LA TOXINE TÉTANIQUE
Si le bacille de Nicolaïer disparaît rapidement après l’inoculation, à tel point qu'on ne peut en trouver trace dans les organes, comment peut-il provoquer les accidents que l’on connaît et qui n’éclatent que longtemps après sa disparition? Sans doute en secrétant un poison violent qui diffuse rapidement dans l'organisme; c’est l’idée qui devait venir naturellement aux pre-
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miers expérimentateurs. Si, à l'exemple de Knud-Faber (1), on filtre une culture de bacille tétanique sur une bougie de porcelaine, le liquide, ainsi débarrassé des bactéries, amène chez les animaux auxquels on l’inocule les mêmes accidents que la culture vivante et à des doses pour ainsi dire infinitésimales : un millième de centimètre cube peut tuer un cobaye en 3 jours. Bien mieux, une goutte du liquide filtré est injectée vers l'extrémité de la queue d’un rat, puis, au bout d’une demi-heure, on sectionne l'organe à 2 ou 3 centimètres au-dessus du point inoculé : l’anima! prend cependant le tétanos.
La substance toxique contenue dans la culture possède donc à la fois une grande toxicité et une grande diffusibilité.
Lorsque ces faits furent connus, Brieger (8) en attribua la cause à des ptomaïnes formées dans les bouillons de culture. Il parvint à en extraire trois auxquelles il donna les noms de tétanine, tétanotoxine, et de spasmotoxine. Ges trois bases différaient entre elles par leur composition chimique et par leurs effets physiologiques.
La tétanine était un alcaloïde cristallisant dans l’alcool; elle produisait chez les animaux les symptômes classiques du tétanos. Toutefois à la dose de 0 gr. 50 centigrammes elle était sans action sur le cobaye.
La tétanotoxine était liquide et volatile; elle occasionnait des accidents paralytiques à forte dose.
La spasmotoxine était voisine par sa composition de la cadavérine et son action était convulsivante.
Ces bases ont él€ retrouvées quelque temps après par Kitasato et Weyÿl(9), dans des cultures pures du bacille de Nicolaïer, mais, comme il est facile de le voir, aucune ne possédait la redoutable activité des cultures filtrées ; de plus, les accidents qu’elles produisaient ne rappellent que de loin ceux du tétanos. D'ailleurs Brieger, Kitasato et Weyl abandonnèrent bientôt leurs idées quand Knud-Faber (loc. cit.) eut démontré qu’une culture filtrée perdait ses propriétés toxiques lorsqu'elle avait été chauffée à 65° pendant seulement 5 minutes, et qu’on pouvait l'introduire impunément dans l’économie par la voie digestive. Par l'ensemble de ses propriétés, Knud-Faber rapprochait la substance toxique sécrétée par le bacille de Nicolaïer, JE enzymes, des ferments solubles.