ACTION DE EA TOXINE SUR LES ANIMAUX
Quand on injecte de la toxine tétanique à un animal, dans la cuisse par exemple, le tétanos se manifeste par une contracture du membre inoculé, mais seulement de douze à dix-huit heures après l’inoculation, jamais immédiatement, quelle que soit l’activité de la toxine. Puis, l’autre membre est atteint à son tour; plus tard, ce sont les membres antérieurs qui sont pris, et enfin éclatent les accidents bulbaires qui déterminent la mort. Il semble donc qu’il y a une sorte de période d’incubation entre le moment où la toxine est inoculée el celui où apparaissent les premiers symptômes de la maladie.
Courmont et Doyon (14) ont déduit de ce fait une théorie renouvelée d’ailleurs de celle de Sidney-Martin (15) touchant la toxine diphtérique.
Pour ces auteurs, la culture du bacille tétanique renfermé une diastase, non toxique par elle-même, mais élaborant aux dépens de l'organisme une substance directement tétanisante, comparable par ses effets à la strychnine.
S'il en est ainsi, le sang ou les organes d’un animal qui vient de succomber au tétanos, devraient renfermer dela toxine vraie, toute formée et agir immédiatement sur un autre animal sans période d'inoculation. Courmont et Doyon (Zoc. cit.) ont transfusé à un chien le sang d’un autre chien en plein accès tétanique et ont observé, disent-ils, immédiatement les symptômes d’un tétanos qui se généralisait quelquefois. Blumenthal (16) aurait obtenu des faits analogues chez des souris auxquelles il avait injecté des macérations d'organes d'animaux, morts du tétanos. |
Marie (17), reprenant ces expériences, a démontré que les contractures observées disparaissaient après quelques heures, ce qui écarte toute idée de contractures tétaniques; il n’obtint que des résultats négatifs en inoculant à un cobaye, animal très sensible,20 cc. de sang de chien atteint de convulsions tétaniques. |
ÉTIOLOGIE DU TÉTANOS 35
Pour Courmont et Doyon, leur toxine vraie existerait en abondance dans les muscles tétaniques, elle résisterait à une ébullition prolongée, tandis que les produits bacillaires deviennent inactifs après un chauffage à 65° ; enfin, elle exigerait pour se former des condilions favorables de température, ce qui expliquerait pourquoi la grenouille, réfractaire au tétanos pendant l'hiver, devient tétanique pendant l'été, après une incubation de six à huit jours.
Marie a montré que des extraits de muscles d'animal non tétanique agissent sur les grenouilles ou les souris de la même manière que l’extrait de muscles tétaniques. Les accidents produits n’ont rien de commun avec le tétanos. Il en est de même des expériences de Blumenthal qui faisait macérer dans de l’eau chloroformée, rendue très légèrement alcaline par addition de carbonate de soude, des organes d’animaux tétaniques. Il laissait le tout à l’étuve à 39° pendant vingt-quatre heures, puis inoculait le liquide filtré à des souris; il provoquait aussi instantanément des accidents tétaniques et la mort survenait rapidement,
D'après Marie, on obtient les mêmes symptômes en traitant par le procédé indiqué des organes sains. Il s’agit dans ces expériences de troubles produits par des agents de décomposition cellulaire qui se forment dans les lissus exposés à l’étuve après la mort,et nullement de tétanos vrai. Quant aux grenouilles, une température de 28 à 30 degrés n’est pas nécessaire pour les rendre tétaniques. Certaines espèces, particulièrement la grenouille grise, prennent facilement.le tétanos à la température de 13 à 18°.
D'ailleurs, cette théorie de la production de la toxine par la réaction d’une diastase sur l’organisme, après avoir été acceptée sans contrôle par un grand nombre d'auteurs, a fini par être abandonnée par ceux-là mêmes qui l'ont créée. Eile n’était plus d’accord avec les faits que nous aurons bientôt l’occasion de rapporter.
36 SÉRUMS ANTITOXIQUES