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LA TOXINE TÉTANIQUE

Ce fut également l'opinion de Brieger et Frankel (10), qui lui attribuèrent la constitution des matières albuminoïdes et lui donnèrent le nom de éoxalhumine. Tizzoni et Cattani (11) essayèrent ensuite, sans y parvenir, d'isoler cette toxalbumine, mais confirmèrent les vues de leurs prédécesseurs sur sa nature diastasique.

Ce sont Vaillard et Vincent (6) qui ont fait de la toxine tétanique l'étude la plus approfondie, et c’est à leur mémoire que nous empruntons les données qui vont suivre.

Propriété de la toxine tétanique.

Ainsi que l’avait vu Knud-Faber, une culture de bacille tétanique filtrée perd ses propriétés toxiques sous l’action de la chaleur. Chauffé pendant 40 minutes à 60°, un liquide qui tuait le cobage à la dose de 1/200 de centimètre cube ne produit ce résultat que si on en injecte un demi-centimètre cube; ‘chauffé à 65° pendant 30 minutes, 1l cesse d’agir.

L'air et la lumière font baisser rapidement son pouvoir toxique; une exposition à la lumière diffuse dans un vase ayant le libre accès de l'air a rendu inoffensif en sept jours un liquide qui tuait le cobaye à la dose de 1/200 de centimètre cube. Par contre, la même toxine conservée en vase clos et à l’abri de la lumière gardait encore toutes ses propriétés au bout de quatre mois.

« Évaporé dans le vide, sur de l’acide sulfurique et à la tem-

péräture ordinaire, le liquide filtré laisse un résidu brun, amorphe, conservant l'odeur propre aux cultures et extrêmement toxique. L'alcool à 90° dissout une très faible quantité de ce résidu et laisse après évaporation une substance blane grisâtre, qui exhale une odeur vireuse rappelant celle des vieilles pipes et dont une partie cristallise à l’air. La substance soluble dans l’alcool n’a pas de propriétés toxiques ». __« La partie du résidu que l'alcool n’a pas dissoute, se présente, après dessiccation, sous forme de masses amorphes, ce: inodores, très solubles dans l’eau. L'alcool la précipite de sa solution aqueuse sous forme de flocons grisâtres ».

La toxine tétanique dialyse avec lenteur.

Comme les diastases, elle a la propriété d’adhérer aux préci-

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pités de phosphate de chaux ou d’alumine. Ceux-ci n’entraînent qu'une partie de la substance active; néanmoins un volume du précipité encore humide, égal à celui d’une tête d’épingle, introduit sous la peau d’un cobaye, détermine un tétanos typique et mortel en 36 heures.

On a calculé que la quantité de matière organique renfermée dans un demi-milligramme de phosphate de chaux ainsi précipité et suffisant pour tuer un cobaye, était approximativement de 0£",00015.

Cette activité considérable peut être appréciée d’une autre manière. On peut préparer des bouillons de culture qui, filtrés, tuent le cobaye au millième de centimètre cube et la souris au cent-millième de centimètre cube.

Un centimètre cube de ce liquide si actif, évaporé dans le vide, donne un résidu sec de 0,040. Soumis à la calcination, ce résidu subit une perte de 0,025 représentant le poids de la matière organique. Si l’on admet, chose évidemment inexacte, que ces 0,025 appartiennent intégralement à la toxine ellemême, il ressort que ce poids de matière organique permettrait de tuer 1.000 cobayes au moins ou 100.000 souris, soit pour 1 gramme : 40.000 cobayes et 400.000 souris!

Nous sommes loin, comme on le voit, des alcaloïdes les plus toxiques.

On comprend, dès lors, que la pullulation d’un microbe aussi meurtrier peut passer inaperçue, et qu'il suffit d’un très petit nombre d'individus dans la plaie pour sécréter la dose mortelle

de toxine. C’est ce qui se passe, en effet, dans les inoculations

expérimentales. D'où vient donc que, dans le tétanos naturel, la plaie d'introduction renferme en abondance le bacille spécifique, mélangé, il est vrai, à d’autres espèces plus ou moins banales?

ÉTIOLOGIE DU TÉTANOS

Les expériences remarquables de Vaillart et Vincent (6), et de Vaillart et Rouget (12) ont jeté sur l’étiologie encore obscure du tétanos un jour tout nouveau.

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D'abord, ils ont démontré que les spores tétaniques privées de toxine ne germent pas quand on les inocule sous la peau d’un cobaye sain. Pour arriver à débarrasser les spores de leur toxine, ils ont eu recours au chauffage.

Contrairement à ce qu’avaient cru observer les premiers expérimentateurs, la toxine tétanique résiste même à une température de 80° pendant une heure. Elle est sans doute très affaiblie; mais, injectée à la dose de 013 à un cobaye, elle provoque chez celui-ci des symptômes tétaniques graves. Or, un chauffage à 80° n’altère pas les spores, même si on maintient cette température pendant 7 ou 8 heures. Dans la pratique, 3 heures suffisent pour rendre négligeable le rôle de la toxine.

Vaillart et Rouget ont pu ainsi inoculer sous la peau des cobayes des quantités considérables de spores tétaniques débarrassées de leur toxine sans que les animaux en aïent souffert.

Faut-il invoquer, pour expliquer cette immunité, une action bactéricide exercée par les humeurs? Il n’en est rien, car ces mêmes germes se développent très bien en donnant une toxine très active, non seulement dans le sérum d’un cobaye ou d’un lapin sain, mais encore dans celui d’un cobaye ou d’un lapin immunisé contre le tétanos par les procédés que nous étudierons tout à l’heure.

Si les spores sans toxine du bacille de Nicolaïer ne germent pas dans un lissu sain, c’est, répondent les auteurs, qu’elles sont englobées et détruites par les phagocytes, et ils le prouvent.

D'abord, si on examine le point d’inoculation, au bout de 24 heures, on voit qu'il est le siège d’un afflux de leucocytes et particulièrement de leucocytes polynucléaires qui renferment tous des spores (jusqu’à 30 parfois), et, si quelques-unes de celles-ci sont encore libres, elles ne tardent pas à être englobées. Plus tard, vers le quatrième ou sixième jour, les leucocytes disparaissent à leur tour et il ne reste aucune trace de l’inoculation. Mais, que l’on vienne à soustraire les spores à l'action des phagocytes, le tétanos éclate.

En effet, on sait par les travaux de Massart et Bordet que l'acide lactique est doué de chimiotaxie négative. Si on injecte une solution étendue de cet acide en même temps que les spores chauffées, l'acide lactique repoussant les leucocytes

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donne aux spores le temps de germer et de sécréter leur toxine, et l’animal succombe.

Il en est de même si l'on introduit ces mêmes spores mélangées à du sable stérilisé dans de petits tubes de papier à filtrer qui arrêtent, ou tout au moins qui ralentissent, l’arrivée des cellules migratrices. Ces tubes de papier sont introduits avec pureté dans la cavité péritonéale des cobayes. En l'absence de leurs ennemis naturels, les germes se développent, et, dès que la toxine est formée, elle agit à la fois en empoisonnant l’animal et en repoussant les leucocytes, car elle possède une chimiotaxie négative considérable.

Tout agent capable d’écarter les phagocytes ou de retarder leur action, favorisera l'éclosion des spores tétaniques. C’est ce qui arrive dans les associations microbiennes.

Si, à l'exemple des auteurs cités, on injecte à un cobaye des spores sans toxine mélangées à une culture de Microbacillus prodigiosus, l'animal prend rapidement le tétanos. L'expérience démontre que ce ne sont pas les produits solubles du microbe associé qui agissent, mais bien le microbe lui-même. « Au point inoculé s'étale un exsudat membraneux épais environné d’une large zone d’hyperhémie avec léger œdème. La pseudo-membrane est uniquement formée de leucocytes pressés qui abondent également dans les régions œdématiées. Sur toutes les préparations, outre les leucocytes, on trouve en abondance les bâtonnets du bacille tétanique en voie de multiplication. Des millions de Microbacillus prodigiosus ont été injectés, on n’en retrouve plus trace au point d’inoculation, sauf dans les leucocytes. N'y a-t-il pas lieu de croire que les phagocytes ont d’abord et uniquement englobé les cellules de cet agent banal, laissant aux spores du tétanos le temps de germer et aux bacilles issus de ces dernières le loisir de sécréter la toxine. Le leucocyte n’est pas guidé par un mobile conscient, mais par une véritable attraction d'ordre purement chimique ou physique; il va à ce qui l’attire le plus, et dans le cas particulier, ce n’était vraisemblablement pas l’agent pathogène. »

Une autre expérience tout aussi concluante démontre le rôle si intéressant des associations microbiennes. « Une terre est sûrement tétanigère; inoculée aux animaux, elle provoque toujours le tétanos. Si on la chauffe à une température qui, sans

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amoindrir la vitalité des spores téianiques, suffit cependant à détruire la plupart des autres microbes ou à les affaiblir assez pour les rendre inactifs, elle perd sa virulence. Mais si, à cette terre devenue inactive, on restitue certaines espèces microbiennes qu’elle contenait auparavant (abstraction faite du bacille tétanique),on lui restitue du même coup son pouvoir tétanigère. »

Les microbes étrangers agissent soit en contrariant la phagocytose, soit en déterminant des lésions locales qui favorisent la germination des spores. L'expérience démontre que, si des spores privées de toxine sont sans effet dans les tissus d’un animal sain, il n’en est plus de même quand on les introduit dans des muscles traumatisés. Les traumatismes produisant une mortification des tissus ou un épanchement sanguin, les fractures sous-cutanées créent chez l’animal des conditions favorables à l’éclosion des spores probablement en mettant un obstacle à l’arrivée des phagocytes.

Les microbes étrangers jouent donc, comme on le voit, un rôle considérable dans l’étiologie du tétanos. Ce sont eux qui, accompagnant l’agent pathogène, lui permettent de se développer. Le plus souvent, le tétanos se déclare à la suite d’un traumatisme avec plaie, car les corps étrangers qui souillent cette plaie ont apporté à la fois et le bacille de Nicolaïer et les bactéries banales du sol. Voilà pourquoi les plaies tétaniques naturelles renferment le bacille spécifique que l’on cherche en vain dans les inoculations de laboratoire.

. Les spores tétaniques sont très répandues, surtout dans la terre. Certaines régions jouissent à cet égard d’une réputation fâcheuse. Dans les régions tropicales, en Guyane, aux Antilles, au Sénégal, le tétanos est une des causes principales de la mortalité chez les indigènes, qui succombent rapidement à la suite de plaies des plus légères. Les naturels des Nouvelles- Hébrides emploient même comme poison pour leurs flèches -une terre très riche en spores tétaniques, qu'ils récoltent sous les palétuviers dans des trous creusés par les crabes (13).

Les spores tétaniques se rencontrent en abondance dans le tube intestinal des herbivores et particulièrement du cheval; c'est ce qui explique la fréquence des accidents tétaniques survenant à la suite de plaies ayant eu contact, soit avec du fumier, soit avec le sol des écuries.

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