E. von Leyden, Deuts. med. Woch., juillet r9o
RPG été suivi sans aucune amélioration. C’est alors que les auteurs tentèrent l'emploi du sérum antitétanique en injections intra-rachidiennes.
Le 25 mars, O. Fausto fait la première injection du sérum antitétanique, après avoir préalablement retiré 6 grammes de liquide céphalo-rachidien. Il introduit seulement 5 centimètres cubes de sérum pour éprouver la susceptibilité de la malade. Ce même jour on fitune injection intra-veineuse de 20 centimètres cubes de sérum. Ces dernières injections ne furent pas continuées, afin de mieux contrôler les effets du sérum en injection rachidienne.
Le 26, pas d'injection.
Le 27, O. Fauste fait une injection intra-rachidienne de 10 centimètres cubes, après avoir retiré la même quantité de liquide céphalo-rachidien (ro emc.).
La malade dort mieux ce jour-là et accuse moins de douleurs.
Le 28, on retire 10 centimètres cubes de liquide et on injecte 10 centimètres cubes de sérum. Mêmes phénomènes. Ce jour-là le trismus commence à céder, la malade péut écarter de 1/2 centimètre les arcades dentaires. Les jours suivants 29, 30, 31 et le re' du mois suivant, injections de 10 centimètres cubes par jour, tout enretirant toujours la quantité correspondante de liquide céphalo-rachidien.
Les améliorations se sont produites graduellement, et la
malade fut bientôt complètement guérie.
W. H. Luckett, dans un intéressant mémoire paru en 1903, avança, d’après des considérations anatomo-pathologiques et pathogéniques, que cette mé-
thode par l'évacuation du liquide céphalo-rachidien hautement toxique, et l’apport, au contact des éléments nerveux de sérum antitétanique, devait constituer le traitement rationnel du tétanos.
Dans ce but, il rapporte deux observations où les injections lombaires ont amené la guérison du téta nos confirmé.
Dans la première il s’agit d’un garçon de douze ans, blessé à la paume de la main gauche par une balle de pistolet, et qui, au bout de sept jours, fut pris de vives douleurs dans le dos et le côté droit de la poitrine. En même temps apparaissaient trismus, rire sardonique, contracture de l’orbiculaire palpébral et des muscles abdominaux. La température était de 1o1 degrés Fahrenheit, le pouls à 116, les respirations égalent 24 par minute.
W. Luckett fit le traitement suivant: le 12 juillet 1902, après une ponction lombaire, faite entre la troisième et la quatrième vertèbre lombaire, qui permit de retirer 20 centimètres cubes de liquide cérébro-spinal, on injecta 8 centimètres cubes de sérum antitétanique et cela très lentement: l'injection dura cinq minutes.
Luckett fait remarquer que, après quelques minutes, toutes les contractions toniques du corps avaient diminué, et le malade put se reposer et dormir, et même boire, les masséters s'étant relâchés. Mais au bout de six heures de calme, les spasmes reprirent en même temps qu'une violente cé-
phalée.
Du 13 au 24 juillet, on injecta en tout 92 centimè-
AL Fin
tres cubes de sérum antitétanique, et le 26 juillet, le malade pouvait rester assis deux heures sur son lit; le 30 il sortait guéri.
Le deuxième cas rapporté par Luckett est analogue au précédent.
Peu après Rollin rapportait en collaboration avec Walther une observation de tétanos guéri par des injections lombaires sous-arachnoïdiennes de sérum antitétanique,
Il s'agissait d’un garçon de ferme mordu à la cuisse gauche par un chien le 26 juin. Le 28 il s'aperçoit d'une gêne marquée dans les mouvements de la mâchoire ; le 29, à minuit, il est conduit à la Pitié. Le 30,trismus très marqué. Crises, etc.
Traitement. — Ynjection sous-cutanée de 10 centimètres cubes de sérum antitétanique, 6 grammes de chloral.
1e juillet, — De 5 heures à 8 heures du soir le malade a 7 crises très douloureuses de contractures. On lui donne 10 grammes de chloral.
À midi on retire 15 centimètres cubes de liquide céphalorachidien, par ponction lombaire et on fait immédiatement une injection sous-arachnoïdienne de 5 centimètres cubes de sérum mélangé à 5 centimètres cubes de liquide céphalorachidien.
Trois crises dans la nuit.
2 juillet. — Trismus moins accentué.
A2 heures, deuxième ponction (chloroforme). On retire 10 centimètres cubes de liquide céphalo-rachidien et on injecte 10 centimètres cubes de sérum antitétanique.
12 grammes de chloral.
Deux crises dans la nuit.
3 juillet. — L’écartement des mâchoires se fait sur une étendue de 1 cent. 1/2.
12 grammes de chloral.
Pas de sérum antitétanique.
Deux crises spasmodiques courtes.
4 juillet. — Amélioration.
12 grammes de chloral.
Pas de sérum antitétanique.
5 juillet. — Injection sous-cutanée de 10 centimètres cubes de sérum antitétanique.
À 6 heures, injection intra-rachidienne sous chloroforme de ro centimètres de sérum.
Amélioration notable.
6 juillet. — Plus de trismus.
. Trois crises de contracture.
7 juillet. — Pas de crises spasmodiques.
12 grammes de chloral.
8 juillet. — Le trismus s’est reconstitué.
12 grammes de chloral.
9 juillet. — Pas de crises.
12 grammes de chloral.
10 juillet. — Le malade n’a toujours pas de crises, Nuit calme. | 11 juillet. — L’agitation a disparu. Le malade ouvre bien
la bouche et s’alimente.
Suppression du chloral.
13 juillet. — L'amélioration persiste.
14 juillet et jours suivants. — La guérison paraît complète.
ot
Le malade se lève et circule dans la chambre. Sommeil excel-
lent.
En 1903, Sicard rapporte à la Société médicale des Hôpitaux 3 cas de tétanos guéri par des injections rachidiennes d'antitoxine. Deux lui sont personnelles :
Le premier concerne une jeune fille de 18 ans qui, huit jours après une plaie contuse du geuou droit, vit apparaître up trismus des plus nets et entre à l'hôpital le quatrième jour de son trismus. Les contractures typiques généralisées firent rapidement leur apparition. Deux injections de 15 centimètres cubes de sérum furentaussitôt pratiquées par voie lombaire à deux jours d'intervalle.
Parallèlement on fait 4 autres injections sous-cutanées de même dose etégalement espacées de quarante huit heures En plus, chloral et lavement. Quatre jours après les premières injections, le mieux se dessine et la convalescence se prononce vers le quinzième jour. Guérison.
Le second cas est celui d’un jeune homme qui en tombant d’une certaine hauteur se foule le pied droit avec plaie localisée, mais contuse. Pendant que la plaie n'était pas encore cicatrisée, il travaille pieds nus dans une cave. Vers le douzième jour après l'accident débute alors le trismus. Le troisième jour seulement, alors que des contractures généralisées existaient déjà, Sicard pratique une double injection de »o centimètres cubes chaque. L'une est poussée sous l'arachnoïde lombaire, l'autre est répartie en deux fois pro-
fondément au voisinage du sciatique droit (région trochan-
ÿI ie térienne et région médiane postérieure de la cuisse). Chloral en lavement. Le lendemain, même état. Température à 39°8. Le malade a mieux uriné. Le surlendemain, les injections sont de nouveau faites au même taux et dans les mêmes zones. Le chloral est continué.
Vingt-quatre heures après, le mieux se dessine. On se contente alors de pousser tous les jours durant une semaine - encore une injection de 10 centimètres cubes profondément au niveau de chacun des deux nerfs sciatiques droit et gau-
che. La convalescence ne tarde pas à s'affirmer. Guérison.
Après cette époque, le 21 février 1904, Thomas, dans la Revue de Neurologie, signaie un cas d’insuccès où les auteurs ont suivi les indications préconisées par Sicard. En dehors même de l'injection intra-rachidienne, ils avaient fait des injections tout autour de la plaie abdominale, origine de l'injection, essayant ainsi de mettré l’antitoxine en contact avec le tronc des nerfs abdominaux qui, suivant toute probabilité, avaient été suivis par la toxine dans sa marche vers les centres. Les injections « paranerveuses périphériques », de même que lés injections rachidiennes, ont été impuissantes à arrêter la maladie.
Nous même avons l'honneur de rapporter, à la fin de cette courte étude, (leux cas de tétanos guéri par les injections intra-rachidiennes de sérum. Ces deux observations ont été prises par M. le Dr Lardennois, alors interne à la Pitié, dans le service du professeur
Terrier.
Nous ferons remarquer que, dans le premier cas, il s'agissait d’un tétanos très grave ; de plus cet homme était un morphinomane, par conséquent un malade affaibli et peu armé pour la lutte. On lui fit deux piqûres de morphine pour empêcher les crises convulsives et permettre l'injection rachidienne. On lui fit aussi une injection de sérum artificiei de 6oo grammes.
Si nous nous sommes étendu sur ces faits cliniques, si nous avons tenu à citer les observations les plus frappantes, c’est pour faire ressortir les trois faits suivants : :
1° Les cas traités sont des cas de tétanos grave. Il nous faut donc en conclure que, si l'injection lombaire sous-arachnoïdienne a amené la guérison, c’est qu’elle a une haute valeur;
2° Après chaqueinjection d’antitoxine, les douleurs diminuent généralement aussitôt, et les muscles contracturés entrent en relâchement ;
3° Les résultats les plus favorables aux injections intra-rachidiennes sont ceux où les injections ont été faites par doses progressivement croissantes.
La clinique démontre donc la supériorité des injections sous-arachnoïdiennes sur les injections souscutanées et intra-veineuses. Nous avons vu combien ces dernières se sont montrées infidèles dans leurs résultats ; les injections sous-cutanées, inoffensives, agissenttrop lentement ;les injections intra-veineuses, un peu plus rapides, ne donnent guère de résultats plus satisfaisants. De plus nous devons songer com-