CHAPITRE III
SÉRUM ANTICHOLÉRIQUE
LE VIBRION CHOLÉRIQUE
Depuis la découverte de Koch en 1884, les travaux publiés sur le vibrion cholérique ont pris un développement considérable.
Il faudra donc, nécessairement, nous borner à faire un choix au milieu de cet amoncellement de mémoires pour retenir ceux qui ont trait à la question de l’immunité et plus particulièrement à la question de la sérothérapie du choléra.
Le choléra peut être considéré « comme un empoisonnement aigu causé par l’absorption d’une substance spéciale élaborée dans l'intestin par le bacille-virgule ».
Caractères du vibrion cholérique.
Le bacille-virgule ou vibrion cholérique; est un spirille se présentant sous la forme de petits bâtonnets incurvés, très mobiles, aérobies et liquéfiant la gélatine.
Sur plaque de gélatine, les colonies apparaissent d’abord avec des contours irréguliers, entourés d’une auréole claire liquéfiante. Bientôt la liquéfaction augmente et donne de petits entonnoirs au fond desquels s’enfonce la colonie.
Par piqûre, la liquéfaction se produisant le long de la strie d’inoculation, mais surtout à la partie supérieure, prend l'aspect d’un entonnoir très allongé, surmonté d’une excavation sphérique ressemblant à une bulle d'air.
Les cultures sur gélose et sur pommes de terre n’offrent rien de caractéristique.
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Le bacille croît sur bouillon en donnant un voile. Sur peptone,
il donne à la fois de l’indol et un nitrite, si bien que, en addi-
tionnant la culture d’un acide minéral, on obtient une coloration rouge plus ou moins intense due à un dérivé nitrosé de l’indol. Cette réaction, désignée en Allemagne sous le nom de Choléra-roth, a 6t6 longtemps considérée comme caractéristique.
Il existe un grand nombre de races de vibrions cholériques se distinguant entre elles par leurs caractères biologiques et morphologiques, et dont les découvertes successives n’ont pas été sans jeter quelque trouble dans la question encore si obscure de l’étiologie du choléra.
La virulence du bacille-virgule est très variable, non seulement d’une race à l’autre, mais encore pour les divers échantillons de la même race. Les effets produits varient avec le mode d’inoculation.
En injection sous-cutanée, il donne lieu tantôt à une septcémie rapidement mortelle, tantôt à un état cachectique qui peut se prolonger pendant un certain temps avant d'amener la mort; d’autres fois l’animal guérit.
Introduit dans la cavité péritonéale, il provoque une péritonite spéciale dont les symptômes diffèrent entièrement de ceux du choléra humain. L'animal meurt après avoir présenté une phase d’hypothermie très marquée; la cavité péritonéale renferme un exsudat abondant, tantôt séreux, tantôt purulent, -peu riche en microbes; l’intestin distendu ne contient également qu’une petite quantité de bacille-virgule.
Des essais pour donner aux animaux d'expérience un choléra intestinal semblable à celui de l’homme ont longtemps échoué.
Nicati et Rietsch (2) ont obtenu des résultats positifs en
inoculant des cultures cholériques directement dans l'intestin
des cobayes.
Koch ‘ réussit également à infecter des cobayes par voie intestinale en introduisant préalablement dans l’estomac de ces animaux une solution de bi-carbonate de soude pour neutraliser le suc gastrique, et en arrêtant ensuite les mouvements
1 Kocu, Loc. cit.
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péristaltiques de l'intestin au moyen d’une injection de teinture d’opium dans le péritoine.
Mais c’est Metchnikoff (3) qui a résolu la question en s’adressant à de Jeunes lapins de deux à quatre jours, étant leur mère, c’est-à-dire dont l'intestin est encore très pauvre en bactéries. Ces animaux prennent facilement le choléra quand on mèle une culture virulente de vibrions de Koch à leur nourriture, et ce choléra nettement intestinal offre tous les caractères de celui de l'homme.
Nature des produits toxiques fabriqués par le bacille-virgule.
Les premiers expérimentateurs attribuèrent l’empoisonnement cholérique à des ptomaïnes qu’ils avaient réussi à extraire soit des déjections [Pouchet (3), Villiers (4)], soit des cultures [Klebs (5), Winter et Lesage (6)].
Puis, l'attention se porta du côté des toxines.
En 1890, Petri (7) en cultivant le vibrion de Koch dans une solution de peptone obtient une toxopeptone non altérable par la chaleur, mais il remarque que la culture stérilisée avec les corps des microbes est plus active que la culture filtrée avant le chauffage.
En 1892, Gamaleïa (8) conclut à l’existence de deux substances toxiques de nature protéique : l’une altérable par la chaleur, et l’autre résistant à une température de 100°. Cette dernière serait la véritable toxine. |
Wesbroock (9) isole un poison soluble de milieux de culture artificiels à base d’alcali-albumine.
Pour Pfeiffer (10), la toxine cholérique adhère aux Corps des microbes et ne passe en solution que lorsque ceux-ci se désagrègent. « Dans le choléra humain, la toxine formée dans l'intestin a pour origine les vibrions morts; en un mot, la cellule vibrionienne ne devient toxique que lorsqu'elle périt. »
Ces idées ont été combattues par Metchnikoff et Gruber.
En 1895, Ransomm (11) annonce qu'il est parvenu à extraire des cultures cholériques en bouillon un poison soluble d’une grande activité, inaltérable à 100° et permettant d'obtenir un sérum antitoxique. Seulement Ransomm néglige de décrire la
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méthode qui lui a servi à obtenir sa toxine. C’est là un oubli fâcheux que nous aurons plus d’une fois l’occasion de signaler dans les communications qui nous viennent d'Allemagne.
La question en était là quand parut le mémoire si important .
au point de vue doctrinal et en même temps si lumineux de Metchnikoff, Roux et Salimbeni (12). En raison de son importance, nous allons l’analyser en détail.
Les auteurs ont d’abord montré qu’il existait une toxine cholérique soluble diffusible pendant la vie du vibrion.
A cet effet, ils préparent de petits sacs de collodion de 3 à 4° de capacité. L’un d’eux, après stérilisation, est rempli d'une solution de peptone à 2 %, ensemencée avec une trace de vibrion virulent. Un second sac recoit une émulsion de vibrions tués par les vapeurs de chloroforme; un troisième ne renferme que du bouillon stérile. Ces trois sacs, entièrement clos, sont introduits avec pureté dans la cavitéabdominale de trois cobayes.
Le cobaye témoin reste en bonne santé. Celui qui a recu le sac contenant les vibrions morts est légèrement indisposé, il maigrit un.peu, mais ne meurt pas. Quant au cobaye porteur du sac ensemencé avec des vibrions vivants, il succombe du troisième au cinquième jour avec tous les symptômes de l’empoisonnement cholérique.
À l’autopsie on ne trouve aucun microbe vivant dans les organes. Le sac de collodion est rempli d’un liquide trouble, laiteux, fourmillant de vibrions agiles, sans aucun leucocyte.
L'animal a donc été tué par les produits solubles de la culture diffusés à travers les parois du sac de collodion.
De plus, grâce aux échanges osmotiques qui s'effectuent à travers la membrane perméable du sac de collodion, le milieu artificiel ne tardait pas à acquérir toutes les qualités du milieu naturel dans lequel il était plongé. Le microbe se trouvait donc dans des conditions exceptionnellement favorables à son développement et à la production de sa toxine.
Ce procédé a été mis à profit par les auteurs pour maintenir dans des cultures la virulence des vibrions exaltée par des passages de cobaye à cobaye. En faisant alterner les passages en péritoine et en sac de 48 heures en 48 heures, ils arrivèrent à obtenir des cultures tuant un cobaye avec 1/160 de centimètre cube.
VACCINATIONS ANTICHOTÉRIQUES 1
Préparation de la toxine cholérique.
Comme milieu de culture, ileonvient d'employer une solution de peptone à 2 % additionnée de 2 % de gélatine et de 1 % de sel marin. « Ce milieu est stérilisé dans des matras et ensemencé avec le contenu d’un sac retiré du péritoine d’un cobaye. I est laissé à l’étuve pendant quelques heures, jusqu’à ce que la culture soit bien en train; puis il est distribué dans des boîtes de Petri stérilisées. Après 12 heures, un voile épais s’étend à la surface du liquide, trouble dans toute son épaisseur. Au bout de 24 heures, les cultures filtrées sont manifestement toxiques. Cette toxicité est augmentée après 48 heures, elle est au maximum du troisième au quatrième jour. Elle diminue ensuite à mesure que les cultures deviennent très alcalines et odorantes. »
Ainsi préparée, la toxine cholérique n'est pas sensiblement altérée à l’ébullition, mais elle s’affaiblit rapidement à l’air et à la lumière. Elle est précipitée par l'alcool et le sulfate d’ammoniaque.
Ce sont les cobayes qui sont le plus sensibles à son action. « Les symptômes de l’empoisonnement sont semblables à ceux qui suivent l'introduction des cultures vivantes de vibrions dans le péritoine, mais ils surviennent plus rapidement. »
Nous verrons, tout à l'heure, quel parti les auteurs ont tiré de leurs expériences au point de vue de la sérothérapie anticholérique. LS
VACCINATIONS ANTICHOLÉRIQUES
= Comme dans toutes les affections microbiennes que nous venons de passer en revue, les tentatives d'immunisation contre -le choléra se réduisent aux deux modes généraux suivants :
4° Vaccination à l’aide des vibrions eux-mêmes morts ou vivants; .
2° Immunisation par le sérum des animaux déjà vaccinés.
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