‹ Sérothérapie curative antitétanique: Voie sous-arachnoïdienneChapitre 7 sur 19 · Roux et Borrel. Annales de l'Inst. Pasteur · texte numérisé non relu

Roux et Borrel. Annales de l'Inst. Pasteur

peau, parce que la majeure partie de celle-ci passera dans le sang, mais il trop impuissant contre le poison déjà arrivé aux éléments nerveux. C’est pourquoi dans le tétanos déclaré il:échoue si souvent. Au moment oùon l’emploie, une partie de la toxine estdéjà adhérente aux cellules nerveuses ; l’antitoxine neutralise bien le poison qui circule encore, mais n'atteint pas celui qui est fixé aux éléments de la moelle épinière. Elle limite l’'empoisonnement. Si celui-ci est trop avancé, la maladie suivra son cours, car la toxine diffusera de cellule nerveuse à cellule nerveuse à l’abri de l’antidote. »

Expérimentation

C’est alors que Roux et Borrel eurent l’idée de traiter le tétanos déclaré chez les animaux par l'injection directe du sérum dans la masse cérébrale. Sur 45 cobayes rendus tétaniques au moyen de la toxine, et traités ainsi à divers moments, 35 ont survécu, tandis que 17 cobayes, qui avaient reçu le sérum sous la peau à doses beaucoup plus fortes, deux seulement sont restés vivants.

« L’antitoxine portée dans le cerveau protège la moelle supérieure, alors que la moelle inférieure est déjà atteinte par le poison, mais elle ne défait pas les lésions déjà accomplies ; les contractures établies au moment de l'intervention persistent longtemps. Aussi l'injection intra-cérébrale ne sauve pastousles

animaux tétaniques. Si l’empoisonnement des par-

ties supérieures de la moelle est fait, la mort ne sera pas évitée. Il y a un temps après lequel l’antitoxine ne peut rien, quelle que soit la façon dont elle est employée. L’injection intra-cranienne augmente la période d’intervention efficace. »

Ces savants concluaient en disant que quelques gouttes de sérum antitétanique dans le cerveau guérissent mieux le tétanos qué de grandes quantités introduites dans le sang ou sous la peau : « [l ne suffil pas, disent-ils, de donner de l’antitoxine, il faut la mettre au bon endroit. »

Application de la méthode à l'homme

La valeur de l'injection intra-cérébrale devait donc s'imposer à l’attention par la précision et l’importance des faits expérimentaux qui la démontraient.

La méthode fut appliquée à la médecine humaine pour la première fois sur un malade de Chauffard, trépané par Quénu, et injecté par Roux lui-même. Ce fut un succès.

L’enthousiasme fut assez vif. A la fin de 1898, on pouvait déjà citer 16 cas à la Société de Chirurgie de Paris. On l’employa encore beaucoup plus en 1899, surtout en France, et quelque peu en 1900. Après les réserves formulées à son endroit par la Société de Chirurgie de Paris, par Courmont et Doyon, les conclusions de la thèse de Lemonnier, basées sur l’analyse de 70 cas, lui sont nettement défavorables. Sur

ces 70 cas, il y a 46 morts et 24 guérisons, soit 65,7 o/o - de mortalité.

Læœpper et Oppenheim (1) lui trouvent une mortalité de 53 0/0. :

Vallas, dans son rapport au Congrès français de Chirurgie de 1902, signale 84 cas avec 52 morts et 32 guérisons, soit une mortalité de 61 0/0. |

Ces statistiques semblent démontrer que la méthode, chez l’homme, donne de mauvais résultats, et c’est pourquoi nombre de chirurgiens français la jugent sévèrement.

Vallas la repousse d’une façon absolue en disant que, à son avis, Q il est inutile de s'étendre sur une méthode déjà jugée ».

Une pareille défaveur est peut-être excessive, car il ne nous faut pas oublier qu’il s’agit d’une méthode qui s’appuie sur des expériences de laboratoire des plus concluantes, et qui, chez les cobayes et les lapins rendus tétaniques expérimentalement, constitue un moyen de traitement à peu près infaillible. Si en clinique, elle a donné des résultats peu encourageants, décevants même, il faut reconnaitre que nous en sommes encore à la période de tâtonnement, dans son mode d’application à l'homme. Cependant il est certain que chez l’homme, comme chez l’animal, un tétanos à marche grave a pu être immédiatement enrayé par l'introduction d’une petite quan-

1, Lœpper et Oppenheim. Archives génér. de Médecine, avril 1900.

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tité de sérum dans le cerveau : cas de Chauffard; 4 cas de Ledoux; 2 cas de Manoury.

L’injection aura d'autant plus de chance d’être efficace qu’elle sera faite le plus près possible du début des accidents. Or, suivant la très juste remarque de Manoury (1), {dans un certain nombre d’observations données comme des échecs, divers moyens ont été essayés pendant plusieurs jours, et c’est devant l’aggravation de la situation que l’on-a eu recours à l'injection intra-cérébrale. Est-il juste en pareil cas de mettre au passif de la méthode ces faits malheureux dans lesquels elle a été employée comme ressource suprême ou simplement trop tard ».

Mais ce qui surtout a fait rejeter cette méthode, ce sont les dangers qu’elle présente. Alors qu’on ne cite que des accidents insignifiants à la suite des injections sous-cutanées, les observations ne sont pas rares où l'injection intra-cérébrale, a provoqué des accidents sérieux et même entrainé la mort des malades. Beaucoup ont présenté des troubles cérébraux : délire, hallucinations, crises, convulsives. Chez d’autres on a noté des troubles du côté du cœur, soit le ralentissement, soit l'accélération des battements. Enfin, l'élévation de la température et laggravation des symptômes ont parfois suivi l’injection. Pierre Delbet (2) a vu mourir un deses malades, injecté par Borrel, avec une rapidité telle, et

1. Manoury. Congrès français de Chirurgie, 1902. 2, Delbet. Soc. de Chirurgie, 5 juin 1901.

cela dans une forme paraissant légère, qu'il est permis de se demander si. l'injection n’a pas été pour quelque chose dans l’aggravation. Les autopsies ont révélé la cause de ces divers phénomènes. On a trouvé maintes fois des foyers hémorragiques, des plaques de méningite au niveau des piqûres, et dans un cas, celui de Gibb, un abcès cérébral qui emporta le malade après la disparition des symptômes tétaniques.

Il nous semble donc difficile d'accepter une méthode qui donne, chez l’homme, des résultats si peu satisfaisants, et qui peut entraîner des accidents sérieux et parfois mortels.

L’acte opératoire nécessite une certaine pratique chirurgicale, et bien peu de médecins se résoudront à trépaner un malade pour injecter du sérum antitétanique, alors qu’ils possèdent des voies bien moins périlleuses.

Injections nerveuses

Elles n’ont guère été employées. Deux cas ont été rapportés au Congrès de Chirurgie allemand de 1905 par Kuster et Hertel, avec une guérison et une mort. Kuster fit à son malade, qui guérit, une dénudation du plexus brachial au niveau de l’aisselle ; puis il pratiqua une injection antitoxique dans chacun de ses troncs, jusqu’à gonflement manifeste.

Nous ne pouvons porter de jugement sur cette méthode, car les observations nous manquent.

Cependant nous croyons pouvoir faire observer que la recherche d’un tronc nerveux est un acte opératoire souvent délicat et laborieux : aller dénuder le plexus brachial, comme fit Kuster, et injecter dans chacun de ses troncs de l’antitoxine n’est pas chose facile et occasionne une perte de temps qu’il faut éviter.

Injections sous-arachnoïdiennes

Sachant que le bacille de Nicolaïer reste localisé au point d’inoculation et que l’apparition des symptômes du tétanos sont le fait exclusif de ses produits de sécrétion, il fallait chercher la voie par laquelle la toxine tétanique se rendait aux centres nerveux.

Ce fut Marie (1) qui, en juillet 1897, émit l’hypothèse de l’absorption de la toxine par les nerfs périphériques. Cette hypothèse était basée sur les expériences suivantes :

1° L'inoculation, dans le nerf sciatique d’un lapin, d’une dose de toxine insuffisante pour tuer l’animal par la voie sanguine, provoque l'apparition d’accidents tétaniques ;

2° L’inoculation à un lapin d’une dose mortelle dans la patte antérieure, qu’une section du deuxième nerf cervical a totalement paralysée, n’est suivie d'aucun phénomène tétanique.

Puis l'expérience de Wassermann vint donner la : démonstration én vitro la plus frappante de l’affinité de la toxine tétanique pour la substance nerveuse.

Le même résulat peut être obtenu avec une émul-

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