CHAPITRE IV
SÉRUM ANTITYPHIQUE
ESSAIS D'IMMUNISATION ET DE SÉROTHÉRAPIE
L'inoculation aux animaux du bacille d’'Eberth tel qu’on l'isole des organes des typhiques, ne produit pas chez ceux-ci d'affection ressemblant à la fièvre typhoïde, mais plutôt une septicémie variable avec le mode d’inoculation. Il faut, pour se rapprocher de la maladie humaine, opérer dans des conditions spéciales et avec des virus renforcés, ainsi que l’ont montré Sanarelli (1), Chantemesse et Widal (2).
De nombreux essais d’immunisation contre le bacille d'Eberth ont été tentés chez les animaux, soit à l’aide du microbe luimême, soit au moyen de ses produits solubles. On dut d’ailleurs renoncer bientôt au premier de ces modes de vaccination parce que le virus vivant, inoculé sous la peau, y produit des lésions locales accompagnées parfois de nécrose des tissus et de suppurations longues à guérir.
En 1886, Beumer et Peiper (3) confèrent l’immunité à des souris à l’aide de cultures vivantes injectées à petites doses et graduellement.
En 1888, Chantemesse et Widal (4) utilisent dans ce but les cultures débarrassées des microbes par un chauffage à 120°.
Brieger, Wassermann et Kitasato (5) en 1892, ont recours à des cultures faites sur bouillon de thymus qu’ils chauffent ensuite à 60°. Ils remarquent que le sérum des animaux ainsi vaccinés possède des propriétés immunisantes.
La même année, Bitter (6) annonce que le sang des lapins traités par inoculation de doses croissantes de cultures typhiques concentrées et stérilisées acquiert un pouvoir antitoxique, el
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que ce sérum mélangé à une dose de toxine typhique sûrement mortelle la rend inoffeasive.
>ruschettini de Bologne (7) rend les lapins réfractaires au moyen d’injections sous-cutanées de cultures chauffées à 60°.
Stern (8), en 1892, constate que le sérum des individus guéris de la fièvre typhoïde possède des propriétés immunisantes vis-à-vis des souris.
La mème année, paraissent en même temps les expériences de Sanarelli (1) et de Widal et Chantemesse (2) qui arrivent séparément aux mêmes conclusions, à savoir : que l’on peut artificiellement renforcer la virulence du bacille typhique par des passages successifs sur les animaux et qu’à l’aide de ces cultures ainsi renforcées, préalablement stérilisées à 100°, on peut conférer aux animaux une immunité durable; enfin, que le sérum des animaux vaccinés est doué de propriétés préventives, mais non antitoxiques.
Puis, en 1895, Beumer et Peiper (9) immunisent des moutons à l’aide de cultures typhiques stérilisées par la chaleur à 55° — 60° pendant une heure. Ces moutons ont donné un sérum dont une goutte suffisait à préserver la souris blanche contre une dose sûrement mortelle de virus.
Klemperer et Levy (10) s'adressent au sérum de chien immunisé par des inoculations intrapéritonéales de virus non atténué. Ce sérum serait doué de HRpRtEe préventives et même thérapeutiques.
Citons encore les travaux de Læffler et Abel (11), de Pfeiffer et Kolle (12) et les résultats douteux obtenus chez l’homme par Cesaris-Demel et Orlandi (13) et Bürger (14), avant d’arriver aux récentes expériences de Chantemesse.
En 1896, Chantemesse (15) annonce qu’il a obtenu un virus typhique exalté d’une telle puissance qu’une dose inférieure à 1/100 de centimètre cube tue un cobaye en 6 heures. Ce virus lui a permis de vacciner des chevaux qui lui ont donné un sérum dont 1/5 de goutte protégeait sûrement un cobaye. Ce sérum essayé sur trois malades aurait donné des résultats satisfaisants.
Enfin, en 1897 (16), le mème auteur décrit la méthode qui lui a permis d'obtenir le virus renforcé et le sérum antityphique dont il avait été question l’année précédente. C’est à cette note que nous empruntons les détails qui suivent :
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Le bacilie d’Eberth, dans les milieux de culture usuels, ne donnant pas de toxine soluble en quantité utilisable, Chantemesse eut recours à une macération à froid de rate et de moelle osseuse additionnée d’une petite quantité de sang humain défibriné. Cette addition favorise beaucoup la rapidité de la culture. Ce liquide stérile est ensemencé avec un bacille typhique retiré de la rate d'un malade, et doué d’une grande virulence, acquise par des passages ininterrompus dans le corps des animaux pendant près de deux ans.
Dans ce milieu, la culture du bacille typhique se fait très abondamment. Au bout de 24 à 36 heures un voile apparaît à la surface et s’épaissit les Jours suivants. La culture devient alcaline et sans mauvaise odeur.
Filtrée, elle est toxique pour les animaux et son maximum de toxicité s’observe du cinquième au sixième jour, puis cette toxicité diminue graduellement pour disparaître au bout de 15 jours.
La toxine typhique est très altérable à l’air et à la lumière, mais pas à la chaleur. Un chauffage d’une heure à 58° n’a pas d'action sur elle. |
Les animaux sont d'autant plus sensibles à la toxine typhique qu'ils sont d’un poids plus élevé, excepté toutefois la souris qui est très sensible. Elle agit avec moins d'intensité sur le mouton que sur le cheval, et moins encore sur le lapin et sur le cobaye.
A l’aide de cette toxine, Chantemesse a procédé à l’immunisation de chevaux.
Cette immunisation est lente à obtenir à cause de Ja réaction intense que provoque chaque inoculation. 11 Pur donc opérer avec beaucoup de ménagements.
Le cheval qui a servi à ses expériences, en traitement depuis 8 mois, lui a donné un sérum doué de propriétés antitoxiques manifestes.
Essayé sur l’homme, il a montré une action Eros sur l’état général, la courbe de température, etc., mais, comme le dit l’auteur lui-même, on ne pourra juger de sa valeur qu'après de nombreuses observations. Jusque-là il serait peu prudent de conclure.
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(4) Sanargiur, — Etudes sur la fièvre typhoïde expérimentale. Annales de l'Institut Pasteur, 1892, p. 721 et 1894, p. 193 et 353.
(2) Cuanremesse Er Winaz. — Etude expérimentale sur l’exaltation, l'immunisation et la thérapeutique de l'infection typhique. Annales de PInstitut Pasteur, 1892, p. 755.
(3) Beuwer et Priper !. — Zur ætiologischen Bedeutung der Typhusbacillen. Centralblatt für Klin. med., 1886.
Bakteriologische Studien über die ætiologische Bedeutung der Typhusbacillen. Zeitschrift für Hygiene. Bd. I, p. 480 et Bd. II, p. 110-302.
(4) Crantemesse et Wipaz. — De PAe contre le virus de la fièvre - typhoïde. Annales de l'Institut Pasteur, 1888, p. 54, (5) Brigcer, WaAssERMANN et KiTasATO ?, — Ueber Immunität und Giftfes-
tigung. Zeitschrift für Hygiene, 1892, p. 137.
(6) Brrrer #. — Ueber Festigung von Versuchsthieren gegen die Toxin der Typhusbacillen, Zeitschr. für Hygiene. Bd. XII, 2e Heft.
(7) BruscHEeTTINI À. — Sulla immunità contro il tifo. La Riforma medica, 1892, n° 18.
(8) STERN Ÿ. — Deutsch. med. Wochenschrift, 1892.
(9) Beuuer et Perper 5. — Zeitschrift für Klin. Medicin. Bd. XXVIIE, n° 3 et 4, 1895.
(10) Kcempgrer et Levy 7. — Ueber Typhus Heïlserum. Berliner Klin. Woch., 1895, p. 601.
(41) LœrrLer et ABez. — Ueber die spezifischen Eigenschaften der Schutz kôrper im Blute Typhus und Coli immuner Thiere. Centralblatt (bu Bañterülogie, XIX, p. 51, 1896.
(12) Prewrer et Kozce. — Ueber die specifische. Reaction der Typhus bacillen. Zeitschrift für Hygiene, 1896, XXI, p. 203.
(13) Cesaris-DEmMEL et OrLanDrI 8. — Sull’ equivalenza biologica dei prodotti del B. coli e del B. typhi. Archivio per le scienze mediche, 1893, XVII, p.279.
(44) BüRGER Ÿ. — Zur Behandlung des Typhus abdominalis mit antitoxischen Heilserum. Centralblatt f. Bakt. 1896, XIX, p. 637.
(15) CHANTEMESSE. — Diagnostic précoce de la fièvre typhoïde par l’exa-
! D’après Sanarelli, loc. cit.
2 Id. | $# D’après Chantemesse et Widal, Loc. cit.
JTE ‘ 5 Id.
s DRE Macé, loc, cit.
1Td.
8 Id.
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LS re | BIBLIOGRAPHIE 1 413$
F- men bactériologique des garde-robes. Société de Biologie, février 1896,
Dose ,
| (16) CHANTEMESSE, — Sur la Ft typhoïde soluble. Société a Bioloie,
NU is 1897, 22 96 et 101. ARE Fe Ex : A Ne FT
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