CE QU'ON TROUVE DANS LA BIBLE
Jean V, 39 et 40.
Vous scrutez les Écritures parce que vous estimez avoir en elles la vie étemelle, et, en ejfet, elles rendent témoignage de moi; mais vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie.
Mes Frères ,
Le cœur de l'homme est ainsi fait qu'il ne saurait goûter le bonheur en dehors de Dieu.
Par le malaise qui accompagne les jouissances, par l'ennui qui résulte de toute distraction , par l'inquiétude qui naît au sein du repos , nous sommes forcés de détourner nos regards de ce
76 CE at'oN TROCVE DANS LA BIBLE.
monde en nous écriant : Vanité des vanités ! Il nous faut une vie supérieure à cette vie : pour remplir notre cœur, il nous faut l'infini. Mais le Dieu que nous réclamons ainsi, notre œil ne le voit pas; c'est un Dieu impalpable, insaisissable , tandis que le monde est là dans sa réalité, s'imposant à nous par les cinq sens , prenant possession de l'âme par le corps. L'ûme a beau protester, sachant d'avance à quel point sont misérables les esclaves du monde , elle se laissera subjuguer pourtant, à moins que Dieu ne devienne pour elle plus qu'une idée, un désir, un soupir. Or, la nature , avec ses beautés tour à tour sublimes ou suaves, nous montre bien un ordre admirable dans l'univers, elle éveille bien en nous un mystérieux écho, que nous nommons la poésie; elle ne nous donne pas Dieu. La contemplation des destinées humaines et l'étude de notre cœur nous font sans doute comprendre que si la vertu , le remords, la conscience ne sont pas de vains mots , il faut que Dieu existe et qu'il soit le suprême dispensateur de toutes choses. Mais cela encore ne suffit pas. Réduits à ne consulter que la nature et la raison, nous nous sentirions dans un isolement terrible. 11 en serait de nous comme de navigateurs qui , n'ayant ni g-ouvernaii ni boussole, s'aperçoivent soudain que le courant les
,.,Coo>ilc
C£ $11 OH TBODVe DtNS Ll BIBLE. 17
entraine vers un océan sans rivages. Ils savent que leur patrie existe, que c'est une contrée magnifique , que leurs familles et leurs amis les chérissent; ils le savent, et celle certitude ne les remplit ni de joie ni de force. De même, si aucun lien réel ne nous rattachait au ciel, si nous ne pouvions aller au delà de déductions philosophiques , aussi positives que des souvenirs, mais non moins creuses, nous serions les plus malheureux des êtres , — trop peu clairvoyants pour percevoir Dieu à travers ta matière opaque , et pas assez aveugles pour méconnaître combien la matière est vile. Dieu toutefois ne nous a point abandonnés à nous-mêmes; nous ne sommes pas condamnés à le pressentir, à le deviner; il s'est manifesté dans la Bible. Partout ailleurs , pour peu que vous sondiez le terrain avant de poser le pied, vous découvrirez un sol mouvant, vous apercevrez des opinions d'hommes, et, au-dessous, des préjugés d'hommes, et, au fond, des illusions d'hommes. Quand, au contraire, vous sondez la Bible, vous y mettez bientôt à jour le roc éternel. Dieu.
Mais il faut savoir l'y trouver.
Les pharisiens lisaient la Bible, ils la scrutaient, et le Seigneur Jésus, tout en les approuvant, leur déclare, dans notre texte, que cette étude ne les conduira pas à la vérité. Nous
78 CE QC ON rnonvE dans li bible.
n'en serions guère surpris s'ils avaient traité l'Ancien Testament comme un livre purement humain, ainsi que nous lisons les œuvres de quelque pieux penseur de l'antiquité. Mais non; Jésus l'affirme : ils estimaient avoir dans les Écritures la vie éternelle, le souverain bien, une révélation divine, et nous savons d'ailleurs, par l'histoire , qu'ils les entouraient d'un respect sans bornes ; chaque phrase de Moïse ou des prophètes leur semblait un oracle venu aussi directement de Dieu que si Dieu lui-même l'avait prononcé. Néanmoins , l'Écriture reste pour eux une lettre close. Ils la lisent, et ils ne voient pas qu'elle rend témoignage de Jésus ; ils l'étudient, et ils y trouvent la promesse d'un tout autre Messie ; ils la scrutent , et ils finissent par comprendre qu'elle leur ordonne de le mettre à mort !
Quel aveuglement, n'est-ce pas? — Cependant, examinez vous-mêmes si, en lisant la Bible comme la lisaient les juifs , et comme peut-être vous la Usez vous aussi, on ne doit point aboutir nécessairement à un pareil résultat.
Jésus, homme pauvre et sans instruction, consacrant son temps à des voyages, à des prédications, à des guérisons, Jésus, qui vient sans autre signe que l'adhésion de Jean-Baptiste et
ce QD ON TRODVE DAKS LA BIBLE. 79
quelques miracles, veut se faire reconnaitie pour ie Messie. Mais les juifs, versés dans les prédictions, peuvent-ils croire en lui? Ils consultent l'écrit prophétique le plus récent et à la fois le plus explicite, celui de Daniel, et Us y voient que , lors de l'avénement du Messie , Dieu luimême , « l'Ancien des jours , » apparaîtra d'abord en personne , ayant pour trône une ilamme dévorante. Le jugement se tiendra , les livres seront ouverts. Alors ai'iivera le Fils de l'homme porté par les nuées des cieux, el il recevra de Jéhovah la domination sur tous les peuples'. — En vérité, devaient se dire les juifs, Jésus n'est point ce Fils de l'homme.
Si encore cette pa^e de Daniel était isolée!
Mais dans maint autre passage quand les prophètes décrivent le salul à venir, ils emploient des couleurs semblables. Le trait distinctif du sauveur qu'ils prédisent, c'est la force, et ils attendent de lui qu'il brise les ennemis d'Israël, soit les Babyloniens, soit les Syriens, soit les Édomites. Écoutez Ésaie : « Qui est celui qui « vient d'Edom, les habits teints en rouge, macgnifique en son vêtement, fier et fort dans sa « démarche? — C'est moi qui ai promis de faire «justice, moi, le sauveur. — Pourquoi y a-t-il
80 CE gtj ON TBorvE Duns n bible.
« du rouge en ton vêtement , et pourquoi tes 4 habits sont-ils tâchés comme les habits de « ceux qui foulent au pressoir? — J'étais seul à « fouler au pressoir, et personne ne m'accom- «pagnait; cependant j'ai marché sur eux en ma «colère et je les ai broyés en ma fureur, que « leur sang a jailli sur mes vêtements. Car le «jour de la vengeance était dans mon cœur, et € l'année où je devais délivrer les miens était « venue. Me voyant seul , j'ai été surpris , mais «mon bras m'a servi et ma rage m'a soutenu.
« J'ai foulé les peuples en ma colère , je les ai c broyés en ma fureur, et leur jus a coulé à «terre*. B — N'y a-t-il pas une opposition complète entre l'œuvre de ce Sauveur qui broie les peuples comme on broie le fruit de la vigne , et l'œuvre de Christ qui verse son propre sang sur la croix?
L'enseignement de Jésus devait aussi paraître aux juifs en contradiction avec les Écritures. « Aimez vos ennemis*, » disait-il ; — et le psalmiste, en captivité sur les bords de l'Euphrate, s'était écrié : a fille de Babylone , heureux qui « saisira tes petits enfants et les écrasera contre «la pierre?*» — « Bénissez ceux qui vous mau- ( dissent ; faites du bien à ceux qui vous haïssent ;
' taaït LIIII. — • Hatlb. V, H. — ' Psaume CXXIVI) , 9.
GE QV OU TDOIIVE II1K$ hi BIBLE. 8t
< priez pour ceux qui vous calomnient et vous (persécutent;» — et dans l'Ancien Testament on lisait : «Que sa prière lui soit imputée à «péché. Que la malédiction tombe sur lui; « qu'elle l'enveloppe comme d'une robe; qu'elle s pénètre comme de l'eau dans sou corps et t comme de l'buile dans ses os; qu'elle soit la
< tunique dont il se revêt et la ceinture qui lui sceint les reins'. »
Gomment Jésus peut-il dire que les Écritures rendent témoignage de lui? II vient changer la loi , y ajouter , en retrancher, — et la loi avait dit formellement : «Vous n'ajouterez rien à ces « commandements , et vous n'en retrancherez «rien'.» Il déclare les choses extérieures dépourvues de toute importance, ne pouvant ni souiller ni purifier l'homme, tandis que l'Ancien Testament semblait faire dépendre l'élat moral principalement de l'observation et de la violation des prescriptions liturgiques.
Oui. Mais à côté des passages que je viens de vous rappeler, il en est d'autres bien différents. Si Jéhovah ordonne tout un ensemble de sacrifices et de cérémonies, il déclare aussi: «Je « prends plaisir à la miséricorde et non aux ho- « locaustes ^. » Et te psalmiste, dont la conscience
•Psaume CIX, — ' Deulér, IV, î. — "Osée VI, 6.
S2 CE QD ON TROUVE DANS Lt BIBLE.
est chargée d'un meurtre, n'ignore pas que les victimes sont incapables de ie réconcilier avec l'Éternel ; * Mon péché , s'écrie-t-il , est conti- «nuellement devant moi. Dieu, Dieu de mon «salut, délivre-moi du sang versé. Tu ne prends c point plaisir aux sacrifices, autrement je t'en «donnerais. Le sacrifice de Dieu, c'est l'esprit «ft-oissé; o DieUj tu ne méprises point le cœur < froissé et brisé ' . s Vous le voyez , le salut par la repentance, par la foi, le salut par grâce, qui est l'Évangile tout entier, se trouve enseigné ou du moins désiré dans l'Ancien Testament.
Les prophètes comprennent aussi parfois qu'il est une vertu plus grande que la force , et que le sort le plus digne du serviteur de Dieu ce n'est pas le triomphe, mais la douleur, la douleur subie pour les autres hommes , le dévouement. Le même prophète qui nous montre le sauveur fier et fort eu sa démarche et foulant les peuples au pressoir, nous dépeint le serviteur de Dieu plus défait de visage que pas un autre. «Il n'y a en lui ni beauté ni apparence. «Il est le méprisé et le rejeté des hommes, i homme de douleur et sachant ce qu'est la souf- . «france. Et nous l'avons méprisé. Cependant il « portait nos souffrances et il avait chaîné nos
'Pnonie LI.
1,., Gooyic
CE QO ON TBOIVE DANS Li BIBLE. 83
(douleurs, tandis que nous l'estimions châtié «de Dieu. H était frappé pour nos iniquités, «torturé pour nos forfaits, et par ses meurtrisusures nous avons la guérison. On l'outrageait, « quoiqu'il fût dans l'affliction ; mais il n'a point (Ouvert la bouche, ainsi que l'agneau qu'on (mène à la houcherie, ainsi que la brebis qui «reste muette devant le tondeur. Il n'a point « ouvert la bouche V » Si pendant le supplice du Seigneur on était venu lire cette page d'Ësaïe aux pharisiens qui insultaient à ses bras liés, auraient-ils pu ne pas reconnaître dans le crucifié !e véritable serviteur de Dieu?
En définitive, mes Frères, les juifs rencontraient dans leurs Écritures des éléments disparates, les uns favorables, les autres opposés à la personne et à la doctrine du Seigneur Jésus; à côté de pages tout évaugélïques , ils en trouvaient qui étaient empreintes d'un patriotisme exclusif. Il fallait absolument discerner lesquelles, exprimant une vérité éternelle, devaient êti-e prises au pied de la lettre, et c'est pour n'avoir pas fait ce triage que les pharisiens ont fini par repousser le vrai Messie. Mais ce choix indispensable et d'une si haute importance était-il bien difficile? Notre texte l'indique: il fallait «vouloir». Il ne s'agissait
'tatelia.