‹ Sérums ThérapeutiquesChapitre 38 sur 58 · VACCINATION PAR LE SÉRUM DES ANIMAUX IMMUNISÉS · texte numérisé non relu

VACCINATION PAR LE SÉRUM DES ANIMAUX IMMUNISÉS

Mais, en 1891, la découverte de Behring ayant attiré l’attention des biologistes sur le pouvoir immunisant du sérum des animaux vaccinés, les travaux sur le choléra subirent, de ce fait, une orientation nouvelle.

Lazarus, en 1892 (15), constate que le sérum des individus guéris du choléra est doué de propriétés préventives.

De leur côté, Klemperer (16) et Metchnikoff (47) montrent que cette particularité se rencontre dans la moitié des sérums de gens n’ayant jamais eu le choléra, et qu’elle manque parfois dans celui des convalescents.

VACCINATIONS ANTICHOLÉRIQUES 4191

En 1893, Paulowski et Buchstab (18) essayent d'obtenir un sérum actif en vaccinant des animaux.

En 1894, Pfeiffer et Issaef (19) obtiennent un sérum très actif en immunisant des chèvres, d'abord au moyen de cultures cholériques traitées, soit par la chaleur, soit par le chloroforme pour tuer les vibrions, puis en leur inoculant des cultures de plus en plus virulentes Ils sont arrivés à obtenir aussi un sérum dont 1/15 de milligramme suffisait à empêcher la péritonite : cholérique expérimentale du cobaye, mais n'ayant aucune action sur les produits solubles du bacille-virgule.

Lorsque Metchnikoff, Roux et Salimbeni eurent réussi à produire une toxine cholérique active, ils se mirent en devoir d'immuniser des animaux à l’aide de cette toxine, dans l'espoir d'obtenir un sérum antitoxique. Leurs premiers essais ont porté sur des cobayes et des lapins, puis sur des chèvres et, finalement, sur le cheval.

Une première injection de 10‘ de toxine produisit, chez ce dernier, une élévation de température (40°), en même temps que la formation d’un œdème volumineux au point d'inoculation, puis l’animal se rétablit. On lui fit ensuite à intervalle de dix à quinze jours de nouvelles injections de plus en plus fortes, et au bout de six mois il supportait 200% de toxine injectés en un seul coup. Chaque injection était accompagnée d’une réaction intense. Au bout de six mois, après avoir reçu un total de 950, un cent. cube du sérum neutralisait quatre fois la dose mortelle de toxine #2 vitro. Au lieu de mélanger le sérum et la toxine, on peut les injecter séparément ; le résultat reste le même, mais il faut, dans ce cas, augmenter un peu la dose du sérum.

Le sérum, ainsi obtenu, est non seulement anlitoxique, mais encore préventif. A la dose de 1/150 de centimètre cube, il protège un cobaye contre une dose sûrement mortelle de culture vivante. |

Ces faits viennent donc confirmer ceux de Ransomm ‘.

Ils démontrent de plus, d’une manière saisissante, l’influence qu’exerce le mode d'immunisation sur la qualité du sérum, et comment le même microbe peut, suivant les circonstances, fournir soit un sérum antiinfectieux, soit un sérum antitoxique.

1 Voir page 1923.

198 SÉRUMS ANTIINFECTIEUX

Pfeiffer, en immunisant ses animaux au moyen des corps microbiens morts ou vivants, obtient un sérum sans action sur la toxine, tandis que le sérum de Metchnikoff et Roux, préparé à l’aide de la toxine soluble, est puissamment antitoxique.

«Toutefois, il est certain que le poison cholérique existe dans le corps des vibrions ; pourquoi injecté avec ceux-ci ne donne-t-il pas d’antitoxine ? C’est sans doute parce que, dans ces conditions, il pénètre dans l'organisme fixé aux microbes et, pour ainsi dire, à l’état solide. Les vibrions introduits sont presque aussitôt englobés par les leucocytes qui les digèrent et,

en même temps, la toxine qu'ils contiennent. »

«Un animal immunisé contre le microbe ne l'est point contre le poison à létat soluble, aussi ne donne-t-il pas de sérum antitoxique, mais un sérum préventif. Ce sérum est capable d’exciter la défense phagocytaire chez les animaux qui le reçoivent et, par conséquent, il est efficace contre le microbe vivant, mais il est impuissant contre la toxine.

« Or, il est évident que, pour combattre le choléra de l’homme, qui est un empoisonnement, il faut un sérum antitoxique et non un sérum antimicrobien. Que pourrait d’ailleurs, celui-ci, contre des vibrions développés dans l'intestin et pour la majeure partie, hors de l’atteinte des cellules? »

C’est ce que démontrent les auteurs, en essayant comparativement les effets de leur sérum et du sérum de Pfeiffer sur le choléra intestinal des jeunes lapins qui ressemble absolument à la maladie humaine

Ceux qui reçoivent préventivement le sérum antünfectieux, même à des doses considérables, prennent néanmoins le choléra quand on leur fait ingérer le bacille-virgule.

Au contraire, l’inoculation du sérum antitoxique a donné des résultats très encourageants.

« Sur 64 lapins utilisés en 10 expériences, 27 ont été HORS. 15 ont survécu; sur 37 témoins des mêmes nichées, 6 ren n'ont pas pris Fe choléra.

«La proportion est donc de 56 Le sur 100 traités et de 16 guérisons sur 100 témoins.

L'effet Au sérum a encore été brie Lorsqu’ il a été injecté au moment de l’ingestion des vibrions.

Les lapins traités ont résisté dans la proportion de 45 %, et les lapins non traités dans celle de 24 %.

Il est certain que, lorsqu’on aura obtenu un sérum plus actif, le pourcentage des guérisons sera plus élevé, et qu’on pourra tenter alors l'application de la sérothérapie anticholérique à l’homme. Jusque-là, elle reste confinée dans les laboratoires, et si nous l'avons décrite avec quelques détails, c’est moins pour les services qu'elle rend actuellement qu’à cause des questions qu'elle élucide.

(1) R. Kocx. — Conferenz zur Erürterung der Cholerafrage, Berlin, 1884. D’après Macé. Traité de Bactériologie, Paris 1897.

(2) Nicart Er Riersc. — Recherches sur le choléra. Archives de Physiologie, 1885.

(3) Mercanirxorr. — Recherches sur le choléra. Annales de l’Inst. Pasteur, t. VHI, p. 529, 4894. $

(4) Poucrer. — Sur la présence des sels biliaires dans le sang des cholériques, et sur l’existence d’un alcaloïde toxique dans les déjections. C. R. de l’Académie des sciences, t. XC, p. 847,1884.

(5) Viziers. — Sur la formation des ptomaiïnes dans le choléra. C. R. de l’Académie des sciences, t. C, p. 91, 1885.

(6) KzeBs. — Die Biologie der Choleravibrionen. HU Wiener medicin. Zeit. (d'après Macé), 1887.

(7) Winter ET Lesace. — Contribution à l'étude du poison cholérique. Bulletin médical, 1890, p. 328.

(7) Petri. — Untersuchungen über die durch das Wachsthum der Cholerabakterien entstehenden chemischen Umsetzungen. Arbeiten aus dem Kaiserl. Gesundheitsamte, 1890, VI, 374.

! (8) GamALE1A. — Recherches expérimentales sur les poisons du choléra. Archives de médecine expérimentale, 1892. ; :

(9) F. Wesprook. — Contribution à l’étude des toxines du choléra. Annales de l'Institut Pasteur, 1894, p. 318.

(10) Prerrrer. — Untersuchungen über das Choleragift. Zeitschrift für Hygiene, 1891, p. 395.

(41) Ransowm. — Choleragift und Cholera-antitoxine. Deutsch. med. Woch. 1895, n° 29.

(12) METCHNIKOFF, Roux'er SALMBENI. — Toxine et antitoxine cholériques. Ann. de l'Inst, Pasteur, 1896, p. 257.

(43) Ferran. — Sur la prophylaxie du choléra au moyen d’injections hypodermiques de cultures pures du bacille virgule. C. R. de l’Académie des sciences, CI, 1885.

(14) Harrkine, — Le choléra asiatique chez le cobaye (Société de biologie,

130 SÉRUMS ANTIINFECTIEUX

juillet 1892). Anticholeraic inoculation in India (The Indian medical Gazette, 4895, n° À). À lecture on vaccination against cholera. London, 1895. D’après Landouzy.

/15) Lazarus. — Ueber antitoxische Wirksamkeit des Blutserums Cholerageheilter. Berliner Klin. Woch. 1892, n° 43, 44.

(16) KzempERER. — Untersuchungen über künstlichen Impfschutz gegen Cholera-Intoxication, Berliner Klin. Woch. 1892, p. 970.

(7) Mercanirorr, — Recherches sur le choléra et les vibrions, 1°* mémoire. Annales de l'Inst. Pasteur, 1893, p. 403.

(18) PauLowsxr #r BucHsrar. — Zur Immunitätfrage, und Blutserumtherapie gegen Cholerainfektion. Deutch. medicin Woch. 1893, p. 516, 640 et 739.

(19) Prerrrer Er Issagr. — Ueber die specifische Bedeutung der Choleraimmunität. Zeischrift fur Hygiene, XVII, 1894, p. 355.

Page 1