CHAPITRE VII
SÉRUM ANTICHARBONNEUX
Expériences de Marchoux.
Les célèbres expériences de Pasteur et de ses élèves sur la bactéridie charbonneuse ont doté la science d'un procédé pratique d’immunisation permettant de combattre efficacement une maladie parfois si meurtrière dans certaines régions. Aussi la préparation d’un sérum anticharbonneux n'’aurait-il qu’un intérêt restreint, si elle ne se rattachait par son côté théorique à la question toujours ouverte de l’immunité.
On s’est d’abord demandé si le sérum des animaux réfractaires au charbon jouissait de propriétés préventives.
La question avait été soulevée par Behring (1), qui avait constaté que le sang du rat empèche le développement de-la bactéridie charbonneuse en dehors de l'organisme. Il attribua à cette propriété bactéricide l’immunité naturelle de cette espèce pour le charbon. Il vit de même que si on injecte du sérum de rat, mélangé au bacille charbonneux, sous la peau d’une souris, celle-ci ne présente aucun accident.
Ogata et Jasuhara (2) confirmèrent les expériences de Behring. |
Mais Roux et Metchnikoff (3) sont venus combattre les conclusions de ces auteurs. Ils ont montré que le rat n’était pas aussi réfractaire que le disait Behring, puisque sur 17 inoculés 45 moururent du charbon; que si son sérum possède une propriété bactéricide ix vitro sur la bactéridie filamenteuse, il n’en est pas de même sur les spores; enfin, que si on inocule séparément à une souris le sérum de rat et la culture charbonneuse, elle prend toujours le charbon. Le sérum peut agir #7
SÉRUM ANTICHARBONNEUX - 4143
vitro, par contact direct sur la bactérie, mais il ne possède aucune propriété immunisante.
Un peu plus tard, Erriquez et Serafini (4) ont fait voir que le sang d'animaux naturellement réfractaires, tels que le chien, le ral, le poulet, la grenouille et la tortue, n'avait aûcune action préventive sur les animaux réceptifs.
En serait-il de mème des animaux immunisés?
Les premiers essais dans cette voie sont dus à Sclavo (5) et à Marchoux (6).
Le premier, après avoir immunisé des chèvres, constata que leur sérum était devenu préventif pour le lapin.
En même temps que Sclavo, Marchoux publia le résultat de ses expériences entreprises sur le mouton.
Il s’assura d’abord que le sérum des moutons vaccinés par la méthode classique et tout à fait réfractaires au charbon, ne possède que des propriétés préventives peu marquées et point du tout curatives.
Il faut, pour obtenir ce résultat, pousser l’immunisation à un point tel que l’animal soit capable de supporter des doses énormes de virus charbonneux.
C’est ce qu'il fit. En inoculant à un mouton primitivement vacciné, des doses croissantes de culture pure, il arriva à lui injecter d’un seul coup jusqu'à 300°° d’une culture très active.
Quinze jours à trois semaines après la dernière inoculation, si l’on fait une saignée, on constate que le sérum de l’animal possède des propriétés préventives très marquées. Marchoux cite un mouton dont le sérum était actif au 2000°, c'est-à-dire dont °° protégeait sûrement un lapin de 2 kilos. Mais, pour qu'il conserve cette activité, il est nécessaire de renouveler de temps en temps les inoculations de virus actif.
Le sérum anticharbonneux est aussi curatif. Inoculé après le charbon, il peut empêcher l’infection à condition qu’on intervienne le plus tôt possible.
- Dans tous les cas l’immunité qu'il confère est très passagère, comme l’est en général toute immunité passive.
Il n’est ni antitoxique ni bactéricide, mais il agit, ainsi que le démontre Marchoux, en excitant la réaction phagocytaire qui aboutit à la destruction des microbes.
C’est du reste par ce mécanisme que se défend l’organisme
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immunisé activement au moyen du virus atténué; seulement, dans ce cas, la propriété acquise est plus durable.