IMMUNITÉ NATURELLE
Les nombreuses théories émises pour expliquer la cause de l’Immunité naturelle peuvent se diviser en deux groupes : la théorie cellulaire et les théories humorales.
Théorie cellulaire. — Phagocytose.
Dans cette théorie, due à Metchnikoff (4), la défense de l'organisme est confiée à certaines cellules spéciales qui sont chargées d’englober les bactéries et de les détruire. Chez les Vertébrés supérieurs, ce rôle est dévolu aux leucocyctes mono etpolynucléaires et à certaines cellules endothéliales fixes.
L'ensemble du. phénomène porte le nom de phagocytose et les cellules actives celui de phagocytes :
La destruction des bactéries par les phagocytes est une véri-
table digestion intra-cellulaire opérée dans le protoplasma de la cellule par quelque diastase énergique (Le Dantec (10).
Mais, pour remplir ce rôle, il faut que les leucocytes puissent se mettre en contacl avec l’agent infectieux.
C’est alors qu’intervient une nouvelle et curieuse propriété des cellules : la sensibilité chimiotactique.
Sous le nom de chimiotaxie, Pfeffer (5) a désigné le premier la faculté que possèdent certains organismes inférieurs, doués de mobilité, d'être attirés vers certaines substances ayant sur eux une action chimique. Cette propriété observée d’abord chez les végétaux : Myxomycètes (Stahl (6)et de Bary (7)), antherozoïdes des Fougères (Pfeffer) (5), fut étendue par Massart et Bordet (8) et par Gabritchevsky (9) aux cellules migratrices des animaux. Si, à l’exemple de ce dernier, on introduit sous la peau d’une grenouille ou d’un lapin des tubes de verre contenant divers liquides préalablement stérilisés, on verra au bout de quelque temps certains tubes envahis par les globules blancs, tandis que les autres n’en contiendront aucun.
On dira des substances qui ont attiré les leucocytes qu’elles sont douées de chimiotaxie positive et des autres qu’elles possèdent une chimiotaxie négative. Telles sont, parmi ces dernières, l’acide lactique, la méthylamine, certaines toxines microbiennes, etc.
Le mécanisme de l'infection et de Éfenesté se résume dès lors en ceci :
Dès qu’un microbe pénètre dans les tissus d’un animal, les
leucocytes arrivent pour l’englober et le détruire, à moins que
les produits sécrétés par le parasite n’exercent sur eux une action répulsive; dans ce cas, la phagocytose ne peut avoir lieu et le parasite se développe en toute liberté.
L'intervention phagocytaire varie avec chaque individu pour
- chaque espèce microbienne. Presque nulle chez un sujet très sensible à une infection déterminée, elle est, au contraire, très
marquée chez un animal réfractaire à cette même maladie. Par exemple, la bactéridie charbonneuse se rencontre très rarement
dans les phagocytes du cobaye ou du lapin, animaux très sen-
sibles au charbon, tandis qu’elle abonde dans les phagocytes de la poule et du chien qui sont réfractaires.
-Si, au lieu d'étudier le sort d’une espèce microbienne chez
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plusieurs animaux, nous examinons comment se comportent les phagocytes d’un même animal vis-à-vis de plusieurs bactéries plus ou moins virulentes, nous constatons des résultats analogues. C’est ainsi que les phagocytes du lapin qui ne sont point aptes, comme nous venons de le dire, à s'emparer de la bactéridie charbonneuse, englobent facilement le bacille pyocyanique qui ne tue le lapin qu’à doses élevées. De sorte qu’on peut, avec Metchnikoff, émettre la règle suivante :
Plus un arimal est réfractaire à ‘une maladie, plus ses phagocytes sont capables d'englober le microbe de cette maladie.
L'Immunité naturelle serait: donc liée intimement à cette propriété des phagocytes.
Théories humorales.
Propriété bactéricide des humeurs. — Cette théorie, basée sur des expériences de Fodor (11) de Buda-Pest, de Niessen et de Nuttal (12), a été reprise par Buchner (13), qui l’a faite sienne. Pour lui, l’immunité naturelle est due à la propriété que possèdent les humeurs, et en particulier le sérum sanguin, de s’opposer à l’infection microbienne, soit en détruisant les bactéries, soit en entravant leur développement au moyen de substances bactéricides mal définies et qu’il nomme aléxines. Les phagocytes n’interviendraient que pour débarrasser l’économie des cadavres des microbes tués par les aléxines, leur rôle se réduirait à celui de simples balayeurs arrivant après la lutte. Buchner expliquait cette intervention tardive par l’existence dans le corps des bactéries d’une substance protéique douée de chimiotaxie positive et qui ne diffuserait qu'après leur mort.
Mais Métchnikoff (4) a montré que les bactéries englobées par les phagocytes étaient bien vivantes, capables encore de se développer pendant quelque temps et de pulluler si on les ensemence dans du bouillon.
Quant à la propriété bactéricide des humeurs, un grand nombre d'expériences viennent l'infirmer.
Metchnikoff fait observer que le sang d'animaux très sensibles au charbon tue la bactéridie charbonneuse en dehors de l’organisme. aussi bien que le ferait le sang d'animaux réfractaires. Le lapin, par exemple, qui prend facilement le charbon, a un
sérum très bactéricide, tandis que le sérum du chien, qui est très résistant, ne possède aucune action sur cette bactérie.
Le même auteur est parvenu à cultiver dans l'organisme des animaux réfractaires la même bactéridie charbonneuse en la protégeant contre l’envahissement des leucocytes. Il enfermait la Culture dans de petites outres, faites avec des portions d’intestin de grenouille, qui se laissaient bien traverser par les liquides de l’économie, mais qui arrêtaient les phagocytes.
De même, si on introduit une culture charbonneuse dans la chambre antérieure de l’œil d’un chien, milieu presque privé de cellules, les bactéries se développent très bien, quoique dans le corps d'un animal doué de l’immunité.
La propriété bactéricide des humeurs, telle que nous venons de l’exposer, se trouvait trop souvent en contradiction avec les faits observés pour être acceptée comme base d’une théorie générale de l’immunité. Aussi, voyons-nous Buchner lui-même modifier peu à peu ses idées sur la matière et se rapprocher insensiblement de la théorie cellulaire.
En 1894, peu de temps après les travaux d’'Hankin (14) et Kanthack (15) sur ce sujet, Buchner admettait que les aléxines
étaient fournies, non plus par les humeurs, mais par les leuco-
cytes attirés par les bactéries en vertu de leur sensibilité propre. Ce n’était qu'après les avoir ainsi détruits par une sécrétion extra-cellulaire, que les leucocytes, devenus phagocytes, englobaient les microbes pour les faire disparaître.
Plus récemment, en 1897, « les leucocytes sécrèteraient non plus des substances capables de détruire les microbes dans les humeurs, mais seulement des substances qui influenceraient, et ceci encore d’une façon passagère, le fonctionnement chimique des microbes. Après cet affaiblissement momentané, les agents pathogènes seraient englobés par les phagocytes et subiraient aans leur intérieur l’action destructive des substances microbicides. »
Propriété atténuante des humeurs. — En France, Charrin et Roger substituèrent à la théorie bactéricide, qui ne s’adaptait pas assez aux faits, celle de la propriété atténuante des humeurs. %
- Les bactéries ne seraient pas détruites par les sécrétions
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humorales, mais atténuées dans leur action pathogène, de sorte qu’elles deviendraient rapidement la proie des phagocytes.
A l'appui de cette thèse, Roger (16), cultivant le streptocoque de l’érysipèle sur le sérum de lapins sains ou immunisés, obtenait des cultures florissantes sur les deux milieux. Mais, tandis que les microbes, ayant poussé sur le sérum de l’animal sain, se montraient très virulents quand on les inoculait à un animal neuf, les cultures sur sérum d’animal immunisé ne causaient aucun accident. Il semblait donc qu'il y eût, dans ce dernier cas, une véritable atténuation.
Mais les propriétés préventives du sérum des animaux vaccinés, mises depuis en lumière par Behring, expliquent pourquoi la culture sur le sérum de l'animal immunisé n'était plus pathogène : c’est qu’on inoculait, en même temps que le microbe, le sérum sur lequel il avait poussé et qui était doué, lui, de propriétés préventives.
Propriété antitoxique des tumeurs. — A la suite de la découverte, par Behring et Kitasato, de la propriété antitoxique du sérum des animaux immunisés contre le tétanos et la diphtérie, Klemperer voulut faire de la propriété antitoxique des humeurs le point de départ d’une nouvelle théorie générale de l’immunité. ;
Nous verrons tout à l'heure que les animaux zaturellement réfractaires aux toxines tétanique et diphtérique ont un sérum dénué de toute propriété antitoxique, et que leur immunité semble résider, non pas, comme on l’a cru longtemps, dans l’insensibilité de leur système nerveux envers la toxine, mais dans ce fait que cette toxine ne peut arriver jusqu’au système nerveux (Roux).
En somme, dans l’état actuel de la question, l’immunité naturelle peut être attribuée à la résistance naturelle des leucocytes aux poisons microbiens, résistance qui leur permet d’englober rapidement le virus qui pénètre dans l'organisme.
IMMUNILÉ ARTIFICIELLE
L'expérience avait montré depuis longtemps que la plupart des maladies infectieuses, à part de rares exceptions, ne récidi-
vaient pas; une première atteinte rendait l'individu réfractaire.
C’est ce qui, autrefois, avait donné l’idée de provoquer artificiellement une affection légère pour mettre l'organisme à l'abri d’une atteinte plus grave. De là la pratique de de variolisation et plus tard de la vaccination jennerienne.
La découverte de l’atténuation des virus devait précéder de bien peu celle de l’immunisation à l’aide de ces virus atténués.
Le premier exemple de vaccination contre une maladie micro-: bienne est dû à Pasteur.
En inoculant à des poules des cultures vieillies, et par conséquent, atténuées, de choléra des poules, il provoquait seulement une légère indisposition à la suite de laquelle l’animal pouvait, sans inconvénient, subir l’inoculation d’une dose plusieurs fois mortelle de culture virulente.
Ces premiers essais, suivis bientôt des célèbres expériences sur la vaccination charbonneuse, furent le point de départ d’un nombre immense de travaux sur l’immunité et sur les moyens de la conférer.
Le problème était des plus passionnants. Puisque l'on pouvait dorénavant conférer l’immunité à volonté, on pouvait espérer découvrir bientôt la cause première de cette immunité; et de fait, toutes les recherches entreprises depuis’cette époque ont été dirigées vers ce but. Mais, loin de l’atteindre, il Semble que chaque pas’ que la science fait en avant fasse surgir de nouvelles difficultés, et que le problème, qui paraissait si simple au début, se complique de plus en plus.
Il nous paraît indispensable, cependant, de tenter d’esquisser en quelques pages, et en nous en tenant seulement aux grandes lignes, les états successifs de la question toujours ouverte de limmunisation. En même temps que les procédés mis en a D brièvement les théories qui les ont inspirés ou qu’on en a déduites.
- Ces notions préliminaires nous permettront Pattes avec plus de détails l’étude encore ardue de la PARÉRLE et des Sérums thérapeutiques.
Le =
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PROCÉDÉS GÉNÉRAUX D'IMMUNISATION
Toutes les méthodes employées pour conférer limmunité peuvent se diviser en trois groupes :
1° Znoculation de cultures microbiennes virulentes ou atténuées ;
2° Inoculation des produits solubles élaborés par les microbes ;
3° Inoculation du sérum d'un animal déjà immunisé.