance

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ijue fa terre ne peut être un globe et voulaient empêcher un audacieux navigateur d'aller découvrir le Nouveau-Monde. De nos jours encore, nous voyons des hommes pieux rassembler péniblement dans la Bible des notions d'histoire naturelle ou de grammaire comparée. En quoi ces notions serviront-elles au salut? Nous ferontelles mieux connaître Dieu , ou notre cœur, ou Christ ? L'Eternel ne nous a pas rédigé un manuel d'histoire naturelle ni d'astronomie , pour la simple raison qu'il nous a mis en état d'étudier ces sciences par nous-mêmes. Et s'il avail jugé bon de nous les donner toutes faîtes, soyez sûrs qu'il ne les eût pas présentées en énigmes, dans des passages obscurs, où l'on trouve un jour un sens et le lendemain un autre. Ne ravalez pas la Bible à ce point! Elle vous parle de choses infiniment plus impoitantes que toutes les sciences réunies , elle vous rappelle voire destinée, elle vous dévoile votre état de péché, elle vous révèle le Sauveur.

La Bible a si peu en vue l'enseignement- intellectuel qu'elle ne s'occupe même que très-indirectement de notre instruction théol(^ique. Oh! tant que les questions sont religieuses , tant qu'elles se trouvent dans un rapport intime avec la vie , l'Écriture est à la fois d'une limpidité parfaite et d'une profondeur immense ; mais elle

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VOUS abandonne dès que vous abordez le terrain de la spéculation. Elle nous dit très-clairement que Dieu est notre Père et le Père du Seigneur Jésus , — que Dieu élait en Christ réconciliant le monde avec lui, — que Dieu est esprit et qu'il habite dans nos cœurs ; car ces trois vérités sont nécessaires à la paix de nos âmes. Mais lorsque vous vous mettez à discourir sur les personnes de la trinilé, sachez-le, vous sortez de la Bible et vous parlez une autre langue que la sienne. Si l'enseignement du dogme était le but de l'Ecriture , ne sentez-vous pas qu'elle l'eût exposé méthodiquement, comme nous le faisons dans nos catéchismes? Nous aurions une épître ou un discours sur Dieu, un autre sur le péché, un troisième sur la rédemption... Or, jamais le Seigneur ne traite ces grandes questions d'une manière abstraite; il en parie sans cesse, mais au point de vue le plus directement pratique. Et les apôtres font de même. Je me ti'ompe ; une des épilres de saint Paul est un véritable traité de théologie , i' épître aux Romains , où il expose la doctrine du salut par la grâce, où il développe cette thèse que l'homme est justifié par la foi et non par les reuires, et oii il cite à l'appui l'exemple d'Abraham '. Eh bien ! comme pour nous démontrer que toute formule est trop

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étroite et que la vérité religieuse déborde tout dogme , le même esprit qui était en saint Paul fait écrire à saint Jacques que l'homme est justifié , îion par la foi seulement , mais par les œuvres', etqu'il en a été ainsi d'Abraham, dont Paul invoquait l'histoire en témoignage. Quoi ! y a-t-il contradictioH entre les deux apôtres du Seigneur et sur un point d'une telle gravité? Oui, dans les termes, dans la formule, la contradiction est patente; toutefois au-dessus des teimes et de la formule il y a l'unité de l'esprit : riiomme est sauvé par la foi, c'est-à-dire par cet acte suprême dans lequel nous nous dépouillons de notre proprejustice et nous donnons à Dieu ; mais- la foi est donc une œuvre, la plus grande, la plus féconde des œuvres , et il est également vrai que Dieu nous sauve et que nous nous sauvons nous-mêmes. Vous le voyez , ta Bible n'entend pas nous fournir des formules , puisque dans ce cas, en ayant donné une par l'organe d'un apôti-e , elle la condamne, c'està-dire elle la complète par l'organe d'un autre apôtre. D'ailleurs, la vérité évangélique est si simple que tout exposé dogmatique est inutile. Pour vous dire de venir à Christ (et la Bible ne fait pas autre chose) , faut-il donc un échafaudï^e de doctrines, un système? Le péager Za- ' Jacques U, 11.

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cbée , la pécheresse Marie-Madeleine , le larron sur la croix , en ont-ils eu besoin pour comprendre leur misère et voir briller en Jésus la splendeur du Dieu sauveur ? Sa présence a suffi ; or, la Bible remplace actuellement sa présence : dans les évangiles , elle nous raconte ses acles et ses discours; dans les épilres, elle nous le fait connaître par l'amour qu'il a inspiré â ses disciples. Ce sont là des faits, et non des docti'ines abstraites.

N'allez pas prendre non plus l'Écriture pour un manuel de morale qui, dans chaque circonstance , vous dicterait votre conduite par un commandement aussi bref et décisif qu'une consigne. Si Dieu avait voulu nous remettre un pareil manuel, il l'aurait rédigé autrement, car il fait tout avec sagesse. Au lieu des récits et des exhortations fragmentaires qui remplissent noire Bible, il eût réparti ses ordres d'après un plan régulier , selon les divers devoirs , et à la suite il eût déterminé les cas où ces devoirs se trouvent modifiés et suspendus par d'autres. Il existe de tels livres, mes Frères ; on les appelle des Recueils de cas de conscience. Rien de plus commode pour le fidèle ! Dès qu'il hésite entre deux commandements , il les cherche dans la table des matières et trouve sur-le-champ l'examen de son cas particulier. Croyez-vous que ce

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procédé soit conforme au christianisme ? Croyezvous que Jésus ait entendu remplacer par ses décisions la voix de votre conscience , vous épargner la peine de réfléchir et la responsabilité de choisir ? Écoutez dans quel style il a rédigé sa morale, et puis vous direz si la Bible se donne pour un code de lois : « Si quelqu'un plaidant « contre toi veut t'ôter la robe , laisse-lui encore «le manteau. Si quelqu'un te frappe à la joue a droite , présente-lui aussi l'autre '. » Un code n'use point de langage figuré ; donc , ou bien l'Évangile n'en est pas un , ou bien il faut prendre ce commandement à ta lettre. — a Si « quelqu'un vient vers moi et ne hait pas son « père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses « frères et ses sœurs , et sa propre vie , il ne «peut être mon disciple'.» Vous entendez.

Christ vous ordonne de fouler aux pieds les devoirs les plus sacrés ; — oui, comme il vous ordonne d'arracher votre œil et de couper votre main , dès qu'ils vous font broncher' ; — oui, comme il vous promet qu'avec un grain de foi vous pourriez dire à un mûrier : s Déracine-toi « et te plante dans la mer, » et qu'il vous obéirait*. Ne voyez-vous pas que de propos délibéré le Seigneur donne à sa pensée une exagération

'Malth.V, 39et*0. — 'Luc XIV, S6. — 'Malth. V, 39 et ÎO.

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ëvideote , afin de nous forcer de distinguer dans ses discours le fond d'avec la forme, l'esprit d'avec la lettre? Sachant trop combien l'homme est encUn à une soumission aveugle et stupide , il use de vrais paradoxes pour secouer notre paresse. Les passages cités ne sont pas vrais , si vous les prenez au sens littéral ; mais ils ouvrent à voire conscience des aspects nouveaux , lui faisant entrevoir une vertu supérieure à la vertu ordinaire. Et toute la Bible a pour but de ré- Teilier ainsi l'idéal endormi, de nous donner des ailes pour monter au ciel. En un mot, le christianisme attache peu d'importance à ce que nous fassions tel ou tel acte isolé, mais il veut nous rendre vertueux , parfaits. De même que sa doctrine consiste uniquement dans le portrait qu'il nous donne de la personne de Christ , de même sa morale consiste à nous transformer à l'image de notre divin Sauveur ; car c'est là la vie éternelle.

Si vous pouviez, ô mes Frères 1 lire la Bible ainsi qu'elle veut être lue, non comme un recueil de renseignements curieux sur le ciel et la terre , sur les anges et les démons , sur les origines du monde et sa destinée ilnale , non comme une collection de sentences et de conseils indi-

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quant la voie à suivre pour gagner une bpnne place dans cette vie et dans l'autre ! Demandezlui la satisfaction de vos besoins les plus élevés, 1» paix, la joie, la confiance, la force, la vertu, en un mot, Dieu, el pour le reste dites -vous bien que c'est une forme plus ou moins indifférente dont l'Esprit saint a dû se servir afin d'être compris des hommes. Ne confondez pas, avec les juifs, l'essentiel el l'accessoire; ne perdez point, par un servile attachement à la lettre, tout le bénéiîce de la révélation divine.

11 faut choisir dans l'Écriture. Mais cela ne signifie point qu'on ait le droit d'y faire un triage arbitraire , d'y prendre ce qui convient à nos préjugés, à nos goilts, et de tourner les feuillets quand on rencontre des choses désagréables. Le beau profit que vous retireriez d'une pareille lecture de la Bible, d'y introduire vos infirmités, vos petitesses, vos mauvais désh-s, vos illusions, de vous y retrouver vousmêmes ! La Bible ne peut être utile et nous conduire à la vie que si elle diffère de nous, si elle nous dépasse, si elle nous est supérieure, si elle nous élève au-dessus de notre niveau naturel. L'abaisser à ce niveau, la façonner à notre image , c'est donc enlever au sel sa saveur. Voici quelle règle doit guider votre choix dans les Écritures : acceptez comme venant directement

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(le Dieu les paroles qui à la fois vous humilient et vous fortifient. En d'autres termes , attachezvous aux récits , aux exhortations , aux enseignements qui ou bien vous révèlent l'état de votre propre cœur avec ses misères sans nombre, ou bien vous font mieux comprendre le caractère du Seigneur Jésus avec sa sainteté parfaite el son infinie miséricorde. Tout est là , car la science religieuse comprend ces deux choses : se connaître et connaître le Sauveur. Quand Luther, voulant donner à la Réformation une base divine, publia sa traduction de la Bible, il la fit précéder d'une préface excellente , que je regrette de ne plus voir figurer, du moins en partie, en tête du volume sacré. «Je m'en tiens, idit-il, aux livres qui me présentent Christ clai- < rement et purement, b el il les désigne : i L'Éï vangile de Jean , les épîtres de Paul aux Ro- I mains , aux Galates, aux Éphésiens et la pre- I mière de Pierre , voilà les livres qui te montrent «Christ et t'enseignent tout ce qu'il est nécesc saire et heureux de savoir. » Que le choix de Luther soit ou non le plus évangélique, il n'importe; mais si notre christianisme doit reprendre un peu de vigueur, il faut que nous nous remettions à lire les Écritures dans l'esprit du grand réformateur, n'y cherchant absolument que Christ et notre félicité éternelle.

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Alors disparaîtront ces tendances sectaires qui minent l'Église protestante. On cessera d'attacher une importance ridicule à des opinions particulières, qu'on prétend avoir puisées dans la Bible, mais qui, au bout du compte, se trouvent être des rêveries écloses dans les cerveaux de leurs adhérents , et auxquelles l'infinie variété de la Bible a seulement fourni un costume, une formule. Parce que la formule est biblique, on croit pouvoir condamner comme ennemis de ta Parole de Dieu quiconque refuse de les accepter ! Une fois que nous aurons appris à distinguer le fond et la forme , ces rêveries perdront leur masque vénérable, la conscience publique les reconnaîtra pour ce qu'elles sont, et leurs auteurs pourront encore les prôner avec conviction , ils n'oseront plus les imposer avec autorité.

Alors aussi la piété des petits et des pauvres d'esprit sera véritablement simple et touchante. Que de fois n'avons-nous pas vu une servante, un ouvrier , qui , réveillé par la prédication de l'Évangile , devenait tout à coup sérieux et commençait à lire la fiible assidûment; mais il ne savait pas la lire. Entraîné par l'exemple pernicieux de son entourage , il ne recherchait bientôt plus dans les Écritures l'édification , mais ta science ; il brouillait tout, mêlait l'Ancien et

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le Nouveau Testament, la parole des apôtres et la parole du Seigneur lui-même , les enseignements du Livre et ceux des chefs de son parti , et il se fabriquait une espèce de système de théologie, bien étroit, bien absurde, bien antichrétien, qu'il défendait à outrance, courant avec passion après les discussions et les querelles , lançant à droite, à gauche , ses excommunications , se montrant ainsi dix fois plus ort^eilleux, dix fois plus irréligieux qu'avant sa conversion. Voilà, voilà trop souvent la piété des simples ! Et ne croyez pas qu'on n'en trouve des exemples que chez les servantes et les ouvriers ! A tous les degrés de l'échelle sociale vous rencontiez de ces mauvais petits théologiens, hommes ou femmes, qui pervertissent la Parole de Dieu et la transforment en un arsenal d'arguments et d'analhémes. Il est plus d'un salon ou les conversations frivoles s'entremêlent de lourdes dissertations sur la grâce , sur la rédemption, sur la s théopneustie » ; il est mainte grande dame qui n'a d'autre préoccupation que de briller à la fois par l'éclat de sa parure et par la pureté sans tache de son orthodoxie. Ah! que cela est triste , mes Frères , que cela est misérable I

Mais vous qui êtes plus sérieux , vous qui ouvrez la Bible réellement pour vous édifier, votre "

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