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LE BACILLE DE LA PESTE

Le bacille de la peste a été découvert en 1894, par Yersin (1), pendant l’épidémie qui a sévi à Hong-Kong. Il a réussi à isoler du bubon des pestiférés un cocco-bacille court, trapu, à bouts arrondis, se colorant facilement par toutes les couleurs d’aniline, ne prenant pas le Gram. Les extrémités du bacille se colorent plus fortement que le centre, de sorte qu'il présente souvent un espace clair en son milieu.

Il pullule dans les bubons et se retrouve dans les crachats, l’urine et les déjections des malades. Le sang en renferme quelquefois, mais en moins grande abondance; on ne l'y rencontre pas dans les cas très graves et rapidement mortels.

Sur gélose, il donne des colonies blanches, transparentes, à bords irisés.

En bouillon, le liquide reste clair et des grumeaux se déposent le long des parois et au fond du tube.

Le milieu de culture le plus favorable est une solution alcaline de peptone à 2 % additionnée de 1 à 2 % de gélatine.

Ces cultures périssent assez rapidement si on les abandonne à elles-mèmes. Il faut pour les conserver les réensemencer fréquemment. Dans les cultures vieillies, le microbe prend une disposition en chaînettes, présentant par places de gros renflements en boule.

La découverte de Yersin fut confirmée presque en même temps par Kitasato. Les souris et les rats sont très sensibles au bacille pesteux; ils périssent même par ingestion soit de culture, soit de fragments d'organes provenant d'animaux infectés.

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Yersin a montré que les épidémies qui sévissent sur les souris et les rats et qui précèdent souvent l'apparition du fléau dans une localité, étaient dues au même bacille

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Les premiers essais de vaccination contre la peste ont été publiés en 1895.

Roux, Calmette, Borel et Yersin (2) essayèrent d’abord d’immuniser des lapins au moyen de cultures filtrées. Mais, n’ayant pas réussi, ils eurent recours à des injections, soit dans les veines, soit dans le péritoine, de cadavres de bacilles chauffés à 58° pendant une heure. Les premiers résultats furent encourageants. Le sérum d’un lapin ainsi vacciné se montra préventif chez un lapin, contre une injection de peste virulente. Ils entreprirent alors d’immuniser un cheval.

A cet effet, ils injectèrent dans les veines de l’animal la valeur d'une culture sur gélose d’un bacille vivant et virulent. Le cheval eut une réaction fébrile intense qui dura une semaine, puis il se rétablit lentement. Vingt jours après, nouvelle inoculation. La réaction fut aussi intense, mais de plus courte durée ; au bout de six semaines de ce traitement, le sérum du cheval était préventif et thérapeutique pour les souris.

Un an après, en 1896, Yersin (3) eut l’occasion d’expérimenter le sérum en question sur un jeune Chinois, élève du séminaire de Canton, qui guérit d’une atteinte de peste grave après une injection de 30% de sérum; puis sur vingt-trois pestiférés d’Amoy, dont deux seulement succombèrent.

En 1897, l'extension et l’aggravation de l’épidémie dans . l’Inde obligèrent Yersin à se rendre à Bombay avec des sérums provenant d'animaux en cours d’immunisation, et ne possédant par suite qu’un faible pouvoir antitoxique. Aussi les résultats furent-ils moins bons que ceux de l’année précédente et la mortalité s’éleva à 49 %. Le sérum, cependant, se montra nettement préventif.

Ii fallait donc s’appliquer à exalter le pouvoir antitoxique du

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sérum antipesteux, et pour cela la condition essentielle était de se procurer comme point de départ un bacille pesteux très virulent.

Roux y parvint à l’aide d’un artifice qui lui avait déjà réussi dans l’étude de la toxine cholérique ‘, je veux parler de la culture en sacs de collodion enfermés dans le péritoine des lapins. Les microbes se développent librement dans les humeurs qui ont passé à travers les parois du sac, et en peu de temps acquièrent une virulence très grande.

« Cette race renforcée est ensuite ensemencée dans un bouillon de culture qui doit renfermer un peu (1/2 %) de gélatine. Au bout de quelques jours, le liquide de culture devient si riche en toxine que, débarrassé des corps microbiens par filtration à travers la bougie Chamberland, il tue, en peu de temps, les animaux de laboratoire. On a encore une toxine plus active en laissant macérer les corps microbiens dans le liquide de culture recouvert d’une couche de toluol. Lorsque les bacilles sont morts, ils tombent au fond du vase, et le bouillon de culture, devenu clair, est précipité par le sulfate d’ammoniaque. On obtient ainsi une poudre qui renferme la toxine et peut être facilement conservée. Son activité est telle que un quart de milligramme suffit pour tuer une souris en quelques heures, et 4 centigrammes pour tuer un lapin (4) ». Une fois la toxine obtenue, la préparation d’un sérum antitoxique n'offre plus de difficultés.

« En principe, la sérothérapie antipesteuse doit être considérée comme résolue »; mais, en pratique, il faut s’efforcer d'obtenir un sérum de plus en plus antitoxique. C’est le seul moyen efficace que nous ayons de combattre un fléau terrible qui semblait éteint, mais dont le réveil subit est devenu une menace permanente pour l’Europe.

INSTRUCTION Pour l'emploi du Sérum antipesteux.

Le Sérum antipesteux est du Sérum de sang de cheval immu nisé contre la peste. L'expérience a montré que ce Sérum

1 Voir page 124.

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conserve ses propriétés pendant un an, si on le maintient à l'abri de l'humidité et de la lumière, sans sortir le flacon de l’étui qui le renferme. Une chaleur supérieure à 60° P’altère, mais 1] supporte facilement le transport et la température des pays chauds. Ce Sérum ne renferme aucune substance antiseptique ; on peut, par conséquent, l’injecter à hautes doses sans inconvénients; par lui-même, il est inoffensif.

Action préventive. — Lorsqu'un cas de peste éclate dans une maison ou à bord d’un navire, il est prudent d’injecter 10° de Sérum à toutes les personnes exposées à la contagion. Cette pratique ne présente aucun inconvénient. L'injection préventive pourra être renouvelée après dix jours afin de prolonger l’immunité. Dans une localité très infectée, les injections pourront

être répétées à plusieurs reprises.

Action curative. — Cette action est d’autant plus efficace que l'intervention est plus rapprochée du début de la maladie. Il vaut mieux donner d'emblée de fortes doses (20 à 30‘) que d’injecter successivement des doses faibles.

Sous l’influence du Sérum, la fièvre décroît en quelques beures, et le gonflement des ganglions (bubons) diminue avec rapidité. Si cette amélioration ne se produit pas promptement après la première injection, il faut en faire une seconde, puis une troisième, jusqu’à disparition de la fièvre et des symptômes généraux et locaux.

Injections. — On doit faire les injections dans le tissu cellulaire sous-cutané, au niveau du flanc, en prenant toutes les précautions antiseptiques nécessaires. On lave d’abord la région avec de l’eau phéniquée à 2 %, ou avec un soluté de sublimé au millième ; on doit, au moment même de pratiquer l'injection, stériliser la seringue et la canule, en les plongeant dans l’eau -froide que l’on porte ensuite à l’ébullition pendant un quart d'heure. On recouvrira avec du coton antiseptique l’endroit où la piqûre a été faite. L'introduction du Sérum sous la peau est très peu douloureuse, et le liquide est résorbé en quelques ins-

tants. e Avant d’injecter le Sérum, il est nécessaire de s'assurer qu’il

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est resté limpide. Un léger trouble ou précipité n'indique pas une altération qui nécessite le rejet du flacon. L'Institut Pasteur délivre également du Sérum antipesteux desséché et contenu dans des tubes en verre scellés à la lampe. Chaque tube représente 40° de Sérum liquide. ;

(1) YERsiN. — La peste bubonique à Hong-Kong. Annales de l’Institut Pasteur, 1894, p. 662.

(2) YersiN, CaLmeTTE ET BoREz. — La peste bubonique. Ann. de l'Inst. Pasteur, 1895, p. 589.

(3) Yersin. — Sur la peste bubonique. Annales de l'Institut Pasteur, 1897, p- 81. :

(4) Mercunikorr. — Sur la peste bubonique. Communication au congrès de Moscou, Ann. de l’Inst. Pasteur, 1897, p. 737.

(5) WyssorowiTz ET ZABoLOTNY. — Recherches sur la peste bubonique. Ann. de l’Inst. Pasteur, 1897, p. 663.

(6) P. L. Simonr. — La propagation de la peste. Ann. de l'Inst. Pasteur, 1898, p. 625.

(7) E. H, Hanrin. — La propagation de la peste. Ann. de l'Inst. Pasteur, 1898, p. 705,

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