CHAPITRE VI
SÉRUM ANTITUBERCULEUX
ESSAIS DIMMUNISATION
Il est inutile de citer ici, pour reconnaître ensuite qu’elles n'ont pas donné de résultat, toutes les expériences entreprises dans le but d'obtenir un sérum préventif et curatif de la tuberculose.
On s’est d’abord adressé aux injections intra-péritonéales de sang d'animaux qu’on croyait naturellement réfractaires comme e chien et la chèvre. (Richet et Héricourt 1889 (1), Bertin et Pic 1890 (2).)
Puis, on remplaça le sang de ces animaux par des extraits de leurs organes (Roger et Cadiot}, mais sans résultat. ‘
On songea alors à inoculer des cultures vivantes ou stérilisées de tuberculose soit humaine soit aviaire.
La tuberculine de Koch, qui est un extrait de cultures glycérinées, évaporées au bain-marie, essayée dans le but de donner Pimmunité aux animaux, n’a fourni que des résultats contradictoires entre les mains de divers expérimentateurs. (Richet et Héricourt (3), Boinet (4), Behring (5), Riemann (6), etc.). Cest cependant à cette dernière méthode que se rattache la préparation du sérum antituberculeux de Maragliano.
En 1895, Maragliano, de Gênes, annonçait au Congrès médical de Bordeaux qu’il était en possession d’un sérum curatif de la tuberculose, mais il n’en fit connaître la préparation que l’année suivante (7).
Voici comment il opère :
Des cultures très virulentes de tuberculose humaine sont divisées en deux parties :
140 SÉRUMS ANTIINFECTIEUX
La première, A, est concentrée au bain-marie à 100°, puis filtrée à la bougie de porcelaine ; elle renferme les matières toxiques provenant du corps des microbes; c’est une éyberculine analogue à celle de Koch.
La seconde, B, filtrée d’abord à froid, est évaporée dans le vide à 30°; elle contient les produits sécrétés par les bacilles pendant leur vie et qui seraient détruits par une haute température.
Les effets de ces deux extraits seraient tout opposés. Le premier, À, élèverait la température; le second, B, l’abaisserait fortement, mais tous deux seraient toxiques pour les animaux.
Maragliano dilue chacun de ces liquides de facon à leur donner une toxicité égale, telle par exemple que 1 centimètre cube tue 100 grammes de cobaye sain. Puis il injecte aux animaux (âne, cheval ou chèvre) un mélange de 3 parties de A pour 1 partie de B, à la dose de 2 milligrammes par kilo. Il augmente d’un milligramme par jour et par kilogramme jusqu’à ce que l’animal ait reçu 40 à 50 milligrammes par kilo. Cette dose est ensuite maintenue pendant 6 mois.
L'animal se trouverail ainsi immunisé aussi bien contre les produits toxiques du bacille de Koch que contre ses cultures virulentes. On le laisse alors en repos pendant 3 à 4 semaines, puis on le saigne. Son sérum protège un cobaye sain contre une dose minima mortelle de éuberculine. Il agit également chez l’homme.
On sait que la tuberculine injectée à un individu atteint de tuberculose, même latente, provoque chez lui une réaction fébrile plus ou moins intense, alors qu’elle est sans action sur l’homme sain. Cette réaction ne se produira pas si l’on mélange la tuberculine au sérum de Maragliano. Mais cette neutralisation n’a lieu que pour la dose toxique minima de tubereuline; si on la dépasse, les accidents éclatent, même lorsqu'on augmente la quantité de sérum.
Les tuberculeux soumis au traitement du DE arrivent peu
à peu à supporter des doses élevées de tuberculine.
Le sérum de Maragliano est donc un antagoniste de la tuberculine, c’est-à-dire d’une catégorie de poisons sécrétés par le bacille de Koch; mais il ne semble avoir aucune action sur l’infection elle-même ; il n’est ni antitoxique, puisqu'il n’agit pas sur toutes les toxines du bacille tuberculeux, ni anti-infectieux,
puisqu'il ne s'oppose pas au développement de ce dernier.
En neutralisant toute une classe particulière de poisons, il ralentit ou supprime une des nombreuses manifestations morbides de la tuberculose et peut de ce chef améliorer l’état général du malade et augmenter sa résistance individuelle.
(1) Ricuer et HéricourT. — Influence de la transfusion péritonéale du sang de chien sur l’évolution de la tuberculose chez le lapin. Société de Biologie, 1889.
(2) BerriN et Pico. — Sur l'influence de la transfusion du sang dechèvre sur l’évolution de la tuberculose chez le lapin. Société de Biologie, 1890,
(3) Riouer et HéricourT. — Expérience sur la sérothérapie dans la tuberculose. Société de Biologie, 1895.
Boinet. — Traitement de la tuberculose humaine par le sang de chèvre inoculée avec de la tuberculine. Société de Biologie, 1895.
BEHRING. — Leistungen und Ziele der Serumtherapie. — Deutsch. med. Woch. 1895, n° 38.
(6) NIEMANN. — Ueber Immunität gegen Tuberkulose und Tuberkuloseantitoxin. Centra blatt f. Bakt. 1896, p. 214.
(7) MaraGtrano. — Le sérum antituberculeux et son antitoxine. Presse médicale, juin 1896.