E CHRÉTIEN
tive sui' les paifens! que la viande consacrée aux idoles n'est point souillée ! que nulle prescription de Moïse n'a d'autorité sur le chrétien ! que la mort de Jésus, condamné par la loi, est l'abrogation de la loi! que l'homme est sauvé, non par les œuvres , mais par la confiance en Christ ! que l'Esprit est désormais le seul joug du croyant! Dans toutes ces propositions, un juif ne peut voir que des blasphèmes ; or les Douze et les autres disciples étaient encore juifs. Que vont-ils faire? Ah ! s'ils étaient encore juifs autant qu'ils s'imaginent l'être, ils crieraient anathéme au renégat. Cependant , à leur insu , l'Esprit divin a fait son œuvre en eux ; il ne les a pas affranchis de leurs préjuges, mais il en a du moins relâché le lien. Quoique effrayés, quoique épouvantés de la hardiesse de Paul (vous vous souvenez qu'ils ne veulent pas y croire), ils lui tendent la main d'association. Ils le reconnaissent pour frère, car il prêche Christ, et cela leur sufQt. Ils sentent d'ailleurs que Paul a pour lui la logique ; en effet , dès que l'Evangile s'adresse directement aux païens non moins qu'aux israélites , la religion juive n'est pas indispensable ; c'est une institution préparatoire qui cesse; c'est une transition qu'on peut négliger. Toutefois, si Paul a pour lui la logique , c'est-àdire la vérité , si, par conséquent , son opinion
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finira par triompher chez les Douze, puisque, étant disciples de Christ, .ils sont esclaves de la vérité, elle ne triomphera pas immédiatement. Ils hésiteront longtemps et avec angoisse. Cette doctrine , qu'ils ne savent comment réfuter, mais qui heurte de front toutes leurs notions, leur parait pourtant fausse. Ils en craignent les conséquences. Remettre à l'Esprit la conduite du chrétien, n'est-ce pas l'abandonner à lui-même? Dire que la foi justifie, n'st-ce pas encourt^er la nonchalance et dégoûter de la rude pratique des bonnes œuvres? Quand la loi s'évanouira avec ses terreurs salutaires, la porte ne s'ouvrira-t-elle pas à tous les dérèglements? Paul, qui est saint, n'abusera point de la liberté qu'il revendique; mais ses disciples iront sans doute se jeter dans l'abîme des mauvaises mœurs du paganisme , dont ils ne seront plus séparés par une barrière infranchissable. Les vues de Paul ont beau sembler fort conséquentes, il faut donc dire aussi qu'elles sont pleines de périls. Ajoutons qu'un juif devait éprouver une invincible aversion à se mêler à cette vie libre des gentils qui, depuis son enfance, lui apparaissait comme une abomination ; c'était presque une répugnance physique.
Dès que vous réunirez tous ces traits , mes Frères , vous comprendrez l'irrésolution des
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premiers chrétiens , et je crois que vous n'envierez plus leur sécurité, leur certitude ioaltérable.
Cependant , direz-vous , l'autorité du Seigneur Jésus n'était-elle point suffisante pour les tirer d'embarras? Certes, tous les apôtres auraient obéi avec joie à leur maître, s'il leur avait fait connaître sa volonté. Mais rien ne leur prouvait que Jésus eût eu réellement l'intention de fonder l'Eglise chrétienne en dehors du judaïsme , et ils n'étaient pas du tout convaincus qu'il eût • donné raison à saint Paul. N'oubliez pas, pour bien comprendre ces doutes, que les apôtres , durant la vie du Seigneur, étaient plongés dans les plus grossiers préjugés, de sorte que des paroles d'une évidence parfaite glissaient sur eux sans produire plus d'impression que les syllabes inintelligibles d'une langue étrangère. Un jour le Seigneur, qui permettait à ses disciples de négliger certaines prescriptions traditionnelles, avait eu , à ce sujet, une vive discussion avec des pharisiens venus de Jérusalem. 11 ne se contenta point de leur reprocher leur formalisme, il le dénonça au peuple. Ayant appelé, dit l'évangéliste , toute la multitude , il s'écria : «Écoutez-moi, vous tous, et comprenez: Il
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n'est rien au dehors de l'homme qui entrant en lui le puisse souiller. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. » En vérité , on ne saurait parler d'une manière plus claire, ni plus solennelle. Eh bien, croyez-vous que les apôtres aient compris ! Quand ils furent rentrés à la maison, ils lui dirent : cN'as-tu pas vu que les pharisiens ont été scandalisés de ce discours?» Et Pierre ajouta : € Explique-nous cette parabole. > Cette parabole ! Us ne peuvent se figurer que ce discours doive être pris à la lettre; quand Jésus attaque le pharisaïsme, c'est sans doute une similitude, une façon de parler, qui recouvre quelque autre sens. Voilà où ils en étaient alors, et Jésus put leur répondre avec tristesse : « Et vous aussi, vous êtes sans intelligence?»
Ce n'est pas tout. Non-seulement les apôtres , tantqu'ils vécurent auprès de leur maître, étaient incapables de saisir toute la portée de son enseignement, mais Jésus (et ceci me parait de la plus haute importance , mes FVères), Jésus n'aurait pas voulu leur dicter ce qu'ils devaient croire. Il n'était pas venu sur la terre pour proclamer une doctrine toute faite , à laquelle l'intelligence aurait adhéré machinalement; il était venu montrer Dieu dans sa réalité et communiquer à l'âme humaine une force nouvelle qui lui permît de s'épanouir, malgré les entraves du
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péché. Pas plus qu'il n'a fixé une forme d'administration pour l'Église, pas plus qu'il n'a rédigé une confession de foi semblable au décalogue, il n'a tranché le grand problème de l'abrogation de la loi mosaïque. 11 lui suffisait d'avoir mis l'homme en état de dénouer ce problème. Avez-vous jamais senti avec quelle délicatesse il se retient en quelque sorte, pour ne pas opprimer les disciples par son autorité, avec quel soin il ménage leur indépendance , pour laisser au développement individuel toute la spontanéité nécessaire? Et quand, dans un cas comme celui que je viens de citer, il a prononcé une parole précise, .formelle, soyez sûr que quelque part ailleurs dans les évangiles il place une autre parole qui semble dire le contraire et nous rend ainsi notre liberté, c'està-dire nous force à réfléchir. La même bouche qui a dit : « il n'est rien au dehors de l'homme f dont il puisse être souillé , s la même bouche qui a déclaré , de la sorte , l'abrogation de bien des pages de la loi mosaïque, a dit tout aussi solennellement : « Ne croyez pas que je sois « venu anéantir la loi ; en vérité , jusqu'à ce que < passent le ciel et .la terre , un seul iota ou un a seul trait de lettre de la loi ne passera point. » Peut-on pousser plus loin l'apparence de la contradiction? Mais, vous le savez, mes Frères, au
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fond les deux paroles sont également vraies : oui , une très^ande partie de la loi mosaïque est sans valeur; oui, la loi mosaïque dans ce qu'elle a d'essentiel, de divin, d'évangélique, durera plus longtemps que le ciel et la terre. II eût été facile au Seigneur de présenter ces deux vérités dans leur conciliation et d'épargner ainsi aux apôtres bien des déchirements et des crises. Un philosophe l'eût fait. Mais Christ est plus qu'un philosophe. Il ne nous donne ni préceptes ni doctrines; il régénère notre conscience et notre intelligence , pour que nous trouvions nousmêmes le juste et le vrai. Il refuse d'être une autorité , dans le sens vulgaire qu'on attache à ce mot , il refuse d'être notre pape, il est notre Sauveur, il fait notre éducation. Or, toute éducation véritable a pour but, non d'étouffer l'individualité , mais bien au contraire de la fortifier. Par ses enseignements, par ses exhortations , par ses châtiments , un père de famille veut faire de son fils mieux qu'un automate, un homme. Et de même Christ voulait faire de ses apôtres des hommes. «Il vous est avanslageux que je m'en aille, leur avait-il dit; car, s si je ne m'en vais , l'Esprit ne viendra point « à vous. Quand il sera venu, il vous enseignera «toutes choses, et il vous rappellera, il vous s fera comprendre celles que je vous ai dites. >
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Ainsi, mes Frères, les chrétiens du premier siècle ne pouvaient recourir à une autorité visible. Christ lui-même les renvoyait à l'Esprit.
Mais si l'Esprit ne se prononçait point? s'il ne se révélait pas d'une manière sensible, incontestable, surnaturelle, comme dans la vision de Pierre lorsque les messagers de Corneille vinrent le chercher ; si l'Esprit ne se manifestait par aucun oracle, et c'était le cas, que faire? Il s'agissait de prendre sur-le-champ un parti , car la question était brûlante, elle touchait aux moindres détails de la vie journalière. On ne pouvait ni prier, ni sortir de chez soi, ni préparer un repas, sans se décider pour ou contre le mosaïsme. Que faire ?
C'est ici que saint Paul se montre véritablement l'apôtre de Jésus-Christ. Au nom même du principe de l'abrogation de la loi , il tranquillise les partisans de la loi. L'Esprit, ditesvous, ne se manifeste pas extérieurement à l'Église? Mais il parle dans l'intérieur de chacun de vous ; écoutez-le. Peu importe, en définitive, que vous mangiez de toutes choses ou que vous jeûniez ; il importe, au contraire, que vous agissiez conformément aux lumières que vous avez reçues. Si donc , en conscience , vous croyez qu'une chose est impure, elle vous est impure, et vous commettez une faute grave dès que vous
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y touchez. Vous n'avez d'autre juge que votre sentiment intime : c'est lui qui vous condamne, c'est lui qui vous absout. Tout ce que vous ne faites pas avec foi , c'est-à-dire avec la persuasion d'être dans le vrai, est un péché, fût-ce l'action la plus légale. — Voilà, mes Frères, la doctrine que Paul expose au long dans le chapitre où j'ai puisé mon texte. Au lieu de violenter les âmes, au lieu de surprendre les intelligences par une argumentation pressante et passionnée , au lieu d'imposer son opinion comme un commandement, il remet sa cause au jugement individuel. 11 pense que chaque conscience est un tribunal incorruptible, qui rend nécessairement gloire à la vérité. Ne soyez point inquiets , dit-il aux faibles ; mais débattez la question avec vous-mêmes en présence de Dieu , et ce qui en toute sincérité vous paraîtra bon, serabon pour vous. Faites-le joyeusement, librement.
Ce grand principe de la morale chrétienne est si consolant qu'au premier abord on le trouvera sans doute trop facile, trop agréable, trop commode. Se peut-il que l'Évangile ne me donne d'autre juge que moi-même? n'est-ce pas m'autoriser à suivre tous mes penchants et tous mes caprices? — Ah ! mes Frères, distinguons.
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Quand Paui veut que les chrétiens se conduisent d'après leur jugement individuel , il ne s'en remet pas à nous , il s'en remet à notre conscience. Et la preuve que notre conscience n'est pas nous, c'est qu'elle ne cesse de nous contredire et de nous condamner ; c'est qu'elle nous ept à charge et que souvent nous voudrions la faire taire à tout prix. Nous n'aimons pas notre conscience. Si nos amis osaient être importuns comme elle, nous romprions bien vite avec eux. En nous délivrant de l'autorité extérieure, le christianisme nous donne un maître d'autant plus impitoyable qu'il habite nuit et jour en nous, qu'il est témoin de toutes nos actions, de toutes nos pensées, de tous nos désirs , et qu'il ne se prête point, comme un texte, à des interprétations spécieuses et habiles. Nous pouvons jusqu'à un certain point ne pas le consulter, mais alors nous savons parfaitement que son adhésion nous manque. Nous pouvons chercher à le mal comprendre, mais a]ors il répète sa sentence d'une voix bien basse et bien distincte. Nous pouvons faire semblant de confondre ses commandements avec les vœux de nos passions, mais alors il proteste contre ce mensonge , et nous ne parvenons pas à nous y tromper. En vérité , le principe de saint Paul est moins commode qu'il n'en a l'air. Il ne nous accorde en
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définitive aucuB repos , puisqu'il faut tout soumettre à la conscience, sans exception. Nous n'avons plus le droit de nous laisser imposer des opinions par notre entourage, de nous endormir dans noâ préjugés, de faire ce que tout le monde fait , de croire ce que tout le monde croit. Une conviction qui n'est pas l'œuvre de la conscience est désormais un péché !
Peut-être me ferez-vous ici une autre objection ; vous direz que , dans ce cas , le principe du jugement individuel est bon pour les savants, pour les penseurs, mais que la grande majorité des hommes n'a ni le lemps ni les moyens intellectuels de se faire des convictions raisonnées, et vous en conclurez qu'il faut bien lui trouver un autre guide que la conscience. — Mes Frères , vous oubliez que chacun sera jugé d'après les lumières qu'il a reçues , et non d'après les lumières plus grandes de son prochain. Pourvu que ce pauvre idolâtre prosterné devant un fétiche soit sincère dans son adoration, Dieu le traitera comme un serviteur qui a été fidèle dans les petites choses, et plus tard il fera luire en son cœur un nouveau rayon du soleil de la vérité. Ce catholique qui observe le carême, gagne des indulgences, défile son chapelet, est plus agréable à Dieu, s'il agit ainsi parce que sa conscience le lui ordonne , que ce protestant
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éclairé qui , le jour de Pâques , s'approche de la table sainte par pure habitude. Interrogez vos souvenirs personnels, et vous vous rappellerez sans doute une époque de votre vie où vous eûtes'des scrupules qui maintenant vous font sourire , où votre conscience vous traça une conduite qui actuellement vous paraît fausse. Eh bien ! si vous fûtes alors sincère et si vous l'êles à présent , vous n'éprouvez sûrement aucune honte, ni de votre conduite antérieure, ni de votre changement; vous comprenez que, suivant les divers degrés du développement spirituel, la conscience a dû varier dans ses applications. Les devoirs de l'enfant diffèrent de ceux de l'homme fait. Or, ces modifications qui se montrent dans la vie d'une seule et même personne , se montrent aussi d'un individu à l'autre. La conscience de mon prochain peut lui ordonner autre chose que la mienne, a Que celui , dit saint Paul, qui mange de tout ne méprise pas celui qui n'en mange point ; et que celui qui n'en mange point ne condamne pas celui qui en mange; car cela regarde Dieu.» Dès que Dieu nous juge chacun d'après les lumières qu'il nous accorde, vous concevez, mes Frères, que chacun a suffisamment de lumières pour trouver la vérité. D'ailleurs , les questions religieuses , celles de la vie pratique et celles de la doctrine ,
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ne sont pas aussi diiliciles à résoudre qu'on veut bien le dire. H ne faut ni tant d'érudition, ni tant de profondeur, mais un cœur net, c'est-àdire un esprit passionné pour la vérité et prêt à faire le sajcrifice de tout préjugé. Une conscience droite est, pour ainsi dire, le bon sens de l'âme.
Vous le voyez, le jugement individuel que recommande saint Paul ne mérite ni le reproche d'être trop commode , ni celui d'être trop difficile. Je ne m'étonnerais pas , toutefois , mes Frères, que plusieurs parmi vous se prissent à douter si cette indépendance de la conscience se peut concilier avec la foi en Christ et la soumission à la Bible. — Certes , l'Évangile est une autorité pour nous; mais, je le répète, c'est la douce autorité de l'amour qui n'a rien de despotique. Pour peu que vous vous observiez, vous avouerez que votre conscience abandonnée à elle-même serait incapable de vous vaincre et de vous transformer. Dieu vient à son aide, en nous présentant la sainte image de son Fils. Il en est de nous comme d'un enfant doué du génie musical ; s'il n'entend jamais de musique, son talent croîtra avec une excessive lenteur, ou même dépérira tout à fait. Supposez, au contraire, que l'œuvre la plus parfaite, renfermant la quintessence de toutes les beautés, soil
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fréquemment exécutée devant cet enfant, on comprend aisément l'influence de cette harmonie céleste sur le développement de son génie. Eh bien ! Christ est pour nous ce chefd'œuvre divin. En le contemplant dans l'Écrilure, notre conscience s'éveille, s'épanouit, marche de progrès en progrès. Quand vous méditez une parole de Jésus, vous l'acceptez d'abord parce qu'elle est de lui ; mais aussitôt votre conscience en reconnaît la vérité éternelle , la nécessité ; il vous semble presque l'avoir trouvée moins dans ce livre qu'en vous-mêmes. Qui aurait osé appeler Dieu : « Notre Père » avant que Christ l'eût fait? et qui ne sent maintenant que ce nom est bien le seul qui convienne à Dieu ? Prenez ainsi chaque mot sorti de la bouche du Sauveur , et dites si votre conscience n'y adhère pas , et si par celte adhésion elle ne s'élève pas au-dessus d'elle-même ? Peut-être , il est vrai, trouverez-vous de temps à autre une parole qui vous arrêtera, qui vous scandahsera. Cette parole constitue alors un problème à l'étude duquel vous devez vous mettre avec zèle ; mais, jusqu'à ce que vous en ayez saisi ia vérité , cette parole ne fait point autorité pour vous, de sorte que vous eussiez à ia pratiquer sans la comprendre. Ce serait là une obéissance aveugle , machinale , où la conscience n'aurait
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aucune part : or, tout ce qui se fait sans elle est péché.
Le principe posé par notre texte put seul , au premier siècle, sauver l'Ég-lise d'un naufrage, et, (le nos jours encore, l'Église ne saurait conserver à la fois la paix et la vie qu'en reconnaissant la conscience pour guide à travers le dédale des controverses. C'est au jugement individuel, éclairé ou plutôt formé par la lumière divine qui luit dans la Bible, c'est à la conscience chrétienne qu'il faudra toujours en revenir, à moins qu'on ne préfère une bâtarde imitation du catholicisme avec sa casuistique et son con-
U y a peut-être dans cette assemblée des personnes qui hésitent touchant la légitimité de certains actes : vous vous demandez si la danse est permise , si en fréquentant le théâtre on ne donne point un encouragement au mal , si les chrétiens peuvent consacrer une partie du dimanche au travail ou au plaisir, si les spéculations du commerce et de la Bourse sont autorisées par la morale. Dans tous ces cas, mes Frères, interrogez votre conscience, mais sérieusement, sincèrement, et n'allez pas la confondre, soit avec vos préjugés, soit avec vos secrets désirs. Votre conscience vous laisse-t-elle libre? Usez de votre
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liberté, vous souvenant toutefois de ne point scandaliser les faibles ; votre liberté est sanctifiée , — si c'est bien , je le répète , si c'est bien la conscience qui vous la donne. Pour peu , au contraire, que vous vous sentiez liés, — arrêtezvous ; car à celui qui croit une chose impure, elle est réellement impure. Surtout n'allez point invoquer une autorité, pour qu'elle vous tire d'embarras à coups de décrets ; consultez vos frères , mais ne permettez pas qu'ils s'interposent entre votre âme et Dieu; ouvrez la Bible, mais pour vous en nourrir et non pour y cbercher au hasard une parole qui vous tienne lieu de conscience, ainsi qu'un article du Code remplace chez le juge son opinion personnelle.
De même, lorsqu'on discute devant vous ces questions qui agitent le monde religieux actuel, par exemple , l'opportunité d'introduire dans notre culte des éléments liturgiques plus nombreux , ou bien la nécessité de centraliser nos établissements de bienfaisance entre les mains d'une corporation, ou bien encore le genre d'autorité que le chrétien doit reconnaître aux Écritures saintes, ne détournez point la tête avec effroi , comme si ces questions étaient audessus de votre portée ; ne regardez ni à droite ni à gaucbe pour voir préalablement ce qu'en pense le prochain ; mais en toute simplicité ,
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dans un esprit de prière et d'humble indépendance, écoutez ce que votre conscience vous dicte, et puis obéissez-lui. Toutefois, que ce soit bien votre conscience qui parle et non votre paresse, ou peut-être votre esprit frondeur !
mes Frères ! il faut le dire, jamais on n'a moins agi par conviction que de nos jours , et nulle part aussi peu que dans le monde religieux.
Quand vous lisez un livre de piété, le lisezvous avec discernement , pour y séparer le vrai et le faux , les choses justes et les choses exagérées , ce qui est simple et ce qui est déclamatoire? Ou n'est-il pas vrai que vous lui accordez sur vous une influence excessive si l'auteur jouit d'une haute réputation- dans votre parti , tandis que vous vous cuirassez contre son action si son nom est moins bien vu ? Dans les deux cas, vous commettez un péché , vous manquez de sincérité. Et quand vous entendez une prédication , comment la jugez-vous pendant et après? Savez-vous résister à tout engouement et à tout sentiment de malveillance ? Savez-vous faire taire vos petites vanités, pour que la parole du prédicateur aille droit à votre conscience , la réveille, et soit à son tour jugée par elle ?
Je vais plus loin , et je vous demande si votre foi elle-même a bien ses racines dans la conscience? Croyez-vous, sans exception, tout ce
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qu'elle vous dit être vrai, et ne croyez-vous que cela? Ne repoussez-vous jamais des vérités importunes comme si c'étaient des tentations (ainsi que le faisait Pierre), et sous le prétexte que les agitations de l'âme venant du malin, il est méritoire de les étouffer?
Secouez votre eng-ourdissement ; ne pensez point que pour avoir fait un premier pas, vous ayez atteint à la perfection , et que toutes les opinions que vous avez embrassées au moment de voire conversion soient également respectables. iSachez distinguer l'or et la paille. Soyez vrais, soyez libres à l'égard de tout homme, esclaves à l'égard de l'Esprit. Soyez fidèles à vos scrupules — et à vos doutes ! Si cette parole vous semble hardie, n'entendez-vous pas cependant, au fond de votre cœur, un écho qui la répète après moi? Oui, vous me donnez raison, quand je vous dis que votre christianisme est en bien grande partie un costume emprunté , une affaire d'habitude et de laisser-alier. Usez donc de franchise envers vous-mêmes. Rejetez de votre vie cet attirail , ces phrases pieuses qui n'ont plus de sens, ces manières de voir qui ressemblent singulièrement à des préjugés ; en un mot, rejetez tout ce qui, dans votre foi, vous est venu par héritage et non par conviction. Car tout cela est non-seulement inutile, mais nui-
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sible, tout cela est péché. Ne reculez pas devant la lutte : le royaume des cieux appartient aux violents.
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