‹ Sermons prêchés à StrasbourgChapitre 7 sur 24 · LE 3ALVT PAM LA FOI. 6S · texte numérisé non relu

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moins parfait que son Fils ! Non , dès qu'elle refuserait de croire au pardon, elle accuserait son Maître de relâchement, ou elle blasphémerait le Créateur. Le désespoir est maintenant un crime.

Mais si l'angoisse a disparu , le péché n'est-il pas resté? Qui nous garantit qu'elle en a définilivement secoué le joug? A la place du Seigneur, n'est-ce pas? nous nous serions bien gardés de la congédier, de la renvoyer dans ie monde au milieu des tentations. Nous l'aurions enlevée à son entourage , surveillée nuit et jour, enfermée dans une cellule pour qu'elle y fit pénitence. Ah! mes Frères, cela prouve combien peu nous comprenons le sakit par la foi. Si la pécheresse n'est pas sincère, vos précautions pharisaïques lui enseigneront machinalement les pratiques de l'honnêteté , mais vous ne la transformerez point. Si, au contraire, elle aime réellement le Sauveur, ne redoutez rien; aucune tentation ne saurait vaincre son amour.

L'ignorez- vous? une simple affection humaine, quand elle est vraie, produit déjà de merveilleux changements dans les êtres les plus corlompus ; et la tendre confiance de cette femme dans le Saint des saints ne lui communiquerait point une force toute nouvelle? Christ n'a-t-il pas pris possession de son âme? Ne l'a-t-il pas

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confiée à elle-même comme un précieux dépôt?

Et vous vous imaginez qu'elle pourrait redevenir le jouet du vice et des vicieux? En la déclarant pure , le Seigneur l'a véritablement purifiée. En acceptant son amour , il a pris sur elle l'empire que le péché exerçait naguère. En lui annonçant le pardon, il l'a régénérée. Et en vérité , je vous le dis , elle persévérera dans la bonne voie. Selon la tradition constante de l'Église, la pécheresse est cette Marie -Madeleine qui se tenait debout au pied de la croix , voulant servir le Sauveur quand tout le monde l'abandonnait. Et tandis que les apôtres, stupéfaits d'avoir vu mourir au gibet celui dont ils attendaient la restauration politique d'Israël , se demandent avec inquiétude s'ils peuvent encore croire en leur Maître, l'ancienne pécheresse n'hésite pas. Peu lui importe que Jésus soit, oui ou non , le Messie juif; elle ne va pas compulser les livres des prophètes pour y chercher des prédictions applicables à sa fin sanglante. Elle sait que cette fïn est un acte d'amour, comme la vie entière de Jésus. Son intelligence ne voit donc là aucune difficulté. A peine est-il détaché de la croix , elle prépare , une seconde fois, des arômes et des parfums pour témoigner à ce mort chéri son affection restée intacte, malgi'é l'ignominie du supplice. Le ma-

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tin , « avaot que les ténèbres soient dissipées , i elle est déjà au sépulcre. Mais le trouvant vide , elle pleure , car on lui a pris son Seigneur , et elle ne sait où on l'a mis. Elle s'adresse aux passants : < Si c'est vous qui l'avez enlevé , ditesmoi où vous l'avez mis, et je l'emporterai. » Ses larmes l'empêchent de reconnaître à qui elle parle , lorsque lui , ému de tant d'affection , il l'appelle de son nom : « Marie ! > Et elle répond par un cri d'amour : s Rabbouni , mon Maître ! »

Vous venez de voir comment une âme , incapable par elle-même de sortir de l'abime, a été justifiée et régénérée au seul contact de la personne du Seigneur ; comment le repentir de la pécheresse, qui aurait abouti au désespoir si elle eût été réduite à elle seule , s'est changé en joie et en force dès que Jésus l'a consolée. Avant tout , il lui fallait la paix , et elle n'a pu la trouver qu'en saisissant avec confiance la main du Sauveur,

Ah! mes Frères, permettez- moi devons le demander, êtes-vous en paix avec vous-mêmes?

Aucune question ne saurait présenter plus d'importance, car (je le répète et vous le répétez avec moi) la vertu n'est possible qu'à celui dont la conscience est tranquille. Pour être fort, il

faut se savoir fort. Ètes-vous en paix avec vous-

Quelques-uns d'entre vous , je le crains , ne se posent guère cette question , et l'on pourrait en conclure que leur paix est profonde, puisque ce sont généralement les bien portants qui ignorent en quoi consiste la santé. Les morts, toutefois , l'ignorent également. Si votre conscience vous laisse en paix , serait-ce peut-être que vous auriez tué votre conscience? Alors je n'aurais rien à vous dire ; ce n'est pas à vous que s'adresserait l'Évangile, vous pourriez parfaitement vous en passer. Mais non, votre conscience n'est pas morte ; elle dort seulement ; qu'elle s'éveille , et vous connaîtrez l'inquiétude. Depuis des années , vous trouvez au gain un âpre plaisir qui à la fois vous berce et vous excite. Depuis des années, vous n'avez songé à Dieu que parce que Dieu a une Église ici-bas , et que cette Église est un riche voisin , avec lequel il faut vivre en bonne harmonie. Depuis des années, vous n'avez pas dressé une seule fois le bilan de votre âme pour compter tous les bons instincts que vous avez perdus, la frugalité, la libéralité, la douceur, la bienveillance, et semblables à un commerçant qui , craignant de constater l'imminence d'une faillite, ne ferait amais ses comptes, vous vous persuadez que

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votre état moral ne laisse rien à désirer. Mais votre sécurité s'évanouira soudain. Peut-être, vous perdrez en un clin d'œii toutes vos richesses , quelque sages que soient vos précautions et quelque bien établi que soit votre crédit. Peut-être, les enfants pour lesquels vous amassez, périront sous vos yeux l'un après l'autre. Et en tout cas , l'heure de votre mort sonnera bientôt. Alors vous sentirez un vide horrible. Les eaux de l'angoisse vous entoureront de toutes parts , montant et montant encore pour vous engloutir , car c'est un poids accablant qu'une vie comme la vôtre. Étes-vous bien sûrs que dans ce moment suprême vous apercevrez le Sauveur, que vous pourrez vous jeter à ses pieds et vous donner à lui sans réserve? Êtes-vous bien sûrs qu'il trouvera encore le temps de faire retentir à travers le râle de votre agonie ces mots de consolation : Va en paix, ta foi t'a sauvé ? En êtes-vous bien sûrs ?

Et vous, mes Frères, qui n'êtes pas absorbés au même degré par les soucis du monde ; vous qui laissez de temps à autre la parole à votre conscience, et ne prétendez pas être tels que vous devriez être ; vous qui connaissez les mécontentements et les amertumes et les remords, n'attendez pas jusqu'au dernier instant pour vous réconcilier avec vous-mêmes et avec votre

Dieu. N'est-il pas vrai que vous passez toute votre vie à chercher en vain l'équilibre , tantôt présomptueux, tantôt décour^és, frivoles, puis moroses , mais toujours impuissants au bien et toujours privés de cette joie qui est comme la santé de l'âme ? N'est-il pas vrai que par moments vous vous détestez ? — C'est qu'en elfct vous êtes détestables. Ne vous récriez pas comme si je vous faisais tort. Dites plutôt , consentiriezvous à vous montrer à un ami , tel que vous êtes dans chaque minute de votre existence, à lui faire voir vos pensées les plus secrètes, vos penchants les plus couverts? Ne craindriez-vous pas de refroidir singnlièreraent son affection et de lui inspirer une sorte de dégoût? Désireriezvous que votre fils , que votre fille vous ressemblât en toute chose? — Non, vous dis-je, vous espérez que votre enfant vaudra mieux , et c'est dans cet espoir que vous le chérissez , car vous aimeriez peu un autre vous-même. Vous êtes honteux de votre moi. Et pourtant vous en faites le centre de votre activité, vous y rallachez tout, vous n'avez d'autre préoccupation que de satisfaire ses mesquines vanités ou ses instincts brutaux. Croyez-moi, renoncez à ce jeu dérisoire de servir un maître que vous méprisez. Placez , vos affections en dehors de vous, dans un être parfait, que vous puissiez adorer sans crainte

de vous ravaler à vos propres yeux. Je vous dirais : placez vos afîections en Dieu ; mais Dieu , nul ne l'a jamais connu, et nous ne saurions pas plus nous passionner pour Dieu que pour la vertu ou l'inflni ou l'éternité ou telle autre idée abstraite. Or , pour nous délivrer de nousmêmes, il nous faut une passion. Aimez donc Jésus. Ne vous inquiétez d'aucune difficulté théologique , ne vous laissez point arrêter par des dogmes et des formules; allez droit à la personne du Sauveur, à son histoire , à. ses discours. Ne YOus imaginez pas que votre affection pour lui doive être je ne sais quoi de surnaturel, de mystérieux ou de factice. Aimez-le simplement de tout votre cœur, donnez-lui la première place dans vos pensées, faites-en votre ami intime, aussi intime que la conscience , et vous trouverez la paix et le bonheur, et la vertu vous deviendra facile , car vous pourrez dire avec l'apôtre : Je vis, non pas moi, mais Christ vit en moi !

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